MOHAMED KHAMISSE ZACHARIA – HOMMAGE COLLECTIF: LA FIN D’UN REVE // COLLECTIVE TRIBUTE: THE END OF A DREAM

Ci-dessous une lettre écrite par des amis de Mohamed Khamisse Zacharia qui est mort il y a quelques jours sur l’autoroute. Ils souhaitent qu’elle soit rendue publique.

Below is a letter written by friends of Mohamed Khamisse Zacharia who died on the highway a few days ago. They want it to go public. English below

Le 19 novembre 2020, sur l’A16, un jeune soudanais de 20 ans a perdu sa vie et tous ses rêves. Il était notre compatriote, notre frère, notre ami.

Mohamed est mort renversé par une voiture alors qu’il cherchait à fuir les gaz policiers depuis l’arrière d’un camion, véhicule de son désir, celui de rejoindre au plus vite l’Angleterre. Comme ses amis du pays, Mohamed a quitté sa famille prisonnière d’un camp de réfugiés au Darfour, Soudan, et a tenté couragement sa chance vers l’Europe. Demander l’asile en France alors que tous ses compatriotes s’y sentent rejetés n’était pas imaginable pour lui. Il a donc foncé vers une destination qui devint triste destinée.

Mohamed KHAMISSE ZACHARIA est pleuré par ses parents là-bas au Soudan et par nous, ses amis, ici à la frontière avec le Royaume-Uni. Nous avons appelé ses parents pour leur annoncer son décès. Nous avons entendu le désespoir d’une mère. Les associations étaient à nos côtés. Mohamed nous rassemble. Nous sommes tous habités du même désir de vivre qu’il avait.

Ses 20 ans de vie crient à nos cœurs, nos consciences et à la conscience de l’humanité. Voici notre cri, celui des exilés de Calais : « Nous ne savons pas quoi faire, nous voudrions accéder au Royaume-Uni, nous rêvons d’une vie digne, d’une vie d’humains. Vous le savez bien, notre pays connait la guerre, l’injustice des gouvernements. Vous le savez, nous sommes ici par nécessité, après avoir traversé les trop nombreuses souffrances de la route. Que la police et le gouvernement comprennent. Pourquoi nous pourchasser sur l’autoroute alors que des scanners, des agents de sécurité avec des chiens, des détecteurs passent déjà au crible tous les camions au niveau du port ? »

O absent si présent,

Grâce à ta voix, ta grandeur d’âme,

Vient à nous le souffle de tes lèvres,

Sont nées de nos mains ces lignes,

Emplies des couleurs de liberté, de paix et de justice

– Les amis soudanais de Mohamed

COLLECTIVE TRIBUTE TO MOHAMED KHAMISSE ZACHARIA: THE END OF A DREAM

On November 19, 2020, on the A16, a young 20-year-old Sudanese lost his life and all his dreams. He was our compatriot, our brother, our friend.

Mohamed died hit by a car while he was trying to escape the police gas from the back of a truck, vehicle of his desire to reach England as soon as possible. Like his friends from his country, Mohamed left his family trapped in a refugee camp in Darfur, Sudan, and bravely tried his chance towards Europe. Seeking asylum in France when all his compatriots feel rejected there was unimaginable for him. So he set off towards a destination that became a sad destiny.

Mohamed KHAMISSE ZACHARIA is mourned by his parents over there in Sudan and by us, his friends, here at the border with the United Kingdom. We called his parents to tell them of his death. We heard the despair of a mother. The associations were together on our side. Mohamed brings us together. We are all inhabited by the same desire to live that he had.

The 20 years of his life cry out to our hearts, our consciences and to the conscience of humanity. Here is our cry, that of the exiles of Calais: “We don’t know what to do, we would like to reach the United Kingdom, we dream of a dignified life, a life of human beings. As you well know, our country knows war, the injustice of governments. You know it, we are here out of necessity, after going through too much suffering on the road. Let the police and the government understand. Why are they chasing us on the highway when scanners, security guards with dogs, detectors are already sifting through all the trucks at the port?

O absent so present,

Thanks to your voice, your greatness of soul,

The breath of your lips comes to us,

These lines were born from our hands,

Filled with the colors of freedom, peace and justice

– Mohamed’s Sudanese friends

Border Securitisation in the Channel / La sécurisation de la frontière dans la Manche

Tyerman, T., and van Isacker, T. (2020). Border Securitisation in the Channel. Available at: https://www.law.ox.ac.uk/research-subject-groups/centre-criminology/centreborder-criminologies/blog/2020/10/border

The following is a translation of the original article, that you can read in English by clicking on the link above.

Le 19 août 2020, Abdulfatah Hamdallah du Soudan a été retrouvé mort sur la plage de Sangatte, près de Calais. Pendant la nuit, il avait tenté de traverser la Manche vers le Royaume-Uni en utilisant un jouet de plage gonflable et une pelle comme rame improvisée. La ministre de l’Intérieur, Priti Patel (GB) a accusé “d’odieuses bandes criminelles et des passeurs qui exploitent des personnes vulnérables” comme étant responsables de sa mort, bien qu’aucun passeur ne soit impliqué. En le décrivant, lui et d’autres personnes traversant comme des victimes de réseaux criminels cupides de trafiquants, elle espérait justifier la sécurisation et la militarisation accrues de la Manche. Ces mesures, présentées comme nécessaires pour les “stopper”, sont en fait à l’origine des raisons pour lesquelles tant de personnes entreprennent actuellement ce voyage, et sont la cause principale des dangers mortels auxquels elles sont confrontées en cours de route.

La sécurisation des frontières britanniques : fabrication d’une crise

En décembre 2018, le gouvernement britannique a parlé d’un “incident majeur” lorsque plus de 200 personnes ont traversé la Manche dans de petites embarcations au cours des deux mois précédents. Jusqu’à présent, en 2020, on estime que 6 000 voyageurs illégaux ont atteint le Royaume-Uni de cette façon, 98 % d’entre eux ayant demandé l’asile. Le 7 août, la ministre de l’Intérieur a annoncé son intention de “rendre cette route non viable” en “commençant par empêcher les bateaux de quitter la France” et en “interceptant les bateaux et en renvoyant ceux qui tentent de faire la traversée“.

Ce projet s’est principalement révélé au travers de la militarisation indéniable de la Manche sous la direction de l’ex-Marine Dan O’Mahoney dans sa nouvelle fonction de Commandant de la Menace Clandestine de la Manche (Clandestine Channel Threat Commander). Une flotte de patrouilleurs côtiers et de vaisseaux patrouilleurs de douane de la Force frontalière coordonne actuellement ses activités avec celles de ses homologues français et des garde-côtes nationaux des deux côtés de la Manche pour intercepter les bateaux des migrants dès que possible. Des navires de guerre de la marine française ont été déployés tandis que la Marine royale et la Force frontalière mènent des exercices d’entraînement conjoints. Des drones de la société privée de défense Tekever (bientôt remplacée par Elbit) et du ministère de la Défense assurent une surveillance aérienne constante parallèlement aux sorties des avions de la Royal Air Force. En plus de localiser les bateaux qui sont en nécessité d’être secourus, une vidéo publicitaire du ministère de l’Intérieur montre que les images capturées par ces drones sont utilisées pour criminaliser les demandeurs d’asile et condamner les voyageurs qui pilotent leurs bateaux pour “faciliter l’entrée illégale”.

Les récents efforts du Royaume-Uni ne mettront pas fin aux voyages non autorisés sur de petites embarcations et en fait, les arrivées ont augmenté au cours des mois d’août et septembre 2020. Alors qu’un plan d’action conjoint pour 2019 promettait 3,2 millions de £ pour l’équipement et les technologies de sécurité pour les patrouilles en mer le long des côtes françaises, la France aurait réclamé 30 millions de £ supplémentaires au Royaume-Uni. Ceci pour que sa police intercepte les personnes prêtes à embarquer alors qu’elles se trouvent encore à terre en coopération plus étroite avec les moyens de surveillance aérienne britanniques. Si cette demande était acceptée, ce serait une nouvelle étape dans la longue histoire de l’exportation de la police des frontières britannique vers la France en échange d’un financement. Stratégie qui ironiquement a été à l’origine de la “crise” même des passages de petites embarcations que l’on connaît aujourd’hui.

Au cours des dernières décennies grâce à des dépenses de plus de 315,9 millions de £ entre 2010 et 2016 et de plus de 45 millions de £ depuis la signature du traité de Sandhurst en 2018, la frontière britannique externalisée dans le nord de la France a été de plus en plus sécurisée. Cet argent a permis de financer des kilomètres de murs et de clôtures autour de la ville, de l’autoroute, du port de ferries et d’Eurotunnel, ainsi que de nouveaux capteurs et de nouvelles technologies de surveillance pour détecter les personnes se cachant dans des camions ou à bord de trains – principaux moyens utilisés par les gens pour traverser clandestinement la frontière.Il sert également à financer plus d’un millier de policiers anti-émeutes français stationnés en permanence à Calais. En plus de patrouiller dans le périmètre du port, ces policiers commettent quotidiennement des actes de harcèlement et de violence contre les migrants, expulsant et détruisant constamment leurs squats et leurs camps de fortune. Ces attaques manifestes des autorités, se combinent avec le refus systématique de produits de première nécessité tels que logement, nourriture, produits d’hygiène, installations de lavage et même de vêtements dans le but de dissuader les gens de se rendre ou de rester à Calais pour tenter d’atteindre le Royaume-Uni.

En outre, dans le but de réduire le nombre de migrants qui se lancent dans des voyages maritimes, les organisations Calais Migrant Solidarity et Human Rights Observers observent que la police française confisque ou détruit régulièrement des bateaux, gilets de sauvetage et autres équipements de sécurité maritime de tous les migrants qu’elle arrête à Calais. Les autorités locales ont également sévèrement restreint la vente de ces articles à toute personne sans pièce d’identité valide, exigeant que les coordonnées des acheteurs soient enregistrées. Ces mesures n’empêchent pas les traversées par bateaux, mais les rendent juste plus dangereuses et contribuent à des décès à la frontière, les gens partant sans être préparés ou essayant même de nager. Elles créent également un marché lucratif pour les passeurs. Loin d’empêcher le passage des embarcations, de sauver des vies ou de mettre fin à l’exploitation, cette sécurisation des frontières à Calais a eu l’effet inverse.

Ferries not Fences (Authors’ photograph)

La libre circulation, pas desroutes sûres et légales”

Alors que, dans un effort d’apaiser l’extrême droite et de projeter une image de “reprise du contrôle de nos frontières”, la ministère de l’Intérieur vise à rendre non viables les traversées en petits bateaux dans la Manche, les groupes de défense des droits des migrants et les organisations humanitaires nous demandent de les rendre en fait inutiles. Selon eux, la mort d’Abdulfatah illustre le besoin urgent d’établir des “itinéraires sûrs et légaux” pour que les demandeurs d’asile puissent atteindre le Royaume-Uni sans avoir à risquer leur vie ou à compter sur des passeurs pour le faire. En pratique, cette proposition pourrait voir la création de centres en France pour les personnes qui demandent l’asile et s’inscrivent pour réinstallation ou regroupement familial au Royaume-Uni. En cas de succès, ces personnes seraient autorisées à entrer dans le pays (R-U). Ce serait une alternative à l’obligation d’être présent sur le territoire britannique avant de demander l’asile, principale raison du franchissement irrégulier des frontières.

Si ces “itinéraires sûrs” modifieraient certainement les situations actuelles (ils seraient examinés par le ministère de l’Intérieur actuellement), ils ne remettraient pas nécessairement en question le régime frontalier existant et pourraient même le renforcer. Des programmes de réinstallation externes font déjà partie de la politique frontalière du Royaume-Uni (et de l’UE). Pourtant, ils n’aboutissent généralement qu’à un nombre infime de transferts réussis, tandis que la majorité des personnes se retrouvent dans des conditions de vie désastreuses dans des camps de réfugiés, attendant des années que des décisions soient prises. En outre, les programmes de réinstallation externe maintiennent le pouvoir discrétionnaire de l’État de décider qui mérite d’être protégé, en retirant aux réfugiés le droit de rechercher la sécurité dont ils ont besoin. Les candidats à la réinstallation doivent se présenter comme des victimes parfaites, en s’adaptant aux récits préétablis de persécution personnelle et en contestant les hypothèses sur la sécurité de leur “pays d’origine”. Cependant, le problème central des programmes de réinstallation est, qu’ils accompagnent habituellement d’autres politiques d’externalisation et de sécurisation des frontières et contribuent ainsi à délégitimer et à criminaliser toute personne qui traverse les frontières de manière autonome pour rechercher la sécurité, les qualifiant de “faux” réfugiés avec pour objectif d’abuser de l’hospitalité des États d’arrivée.

Les “routes sûres et légales” et le renforcement de la police des frontières apparaissent comme des positions opposées dans un débat sur les frontières et les droits humains, mais ce sont en réalité les deux faces d’une même médaille. Theresa May l’a clairement exprimé dans un discours prononcé en 2015 en tant que ministre de l’Intérieur, lorsqu’elle a décrit la politique frontalière britannique comme “Humaine pour ceux qui ont besoin de notre aide, dure pour ceux qui en abusent”.

Il est urgent d’adopter un cadre différent pour le travail de sensibilisation : un narratif qui ne traite pas les personnes qui traversent la Manche comme des victimes ou des criminels, mais qui reconnaisse que leurs voyages et leurs trajets subvertissent et résistent à la sécurisation croissante qui définit la politique frontalière britannique depuis des décennies. Le défi consiste à poursuivre la dénonciation de la violence et l’injustice de la frontière externalisée du Royaume-Uni sans lui offrir par inadvertance des possibilités de persister sous de nouvelles formes. Être solidaire des migrants de Calais et de la Manche, c’est exiger rien de moins que l’abolition de cette frontière, et la libre circulation pour tous.

CRA, l’enfermement ne s’arrete pas // CRA the imprisonment goes on: LGBTQI+ folk locked in

ENGLISH BELOW

Malgré les nombreuses restrictions post COVID encore existantes en France aussi bien que pour celleux qui souhaitent voyager ailleurs, pas de quoi arrêter la machine à enfermer, à peine ralentie par la crise sanitaire.

Suite à quelques importantes expulsions de lieux de vie, de nombreuses personnes ayant “refusé” la “mise à l’abri” en bus vers des destinations inconnues et lointaines, ont été arretées. Si la majorité s’en est sortie “juste” avec une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF) contestable sous 48h (pas très réaliste vu les conditions de vie et l’état des services accessibles), d’autres ont été enfermées dans le centre de retention de Coquelles.

Ce CRA, à deux pas du Centre Commercial “La Cité Europe” (eh oui, eh oui), coincée entre un supermarché et les grilles laissant entrevoir le quai où passent les voitures prenant l’EuroTunnel, avant de monter dans les navettes.

D’autres personnes qui “séjournent” actuellement dans le centre, y ont été transférées depuis des centres voisins, ou des prison après y avoir passé du temps, ou encore arrêtées à la frontiere, car leur papiers n’était pas là, ou alors pas suffisants pour la franchir.
Comme si être enfermées ne suffisait pas, la peur d’être expulsées par des vols internationaux pourtant  toujours inexistants ou insuffisants s’ajoute à la précarité et au temps supplémentaire à passer dans le centre.

Parmi elles, une personne ayant du fuir son pays parce que homosexuelle.

Chanteur dans un groupe qui commence à avoir du succès, il est homosexuel. La situation et l’endroit où il vit, sa famille et son entourage, font qu’il ne peut pas en parler.

 

Seulement voilà, tout se sait ! Les membres de son groupe le découvrent, le battent et rendent public son orientation sexuelle. Il est persécuté et violenté physiquement et psychologiquement, même par sa propre famille. Tout cela, l’a amené à quitter son pays.

Actuellement placé en rétention au centre de rétention administrative de Coquelles, le juge des libertés et de la détention a ordonné la prolongation de la rétention (+28jours) malgré un problème de traduction signalé par l’intéressé. L’appel a été rejeté et le tribunal administratif n’a pas suspendu l’obligation de quitter le territoire français. Depuis, à l’intérieur du CRA, il a effectué une demande d’asile.


Des courriers sont envoyés en préfecture, afin de demander sa libération et d’appuyer sa demande d’asile. Des associations de bénévoles et de militant-es ont été averties ainsi que plusieurs partis politiques.

Plus d’info, et pour en savoir plus, nous relayons un communiqué ecrit par ses soutiens proches, lisible ici: Texte du communiqué

Que faire?


STOP A TOUTES LES DEPORTATIONS ET A TOUTES LES DETENTIONS!

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Despite the numerous post-COVID restrictions still in place in France as well as for those who wish to travel elsewhere, there is no stopping the locking machine, barely slowed down by the health crisis.

Following some important evictions, many people who “refused” the “sheltering” by bus to unknown and far away destinations, have been arrested. If the majority of them “just” got out with a questionable Obligation to Leave French Territory (OQTF) within 48 hours (not very realistic given the living conditions and the state of accessible services), others were locked up in the detention center of Coquelles.

This CRA, a stone’s throw away from the “La Cité Europe” shopping center (yes, yes), wedged between a supermarket and the gates gives a glimpse of the quay where cars taking the EuroTunnel pass by, before boarding the shuttles.

Other people who are currently “staying” in the center, have been transferred there from neighboring centers, or from prison after spending time there. Or even stopped at the border, because their papers were not there, or not enough to cross it.
If being locked up was not enough, the fear of being deported, but with international flights still non-existent or insufficient, added to the precariousness and the extra time to spend in the center.

Among them, one person had to flee his country because he is homosexual.

Singer in a group that is beginning to be successful, he is homosexual. The situation and the place where he lives, his family and his entourage, make it impossible for him to talk about it.

Only then, everything is known! The members of his group find out, beat him up and make public his sexual orientation. He is persecuted and physically abused, and psychologically, even by his own family. All this led him to leave his country.

Currently placed in detention at the administrative detention center of In Coquelles, the liberty and detention judge ordered the extension of the detention (+28 days) despite a translation problem reported by the person concerned. The appeal was rejected and the administrative court did not suspend the obligation to leave French territory. He has since applied for asylum within the CRA.


Letters are sent to the prefecture to request his release and to support his claim for asylum. Voluntary and activist associations were notified as well as several political parties.

For more info, we are relaying a press release written by his close supporters, that can be found here (in French).

What to do?

  • Lobbying the government:
    • sec.immigration@interieur.gouv.fr, 01 49 27 49 27
    • premier-ministre@pm.gouv.fr
  • Call the Prefect of Pas-de-Calais to ask her to cancel all OQTFs, as well as her decision to expel the person:
    • carole.servranckx@pas-de-calais.gouv.fr
    • michel.tournaire@pas-de-calais.gouv.fr
    • prefecture@pas-de-calais.gouv.fr
    • louis.le-franc@pas-de-calais.gouv.fr
  • Secretary to the Prime Minister for Gender Equality:
    • sec.marlene.schiappa@pm.gouv.fr

STOP ALL DEPORTATIONS AND DETENTIONS!

S’en débarrasser : le Royaume Uni se précipite pour expulser par vols charters les personnes qui traversent la Manche

Un rapport collaboratif de Corporate Watch et d’autres amis

Attention: ce document contient des récits de violence, tentatives de suicide et automutilation.

Le Royaume Uni s’attache à particulièrement réprimer les migrants traversant la Manche dans de petites embarcations, répondant comme toujours à la panique propagée par les tabloïds britanniques. Une partie de sa stratégie consiste en une nouvelle vague d’expulsions massives : des vols charters, ciblant spécifiquement les personnes traversant la Manche, vers la France, l’Allemagne et l’Espagne.

Deux vols ont eu lieu jusqu’à présent, les 12 et 26 août. Le prochain est prévu pour le 3 septembre. Les deux vols récents ont fait escale à la fois en Allemagne (Düsseldorf) et en France (Toulouse le 12, Clermont-Ferrand le 26). Un autre vol était prévu pour l’Espagne le 27 août – mais il a été annulé après que les avocat-es aient réussi à faire descendre tout le monde de l’avion.

Menées à la hâte par un Home Office en panique, ces déportations massives ont été particulièrement brutales, et ont pu impliquer de graves irrégularités juridiques. Ce rapport résume ce que nous savons jusqu’à présent après avoir parlé à un certain nombre de personnes expulsées et à d’autres sources. Il couvre :

  • Le contexte : Les traversées en bateau de Calais et l’accord entre le Royaume-Uni et la France pour les faire cesser.
  • Au Royaume-Uni : Yarl’s Wood reconverti en centre de traitement de personnes traversant la Manche ; Britannia Hotels ; le centre de détention de Brook House, toujours aussi brutal.
  • Les vols : Calendrier détaillé du charter du 26 août vers Düsseldorf et Clermont-Ferrand.
  • Qui est à bord du vol : Les personnes réfugiées, y compris des mineurs et des personnes torturées.
  • Délaissé à l’arrivée : Les personnes arrivant en Allemagne et en France qui n’ont pas la possibilité de demander l’asile se voient délivrer immédiatement des documents d’expulsion.
  • Les questions juridiques : Utilisation du règlement Dublin III pour se soustraire de la responsabilité à l’égard des réfugiés.
  • Est-ce illégal?: la précipitation du processus entraîne de nombreuses irrégularités.

“cette nuit-là, huit personnes se sont automutilées”

Cette nuit-là avant le vol (25 août), lorsque nous étions enfermés dans nos chambres et que j’ai appris que j’avais perdu en appel, j’étais désespéré. J’ai commencé à me mutiler. Je n’étais pas le seule. Huit personnes se sont automutilées ou ont tenté de se suicider plutôt que d’être emmenées dans cet avion. Un homme s’est jeté une bouilloire d’eau bouillante sur lui-même. Un homme a essayé de se pendre avec le câble de télé dans sa chambre. Trois d’entre nous ont été emmenés à l’hôpital, mais renvoyés au centre de détention après quelques heures. Les cinq autres ont été emmenés à l’infirmerie de Brook House où on leur a mis des pansements. Vers 5 heures du matin, ils sont venus dans ma chambre, des gardes avec des boucliers anti-émeutes. Sur le chemin pour aller au van, ils m’ont fait traverser une sorte de couloir rempli de gens – gardes, directeurs, fonctionnaires du Home Office. Ils ont tous regardé pendant qu’un médecin m’examinait, puis le médecin a dit : “oui, il est apte à voler”. Dans l’avion, plus tard, j’ai vu un homme très gravement blessé, du sang dégoulinant de sa tête et sur ses vêtements. Il n’avait pas seulement essayé d’arrêter le vol, il voulait vraiment se tuer. Il a été emmené en Allemagne.


Témoignage d’une personne déportée.

Le contexte : les bateaux et les accords


Le Pluvier patrouillant les côtes françaises.

Depuis les années 1990, des dizaines de milliers de personnes fuyant la guerre, la répression et la pauvreté ont franchi le “court détroit” entre Calais et Dover. Jusqu’en 2018, les personnes sans papiers qui tentaient de traverser la Manche le faisaient principalement en montant dans des camions ou des trains passant par le tunnel sous la Manche. Les systèmes de sécurité autour des parkings de camions, du tunnel et de l’autoroute ont été massivement renforcés après l’expulsion de la grande jungle en 2016. Cela a obligé les gens à chercher d’autres itinéraires, toujours plus dangereux, y compris en traversant l’une des voies navigables les plus fréquentées du monde à bord de petits bateaux. Environ 300 personnes ont emprunté cet itinéraire en 2018, 2000 autres en 2019 – et, selon les rapports, plus de 5000 personnes entre janvier et août 2020.

Ces passages ont été relayés par les médias britanniques lors de leur dernière vague de publications xénophobiques et alarmistes. Le schéma n’est que trop familier depuis le camp Sangatte en 1999 : les médias de droite (le plus célèbre étant le Daily Mail, mais aussi d’autres) diffusent des articles abusifs sur les dangereux “illégaux” qui déferleraient à travers la Manche ; et le gouvernement britannique répond par des promesses de répression.

Renforcé par le Brexit, les mesures et annonces récentes comprennent:

Les mesures concrètes se font encore attendre, mais les évolutions notables jusqu’à présent sont les suivantes :

Pour l’instant, du moins, les gouvernements respectent leurs obligations légales minimales en matière de protection de la vie en mer. Et il n’y a pas eu de preuves de “push backs” (refoulement) ou de “pull backs” illégaux : où, de force, soit des bateaux britanniques “poussent”, soit des bateaux français “tirent” des bateaux vers l’un ou l’autre côté de la frontière. Lorsque ces bateaux sont interceptés dans les eaux françaises, les voyageurs sont ramenés en France. S’ils parviennent à entrer dans les eaux britanniques, la police aux frontières britannique les récupère et les débarque à Douvres. Ils peuvent alors demander l’asile au Royaume-Uni.

Il n’y a pas de différence juridique entre demander l’asile après être arrivé par bateau, par avion ou de toute autre manière. Cependant, ces personnes traversant par petits bateaux ont été ciblées par le gouvernement pour être traitées d’une manière spéciale, semble-t-il conçue pour leur refuser le droit d’asile au Royaume-Uni.

Une fois que les personnes sont à terre et en sécurité, le deuxième volet de la stratégie de Priti Patel visant à rendre cette voie non viable entre en jeu : systématiquement faire obstacle à leur demande d’asile et, si possible, les expulser vers la France ou d’autres pays européens. En pratique, il est impossible pour le Home Office d’expulser toutes les personnes qui réussissent à traverser. Il s’agit plutôt, comme dans la grande majorité des politiques d’immigration, de faire preuve de fermeté avec un spectacle de mise en vigueur – non seulement pour tenter de dissuader d’autres arrivant-es, mais peut-être surtout pour se mettre en scène devant les principaux médias.

C’est là qu’intervient la nouvelle vague de vols charter. Les expulsions nécessitent la coopération du pays de destination, et le premier vol a eu lieu le 12 août en plein milieu des négociations franco-britanniques. Plus récemment, ces vols ont alimenté un nouveau spectacle médiatique au Royaume-Uni : le Home Office s’en prend aux “avocats militants” qui font leur travail en contestant les principales failles juridiques de ces renvois précipités.

Le Home Office a tenté de présenter ces vols d’expulsion comme une réponse immédiate et forte aux traversées de la Manche. Le message est le suivant: si vous traversez la Manche, vous serez de retour dans les jours qui suivent. Là encore, il s’agit plus de spectacle que de réalité. Toutes les personnes que nous connaissons sur ces vols étaient au Royaume-Uni plusieurs mois avant d’être expulsées.

Au Royaume-Uni : Yarl’s Wood réaffecté

Une fois à terre en Angleterre, les personnes sont emmenées à l’un des deux endroits suivants : soit la Kent Intake Unit (Unité d’admission du Kent), qui est un centre de détention du ministère de l’intérieur (c’est-à-dire un petit complexe de cellules préfabriquées) dans les docks à l’est du port de Douvres ; soit le poste de police de Douvres. Ce poste de police semble être de plus en plus l’endroit principal, car la petite “unité d’admission” est souvent pleine. Il y avait autrefois un centre de détention à Douvres où étaient détenus les nouveaux arrivants, qui était connu pour son état de délabrement, mais a été fermé en octobre 2015.

Les personnes sont généralement détenues au poste de police pendant une journée maximum. La destination suivante est généralement Yarl’s Wood, le centre de détention du Bedfordshire géré par Serco. Il s’agissait, jusqu’à récemment, d’un centre de détention à long terme qui accueillait principalement des femmes. Cependant, le 18 août, le ministère de l’intérieur a annoncé que Yarl’s Wood avait été réaménagé en “centre de détention de courte durée” (Short Term Holding Facility – SHTF) pour traiter spécifiquement les personnes qui ont traversé la Manche. Les personnes ne restent généralement que quelques jours – le séjour maximum légal pour un centre de “courte durée” est de sept jours.

Yarl’s Wood a une capacité normale de 410 prisonniers. Selon des sources à Yarl’s Wood :

La semaine dernière, c’était presque plein avec plus de 350 personnes détenues. Quelques jours plus tard, ce nombre était tombé à 150, ce qui montre la rapidité avec laquelle les gens passent par le centre. Mardi 25 août, il n’y avait plus personne dans le centre ! Il semble probable que les chiffres fluctueront en fonction des traversées de la Manche.”

La même source ajoute :

“Il y a des inquiétudes concernant l’accès à l’aide juridique à Yarl’s Wood. La réglementation relative aux centres de détention provisoire n’exige pas que des conseils juridiques soient disponibles sur place (à Manchester, par exemple, il n’y a pas d’avocats de garde). Apparemment, le roulement des avocats de garde se poursuit à Yarl’s Wood pour l’instant. Mais la rapidité avec laquelle les personnes sont traitées maintenant signifie qu’il est pratiquement impossible de s’inscrire et d’obtenir un rendez-vous avec l’avocat de garde avant d’être transféré”.

Le ministère de l’Intérieur mène les premiers entretiens d’évaluation des demandeurs d’asile pendant qu’ils sont à Yarl’s Wood. Ces entretiens se font parfois en personne, ou parfois par téléphone.

C’est un moment crucial, car ce premier entretien détermine les chances de nombreuses personnes de demander l’asile au Royaume-Uni. Le ministère de l’intérieur utilise les informations issues de cet entretien pour expulser les personnes qui traversent la Manche vers la France et l’Allemagne en vertu du règlement Dublin III. Il s’agit d’une législation de l’Union Européenne (UE) qui permet aux gouvernements de transférer la responsabilité de l’évaluation de la demande d’asile d’une personne vers un autre État. Autrement dit, le Royaume-Uni ne commence même pas à examiner les demandes d’asile des personnes.

D’après ce que nous avons vu, beaucoup de ces évaluations de Dublin III ont été faites de manière précipitée et irrégulière. Elles se sont souvent appuyées sur de faibles preuves circonstancielles. Peu de personnes ont eu la possibilité d’obtenir des conseils juridiques, ou même des interprètes pour expliquer le processus.

Nous abordons Dublin III et les questions soulevées ci-dessous dans la section “Cadre juridique”.

Au Royaume-Uni : les pires hôtels britanniques

De Yarl’s Wood, les personnes à qui nous avons parlé ont été libérées sous caution (elles devaient respecter des conditions spécifiques aux personnes immigrées) dans des hébergement pour demandeurs d’asile. Dans un premier temps, cet hébergement signifie un hôtel à bas prix. En raison de l’épidémie du COVID-19, le Home Office a ordonné aux entreprises sous-traitantes (Mears, Serco) qui administrent habituellement les centres d’accueil pour demandeurs d’asile de fermer leurs places d’hébergement et d’envoyer les personnes à l’hôtel. Cette décision est loin d’être claire, du fait que de nombreux indicateurs suggèrent que les hôtels sont bien pires en ce qui concerne la propagation du COVID. Le résultat de cette politique s’est déjà avéré fatal – voir la mort d’Adnan Olbeh à l’hôtel Glasgow en avril.

Peut-être le gouvernement essaie de soutenir des chaînes telles que Britannia Hotels, classée depuis sept ans à la suite comme la “pire chaîne d’hôtel britannique” par le magazine des consommateurs Which?. Plusieurs personnes envoyées par charter avaient été placées dans des hôtels Britannia. Le principal propriétaire de cette chaîne, le multi-millionnaire Alex Langsam, a été surnommé « le roi de l’asile » par les médias britanniques après avoir remporté précédemment à l’aide de ses taudis d’autres contrats pour l’hébergement des demandeurs d’asile.

Certaines des personnes déportées à qui nous avons parlé sont restées dans ce genre d’hôtels plusieurs semaines avant d’être envoyées dans des lieux de “dispersion des demandeurs d’asile” – des logements partagés situés dans les quartiers les plus pauvres de villes très éloignées de Londres. D’autres ont été mises dans l’avion directement depuis les hôtels.

Dans les deux cas, la procédure habituelle est le raid matinal : Des équipes de mise-en-œuvre de l’immigration (Immigration Enforcement squads) arrachent les gens de leur lit à l’aube. Comme les personnes sont dans des hôtels qui collaborent ou assignées à des maisons, il est facile de les trouver et de les arrêter quand elles sont les prochains sur la liste des déportations.

Après l’arrestation, les personnes ont été amenées aux principaux centres de détention près de Heathrow (Colnbrook et Harmondsworth) ou Gatwick (particulièrement Brook House). Quelques-unes ont d’abord été gardées au commissariat ou en détention pour des séjours de court terme pendant quelques heures ou quelques jours.

Tous ceux à qui nous avons parlé ont finalement terminé à Brook House, un des deux centres de détention de Gatwick.

« ils sont venus avec les boucliers »

Une nuit, à Brook House, après que quelqu’un se soit mutilé, ils ont enfermé tout le monde. Un homme a paniqué et a commencé à crier en demandant aux gardes « S’il vous plaît, ouvrez la porte ». Mais il ne parlait pas bien anglais et criait en arabe. Il a dit : « Si vous n’ouvrez pas la porte je vais faire bouillir de l’eau dans ma bouilloire et me la verser sur le visage ». Mais ils ne l’ont pas compris, ils pensaient qu’il était en train de les menacer et qu’il était en train de dire qu’il allait jeter l’eau bouillante sur eux. Alors ils sont arrivés avec leurs boucliers, ils l’ont jeté hors de sa cellule et ils l’ont mis en isolement. Quand ils l’ont mis là-bas, ils lui ont donné des coups et ils l’ont battu, ils ont dit : « Ne nous menace plus jamais ».


Témoignage d’une personne déportéé.

Gardes de Brook House en tenue anti-émeute se tenant prêts à extraire une personne de sa cellule. (BBC Panorama, 2018)

Brook House

Brook House reste tristement célèbre après les révélations d’un lanceur d’alerte sur les brutalités quotidiennes et les humiliations commises par les gardes qui travaillent pour G4S. Leur contrat a depuis été repris par la branche emprisonnement de Mitie – dont la devise est « Care and Custody, a Mitie company » (traduction : «  Soins et détention, une entreprise Mitie »). Probablement que beaucoup des mêmes gardes sont simplement passés d’une entreprise à l’autre.

Dans tous les cas, d’après ce que les personnes déportées nous ont dit, pas grand chose n’a changé à Brook House – le vice et la violence des gardes restent la norme. Les histoires rapportées ici en donnent juste quelques exemples. Vous pouvez lire davantage dans les récents témoignages de personnes détenues sur le blog Detained Voices.

« ils s’assurent juste que tu ne meures pas devant eux »

J’étais dans ma cellule à Brook House seul depuis 12 jours, je ne pouvais ni manger ni boire, juste penser, penser à ma situation. J’ai demandé un docteur peut-être dix fois. Ils sont venus plusieurs fois, ils ont pris mon sang, mais ils n’ont rien fait d’autre. Ils s’en foutent de ta santé ou de ta santé mentale. Ils ont juste peur que tu meures là. Ils s’en foutent de ce qui t’arrive du moment que tu ne meures pas devant leurs yeux. Et ça n’a pas d’importance pour eux si tu meurs ailleurs.

Témoignage d’une personne déportée.

Préparation des vols

Le Home Office délivre des papiers appelés « Instructions d’expulsion » (« Removal Directions » – Rds) aux personnes qu’ils ont l’intention de déporter. Y sont stipulés la destination et le jour du vol. Les personnes qui sont déjà en détention doivent recevoir ce papier au moins 72 heures à l’avance, incluant deux jours ouvrés, afin de leur permettre de faire un ultime appel de la décision.

Voir Right to Remain toolkit pour des informations détaillés sur les délais légaux et sur les procédures d’appel.

Tous les vols de déportation du Royaume Uni, les tickets qu’ils soient pour un avion de ligne régulier ou un vol charter sont réservés via une agence de voyage privée appelée Carlson Wagonlit Travel (CWT). La principale compagnie aérienne utilisée par le Home Office pour les vols charter est la compagnie de charter qui s’appelle Titan Airways.

Voir 2018 Corporate Watch report pour les informations détaillées sur les procédures de vols charter et les compagnies impliquées. Et la mise-à-jour de 2020 sur les déportations en général.

Concernant le vol du 12 août, des recours légaux ont réussi à faire sortir 19 personnes de l’avion qui avaient des Instructions d’expulsion ( Rds ). Cependant, le Home Office les a remplacées par 14 autres personnes qui étaient sur la « liste d’attente ». Les avocats suspectent que ces 14 personnes n’ont pas eu suffisamment accès à leur droit à être représentés par un-e avocat-e avant le vol, ce qui a permis qu’elles soient expulsés.

Parmi les 19 personnes dont les avocat.es ont réussi à empêcher l’expulsion prévue, 12 ont finalement été déportées par le vol charter du 26 août : 6 personnes envoyées à Dusseldorf en Allemagne et 6 autres à Clermont-Ferrand en France.

Un autre vol a été programmé le 27 août pour l’Espagne. Cependant les avocat-es ont réussi à faire retirer tout le monde, et le Home Office a annulé le vol. L’administration anglaise (Whitehall) a dit dans les médias:le taux d’attrition juridique a été de 100 % pour ce vol en raison des obstacles sans précédent et organisés que trois cabinets d’avocats ont imposés au gouvernement.” Il y a donc de fortes chances que Home Office mettra tous ses moyens à disposition pour continuer à expulser ces personnes lors de prochains vols charters.


Le « Livret d’information des vols charters » de Home Office. Le seul passage souligné notifie aux expulsés dont les mains sont menottées à la ceinture qu’ils sont susceptibles de recevoir une amende s’ils enlèvent leur masque.

Qui a été expulsé?

L’ensemble des personnes expulsées par avion sont des personnes réfugiées qui ont déposé leur demande d’asile au Royaume-Uni immédiatement après leur arrivée à Dover. La une des médias expose les personnes expulsées comme « de dangereux criminels », mais aucune d’entre elles n’a fait l’objet de poursuites.

Ils viennent de différents pays dont l’Irak, le Yemen, le Soudan, la Syrie, l’Afghanistan et le Koweit. (Dix autres Yéménis devaient être expulsés par le vol annulé pour l’Espagne. Au mois de juin, le gouvernement du Royaume-Uni a annoncé la reprise des accords commerciaux de vente d’armes avec l’Arabie Saoudite qui les utilise dans des bombardements au Yemen qui ont déjà coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes).

Toutes ces personnes craignent à raison des persécution dans leurs pays d’origine – où les abus des Droits de l’Homme sont nombreux et ont été largement documentés. Au moins plusieurs des personnes expulsées ont survécu à la torture, ce qui a été documenté par le Home Office lui-même lors d’entretiens.

Parmi eux, un mineur âgé de moins de 18 ans a été enregistré par le Home Office comme ayant 25 ans – alors même qu’ils étaient en possession de son passeport prouvant son âge réel. Les mineurs isolés ne devraient légalement pas être traités avec la procédure Dublin III, et encore moins être placés en détention et être expulsés.

Beaucoup de ces personnes, si ce ne sont toutes, ont des ami-es et de la famille au Royaume-Uni.

Aucune de leurs demandes d’asile n’a été évaluée – toutes ont été refusées dans le cadre de la procédure Dublin III (cf. Cadre Légal plus bas).

Chronologie du vol du 26 août

Nuit du 25 août: Huit des personnes en attente de leur expulsion se mutilent ou tentent de se suicider. D’autres personnes font une grève de la faim depuis plus d’une semaine. Trois d’entre elles sont amenées à l’hôpital, hâtivement prises en charge pour qu’elles puissent être placées dans l’avion. Cinq autres se sont simplement vus délivrer quelques compresses au service des soins du centre de détention de Brook House. (cf. le témoignage ci-dessus)

26 août, vers 4 heure du matin: Les gardiens récupèrent les personnes expulsables dans leurs cellules. Il y a de nombreux témoignages de violence : trois ou quatre gardiens en tenue anti-émeute avec casques et boucliers s’introduisent dans les cellules et tabassent les détenus à la moindre résistance.

vers 4 heure du matin: Les détenus blessés sont amenés par les gardiens pour être examinés par un médecin dans un couloir, face aux fonctionnaires, et sont jugés « apte à prendre l’avion ».

vers 5 heure du matin: Les détenus sont amenés un par un dans les fourgons. Chacun est placé dans un fourgon séparé, entouré de quatre gardiens. Les fourgons portent le logo de l’entreprise Mitie « Care and Custody ». Les détenus sont gardés dans les fourgons le temps de faire monter tout le monde, ce qui prend une à deux heures.

vers 6 heure du matin: Les fourgons vont du centre de détention de Brook House (près de l’Aéroport Gatwick) à l’Aéroport Stansted et entrent directement dans la zone réservée aux vols charters. Les détenus sont sortis un par un des fourgons vers l’avion de la compagnie aérienne Titan. Il s’agit d’un avion Airbus A321-211, avec le numéro d’enregistrement G-POWU, au caractère anonyme, qui ne porte aucun signe distinctif de la compagnie aérienne. Les détenus sont escortés en haut des escaliers avec un gardien de chaque côté.

Dans l’avion quatre gardiens sont assignés à chaque personne: deux de part et d’autre sur les sièges mitoyens, un sur le siège devant et un sur le siège derrière. Les détenus sont maintenus avec une ceinture de restriction au niveau de leur taille à laquelle sont également attachées leurs mains par des menottes. En plus des 12 détenus et 48 gardiens, il y a des fonctionnaires du Home Office, des managers de Mitie, et deux personnels paramédicaux dans l’avion.

7h58 (BST) : L’avion de la compagnie Titan (dont le numéro de vol est ZT311) décolle de l’Aéroport Stansted.

9h44 (CEST) : Le vol atterrit à Dusseldorf. Six personnes sont sorties de l’avion, laissées aux mains des autorités allemandes.

10h46 (CEST) : L’avion Titan décolle de Dusseldorf pour rejoindre Clermont-Ferrand avec le reste des détenus.

11h59 (CEST): L’avion (dont le numéro de vol est maintenant ZT312) atterrit à l’Aéroport de Clermont-Ferrand Auvergne et les six autres détenus sont débarqués et amenés aux douanes de la Police Aux Frontières (PAF).

12h46 (CEST): L’avion quitte Clermont-Ferrand pour retourner au Royaume-Uni. Il atterrit d’abord à l’Aéroport Gatwick, probablement pour déposer les gardiens et les fonctionnaires, avant de finir sa route à l’Aéroport Stansted où les pilotes achèvent leur journée.


L’avion Airbus A 321-211 G POWU de la compagnie aérienne Titan sur le tarmac à Clermont-Ferrand avant son retour au Royaume-uni et après l’expulsion des personnes en Allemagne et en France, le 26 août 2020

Larguées à destination : l’Allemagne

Ce qu’il est arrivé aux personnes expulsées en Allemagne n’est pas connu, même s’il semblerait qu’il n’y ait pas eu de procédure claire engagée par la police allemande. Un des expulsés nous a rapporté qu’à son arrivée à Dusseldorf, la police allemande lui a donné un billet de train en lui disant de se rendre au bureau de la demande d’asile à Berlin. Une fois là-bas, on lui a dit de retourner dans son pays. Ce à quoi il a répondu qu’il ne pouvait pas y retourner et qu’il n’avait pas non plus d’argent pour rester à Berlin ou voyager dans un autre pays. Le bureau de la demande d’asile a répondu qu’il pouvait dormir dans les rues de Berlin.

Un seul homme a été arrêté à son arrivée. Il s’agit d’une personne qui avait tenté de se suicider la veille en se mutilant à la tête et au coup au rasoir, et qui avait saigné tout au long du vol.

Larguées à destination : la France

Les expulsés ont été transportés à Clermont-Ferrand, une ville située au milieu de la France, à des centaines de kilomètres des centres métropolitains. Dès leur arrivée ils ont été testés pour le COVID par voie nasale et retenus par la PAF pendant que les autorités françaises décidaient de leur sort.

Deux d’entre eux ont été libérés à peu près une heure et demi après, une fois donnés des rendez-vous au cours de la semaine suivante pour faire des demandes d’asile dans des Préfectures de région eloignées de Clermont-Ferrand. Il ne leur a été proposé aucun logement, ni information légale, ni moyen pour se déplacer jusqu’à leurs rendez-vous.

La personne suivante a été libérée environ une heure et demi après eux. Il ne lui a pas été donné de rendez-vous pour demander l’asile, mais il lui a juste été proposé une chambre d’hotel pour quatre nuits.

Pendant le reste de la journée, les trois autres détenus ont été emmenés de l’aéroport au commisariat pour prendre leurs empreintes. On a commencé à les libérer à partir de 18h. Le dernier a été libéré sept heures après que le vol de déportation soit arrivé. La police a attendu que la Préfecture décide de les transférer ou non au Centre de Rétention Administrative (CRA). On ne sait pas si la raison à cela était que le centre le plus proche, à Lyon, était plein.

Cependant, ces personnes n’ont pas été simplement laissées libres. Il leur a été donné des ordres d’expulsion (OQTF: Obligation de quitter le territoire francais) et des interdictions de retour sur le territoire francais (IRTF). Ces document ne leur donnent que48h pour faire appel. Le gouverment britannique a dit que les personnes déportées par avion en France avaient la possibilité de demander l’asile en France. C’est clairement faux.

Pour aller plus loin dans les contradictions bureaucratique, avec les ordres d’expulsion leurs ont été donnés l’ordre de devoir se présenter à la station de police de Clermont-Ferrand tous les jours à dix heures du matin dans les 45 prochains jours (pour potentiellement y être arrêtés et detenus à ces occasions). Ils leur a été dit que si ils ne s’y présentaient pas la police
les considèrerait comme en fuite.

La police a aussi réservé une place dans un hotel à plusieurs kilomètre de l’aéroport pour quatres nuits, mais sans aucune autre information ni aide pour se procurer de quoi s’alimenter. Il ne leur a été fourni aucun moyen de se rendre à cet hôtel et la police a refusé de les aider – disant que leur mission s’arretait à la délivrance de leurs documents d’expulsion.

Après m’avoir donné les papiers d’expulsion, le policier francais a dit
‘Maintenant tu peux aller en Angleterre’.

Temoignage de la personne expulsée

La police aux frontières (PAF) a ignoré la question de la santé et du
bien-être des personnes expulsées qui étaient gardées toute la journée.
Une des personnes était en chaise roulante toute la journée et était
incapable de marcher du fait des blessures profondes à son pied, qu’il
s’était lui même infligées. Il n’a jamais été emmené à l’hôpital malgré les
recommendations du médecin, ni durant la période de détention, ni après
sa libération. En fait, la seule raison à la visite du médecin était initialement d’évaluer s’il était en mesure d’être detenu au cas où la Préfecture le déciderait. La police l’a laissé dans ses vêtements souillés de sang toute la journée et quand ils l’ont libéré il n’avait pas eu de chaussures et pouvait à peine marcher. Ni béquilles, ni aide pour rejoindre l’hotel ne lui ont été donnés par la police. Il a été laissé dans la rue, devant porter toutes ses
affaires dans un sac en plastique du Home Office.

“La nuit la plus dure de ma vie”

Ce fut la nuit la plus dure de ma vie. Mon coeur était brisé si fort que j’ai sérieusement pensé au suicide. J’ai mis le rasoir dans ma bouche pour l’avaler ; j’ai vu ma vie entière passer rapidement jusqu’aux premières heures du jour. Le traitement en détention était très mauvais, humiliant et dégradant. Je me suis haï et je sentais que ma vie était détruite mais au même temps elle était trop précieuse pour la perdre si facilement. J’ai recraché le razoir de ma bouche avant d’être sorti de la chambre où quatre personnes à l’allure impossante, portant la même tenue de CRS et des boucliers de protéction, m’ont violemment emmené dans le grand hall au rez-de-chaussée du centre de détention. J’étais épuisé puisque j’avais fait une grève de la faim depuis plusieurs jours. Dans la chambre à côte de moi un des déportés a essayé de resister et a été battu si sévèrement que du sang a coulé de son nez. Dans le grand hall ils m’ont fouillé avec soin et m’ont escorté jusqu’à la voiture comme un dangerux criminel, deux personnes à ma gauche et à ma droite. Ils ont conduit environ deux heures jusqu’à l’aéroport, il y avait un grand avion sur la piste de décollage. […] A ce moment, j’ai vu mes rêves, mes espoirs, brisés devant moi en entrant dans l’avion.

Temoignage d’une personne déportée (de Detained Voices)
Voiture avec un nouveau logo de Mitie Care and Custody qui a été utilisé pour transférer les detenus de Brook House à l’aéroport de Standsted.

Le cade légal : Dublin III

Ces expulsions se déroulent dans le cadre du règlement Dublin III. Il s’agit de la législation déterminant quel pays européen doit évaluer la demande d’asile d’une personne réfugiée. Cette décision implique un certain nombre de critères, l’un des principaux étant le regroupement familial et l’intérêt supérieur de l’enfant. Un autre critère, dans le cas des personnes franchissant la frontières sans papiers, est le premier pays dans lequel ils entrent « irrégulièrement ». Dans cette loi, ce critère est supposé être moins important que les attaches familiales. Mais il est communément employé par les gouvernements cherchant à rediriger les demandes d’asile à d’autres Etats. Toutes les personnes que nous connaissions sur ces vols étaient « dublinés » car le Royaume-Uni prétendait qu’ils avaient été en France, en Allemagne ou en Espagne.

(Voir : briefing à l’introduction du House of Commons ; Home Office staff handbook (manuel du personnel du ministère de l’intérieur; section Dublin Right to remain .)

En se référant au règlement Dublin, le Royaume-Uni évite d’examiner les cas de demande d’asile. Ces personnes ne sont pas expulsées parce que leur demande d’asile a été refusée. Leurs demandes ne sont simplement jamais examinées. La décision d’appliquer le règlement Dublin est prise après la premier entretien filmé ( à ce jour, au centre de détention de Yarl’s Wood). Comme nous l’avons vu plus haut, peu de personnes sont dans la capacité d’avoir accès à une assistance juridique avant ces entretiens, quelquefois menés par téléphone et sans traduction adéquate.

Avec le Dublin III, le Royaume-Uni doit faire la demande formelle au gouvernement qu’il croit responsable d’examiner la demande d’asile, de reprendre le demandeur et de lui présenter la preuve à savoir pourquoi ce gouvernement devrait en accepter la responsabilité. Généralement, la preuve produite est le fichier des empreintes enregistrées par un autre pays sur la base de données EURODAC, à travers toute l’Europe.

Cependant, lors des récents cas d’expulsion, le Home Office n’a pas toujours produit les empreintes, mais a choisi de se reposer sur de fragiles preuves circonstantielles. Certains pays ont refusé ce type de preuve, d’autres en revanche l’ont accepté, notamment la France.

Il semble y avoir un mode de fonctionnement récurrent dans ces affaires où la France accepte les retours de Dublin III, quand bien même d’autres pays l’ont refusé. Le gouvernement français pourrait avoir été encouragé à accepter les « reprises/retours » fondés sur des preuves fragiles, dans le cadre des récentes négociations américano-britanniques sur la traversée de la Manche (La France aurait apparemment demandé 30 millions de livres pour aider la Grande-Bretagne à rendre la route non viable.)

En théorie, accepter une demande Dublin III signifie que la France (ou tout autre pays) a pris la responsabilité de prendre en charge la demande d’asile d’un individu. Dans la pratique, la plupart des individus arrivés à Clermont-Ferrand le 26 août n’ont pas eu l’opportunité de demander l’asile. A la place, des arrêtés d’expulsion leur ont été adressés, leur ordonnant de quitter la France et l’Europe. On ne leur donne que 48h pour faire appel de l’ordre d’expulsion, sans plus d’information sur le dispositif légal. Ce qui apparaît souvent comme quasi impossible pour une personne venant d’endurer une expulsion forcée et qui pourrait nécessiter des soins médicaux urgents.

Suite au Brexit, le Royaume-Uni ne participera pas plus au Dublin III à partir du 31 décembre 2020. Puisqu’il y a des signataires de cet accord hors Union-Européenne, comme la Suisse et la Norvège, le devenir de ces arrangements est encore flou (comme tout ce qui concerne le Brexit). S’il n’y a d’accord global, le Royaume-Uni devra négocier plusieurs accords bilatéraux avec les pays européens. Le schéma d’expulsion accéléré établi par la France sans processus d’évaluation adéquat de la demande d’asile pourrait être un avant-goût des choses à venir.

Conclusion : expéditif – et illégal?

Évidemment, les expulsions par charter sont l’un des outils les plus manifestement brutaux employés par le régime frontalier du Royaume Uni. Elles impliquent l’emploi d’une violence moralement dévastatrice par le Home Office et ses entrepreneurs ((Mitie, Titan Airways, Britannia Hotels, et les autres) contre des personnes ayant déjà traversé des histoires traumatiques.

Car les récentes expulsions de ceux qui ont traversé la Manche semblent particulièrement expéditives. Des personnes qui ont risqué le vie dans la Manche sont récupérées par une machine destinée à nier leur droit d’asile et à les expulser aussi vite que possible, pour satisfaire le besoin d’une réaction rapide à la dernière panique médiatique. De nouvelles procédures semblent avoir mises en place spontanément par des officiels du Ministère de l’Intérieur ainsi que des accords officieux avec leurs homologues français.

En résultat de ce travail bâclé, il semble y avoir un certain nombre d’irrégularités dans la procédure. Certaines ont déjà été signalées dans des recours juridiques efficaces contre le vol vers l’Espagne du 27 août. La détention et l’expulsion des personnes qui ont traversé la Manche en bateau peut avoir été largement illégale et est susceptible d’être remise en cause plus profondément des deux côtés de la Manche.

Ici, nous résumerons quelques enjeux spécifiques.

  • La nature profondément politique du processus d’expulsion pour ces personnes qui ont fait la traversée sur de petits bateaux, ce qui signifie qu’on leur refuse l’accès à une procédure de demande d’asile évaluée par le Home Office.
  • Les personnes réfugiées incluent des personnes victimes de torture, de trafic humain, aussi bien que des mineurs.
  • Des individus sont détenus, précipités d’entretiens en entretiens, et « dublinés » sans la possibilité d’avoir accès à une assistance juridique et aux informations nécessaires.
  • Afin d’éviter d’avoir à considérer des demandes d’asile, la Grande-Bretagne applique le règlement Dublin III, souvent en employant de faibles preuves circonstancielles – et la France accepte ces demandes, peut-être en conséquence des récentes négociations et arrangements financiers.
  • De nombreuses personnes expulsées ont des attaches familiales au Royaume-Uni, mais le critère primordial du rapprochement familial du rêglement Dublin III est ignoré
  • En acceptant les demandes Dublin, la France prend la responsabilité légale des demandes d’asile. Mais en réalité, elle prive ces personnes de la possibilité de demander l’asile, en leur assignant des papiers d’expulsion.
  • Ces papiers d’expulsions (« Obligation de quitter le territoire français » and « Interdiction de retour sur le territoire français » ou OQTF et IRTF) sont assignées et il n’est possible de faire appel que dans les 48 heures qui suivent. C’est inadéquat pour assurer une procédure correcte, à plus forte raison pour des personnes traumatisées, passées par la détention, l’expulsion, larguées au milieu de nulle part, dans un pays où elles n’ont aucun contact et dont elles ne parlent pas la langue.
  • Tout cela invalide complètement les arguments du Home Office qui soutient que les personnes qu’il expulse peuvent avoir accès à une procédure de demande d’asile équitable en France.

Cast away: the UK’s rushed charter flights to deport Channel crossers

A collaborative report with Corporate Watch and friends

Warning: this document contains accounts of violence, attempted suicides and self harm.

The British government has vowed to clamp down on migrants crossing the Channel in small boats, responding as ever to a tabloid media panic. One part of its strategy is a new wave of mass deportations: charter flights, specifically targeting channel-crossers, to France, Germany and Spain.

There have been two flights so far, on the 12 and 26 August. The next one is planned for 3 September. The two recent flights stopped in both Germany (Duesseldorf) and France (Toulouse on the 12, Clermont-Ferrand on the 26). Another flight was planned to Spain on 27 August – but this was cancelled after lawyers managed to get everyone off the flight.

Carried out in a rush by a panicked Home Office, these mass deportations have been particularly brutal, and may have involved serious legal irregularities. This report summarises what we know so far after talking to a number of the people deported and from other sources. It covers:

  • The context: Calais boat crossings and the UK-France deal to stop them.
  • In the UK: Yarl’s Wood repurposed as Channel-crosser processing centre; Britannia Hotels; Brook House detention centre as brutal as ever.
  • The flights: detailed timeline of the 26 August charter to Dusseldorf and Clermont-Ferrand.
  • Who’s on the flight: refugees including underage minors and torture survivors.
  • Dumped on arrival: people arriving in Germany and France given no opportunity to claim asylum, served with immediate expulsion papers.
  • The legalities: use of the Dublin III regulation to evade responsibility for refugees.
  • Is it illegal?: rushed process leads to numerous irregularities.

“that night, eight people cut themselves”

That night before the flight (25 August), when we were locked in our rooms and I heard that I had lost my appeal, I was desperate. I started to cut myself. I wasn’t the only one. Eight people self-harmed or tried to kill themselves rather than be taken on that plane. One guy threw a kettle of boiling water on himself. One man tried to hang himself with the cable of the TV in his room. Three of us were taken to hospital, but sent back to the detention centre after a few hours. The other five they just took to healthcare [the clinic in Brook House] and bandaged up. About 5 in the morning they came to my room, guards with riot shields. On the way to the van, they led me through a kind of corridor which was full of people – guards, managers, officials from the Home Office. They all watched while a doctor examined me, then the doctor said – ‘yes, he’s fit to fly’. On the plane later I saw one guy hurt really badly, fresh blood on his head and on his clothes. He hadn’t just tried to stop the ticket, he really wanted to kill himself. He was taken to Germany.

Testimony of a deported person.

The context: boats and deals

The Pluvier patrolling the French coast.

Since the 1990s, tens of thousands of people fleeing war, repression and poverty have crossed the “short straits” between Calais and Dover. Until 2018, people without papers attempting to cross the Channel did so mainly by getting into lorries or on trains through the Channel Tunnel. Security systems around the lorry parks, tunnel and highway were escalated massively following the eviction of the big Jungle in 2016. This forced people into seeking other, ever more dangerous, routes – including crossing one of the world’s busiest waterways in small boats. Around 300 people took this route in 2018, a further 2000 in 2019 – and reportedly more than 5,000 people already by August 2020.

These crossings have been seized on by the UK media in their latest fit of xenophobic scaremongering. The pattern is all too familiar since the Sangatte camp of 1999: right-wing media outlets (most infamously the Daily Mail, but also others) push-out stories about dangerous “illegals” swarming across the Channel; the British government responds with clampdown promises.

Further stoked by Brexit, recent measures have included:

The concrete measures are still emerging, but notable developments so far include:

For the moment, at least, the governments are respecting their minimal legal obligations to protect life at sea. And there has not been evidence of illegal “push backs” or “pull backs”: where the British “push” or the French “pull” boats back across the border line by force. When these boats are intercepted in French waters the travellers are taken back to France. If they make it into UK waters, Border Force pick them up and disembark them at Dover. They are then able to claim asylum in the UK.

There is no legal difference in claiming asylum after arriving by boat, on a plane, or any other way. However, these small boat crossers have been singled out by the government to be processed in a special way seemingly designed to deny them the right to asylum in the UK.

Once people are safely on shore the second part of Priti Patel’s strategy to make this route unviable kicks in: systematically obstruct their asylum claims and, where possible, deport them to France or other European countries. In practice, there is no way the Home Office can deport everyone who makes it across. Rather, as with the vast majority of immigration policy, the aim is to display toughness with a spectacle of enforcement – not only in an attempt to deter other arrivals, but perhaps, above all else, to play to key media audiences.

This is where the new wave of charter flights come in. Deportations require cooperation from the destination country, and the first flight took place on 12 August in the midst of the Franco-British negotiations. Most recently, the flights have fed a new media spectacle in the UK: the Home Office attacking “activist lawyers” for doing their job and challenging major legal flaws in these rushed removals.

The Home Office has tried to present these deportation flights as a strong immediate response to the Channel crossings. The message is: if you make it across, you’ll be back again within days. Again, this is more spectacle than reality. All the people we know of on the flights were in the UK for several months before being deported.

In the UK: Yarl’s Wood repurposed

Once on shore people are taken to one of two places: either the Kent Intake Unit, which is a Home Office holding facility (i.e., a small prefab cell complex) in the Eastern Docks of Dover Port; or the Dover police station. This police stations seems increasingly to be the main location, as the small “intake unit” is often at capacity. There used to be a detention centre in Dover where new arrivals were held, notorious for its run-down state, but this was closed in October 2015.

People are typically held in the police station for no more than a day. The next destination is usually Yarl’s Wood, the Bedfordshire detention centre run by Serco. This was, until recently, a longer term detention centre holding mainly women. However, on 18 August the Home Office announced Yarl’s Wood been repurposed as a “Short Term Holding Facility” (SHTF) specifically to process people who have crossed the Channel. People stay usually just a few days – the legal maximum stay for a “short term” facility is seven days.

Yarl’s Wood has a normal capacity of 410 prisoners. According to sources at Yarl’s Wood:

last week it was almost full with over 350 people detained. A few days later this number had fallen to 150, showing how quickly people are moving through the centre. As of Tuesday 25th of August there was no one in the centre at all! It seems likely that numbers will fluctuate in line with Channel crossings.”

The same source adds:

There is a concern about access to legal aid in Yarl’s Wood. Short Term Holding Facility regulations do not require legal advice to be available on site (in Manchester, for example, there are no duty lawyers). Apparently the rota for duty lawyers is continuing at Yarl’s Wood for the time being. But the speed with which people are being processed now means that it is practically impossible to sign up and get a meeting with the duty solicitor before being moved out.”

The Home Office conducts people’s initial asylum screening interviews whilst they are at Yarl’s Wood. Sometimes these are done in person, or sometimes by phone.

This is a crucial point, as this first interview decides many people’s chance of claiming asylum in the UK. The Home Office uses information from this interview to deport the Channel crossers to France and Germany under the Dublin III regulation. This is EU legislation which allows governments to pass on responsibility for assessing someone’s asylum claim to another state. That is: the UK doesn’t even begin to look at people’s asylum cases.

From what we have seen, many of these Dublin III assessments were made in a rushed and irregular way. They often used only weak circumstantial evidence. Few people had any chance to access legal advice, or even interpreters to explain the process.

We discuss Dublin III and these issues below in the Legal Framework section.

In the UK: Britain’s worst hotels

From Yarl’s Wood, people we spoke to were given immigration bail and sent to asylum accommodation. In the first instance this currently means a cheap hotel. Due to the COVID-19 outbreak, the Home Office ordered its asylum contractors (Mears, Serco) to shut their usual initial asylum accommodation and move people into hotels. It is not clear why this decision was made, as numerous accounts suggest the hotels are much worse as possible COVID incubators. The results of this policy have already proved fatal – we refer to the death of Adnan Olbeh in a Glasgow hotel in April.

Perhaps the government is trying to prop up chains such as Britannia Hotels, judged for seven years running Britain’s worst hotel chain” by consumer magazine Which?. Several people on the flights were kept in Britannia hotels. The company’s main owner, multi-millionaire Alex Langsam, was dubbed the “asylum king” by British media after winning previous asylum contracts with his slum housing sideline.

Some of the deportees we spoke to stayed in hotel accommodation for several weeks before being moved into normal “asylum dispersal” accommodation – shared houses in the cheapest parts of cities far from London. Others were picked up for deportation directly from the hotels.

In both cases, the usual procedure is a morning raid: Immigration Enforcement squads grab people from their beds around dawn. As people are in collaborating hotels or assigned houses, they are easy to find and arrest when next on the list for deportation.

After arrest, people were taken to the main detention centres near Heathrow (Colnbrook and Harmondsworth) or Gatwick (particularly Brook House). Some stopped first at a police station or Short Term Holding Facility for some hours or days.

All the people we spoke to eventually ended up in Brook House, one of the two Gatwick centres.

“they came with the shields”

One night in Brook House, after someone cut himself, they locked everyone in. One man panicked and started shouting asking the guards please open the door. But he didn’t speak much English, he was shouting in Arabic. He said – ‘if you don’t open the door I will boil water in my kettle and throw it on my face.’ But they didn’t understand him, they thought he was threatening them, saying he would throw it at them. So they came with the shields, took him out of his room and put him into a solitary cell. When they put him in there they kicked him and beat him, they said ‘don’t threaten us again’.

Testimony of a deported person.
Brook House guards in riot gear getting ready to extract someone from their cell. (BBC Panorama, 2018)

Brook House

Brook House remains notorious, after exposure by a whistleblower of routine brutality and humiliation by guards then working for G4S. The contract has since been taken over by Mitie’s prison division – branded as “Care and Custody, a Mitie company”. Presumably, many of the same guards simply transferred over.

In any case, according to what we heard from the deported people, nothing much has changed in Brook House – viciousness and violence from guards remains the norm. The stories included here give just a few examples. See recent detainee testimonies on the Detained Voices blog for much more.

“they only care that you don’t die in front of them”

I was in my room in Brook House on my own for 12 days, I couldn’t eat or drink, just kept thinking, thinking about my situation. I called for the doctors maybe ten times. They did come a couple of times, they took my blood, but they didn’t do anything else. They don’t care about your health or your mental health. They are just scared you will die there. They don’t care what happens to you just so long as you don’t die in front of their eyes. It doesn’t matter if you die somewhere else.

Testimony of a deported person.

Preparing the flights

The Home Office issues papers called “Removal Directions” (RDs) to those they intend to deport. These specify the destination and day of the flight. People already in detention should be given at least 72 hours notice, including two working days, which allows them to make final appeals.

See the Right to Remain toolkit for detailed information on notice periods and appeal procedures.

All UK deportation flights, both tickets on normal scheduled flights and chartered planes, are booked by a private contractor called Carlson Wagonlit Travel (CWT). The main airline used by the Home Office for charter flights is a charter company called Titan Airways.

See this 2018 Corporate Watch report for detailed information on charter flight procedures and the companies involved. And this 2020 update on deportations overall.

On the 12 August flight, legal challenges managed to get 19 people with Removal Directions off the plane. However, the Home Office then substituted 14 different people who were on a “reserve list”. Lawyers suspect that these 14 people did not have sufficient access to legal representation before their flight which is why they were able to be removed.

Of the 19 people whose lawyers successfully challenged their attempted deportation, 12 would be deported on the next charter flight on 26 August. 6 were flown to Dusseldorf in Germany, and 6 to Clermont-Ferrand in France.

Another flight was scheduled for the 27 August to Spain. However, lawyers managed to get everyone taken off, and the Home Office cancelled the flight. A Whitehall source was quoted as sayingthere was 100% legal attrition rate on the flight due to unprecedented and organised casework barriers sprung on the government by three law firms.” It is suspected that the Home Office will continue their efforts to deport these people on future charter flights.

The Home Office’s “Charter Flight Information Booklet”. The only portion underlined notifies deportees whose hands will be shackled to their waist that they are liable to receive a fine if they remove their face coverings.

Who was deported?

All the people on the flights were refugees who had claimed asylum in the UK immediately on arrival at Dover. While the tabloids paint deportation flights as carrying “dangerous criminals”, none of these people had any criminal charges.

They come from countries including Iraq, Yemen, Sudan, Syria, Afghanistan and Kuwait. (Ten further Yemenis were due to be on the failed flight to Spain. In June, the UK government said it will resume arms sales to Saudi Arabia to use in the bombardment of the country that has cost tens of thousands of lives).

All have well-founded fears of persecution in their countries of origin, where there have been extensive and well-documented human rights abuses. At least some of the deportees are survivors of torture – and have been documented as such in the Home Office’s own assessments.

One was a minor under 18 who was age assessed by the Home Office as 25 – despite them being in possession of his passport proving his real age. Unaccompanied minors should not legally be processed under the Dublin III regulation, let alone held in detention and deported.

Many, if not all, have friends and families in the UK.

No one had their asylum case assessed – all were removed under the Dublin III procedure (see Legal Framework section below).

Timeline of the flight on 26 August

Night of 25 August: Eight people due to be on the flight self-harm or attempt suicide. Others have been on hunger strike for more than a week already. Three are taken to hospital where they are hastily treated before being discharged so they can still be placed on the flight. Another five are simply bandaged up in Brook House’s healthcare facility. (See testimony above.)

26 August, 4am onwards: Guards come to take deportees from their rooms in Brook House. There are numerous testimonies of violence: three or four guards enter rooms with shields, helmets, and riot gear and beat up prisoners if they show any resistance.

4am onwards: The injured prisoners are taken by guards to be inspected by a doctor, in a corridor in front of officials, and are certified as “fit to fly”.

5am onwards: Prisoners are taken one by one to waiting vans. Each is placed in a separate van with four guards. Vans are labelled with the Mitie “Care and Custody” logo. Prisoners are then kept sitting in the vans until everyone is loaded, which takes one to two hours.

6am onwards: Vans drive from Brook House (near Gatwick Airport) to Stansted Airport. They enter straight into the airport charter flight area. Deportees are taken one by one from the vans and onto Titan’s waiting plane. It is an anonymous looking white Airbus A321-211 without the company’s livery, with the registration G-POWU. They are escorted up the steps with a guard on each side.

On the plane there are four guards to each person: one seated on each side, one in the seat in front and one behind. Deportees are secured with restraint belts around their waists, so that their arms are handcuffed to the belts on each side. Besides the 12 deportees and 48 guards there are Home Office officials, Mitie managers, and two paramedics on the plane.

7.48AM (BST): The Titan Airways plane (using flight number ZT311) departs Stansted airport.

9.44AM (CEST): The flight lands in Dusseldorf. Six people are taken off the plane and are handed over to the German authorities.

10.46AM (CEST): Titan’s Airbus takes off from Dusseldorf bound for Clermont-Ferrand, France with the remaining deportees.

11.59AM (CEST): The Titan Airways plane (now with flight number ZT312) touches down at Clermont-Ferrand Auvergne airport and the remaining six deportees are disembarked from the plane and taken into the custody of the Police Aux Frontières (PAF, French border police).

12:46PM (CEST): The plane leaves Clermont-Ferrand to return to the UK. It first lands in Gatwick, probably so the escorts and other officials get off, before continuing on to Stansted where the pilots finish their day.

Titan Airways’ Airbus A321-211 G-POWU on the tarmac in Clermont-Ferrand before returning to the UK after deporting people to Germany and France on 26 August, 2020

Dumped on arrival: Germany

What happened to most of the deportees in Germany is not known, although it appears there was no comprehensive intake procedure by the German police. One deportee told us German police on arrival in Dusseldorf gave him a train ticket and told him to go to the asylum office in Berlin. When he arrived there, he was told to go back to his country. He told them he could not and that he had no money to stay in Berlin or travel to another country. The asylum office told him he could sleep on the streets of Berlin.

Only one man appears to have been arrested on arrival. This was the person who had attempted suicide the night before, cutting his head and neck with razors, and had been bleeding throughout the flight.

Dumped on arrival: France

The deportees were taken to Clermont-Ferrand, a city in the middle of France, hundreds of kilometres away from metropolitan centres. Upon arrival they were subjected to a COVID nose swab test and then held by the PAF while French authorities decided their fate.

Two were released around an hour and a half later with appointments to claim asylum in around one week’s time – in regional Prefectures far from Clermont-Ferrand. They were not offered any accommodation, further legal information, or means to travel to their appointments.

The next person was released about another hour and a half after them. He was not given an appointment to claim asylum, but just provided with a hotel room for four nights.

Throughout the rest of the day the three other detainees were taken from the airport to the police station to be fingerprinted. Beginning at 6PM these three began to be freed. The last one was released seven hours after the deportation flight landed. The police had been waiting for the Prefecture to decide whether or not to transfer them to the detention centre (Centre de Rétention Administrative – CRA). We don’t know if a factor in this was that the nearest detention centre, at Lyon, was full up.

However, these people were not simply set free. They were given expulsion papers ordering them to leave France (OQTF: Obligation de quitter le territoire français), and banning them from returning (IRTF: Interdiction de retour sur le territoire français). These papers allowed them only 48 hours to appeal. The British government has said that people deported on flights to France have the opportunity to claim asylum in France. This is clearly not true.

In a further bureaucratic contradiction, alongside expulsion papers people were also given orders that they must report to the Clermont-Ferrand police station every day at 10:00AM for the next 45 days (potentially to be arrested and detained at any point). They were told that if they failed to report, the police would consider them on the run.

The Prefecture also reserved a place in a hotel many kilometres away from the airport for them for four nights, but not any further information or ways to receive food. They were also not provided any way to get to this hotel, and the police would not help them – stating that their duty finished once they gave the deportees their papers.

After giving me the expulsion papers the French policeman said “Now you can go to England.

Testimony of deported person.

The PAF showed a general disregard for the health and well-being of the deportees who were in the custody throughout the day. One of the deportees had been in a wheel-chair throughout the day and was unable to walk due to the deep lacerations on his feet from self-harming. He was never taken to the hospital, despite the doctor’s recommendation, neither during the custody period nor after his release. In fact, the only reason for the doctor’s visit in the first place was to assess whether he was fit to be detained should the Prefecture decide that. The police kept him in his bloody clothes all day, and when they released him he did not have shoes and could barely walk. No crutches were given, nor did the police offer to help him get to the hotel. He was put out on the street having to carry all of his possessions in a Home Office issue plastic bag.

“the hardest night of my life”

It was the hardest night of my life. My heart break was so great that I seriously thought of suicide. I put the razor in my mouth to swallow it; I saw my whole life pass quickly until the first hours of dawn. The treatment in detention was very bad, humiliating and degrading. I despised myself and felt that my life was destroyed, but it was too precious to lose it easily. I took the razor out from my mouth before I was taken out of the room, where four large-bodied people, wearing armour similar to riot police and carrying protective shields, violently took me to the large hall at the ground floor of the detention centre. I was exhausted, as I had been on hunger strike for several days. In a room next to me, one of the deportees tried to resist and was beaten so severely that blood dripping from his nose. In the big hall, they searched me carefully and took me to a car like a dangerous criminal, two people on my right and left, they drove for about two hours to the airport, there was a big passenger plane on the runway. […] That moment, I saw my dreams, my hopes, shattered in front of me when I entered the plane.

Testimony of deported person (from Detained Voices).
Van with new Mitie Care and Custody logo similar to that used to transfer deportees from Brook House to Standsted Airport.

The Legal Framework: Dublin III

These deportations are taking place under the Dublin III regulation. This is EU law that determines which European country is responsible for assessing a refugee’s asylum claim. The decision involves a number of criteria, the primary ones being ‘family unity’ and the best interests of children. Another criterion, in the case of people crossing borders without papers, is which country they first entered ‘irregularly’. In the law, this is supposed to be less important than family ties – but it is the most commonly used ground by governments seeking to pass on asylum applicants to other states. All the people we know of on these flights were “Dublined” because the UK claimed they had previously been in France, Germany or Spain.

(See: House of Commons intro briefing; Home Office staff handbook; Right to Remain toolkit section on Dublin.)

By invoking the Dublin regulation, the UK evades actually assessing people’s asylum cases. These people were not deported because their asylum claims failed – their cases were simply never considered. The decision to apply Dublin III is made after the initial screening interview (now taking place in Yarl’s Wood). As we saw above, very few people are able to access any legal advice before these interviews are conducted and sometimes they are carried out by telephone or without adequate translation.

Under Dublin III the UK must make a formal request to the other government it believes is responsible for considering the asylum claim to take the person back, and present evidence as to why that government should accept responsibility. Typically, the evidence provided is the record of the person’s fingerprints registered by another country on the Europe-wide EURODAC database.

However, in the recent deportation cases the Home Office has not always provided fingerprints but instead relied on weak circumstantial evidence. Some countries have refused this evidence, but others have accepted – notably France.

There seems to be a pattern in the cases so far where France is accepting Dublin III returns even when other countries have refused. The suspicion is that the French government may have been incentivised to accept ‘take-back’ requests based on very flimsy evidence as part of the recent Franco-British Channel crossing negotiations (France reportedly requested £30m to help Britain make the route ‘unviable’).

In theory, accepting a Dublin III request means that France (or another country) has taken responsibility to process someone’s asylum claim. In practice, most of the people who arrived at Clermont-Ferrand on 26 August were not given any opportunity to claim asylum – instead they were issued with expulsion papers ordering them to leave France and Europe. They were also only given 48 hours to appeal these expulsions orders without any further legal information; a near impossibility for someone who has just endured a forceful expulsion and may require urgent medical treatment.

Due to Brexit, the United Kingdom will no longer participate in Dublin III from 31 December 2020. While there are non-EU signatories to the agreement like Switzerland and Norway, it is unclear what arrangements the UK will have after that (as with basically everything else about Brexit). If there is no overall deal, the UK will have to negotiate numerous bilateral agreements with European countries. This pattern of expedited expulsion without a proper screening process established with France could be a taste of things to come.

Conclusion: rushed – and illegal?

Charter flight deportations are one of the most obviously brutal tools used by the UK Border Regime. They involve the use of soul-crushing violence by the Home Office and its contractors (Mitie, Titan Airways, Britannia Hotels, and all) against people who have already lived through histories of trauma.

For these recent deportations of Channel crossers the process seems particularly rushed. People who have risked their lives in the Channel are scooped into a machine designed to deny their asylum rights and expel them ASAP – for the sake of a quick reaction to the latest media panic. New procedures appear to have been introduced off the cuff by Home Office officials and in under-the-table deals with French counterparts.

As a result of this rush-job, there seem to be numerous irregularities in the process. Some have been already flagged up in the successful legal challenges to the Spanish flight on 27 August. The detention and deportation of boat-crossers may well be largely illegal, and is open to being challenged further on both sides of the Channel.

Here we recap a few particular issues:

  • The highly politicised nature of the expulsion process for small boat crossers means they are being denied access to a fair asylum procedure by the Home Office.
  • The deportees include people who are victims of torture and of trafficking, as well as under-aged minors.
  • People are being detained, rushed through screening interviews, and “Dublined” without access to legal advice and necessary information.
  • In order to avoid considering asylum requests, Britain is applying Dublin III often just using flimsy circumstantial evidence – and France is accepting these requests, perhaps as a result of recent negotiations and financial arrangements.
  • Many deportees have family ties in the UK – but the primary Dublin III criterion of ‘family unity’ is ignored.
  • In accepting Dublin III requests France is taking legal responsibility for people’s asylum claims. But in fact it has denied people the chance to claim asylum, instead immediately issuing expulsion papers.
  • These expulsion papers (‘Order to quit France’ and ‘Ban from returning to France’ or ‘OQTF’ and ‘IRTF’) are issued with only 48 hour appeal windows. This is completely inadequate to ensure a fair procedure – even more so for traumatised people who have just endured detention and deportation, then been dumped in the middle of nowhere in a country where they have no contacts and do not speak the language.
  • This completely invalidates the Home Office’s argument that the people it deports will be able to access a fair asylum procedure in France.

Calais, August 2020: what’s up // Calais, Août 2020 : quoi de neuf ?

Calais, August 2020: what’s up

  • And things are happening in Calais.
    Mathilde Potel, new deputy commissioner in Calais. Six months at the Saint-Denis police station before applying for Calais at the end of her studies. Welcome on this trampoline! Because there are some who have made a career out of Calais. A recent example: the former prefect under Sarkozy at the time of the “first” eviction of a “jungle” in Calais, Pierre de Bousquet de Florian, is now chief of staff of the new French Minister of the Interior, Gerald Darmanin. And in the prefecture since then, things have continued to move, and with a tight laugh: ciao to Fabien Sudry, who has become prefect of the region.
    Bourgogne-Franche-Comté, and to win the musical chair game and be able to tick Calais in his tour of France, it’s Mr LE FRANC (Louis). Bye
  • Border stands still, but so do people having to fight their lives to cross it. Crossing with small boats continues, and continues being possibly the most mediatized way of crossing. Here we talk about it, here the BBC talks about recent crossings. Also: Priti Patel plans to use the navy to tackle the growing number of migrants crossing the Channel from northern France, but (surprise!) that would be illegal! A shame for people so attached to the idea of legal / illegal to have made crossing with a ferry impossible for many, forcing them to risk their lives in smaller boats with their dangerous politics!
  • The Calais town hall doesn’t differ much in terms of announcing and talking things they don’t know. Sat 8 August, some people had announced they would take showers and talk in public square about the lack of access to water for people sleeping rough: about 4 water points for more than a thousand people. Seeming to think pointing out the issue would cause problems of public security (really?), the municipality announced on the press that they would have issued one “arrêté” for this time again. Clearly with short memory,as warnings were already issued by tribunals a couple years ago concerning their abusive use of “arrêté” to forbid demonstrations/ events that they didn’t like without any grounds, But, this time… lie after lie: it wasn’t the case. Only, the water points nearby the event (that took place, despite the attempt to intimidate people gathering) were closed for the occasion. What a great symbolism!
  • and their series of (recent) lies goes on: after rewriting the history of Calais by enclosing, evicting, and forgetting or destroying former inhabited places. Now they rewrite tribunal decision, with the deputy major Mignonet stating on the printed press ” Pourtant, depuis 2017, des arrêtés municipaux interdisent les distributions de repas aux migrants en centre-ville de Calais. « Elles restent interdites aux associations, c’est de la provocation, et elles vont à l’encontre de la décision du Conseil d’État en 2017, estime Philippe Mignonet, adjoint chargé de la sécurité. Le préfet a été informé et on attend sa décision face à la situation. »”
    Oh well, the Conseil d’État decision itself tells a very different story, saying that there is no ground for the town hall to take such decisions and they are therefore invalid! Here the full reading. Mignonet, liar!
  • A couple of evictions were made with the new old technique of ordonnances sur requêtes. These evictions, larger in scale and more effective than the every-two-days raids, have seen part of the people trying to cross to the UK brought to centres further inland or scattered around the city. This means relative chaos and harsh material conditions, but also more people of color present in public space, and smaller camps, more made out of affinity groups rather than vicinity with crossing places and services allowing for new old forms of self organizing. Oops! predictable” side effect” that could harm the apartheid politics carried on by the city..!
  • The evictions made a great excuse for the state to stop providing services in one of the two-three places they were providing some food and basic access to hygiene, a still largely inhabited industrial area. Left, one water point for the several hundred people scattered in the surrounding. But please, wash your hands often.
  • The town hall continues to justify every-two-days raids and larger evictions as inhabited places are unhealthy, and neighbours complain about rats and alike. Yet, the town hall announces their firm refusal to put bins or even just a collection system in place. Whose hands are dirty here? Sounds all too much like many times before, one example of which can be found in this article about Black Lives Matter from 2016.
  • Detention centre still very present, so as the border regime. An updated guide on how to support people locked in and phone numbers are out here.
    Shut down all detention centres!

And more here, about Calais and why Calais, here, about border profiteers and securization… and everywhere, to bring down all borders.

Calais, Août 2020 : quoi de neuf ?

  • Et il y a du neuf à Calais.
    Mathilde Potel, nouvelle commissaire adjointe à Calais. Six mois au commissariat de Saint-Denis avant de postuler pour Calais à l’issue de ses études. Welcome sur ce tremplin! Car il y en a qui ont fait carrière à partir de Calais. Un exemple recent: l’ancien préfet sous Sarkozy à l’époque de la “première” expulsion d’une “jungle” à Calais, Pierre de Bousquet de Florian, est aujourd’hui directeur de cabinet du nouveau ministre de l’Intérieur français, Gerald Darmanin. Et en préfecture, depuis, cela continue de bouger, et à un rythme serré: ciao Fabien Sudry, qui devient préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté, et a gagné le jeux de chaises musicales en cochant Calais dans son tour de France, et c’est M. LE FRANC (Louis) qui gagne la préfecture du Pas de Calais. Yuppie! Tout changer pour ne rien changer, c’est un peu ça.
  • La frontière, en revanche, est toujours là, ainsi que les personnes qui sont contraintes de se battre pour la traverser. Les traversées par petits bateaux se poursuivent, et c’est probablement toujours le moyen le plus médiatisé de passage vers la GB. Ici nous en parlons, là, la BBC parle des traversées récentes. Aussi : Priti Patel (ministre de l’intérieur anglais) prévoit d’utiliser la marine militaire pour s’attaquer au nombre croissant de migrants traversant la Manche depuis le nord de la France, mais (surprise !) ce serait illégal ! Une honte pour des personnes si attachées à l’idée de légalité / illégalité d’avoir rendu la traversée avec un ferry impossible pour beaucoup, les obligeant à risquer leur vie dans des bateaux plus petits avec leur politique dangereuse !
  • La mairie de Calais ne diffère pas beaucoup en termes d’annonce et de discours public sur des choses qu’ils ne connaissent pas. Le samedi 8 août, certaines personnes avaient annoncé qu’ils prendraient des douches et parleraient sur la place publique du manque d’accès à l’eau pour les personnes dormant dans la rue : environ 4 points d’eau pour plus d’un millier de personnes. Semblant penser que le fait de signaler ce problème causerait des problèmes de sécurité publique (vraiment ?), la municipalité a annoncé dans la presse qu’elle aurait à nouveau émis un arrété pour cet évènement. De mémoire courte, car des avertissements avaient déjà été lancés par les tribunaux il y a quelques années concernant leur utilisation abusive d”arrétés pour interdire des manifestations/événements qu’ils n’aimaient pas sans aucun motif valable.. Mais, cette fois, ce n’était pas le cas, juste un effet d’annonce (et d’intimidation?). Le matin de l‘evenement, qui a bien eu lieu, les points d’eau à proximité ont été fermés pour l’occasion. Quel beau symbole !
  • et leur série de mensonges s’allonge : après avoir réécrit l’histoire de Calais en enfermant, expulsant, et en laissant à l’abandon ou détruisant d’anciens lieux habités. Maintenant, ils réécrivent la décision du tribunal, Mr Mignonet, adjoint securité, déclarant dans la presse écrite : “Pourtant, depuis 2017, des arrêtés municipaux interdisent les distributions de repas aux migrants dans le centre-ville de Calais. “Elles restent interdites aux associations, c’est de la provocation, et elles vont à l’encontre de la décision du Conseil d’État en 2017, estime Philippe Mignonet, adjoint chargé de la sécurité. Le préfet a été informé et on attend sa décision face à la situation. »”
    La décision du Conseil d’État elle-même raconte une toute autre histoire, en disant qu’il n’y a pas de raison pour que la mairie prenne de telles décisions et qu’elles sont donc invalides ! Voici la lecture complète. Mignonet, menteur!
  • Quelques expulsions ont été effectuées avec la nouvelle technique d’ordonnances sur requêtes. Ces expulsions, plus importantes et plus efficaces que les raids effectués tous les deux jours, ont vu une partie des personnes qui tentaient de traverser vers le Royaume-Uni partir dans des centres plus à l’intérieur des terres ou dispersés dans la ville. Cela signifie un chaos relatif et des conditions matérielles difficiles, mais aussi davantage de personnes de couleur présentes dans l’espace public, et des camps plus petits, davantage constitués de groupes d’affinité plutôt que de proximité avec des lieux de passage et des services permettant de nouvelles anciennes formes d’auto-organisation. Oups ! “Effet secondaire” prévisible qui pourrait nuire à la politique d’apartheid menée par la ville !
  • Les expulsions ont constitué une excellente excuse pour que l’État cesse de fournir des services dans l’un des deux-trois endroits où ils fournissaient de la nourriture et un accès de base à l’hygiène, une zone industrielle encore largement habitée. Y reste, un point d’eau pour les quelques centaines de personnes dispersées dans les environs. Mais s’il vous plaît, lavez souvent vos mains.
  • La mairie continue de justifier des raids tous les deux jours et des expulsions plus importantes car les lieux habités sont insalubres, et les voisins se plaignent des rats, entre autres. Pourtant, la mairie annonce son refus ferme de mettre en place des poubelles ou même simplement un système de collecte. Qui a les mains sales ici ?
    Cela ressemble beaucoup trop à ce qui s’est passé auparavant, comme par exemple cet article titré Black Lives Matter de 2016!
  • Le centre de détention est toujours la, tout comme le régime des frontières. Un guide actualisé pour soutenir les personnes enfermées et les numéros de téléphone sont disponibles ici.
    Pour la fermeture de tous les centres de rétention !

Et plus ici, sur Calais et pourquoi Calais, ici, sur les profiteurs de la frontière et la sécurisation… et partout, pour faire tomber toutes les frontières.

MISE À JOUR Soutenir les personnes en Centre de Rétention // UPDATE Supporting people in Detention

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Pour tou-tes cell-eux qui ont des proches en centre de rétention ou qui voudraient soutenir les personnes victimes de la politique d’enfermement raciste de cell-eux qui n’ont pas les “bons” papiers, voilà un guide succinct de soutien aux personnes en rétention en france.

Ce guide vient d’etre mis à jour (lien plus bas), et il est toujours disponible sur la page Resources de ce blog.

Le répertoire des centres de rétention de France, comprenant la liste des CRA, leurs contacts et quelques infos basiques a lui aussi été mis à jour.

Au moment de la publication de ce post, les mesures actuelles post-Coronavirus induisent des changements temporaires. Ainsi, bien que les visites soient autorisées, elles sont limitées à UN visiteur qui ne peut voir qu’UN retenu à la fois. Après avoir été fermé pendant quelques semaines en plein pic de l’épidémie de Covid, le CRA de Coquelles, près de Calais, est  depuis peu rouvert, à la moitié de sa capacité.  Une fenêtre en plexiglas sera placée au milieu de la table, dans la salle destinée aux visites. Les personnes doivent porter un masque depuis l’entrée dans l’enceinte du centre et tout au long de la visite. Il nous a été dit qu’il est toujours possible d’apporter les choses habituelles que l’on souhaite donner aux personnes enfermées, mais pas de nourriture.
Des travaux sont en cours dans le bâtiment pour augmenter la capacité d'”hébergement” (c’est-à-dire d’enfermement), mais nous n’avons pas pu les voir.

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For everyone who has close ones in deport centers or who would like to support the people who are victims of the racist incarceration of those who don’t have the “good” papers, here is a short guide to supporting people in detention in France.

It’s been updated, and the new version (linked below) in now available on the page Resources on this blog.

The list ot the french deport centers with their contacts and basic infos, has also been updated.

At the time of writing, due to post – Corona Virus adaptations, visits are allowed but only one person at a time can visit one person at a time. In fact, after being closed for some weeks during the Covid outbreak, the Coquelles CRA close to Calais is open again for half of its places. A plexiglass window will be in the middle of the table, in the visitors room, where you and the person can meet. People are required to carry a mask at all times, from entering the gate and all through the visit, and we were told we could bring as usual items to give to the person visited, but not food.
Works are ongoing in the building to increase it’s “hosting” (locking in) capacity, but one can’t see them.

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Women Crossing Borders- Les Femmes Traversant les Frontieres

Les personnes exilées bloquées à la frontière Franco-Britannique sont présentes sur un territoire toujours plus large : de Grande-Synthe à Cherbourg sur le littoral, mais aussi de Steenvoorde à Marquion, plus à l’intérieur des terres.
Ces trois dernières décennies, bien que rendues largement invisibles dans les villes, les personne exilées ont été largement médiatisées. Cependant, cette couverture médiatique a principalement été à l’initiative des acteurs politiques, économiques, ou associatifs, en ciblant les conditions de vie plutôt que les causes de celles-ci, et ne s’est intéressée quasi exclusivement qu’à l’endroit où ont été déboursées les plus grandes dépenses de sécurisation de la frontière : Calais.

Conçu comme outil de sensibilisation grand public par la Plateforme des Soutiens aux Migrants, le “Journal des Jungles” est le résultat d’une résidence d’écriture de 3 jours, qui redonne directement la parole aux personnes exilées elles-mêmes.
Dans un lieu à chaque fois différent,  à proximité d’un campement et avec des habitant.e.s de ces campements, ainsi que des individu.e.s ou bénévoles de différentes associations, il touche à des thématiques diverses choisies par les participant.e.s.

Les textes rassemblés dans ce journal sont publiés dans la langue utilisée par la personne pour la rédaction et sont systématiquement accompagnés d’une traduction française et anglaise.

Le dernier numéro à été réalisé à Calais dans le cadre d’une résidence en non mixité choisie entre femmes ayant des vécus différents liés à la frontière.

Il se titre Women Crossing Borders – Les Femmes Traversant les Frontières.

Vous pouvez écouter les témoignages de certaines des autrices ici, lire le journal dans son intégralité en ligne et en demander des copies papier par mail. Des pages en complement sont aussi visibles ici.

Les autres numéros du Journal des Jungles sont également disponibles sur le même site.

Par ailleurs, aepuis la fermeture des squats Victor Hugo et de la rue de Vic, les femmes et les enfants exilée.s ont été logés par l’Etat au Centre Jules Ferry jusqu’au démantèlement de la jungle en 2016. La solidarité entre femmes et plus généralement entre “wom*n” n’a cessé depuis, face à la frontière mais aussi à une forte binarité oubliant les personnes lgbtqi+. Au cours des dernières années, une plus grande importance a été accordée à la création d’événements réguliers et pontcuels en mixité choisie dans le contexte de la situation frontalière à Calais. Bien que cette action reste relativement “petite”, elle a une grande importance pour toustes celleux qui y participent, en s’appropriant et en faisant de cet espace ce qu’il est, si ça n’est le temps des deux après-midi par semaine. Et cette solidarité permettra peut-être un jour de faire tomber la frontière en morceaux.

open the border

Exiled people stranded on the Franco-British border are present on an much larger are than Calais city: from Grande-Synthe to Cherbourg on the coast, but also from Steenvoorde to Marquion further inland.

Over the last three decades, although made largely invisible in the cities, migrant people have been widely publicised in the media. However, the media coverage has been mainly initiated by political, economic or associative actors, targeting people’s poor living conditions rather than their causes, and has focused almost exclusively the place where the greatest money on border security has been spent: Calais.
Conceived as a tool for raising public awareness by the Plateforme des Soutiens aux Migrants, the “Journal des Jungles” is the result of a 3-day writing residency, which gives a voice to the people on the move themselves.

In a different place each time, often close to a camp or in a city where migrant population is present, inhabitants of these camps, as well as individuals or volunteers from different associations gather together to write. Themes vary and are chosen by the participants. The journal is systematically published in the language in which the text is written by the person, as well as translated into English and French.

The latest issue was written in Calais in the context of a residence in chosen non mixity between women with different life experiences related to the border.

It titles: Women Crossing Borders- Les Femmes Traversant les Frontieres.

You can listen to the testimonies of some of the authors here, read the full journal online and request physical copies by email. Additional pages can also be found here.

Other issues of the Journal of Jungles are also available on the same site.

On a side note, since the the closure of squatted houses Victor Hugo and rue de Vic , women and children had been housed by the state in Jules Ferry Centre until the dismantlement of the Jungle in 2016. Women and more in general wom*n solidarity went on ever since, faced with the struggles of the border but also a strong binarity forgetful of lgbtqi+ people. Along the past years, more importance was given to creating regular as well as one-of events in chosen mixity within Calais border context. While this remain a relatively “small action”, it has great importance for all those that participate,in appropriating and making the space what it is, in the time of the regular couple afternoons per week. And this solidarity will hopefully tear down the border into pieces.

Anonymous death / Mort anonyme

On Monday May, 25, one body was found floating in the waters close to the harbour. As the corpse was in too poor conditions to be identified, it was later buried as X, without a name, a story.
One could say that if this can happen, it is also because some people do not exists in the eyes of the French law, those called “illegal”, and their death or disappearance is considered a casualty rather than the result of border politics. And that the harassment that comes with daily police presence, raids, controls, and alike, is ultimately the goal of it all. The border stands still. Draining people from their sense of legitimacy and belonging, fuelling extreme desperation, in a clear yet unclaimed attempt of mass murder.

photo de l’action Coast in Solidarity du 22 Juin 2020

Un corps a été retrouvé, lundi 25 mai 2020, flottant dans les eaux proches du port. Il a ensuite été enterré sous le nom de X, le corps étant en trop mauvais état, et en l’absence d’indices pour donner un nom, une histoire à cette personne.

On pourrait dire que si cela peut arriver, c’est aussi parce que ces personnes dites “illégales” n’existent pas aux yeux de la loi française, leur mort ou leur disparition étant considérée plus comme un fait isolé, une malchance, que le résultat d’une politique frontalière et du harcèlement exercée par la présence quotidienne de la police, des rafles, des contrôles . La frontière est toujours là. Elle vide les gens de leur sentiment de légitimité et d’appartenance, alimente un désespoir extrême, dans une tentative claire mais non revendiquée de meurtre de masse.

Pour rappel, vous trouverez ici une liste non exhaustive des morts à la frontière Franco-Britannique, et pour en savoir plus il y a cette liste chronologique de victimes, cette cartographie interactive ou encore ce papier paru dans la revue du Gisti.