Another person missing in the Channel // Une autre personne disparue dans la Manche

(en français plus bas)

A “swimmer” that a French judiciary source stated was “probably a migrant” is declared missing at sea in the Channel following the end of a four hour search on Sunday, August 18th. A Belgian sailor claims to have spotted the man in the water twelve miles N/NW of Dunkirk wearing an improvised lifebelt made out of empty plastic bottles, and improvised flippers. He claims to have made several unsuccessful rescue attempts before deciding to sail in to the port of Dunkirk to notify authorities. It is not clear why he did not immediately call or radio for help.

According to the French Coast Guard, by the time the rescue operation began it was 20:20, more than five hours since the swimmer had been spotted by the sailor. French and Belgian assets were deployed but the search was called off at 00:30. The man has probably lost his life in this desperate attempt to reach the UK mainland.

Despite a number of French news articles (1, 2) the event has not yet been reported in English news.

This tragic event happened not even two weeks after the disappearance of a young Iranian woman, who was crossing the Channel in a dinghy. Two other people who fell in to the water with her were rescued. Before that, on July 16th, a man was rescued by the French three miles off the coast of Calais with a flotation device and wearing flippers trying to swim to the UK.

If confirmed, these two people will be the first to lose their lives attempting to reach England since last Winter when increased security at Calais’ ferry and train terminals pushed people into the water to make their journeys. Unfortunately, they were not the first ever. In 2015, the bodies of Mouaz al-Balkhi and Shadi Omar Kataf’ from Syria were found on a beach in Norway and the Netherlands after their attempts to swim across the Channel.

Especially pig-headed Dover MP Charlie Elphicke has cynically instrumentalised the woman’s disappearance from the 10th to try and justify increased border militarisation and security infrastructure spending. But with the narrowest portion of the Dover Straits heavily surveilled and the Gendarmes patrolling the beaches people will just be forced to attempt longer and more dangerous crossings with and without boats. We are today reminded of the horrible consequences these border policies have.

France and the UK continue to refuse responsibility for their murderous border politics. Although they rely on the sea to do their dirty work, it is the states and politicians who are accountable for these deaths, missing people, and all the others.

Borders kill. Open the borders!

“We didn’t come here to die”

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Un « nageur », « probablement » un migrant selon une source judiciaire française, a été déclaré disparu en mer de la Manche ce dimanche 18 août après quatre heures de recherches. Un marin belge a repéré l’homme en détresse à une vingtaine de kilomètres nord/nord ouest au large de Dunkerque, équipé d’une bouée faite de bouteilles en pastique vides ainsi que de palmes de fortune. Il déclare avoir tenté plusieurs fois de lui porter secours, sans succès, avant de faire route jusqu’au port de Dunkerque, où il a donné l’alerte aux autorités. Les raisons pour lesquelles il n’a pas immédiatement appelé ou utilisé sa radio pour avertir les secours n’ont pas, à notre connaissance, été éclaircies.

Selon la préfecture maritime, l’opération de sauvetage a été mise en place à partir de 20h20, dès le lancement de l’alerte par le marin, soit plus de cinq heures après qu’il ait repéré le nageur. Les équipements français et belges sont déployés, mais les opérations de recherche sont arrêtées à 00h30. L’homme a probablement perdu la vie dans sa tentative désespérée d’atteindre le Royaume Uni.

Malgré un certain nombre d’articles parus dans les médias français (ici ou par exemple), l’événement n’a pas encore été rapporté par les journaux anglais.

Cet événement tragique survient à peine deux semaines après la disparition d’une jeune femme iranienne qui a tenté la traversée de la Manche sur une embarcation de fortune. Deux autres personnes tombées à l’eau avec elle ont pu être secourues. Auparavant, le 16 juillet, un homme a été récupéré par les garde-côtes français à cinq kilomètres au large de Calais, équipé d’une bouée et de palmes, voulant gagner l’Angleterre à la nage.

Si leurs décès viennent à être confirmés, ces deux personnes seront les deux premières connues à perdre la vie dans l’eau en tentant de rejoindre l’Angleterre depuis l’hiver dernier, quand la sécurisation toujours plus accrue des terminaux ferry et ferroviaires ont poussé de plus en plus de gens à envisager la traversée par la mer. Malheureusement, iels n’étaient pas les premier·e·s. En 2015, les corps de Mouaz al-Balkhi et de Shadi Omar Kataf’, Syriens, ont été retrouvés sur les côtes norvégiennes et hollandaises, longtemps après leur tentative désespérée de franchir la mer à la nage (en anglais ici).

Charlie Elphicke, député de Douvres particulièrement obtus, a cyniquement instrumentalisé la disparition de la jeune femme, dès le 10 août, pour légitimer la militarisation croissante de la frontière et les dépenses conséquentes en équipements de sécurité. Mais intensifier toujours plus la surveillance et les patrouilles de gendarmes sur la section la plus étroite de la Manche ne fera qu’obliger les personnes à tenter des traversées plus longues et plus dangereuses, avec ou sans bateau. Aujourd’hui est un rappel des conséquences tragiques qu’ont ces politiques frontalières.

La France et le Royaume Uni refusent toujours d’assumer leurs responsabilités dans ces politiques frontalières meurtrières. Bien qu’ils comptent sur la mer pour faire le sale boulot, ce sont bien les États et les politiciens qui sont responsables de ces morts et ces disparitions en mer, mais aussi de toutes les autres.

Les frontières tuent. Ouvrons les !

Disparue à la frontière // Missing at the border

(english below)

Vendredi 9 août, un groupe de personnes à bord d’une embarcation de fortune en difficulté, au large de Ramsgate (Angleterre) est secouru par un bateau anglais de la RNLI. 2 personnes sont retrouvées dans l’eau, mais une autre est disparue. Elle ne sera pas retrouvée, malgré les recherches, qui ont finalement été abandonnées dans la journée de samedi.

M., jeune femme iranienne, a disparu à quarante kilomètres de son but, où elle souhaitait retrouver des proches.

Les politiques frontalières toujours plus violentes l’ont poussée, comme beaucoup d’autres, à emprunter une voie meurtrière pour atteindre un but si proche, et d’accès si simple pour celles et ceux né·e·s avec le bon passeport.

Les médias français (par exemple ici, et encore ), qui ont pourtant largement relaté cette journée du 9 août, ne font aucune mention de cette femme disparue (au contraire des médias anglais : voir ici, ou encore ).

La frontière tue, silencieusement.

 

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On Friday, 9th August, a bunch of people in a dinghy were rescued by a RNLI boat, off Ramsgate’s coast. 2 persons were overboard but were quickly found, but another one is still missing. A search was carried on until saturday 2pm, in vain.

M. a young woman from Iran, disappeared twenty miles away from her goal, where her kin were waiting for her.

The border policies, more and more violent, drove her, like many others, to take a deadly way to reach her goal, so close, and so safe to get to, for those born with the good passport.

French newspapers (for example, see here, here or here), who, quite largely related these events of the 9th august, did not mention anywhere the missing woman, unlike their English colleagues (see here, here, and there again).

This border kills, silently.

Risques de déportations vers le Soudan! // Risks of deportations to Sudan!

L’image contient peut-être : une personne ou plus, personnes debout, ciel et plein air

(photo du Collectif Asuad)

Mise à jour du 4 août : Rami, enfermé au centre de rétention de Rennes, a été déporté hier vers le Soudan.

Update, 4th august : Rami, held in Rennes retention centre, was deported back to Sudan yesterday.

(english below)

Malgré la situation critique au Soudan, où plus d’une centaine de manifestants ont été massacrés il y a à peine deux mois, où des exactions sont commises quotidiennement, tels les 5 étudiants  été tués il y a 5 jours à Al-Obeid, ou encore à Omdurman où 4 personnes ont été froidement abattues, la France continue de déporter vers le Soudan!

Actuellement, 2 hommes soudanais sont détenus à Coquelles et risquent une déportation vers le Soudan. Alaib et Hassan craignent pour leur vie en cas de retour dans leur pays. Ils demandent du soutien et souhaitent faire connaître leur situation.

Rami, un autre homme soudanais, enfermé au CRA de Rennes, a déjà dû refuser un premier vol dès son 18e jour de rétention (!). Des soutiens ont lancé une pétition pour le soutenir.

N’hésitez pas à interpeller le ministre de l’intérieur et les préfets responsables de ces décisions d’expulser! Le préfet du Pas de Calais est responsable de la situation d’Alaib et Hassan, Rami est lui sous le coup d’une décision de la préfète d’Indre-et-Loire. Vous pouvez trouver ici une lettre type à leur envoyer.

NON AUX DÉPORTATIONS!

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In spite of the terrible situation in Sudan, where more than a hundred people were killed during a protest not more than 2 months ago, where acts of violences are commited on a daily basis, like those 5 students killed while protesting in Al-Obeid, or the 4 persons shot in Omdurman, France continues to deport to Sudan!

At the moment, 2 men from Sudan are held in Coquelles detention center, and risk deportation to Sudan. Alaib and Hassan are afraid for their lives in their country. They want support and want their situation to be known.

Rami, an other sudanese man, held in Rennes detention center, had already had to refuse a flight to Sudan, after only 18 days of detention! His friends lauched a petition online to support him.

Please call on the Minister of the Interior and the prefects responsible of these deportation orders! The Pas-de-Calais prefect is responsible of Alaib and Hassan’s situations. Rami is held by the perfect of Indre-et-Loire. You can find here an exemple of message you can send to french authorities.

SAY NO TO DEPORTATIONS!

UPDATE Morts à la frontière // Deaths at the border

La page Cette frontière tue vient d’être mise à jour, suite à trois décès connus survenus à la frontière franco-anglaise le mois dernier, et passés relativement inaperçus dans les médias.

Fin juin, un homme irakien est percuté par un véhicule sur l’autoroute, vers Grande-Synthe. Il décédera début juillet, après avoir passé plusieurs jours dans le coma.

Le 6 juillet, Mr Kouadio, 21ans, un jeune homme de Côte d’Ivoire se noie au large de Grande-Synthe.

Le 8 juillet, Geri, un jeune homme érythréen est mort en chutant d’un camion sur la A29, en Belgique.

 

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The Deaths at the border list was updated, as at least 3 persons lost their lives at the border last month.

At the end of June, a man from Irak was hit by a vehicule on the highway, around Grande-Synthe. He died in july, after some days in coma.

On July, 6th, Mr Kouadio, 21yo, a young man from Ivory Coast drowned off the coast of Grande Synthe.

On July, 8th, Geri, a young eritrean man died falling from a lorry on the A29 in Belgium.

Calais: after the Jungle – an interview with Calais Migrant Solidarity, June 2019

In 2016, the northern French port town of Calais was all over the TV screens, as an army of Gendarmes and CRS riot police evicted the “Jungle”[*] – a largely self-built refugee camp where about 6,000 exiles from the world’s war zones lived in sight of the razor wire border fences. But Calais’ refugee story goes back much further, and it’s not over yet. Hundreds of refugees are still gathered around the main channel crossing point, living in even more miserable and precarious conditions now the big jungle is gone. To get a snapshot of the current situation Corporate Watch talked to friends from Calais Migrant Solidarity, a network that has been active alongside migrants in Calais since 2009.

See also: Calais border profiteers update June 2019

How many people are still trying to cross the border at Calais? Where do they come from?

In Calais itself, maybe around 500 people. It fluctuates a lot, so perhaps between 300 and 600 people at any time. But then there are also hundreds more people further along the coast at Dunkerques, and all the way towards Belgium.

In Calais the nationalities of people follow the same patterns – we’re talking about people from war zones and dictatorships, where those countries have a historical connection to British colonialism. So people may speak English, or have family connections, or may have grown up with some idea of the UK as a safe haven and a beacon of democracy. Many Afghans, Iraqis, Iranians, Kurds, Eritreans, Sudanese, and also a few others now from as far as Nigeria, Chad and other places.

There are not so many children and women now, and those that do turn up are often sheltered by charities. There are more families in Dunkerques, where there is a more sympathetic mayor who provides a gym building where vulnerable people are allowed to stay. There are maybe 300 people living inside that, including at least 30 families (about 100 people), and maybe around 100 unaccompanied minors. And around another 300 people living in tents near the gym, which are more or less tolerated by the authorities. A lot of these are Kurdish people from all countries – Turkey, Syria, Iran and Iraq. Then there are also more informal Pakistani and Afghani settlements in the woods outside Dunkerques, which are treated much worse and attacked on a daily basis by the police, as in Calais.

And do people still manage to cross?

Yes, of course. But the massive securitisation in recent years has meant that people need to travel farther and take ever greater risks.

Hence the recent boat crossings that have made the headlines?

They can’t make a fence in the middle of the sea. People always find ways round fences, under or over, and crossing the channel is one of the latest and most visible ways people have been trying. It is extremely dangerous, particularly for the high traffic. But the UK is actually visible from Calais. People have travelled thousands of miles to get here, often risking their lives many times, then they see the cliffs of Dover in the distance, and they’re not going to stop.

The boats are so far mainly organised by smugglers who charge a lot of money for places. But there have also been some individuals trying to cross on makeshift rafts, like the guy without an engine who was washed as far as the Netherlands. People like that aren’t even able to buy a life jacket –there have been reported cases where shops refused to sell lifejackets to people, asked to see their papers and threatened to call the police. Of course this doesn’t hurt the organised smugglers, but it makes the attempted crossing even more hazardous for individuals trying to make it themselves.

So what is daily life like now for people trying to cross the border in Calais?

Basically, the authorities have pretty much succeeded now in clearing people out of the town centre, and also stopping them from creating any stable settlement like the old jungle. So people are scattered and hidden in very precarious camps outside of the town. People still talk about the “jungles”, but that means just a few tents hidden in the bushes. The old jungle site has been turned into a nature reserve of sand dunes and swamps. Other more habitable areas nearby, of woodland and fields, have been fenced off to prevent people living there.

The camps are clustered around three main sites along the highway: the roundabout by the hospital, the roundabout by the stadium, and the turn-off close to the old jungle. The state has now set up official amenities at these three spots – water points, toilet cubicles, and a few showers. This came after a long struggle and a court case taken by individuals without papers, supported by volunteers, with lawyers from Paris who had worked on case against the jungle demolition.

The facilities are provided by La Vie Active, the same NGO that ran official services at the old jungle and container camp. These official spots also act as distribution points where the associations (charities) come at a set time with vans to give out food, clothes and so on.

One point we should maybe note here. While it’s no doubt unwitting, the associations running these van distributions help the authorities’ policy of keeping migrants segregated outside the town. In the past, the town hall hated that migrants came into the town for the food distribution, or to get clothes from the church “vestiaire”, or medical treatment from the main clinics. Having all these services delivered away in the woods certainly helps whitewash the migrants out of Calais.

Pic: a field where people had been camping now fenced off

What do the police do?

Apart from guarding the fences, the police also focus on the three distribution points. They come almost every morning to those areas. Sometimes they just park up and stay there by the distribution points for a few hours, sitting in their vans or standing outside. This intimidates people and scares them from settling. Then, when they get the order, they attack the camps. They work with the prefecture authorities who send their “cleaners” – employees who pick up the tents and people’s belongings. Apart from stealing tents and personal affects, the police like to spray tear gas. This is pretty much like the old days in Calais before the big jungle was allowed in 2015.

Also, of course, they patrol the crossing points along the highway. When they catch people trying to cross they sometimes arrest them and bring them to the detention centre in Coquelles. Sometimes they put people in the van but don’t head for Coquelles. Instead they drive some miles out along the highway and just dump people in the middle of nowhere.

But often they just spray tear gas and chase people away. Sometimes they beat people up, using batons and kicks. Also, there is a lot of verbal abuse and intimidation. People complain a lot about the verbal insults – you dirty nigger, you black dog, etc. People find this particularly demeaning and somehow shocking. It’s as if maybe you expect the police to use a bit of force to clear you away from the fences, but the insults show they’re not just “doing their job”, they’re really revelling in their violence.

Do the police arrest people away from the fences too, like when they used to patrol around the town and just round anyone up who looks like a migrant?

This happens less than it did before 2015. People feel fairly safe during the day. In the night, it’s more common. The police will drive around in vans and pick up people they see walking from the jungles to the town, or walking back from the detention centre at Coquelles. We still have that thing where people get arrested and taken to Coquelles, then released and are arrested again when they’re walking back from detention. But on the whole, those kind of random controls are not so much the police’s main focus now as they were in the past.

What is the effect of all these attacks on people? Do they actually deter people from crossing?

No, as we said, people have travelled thousands of miles and gone through a great deal to get to Calais. They are not going to give up now.

But what we do see is the very real effects of all this constant harassment on people’s mental health. I think this has really got worse. There are ever more fences and walls, its ever harder to live, as well as get to crossing places. And people are chased relentlessly, like vermin. Forced out of the town, forced to hide and disappear. And the verbal abuse and intimidation compound that.

As it gets harder to cross, people may stay a lot longer around Calais than before. You also see an increasing number of people who have already been on the road for years, maybe they have already been refused asylum in other European countries, so they come here, seeing the UK as their last hope. This can lead to big problems with alcohol and drugs, and makes people vulnerable to traffickers and others willing to profit from their distress.

Image: one of the many former squats called “Africa House”, 2011

You said the authorities have largely succeeded in clearing people out of the town centre. Before 2015, a lot of people used to live in the town in empty buildings – both the officially-recognised squats that CMS helped to create, as well as informal occupations that were more vulnerable to police attacks. Is that no longer possible?

Well, certainly there are no “official” squats now in Calais at all. Any recent attempts to open them have been shut down straight away by the police, whatever the law might say. That’s not to say it’s impossible to do again. But there haven’t been people in Calais really concentrating on trying to do that.

As for unofficial squats, people may shelter in buildings and survive if they keep hidden or are in very small groups that don’t attract attention. The town hall and police deny the presence of any “illegals” in the town, so they may prefer not to move against small groups that stay largely unnoticed. But there are no big or visible squats like in the past. These would be shut down immediately.

There was a massive surge of aid and support organisations, mainly from the UK, into Calais in 2015-16. Has this kept up, or have the charities left now that Calais is no longer in the headlines?

Many of them stayed. This is a big difference from before 2015 – the presence of still quite large numbers of humanitarians, professionals and volunteers, particularly from abroad. However, they haven’t really adapted their infrastructure or approaches so much after the closure of the big jungle.

There are still two big distribution warehouses in Calais. One is run by Care for Calais, which distributes mainly clothes, tents, sleeping bags, hygiene items. They also now work beyond Calais, taking stuff as far as Paris. The other warehouse is run by the French association L’Auberge des Migrants and the British charity Help Refugees. In the same building there is also the Calais Refugee Community Kitchen (RCK), which cooks and distributes food.

Help Refugees was a big player in the jungle, after raising possibly millions from donations in the UK. This gave it a lot of power to set the agenda, as many other associations came to rely on it for funding. Now Help Refugees is quitting its direct presence in Calais, but will continue to act as a foundation funding other groups.

There is also Utopia, which managed the former camp in Dunkerques, then turned to litter picking in the jungle, and now distributes clothes, food, and other items.

One of the most interesting developments has been the new day centre run by the Catholic charity, Secours Catholique. This is a big purpose-built centre in the town, on Rue du Moscou towards the port. It’s open Monday to Friday until 5pm and has lots of activities like language classes, clothes mending, and even a radio station. There are water points and toilets, meeting rooms, and a big space where people hang out, charge phones, use wifi, drink tea and play board games.

One thing that’s interesting about the day centre is that it’s right on the corner of Rue de Cronstadt, the street where CMS rented a warehouse and opened it as a social centre back in 2010. That was shut down within days by riot police using a dubious health and safety excuse. What do you think when you see Secours Catholique running a centre there now?

Of course, the Catholic church is a lot more respectable and powerful than we were. But it’s an interesting indication of how the political landscape has shifted in Calais. In 2010, it would have been unthinkable for the church to support a project like that, let alone organise it themselves. CMS tried twice to open legal centres, the “Zetkin centre” as well as Rue de Cronstadt, besides the numerous squats. Both received an immediate response from the state. It was clear that a social centre open to migrants in the town was a serious challenge to the town authorities, and they wouldn’t tolerate it. It’s interesting to think about how this has changed – whether the authorities are not so scared of a place like that now, or the official charities are willing to push further.

As for the Secours Catholique centre, it’s far from perfect, but it is a space of possibilities. And, interestingly, they do seem to be working in a way that is less patronising, less of a giver/receiver relationship, than some other charity attempts in Calais. They allow people to use the space in their own ways. And, as opposed to other associations, most of the people volunteering there are long-term Calais residents, including refugees who have settled in the town. The space is also used by groups like the Legal Shelter that collects testimonies of police violence or accompanies people on asylum claims.

It seems like quite a few of the main public roles of CMS, like running social centres or tracking police violence, are being carried out by more official organisations now. What do you think about that? And what role does CMS have to play now?

Yes, it’s true. Again, it’s interesting to think about how the landscape has shifted, about what’s seen as radical and unacceptable by the authorities and the charities, and what’s considered normal or acceptable. For instance, CMS were the first in Calais to really talk about and document state violence, with the “This Border Kills” dossier in 2010. That was seen as a radical move, few of the associations would go anywhere near it. Also, we were the first to open a squat dedicated to housing women and children. Now everyone agrees with challenging police violence, and everyone agrees with providing accommodation for women – if not everyone else.

But still there’s a big difference between our approach and how the charities work. You can talk about people’s miserable conditions of life. But why are those problems there in the first place? Why are the police going round beating people up in Calais, why are people hiding in tents in the woods?

It’s because of the border. These problems will exist, in one form or another, so long as the border exists. That is: so long as people facing bombs and exploitation in Africa and Asia try to get to the rich world that’s sending the bombs, and so long as our politicians and police try to keep them out. But, maybe apart from a few slogans on a demo now and then, the charities don’t mention the border.

So some of the actions, like making accommodation or a social centre, may be similar. But we also have to think about the wider repercussions, the meanings of these actions. First of all, do they bring people together – people with or without official papers, people from Calais and people from far away? Ideally on a basis of equality, not just giving and receiving, but sharing and making a struggle together. And do they challenge the silence of the border, help force into the open those questions the authorities are so keen to hide?

Since CMS started ten years ago in 2009, you could say we’ve been causing trouble by challenging the authorities’ attempt to whitewash the town and the border. They have a vision of a clean white town – ethnic French people and British tourists shopping happily in shiny corporate malls. Hence all the efforts to push migrants out of the town, keep them hidden in the bushes. Whereas in reality, most of Calais is a boarded up ghost town, with very many white Calaisiens also living in poverty. The right-wing, anti-migrant politics hasn’t done anything to address that, just provided a scapegoat.

At least some of us in CMS have had a different vision of what Calais could be. Imagine a town where people with and without papers, French or migrant, meet each other freely, share experiences and creativity. Making projects together that could help bring the town back to life. And helping each other fight our common enemies.


Notes

Drawings by Carrie Mackinnon

[*] The word «jungle» is the term still widely used by migrants in Calais for camps in the woods outside the town. It was used long before 2015, including for the major Afghan jungle in 2009-10. It comes from the farsi and pashto word for forest جنگل (jangal).

Après la Jungle – un entretien avec Calais Migrant Solidarity, Juin 2019 – Corporate Watch

Article de Corporate Watch, initialement publié sur leur site : corporatewatch.org

(English version here)

En 2016, la ville portuaire de Calais, dans les Hauts-de-France, accaparait les écrans de télé alors qu’une armée de gendarmes et de CRS expulsait la « Jungle » [*] – un bidonville de réfugié·e·s où vivaient environ 6000 exilé·e·s issu·e·s des zones de conflits du monde entier, face aux clôtures barbelées marquant la frontière. Mais l’histoire des réfugié·e·s de Calais commence bien plus tôt, et elle n’est pas encore terminée. Des centaines d’exilé·e·s sont encore concentré·e·s autour du site principale de pour traversée de la Manche, vivant dans des conditions encore plus misérables et précaires maintenant que lorsque la grande jungle a été détruite. Pour se faire une idée de la situation actuelle à Calais, Corporate Watch a discuté avec des ami·e·s de Calais Migrant Solidarity, un réseau actif aux côtés des d’exilé·e·s à Calais depuis 2009.

Combien de personnes sont encore en train de passer la frontière à Calais ? D’où viennent-t’elles ?

À Calais même, peut-être environ 500 personnes. Ça fluctue beaucoup, donc entre 300 et 600 personnes selon les périodes. Mais il y a aussi des centaines d’autres personnes plus loin sur la côte à Dunkerque, et jusqu’en Belgique.

À Calais, les nationalités des gens suivent une constante : ce sont des personnes issues de zones de guerre et de dictatures, ayant un lien historique avec le colonialisme britannique. Donc souvent les gens parlent anglais, ou ont des liens familiaux, ou ont grandi avec une image de la Grande Bretagne comme étant un havre de sécurité et un modèle de démocratie. Il y a beaucoup d’Afghan·ne·s, Irakien·ne·s, Iranien·ne·s, Kurdes, Érythréen·ne·s, Soudanais·e·s, et aujourd’hui quelques autres nationalités, comme Nigérian·ne·s, Tchadien·ne·s, etc.

Il n’y a pas beaucoup d’enfants et de femmes en ce moment, et celleux qui arrivent sont souvent hébergé·e·s par les associations humanitaires. Il y a davantage de familles à Dunkerque, où un maire plus sympathique met à disposition un gymnase où les personnes vulnérables peuvent rester. Il y a peut-être 300 personnes qui y vivent, dont au moins trente familles (une centaine de personnes), et peut-être une centaine de mineur·e·s non-accompagné·e·s. Et 300 autres personnes, plus ou moins tolérées par les autorités, vivent dans des tentes près du gymnase. Beaucoup d’entre elleux sont des Kurdes de plusieurs pays – Turquie, Syrie, Iran et Irak. Il y a aussi des campements afghans et pakistanais, plus informels, dans les bois en périphérie de Dunkerque, qui reçoivent un traitement bien pire et sont attaqués quotidiennement par la police, comme à Calais.

Et les gens réussissent encore à passer ?

Oui, bien sûr. Mais la sécurisation massive de ces dernières années pousse les gens à se déplacer plus loin et à prendre des risques toujours plus grands.

D’où les récentes traversées en bateau qui ont fait les gros titres ?

Iels ne peuvent pas ériger une clôture au milieu de la mer. Les gens trouvent toujours un chemin pour contourner les barrières, par-dessus ou par-dessous, et la traversée par la mer est un des derniers moyens, et un des plus visibles, que les gens ont tentés. C’est extrêmement dangereux, notamment à cause de l’importante circulation maritime. Mais on peut voir l’Angleterre depuis Calais. Ces personnes ont parcouru des milliers de kilomètres pour arriver ici, souvent en ayant risqué leurs vies de nombreuses fois, alors quand iels aperçoivent les falaises de Douvres à l’horizon, iels ne vont pas s’arrêter à ça.

Pour l’instant, la plupart des passages en bateaux sont organisés par des passeurs qui font payer très cher pour les places. Mais il y a aussi des individu·e·s qui tentent de passer sur des radeaux de fortune, comme cet homme, qui sans moteur, a dérivé jusqu’aux Pays Bas. Ces gens ne peuvent même pas s’acheter de gilets de sauvetage – il a été reporté des cas où des magasins ont refusé de vendre des gilets de sauvetage à des gens, leur ont demandé leurs papiers et ont menacé d’appeler la police. Bien sûr, cela n’a aucune incidence sur les passeurs organisés, mais cela rend la tentative de traverser encore plus dangereuse pour les individu·e·s qui essaient par elles/eux-mêmes.

À quoi ressemble la vie quotidienne pour les personnes qui essaient de passer la frontière à Calais aujourd’hui ?

En gros les autorités ont quasiment réussi à dégager les gens du centre ville, et à les empêcher de se créer une installation stable comme l’ancienne jungle. Les gens sont donc éparpillé·e·s et caché·e·s dans des campements très précaires hors de la ville. Iels parlent toujours des « jungles », mais cela ne désigne que quelques tentes cachées dans les fourrés. L’ancienne Jungle a été transformée en réserve naturelle avec dunes et zones humides. Autour, les zones plus habitables, des bois et terrains plats, ont été grillagés pour empêcher les gens d’y vivre.

Les camps sont regroupés autour de trois sites principaux proches de l’autoroute : le rond-point de l’hôpital, le round-point près du stade et la sortie près de l’ancienne jungle. L’État a finalement installé des sanitaires sur ces trois lieux – point d’eau, des toilettes et quelques douches. Ces commodités sont le résultat d’une longue lutte et d’une saisine au tribunal administratif par des personnes sans-papiers, soutenu·e·s par des bénévoles, avec des avocat·e·s de Paris qui avaient déjà plaidé en justice contre la démolition de la Jungle.

Les sanitaires et point d’eau sont gérés par La Vie Active, la même association qui fournissaient des services officiels dans la Jungle et le camp de containers. Ces trois sites sont aussi utilisés comme points de distribution. Les associations humanitaires viennent avec leurs camionnettes à une heure définie pour donner des repas, des vêtements, etc.

On pourrait souligner une chose ici. C’est que, même si il ne fait aucun doute que c’est involontaire, les associations qui font ces distributions participent à la politique des autorités consistant à garder les migrant·e·s séparé·e·s, ségrégué·e·s, hors de la ville. Par le passé, la mairie détestait que les exilé·e·s viennent dans le centre ville pour les distributions de repas, pour recevoir des vêtements du vestiaire de l’église, ou des traitements médicaux dans les principaux centres médicaux. Avoir aujourd’hui tous ces services desservis loin, dans les bois, aide en définitive à dissimuler les migrant·e·s hors de Calais.

photo : un terrain vague où les gens campaient, aujourd’hui clôturé.

 

Que fait-la police ?

A part surveiller les clôtures, la police cible les trois points de distribution. Iels s‘y rendent presque tous les matins. Parfois iels se contentent de se garer et de rester là quelques heures, assis·e·s dans leurs véhicules ou restant debout à l’extérieur. Cela intimide les gens et iels ont peur de s’installer. Ensuite, dès qu’elle a des ordres, la police attaque les camps. Elle travaille avec les autorités préfectorales qui envoient des « nettoyeurs » – des employé·e·s qui ramassent les tentes et les possessions personnelles des gens. A part voler les tentes et effets personnels, la police se plaît à faire usage de gaz lacrymogène. Un peu comme avant le bidonville de 2015.

Évidemment, iels patrouillent également autour des points de passage le long de l’autoroute. Iels attrapent les personnes qui tentent de passer, les arrêtent régulièrement et les emmènent au Centre de Rétention de Coquelles. Parfois, iels les font monter dans leurs véhicules, mais au lieu de se diriger vers Coquelles les conduisent des kilomètres plus loin le long de l’autoroute, et les déposent au milieu de nulle part.

Mais le plus souvent, les policièr·e·s se contentent d’utiliser leurs gazs lacrymogènes et de chasser les gens. Parfois iels les tabassent, avec des bâtons ou des coups de pied. Il y a aussi beaucoup d’insultes et d’intimidation. Les exilé·e·s dénoncent beaucoup ces injures – « toi, sale nègre », « toi, chien noir », etc – les considérant particulièrement dégradantes et choquantes. Comme si tu t’attendais à ce que les agent·e·s de police utilisent la force pour t’éloigner des clôtures, mais que les insultes montraient qu’iels ne se contentent pas « de faire leur boulot », mais qu’iels se délectent de leur propre violence.

Est-ce que les policièr·e·s arrêtent les personnes loin des zones de passage, comme lorsqu’iels patrouillaient à travers la ville, embarquant n’importe qui ressemblant à un·e migrant·e ?

Cela arrive moins qu’avant 2015. Les gens se sentent plutôt à l’abri la journée, mais la nuit, c’est plus courant. La police tourne en camionnettes et ramasse les gens qu’elle voit marcher des jungles à la ville, ou qui reviennent du centre de rétention de Coquelles. Ça arrive toujours que des personnes soient arrêtées et emmenées à Coquelles, puis libérées, et soient de nouveau arrêtées alors qu’elles repartent du centre de rétention. Mais dans l’ensemble, ce genre de contrôle aléatoire n’ait plus la priorité de la police comme cela a pu l’être auparavant.

Quels sont les effets de ces attaques sur les gens ? Est-ce que cela les dissuade de tenter le passage ?

Non, comme on le disait, les gens ont voyagé des milliers de kilomètres et ont enduré énormément. Ils ne vont pas abandonner maintenant.

Ce que l’on voit sont les effets très concrets de ce harcèlement constant sur la santé mentale des personnes. Je pense que ça a vraiment empiré. Il y a toujours plus de grillages et de murs, il est toujours plus difficile de vivre, et plus difficile d’accéder aux zones de passage. Et les gens sont sans relâche chassé·e·s comme s’iels étaient de la vermine. Contraint·e·s à quitter la vile, contraint·e·s à se cacher et à disparaître. Tout cela aggravé par les insultes et les intimidations.

Comme il devient de plus en plus difficile de traverser, les gens peuvent rester beaucoup plus longtemps à Calais qu’avant. On voit aussi un nombre croissant de personnes qui ont déjà été sur la route pendant des années, qui ont parfois déjà vu leur demande d’asile refusée dans d’autres pays européens, et qui arrivent ici, considérant l’Angleterre comme leur dernier espoir.

Tout ça peut conduire à de gros problèmes d’alcool et de drogue, et rend les gens plus vulnérables aux passeurs et autres personnes désireuses de profiter de leur détresse.

image : un des nombreux squats d’avant : l’ « Africa House », 2011

Tu dis que les autorités ont largement réussi à éloigner les gens du centre-ville. Avant 2015, beaucoup habitaient en ville dans des bâtiments vides – à la fois les squats reconnus officiellement que CMS a aidé à créer, mais aussi des occupations informelles qui étaient plus vulnérable aux attaques policières. Ça n’est plus possible ?

Une chose est sûre : il n’y a plus du tout de squats « officiels » aujourd’hui à Calais. Toutes les tentatives récentes d’en ouvrir ont été immédiatement empêchées par la police, légalement ou non. Cela ne veut pas dire que c’est impossible de retenter. Mais il n’y a pas eu assez de personnes à Calais ces derniers temps qui se sont vraiment consacrées à ça.

En ce qui concerne les squats non-officiels, les gens peuvent s’abriter dans des bâtiments et y survivre s’iels restent caché·e·s ou en très petits groupes qui n’attirent pas l’attention. La mairie et la police nient la présence d’ « illégaux » en ville, iels vont peut-être préférer ne rien faire contre de tout petits groupes qui ne se font pas remarquer. Mais il n’y a pas de gros squats, ni de squats très visibles comme il y en a eu par le passé. Ils seraient fermés immédiatement.

Il y a eu un énorme déferlement d’ONG, principalement Britanniques, à Calais en 2015-2016. Est-ce que c’est toujours le cas, ou les associations humanitaires sont-elles parties maintenant que Calais ne fait plus les gros titres ?

Beaucoup sont restées. C’est une grosse différence par rapport à avant 2015 – la présence d’humanitaires, professionnels et bénévoles, toujours assez nombreu·ses·x, surtout venant de l’étranger. Cependant, iels n’ont pas vraiment adapté leur infrastructure et leur approche après la fermeture de la grosse Jungle.

Il y a toujours deux gros entrepôts pour les distributions à Calais. L’un est tenu par Care for Calais, qui distribue principalement des vêtements, tentes, sacs de couchages, articles d’hygiène. Iels travaillent aujourd’hui bien au-delà de Calais, notamment jusque Paris. L’autre hangar est géré par l’association française L’Auberge des Migrants et l’ONG anglaise Help Refugees. Refugee Community Kitchen, qui cuisine et distribue des repas, utilise aussi cet espace.

Help refugees était un gros acteur dans les jungle, après avoir peut-être récolté jusqu’à des millions en donations au Royaume-Unis. Cela lui a donné beaucoup de pouvoir pour orienter les choses, puisque de nombreuses autres associations en étaient dépendantes pour leur propre financement. Aujourd’hui Help Refugees met un terme à sa présence directe sur le terrain à Calais, mais va continuer son activité en devenant une fondation finançant d’autres associations.

Il y a aussi Utopia 56, qui a géré l’ancien camp à Dunkerque, puis a ramassé les détritus sur la jungle, et distribue aujourd’hui des vêtements, des repas et autres.

Un des éléments récents les plus intéressants est le nouvel accueil de jour, tenu par le Secours Catholique. C’est un gros bâtiment dans le centre-ville, rue de Moscou, vers le port. Il est ouvert du lundi au vendredi, jusque 17h, proposant de nombreux ateliers, comme des cours de langue, un atelier couture pour repriser ou ajuster des vêtements, et même une radio. Il y a des points d’eau, des sanitaires, des salles de réunion, et un grand espace où les personnes peuvent se détendre, charger leurs téléphones, utiliser la wifi, boire du thé et jouer à des jeux de société.

Une chose intéressante sur cet accueil de jour, c’est qu’il se trouve juste au coin de la rue de Cronstadt, la rue où CMS avait loué un entrepôt et en avait fait un centre social en 2010. Il avait été fermé quelques jours plus tard par les CRS sous un prétexte douteux de santé et de sécurité. Que penses-tu quand tu vois que le Secours Catholique ouvre un centre à cet endroit aujourd’hui ?

Évidemment, l’Église catholique est bien plus respectable et puissante que nous ne l’étions. Mais c’est une indication intéressante de la façon dont le paysage politique a changé à Calais. En 2010, il aurait été impensable pour l’Église de soutenir un tel projet, sans parler de le mettre en place elle-même.

CMS a essayé par deux fois d’ouvrir des centres légaux, le « centre Zetkin » et celui de la rue de Cronstadt, en plus des nombreux squats. Ces deux centres ont reçu une réponse immédiate de l’État. C’était clair qu’un centre social ouvert aux migrant·e·s dans le centre ville était un affront sérieux aux autorités municipales, et qu’elles ne le toléraient pas.

Il est intéressant de noter comment les choses ont changé – que ce soit les autorités qui ne sont plus tant effrayées par un lieu de ce genre, ou les associations officielles qui veulent aller plus loin.

L’accueil de jour du Secours Catholique est loin d’être parfait, mais c’est un espace qui offre de nombreuses possibilités. Et c’est intéressant, iels semblent travailler d’une façon moins condescendante, être moins dans une relation donnant/receveur que d’autres humanitaires à Calais. De plus, contrairement aux autres associations, la plupart de ces bénévoles sont des habitant·e·s de Calais, présent·e·s sur le long terme, notamment des réfugié·e·s qui se sont installé·e·s ici.

L’espace du Secours Catholique est aussi utilisé par des groupes, comme la Cabane Juridique, qui récolte des témoignages de violences policières ou qui accompagne des personnes en demande d’asile.

On dirait que plusieurs des rôles publics de CMS, comme celui de tenir des centres sociaux ou de surveiller les violences policières, sont aujourd’hui pris en charge par des associations plus officielles. Qu’en penses-tu ? Et quel est le rôle que CMS a à jouer aujourd’hui ?

Oui, c’est vrai. Encore une fois, il est intéressant de voir comment le paysage a changé, par rapport à ce qui était auparavant perçu comme radical et inacceptable par les autorités et les associations humanitaires, et ce qui était considéré normal ou acceptable. Par exemple, CMS ont été les premièr·e·s à Calais à vraiment parler de et à documenter la violence de l’État, avec le dossier de 2010 « Cette frontière tue ». C’était alors vu comme quelque chose de radical, peu d’associations auraient voulu réaliser quelque chose s’en rapprochant. Nous avons aussi été les premièr·e·s à ouvrir un squat réservé à l’hébergement des femmes et des enfants. Aujourd’hui tout le monde est d’accord pour agir contre les violences policières, et chacun·e s’accorde à vouloir fournir des hébergements pour les femmes – si ce n’est pour tout le monde.

Mais une grosse différence demeure toujours entre notre approche et le fonctionnement des associationss humanitaires. Tu peux parler des conditions de vie misérables infligées aux gens. Mais quelles sont les raisons de ces problèmes ? Pourquoi la police tourne constamment, tabassant des gens à Calais, pourquoi des gens vivent caché·e·s dans des tentes dans les bois ?

C’est à cause de la frontière. Ces problèmes seront toujours là, sous une forme ou l’autre, tant que la frontière existera. C’est à dire, tant que que les personnes qui croulent sous les bombes et l’exploitation en Afrique et en Asie tentent de rejoindre ce monde riche qui fournissent ces bombes, et tant que nos politicien·ne·s tentent de les en empêcher. Mais mis à part quelques slogans lors d’un manifestation de temps en temps, les associations humanitaires ne font pas mention de la frontière.

Certaines actions, comme ouvrir des hébergements ou un centre social, peuvent être similaires. Mais nous devons aussi penser aux répercussions plus larges, au sens de ces actions. D’abord, rassemblent-elles les gens – personnes avec ou sans papiers officiels, personnes de Calais ou venues de très loin ? Idéalement, il faut qu’elles soient construites sur une base égalitaire, pas juste donneur/receveur, mais sur le partage et la construction des luttes ensemble. Et remettent-elles en cause le silence sur la frontière, aident-elles à mettre en lumière ces questions que les autorités sont tellement enclines à éluder?

Depuis que CMS a commencé à agir il y a 10 ans en 2009, on pourrait dire que nous avons donné du fil à retordre aux autorités en remettant en cause ses efforts pour dissimuler la frontière et ses effets sur la ville. Iels se l’imaginent propre et blanche – de « vrai·e·s » Français·e·s et des touristes Britanniques écumant gaiement les magasins dans des centres commerciaux brillants. De là vient tout ce travail pour repousser les migrant·e·s hors de la ville, les garder caché·e·s dans les bois. En réalité, Calais est aujourd’hui une ville fantôme, barricadée, où de nombreux et nombreuses calaisien·ne·s blanc·he·s vivent aussi dans la pauvreté. Les politiques de droite anti-migrant·e·s n’ont rien fait pour répondre à cela, si ce n’est désigner un bouc-émissaire.

Au moins quelques un·e·s d’entre nous à CMS ont eu une idée différente de ce que Calais pourrait être. Une ville où les gens avec et sans papiers, Français·e·s ou migrant·e·s, se rencontrent librement, partagent leurs expériences et créativité. Mettant en place ensemble des projets qui pourraient ramener Calais à la vie. Et s’aidant les un·e·s les autres à lutter contre nos ennemi·e·s commun·e·s.


Notes :

Dessins de Carrie Mackinnon

[*] Le mot « jungle » est le terme toujours largement utilisé par les migrant·e·s à Calais pour désigner les campements dans les bois à l’extérieur de la ville. Il était utilisé bien avant 2015, notamment pour la grande jungle des afghans en 2009-2010. Il vient du mot farsi et pachto qui veut dire « forêt» : جنگل (jangal).

Border profiteers update June 2019 – Corporate Watch

(See this article on corporatewatch.org)

(En Français ici)

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Calais’ mayor has being trying to rebrand the town as a “city of flowers”. But as locals told Corporate Watch last month, “city of barbed wire” would be more apt. From the port to the tunnel at Coquelles, the town’s periphery is now a nightmarish landscape of razorwire fences, cameras and motion detectors, earthworks, trenches and flooded fields, all designed to stop the “wretched of the earth” taking the cross-channel journey that European citizens take for granted.

All this means money for the construction and security companies who supply the border infrastructure. Back in 2016 the Calais Research Project started to list and profile firms involved in the border business. Here is a quick update on some new landmarks added since then. 

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2 views of the new CCIC police control building

 

France-Britain joint police control centre at Coquelles

There are two main border-crossings in Calais: the port, next to the old town itself; and the channel tunnel, a few kilometres out of town at Coquelles. Next to the tunnel entrance is a giant shopping centre called Cite Europe, popular with locals as well as British travellers stocking up on booze.

Right next to that is a complex housing the French police’s official anti-migrant infrastructure: the main base for the PAF border police and CRS riot police; a court where migrants’ cases are heard; and the migrant detention centre – “Centre de Retention” in French.

In November 2018 a new building was added to this. In French, it’s called the CCIC – standing for “Centre conjoint d’information et de coordination franco-britannique”, or joint French-British information and coordination centre.

According to an Agence France Presse report, the centre is funded by the British government, “notably equipped with drones”, and acts as a joint command post for French and British police forces. These include the French PAF, Customs (Douanes) and Gendarmes, and on the British side the UK Border Force, Kent police, as well as the National Crime Agency (NCA).

On the day we visited we didn’t see any drones flying off the roof. The parking lot was full of unmarked cars rather than marked police vehicles, including several with British number plates. There was still a plaque up outside the centre (see photo) naming the contractors involved in building and equipping it. It gave the cost for the work as Eu 1.844 million.

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The companies named include: Villesange Masson (local architects); Groupe Qualiconsult (building project consultants); Verdi; Cougnaud construction (specialise in modular building construction); Ramery Batiment; Eiffage energie (massive French engineering corporation); Satelec (electricians); Resipelec (electricians); Pylones du Littoral; Majencia (office furniture); Covage DGL Networks (data cabling); Econocom.

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views of Coquelles detention complex

Detention centre extension

Directly across the road from the CCIC is Coquelles detention centre. Currently this has space to lock up 79 men, but the French state wants to expand that. At the end of March 2019 it announced plans for a 480 square metre extension. The architects overseeing the work are from a local firm called COAST, working with BD engineering.

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Customs posts with moats

Just outside Coquelles, we saw major new works on both sides of the main highway leading to the tunnel. These are big bunkers, each with a number of bays for lorry searches. In fact these are not primarily anti-migrant measures, but the new lorry park and custom posts being built hurriedly by Eurotunnel in case of new goods checks post-Brexit.

However, they are also adding to the extreme security measures reshaping the environment around Calais. The bunkers are protected with moats as well as new fencing – canals and artificial lakes dug and filled with water, as another measure against unwanted humans. This follows the pattern of deforesting and flooding that Eurotunnel started in 2016.

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new customs post

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excavation for moat

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previous Eurotunnel flooding works

Privatised border checks at Polley lorry park

One little industry that’s sprung up out of the “refugee crisis” is Secure Lorry Parking. The UK government fines truck haulage firms if people are found travelling in their vehicles without the right documents. This effectively means outsourcing border checks to truckers, who are anxious not to be caught with stowaways. In turn, the truck firms will pay out for secure places to park up before they make the crossing.

In Dunkerque, DK Secure Truck Park has 250 spaces surrounded with fences and monitored by “40 high-definition CCTV cameras”. In Calais, the biggest player is Polley Secured Lorry Park, run by local businessman Francois Polley. Its 10 hectare site boasts 24/7 guarding and 2.4 metre fences.

Recently we heard of a new development in this business. Passenger coaches operated by Flixbus are also using Polley’s security services. Coaches on the way to the UK pull into Polley park before they head for the tunnel. Here they are given an initial search by one of the company’s private security guards, checking for stowaways in the baggage area. This is in addition to two further checks by French and then UK authorities once they get to the tunnel.

Flixbus and Polley give little public information on this extra control. There are vague references to it on Flixbus’ website, where it is described as a “pre-UK check”.

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Police Hotel

The final stop on our border infrastructure tour was right in the heart of Calais town itself. We had heard that the old practice of constantly stopping and harassing people who look like migrants in the town centre has largely been phased out. So we were wondering why we kept seeing CRS riot vans buzzing around the main streets between the town hall and the theatre.

Then we realised their main activity was dropping off and picking up burly white men in casual attire outside the Brit Hotel. Locals explained that this hotel building had been empty for many years, before being reopened under its new name in 2016. Its initial clientele seem to be almost entirely riot police and gendarmerie – although if you fancy being bunked next to a hunky CRS musclehead, you too can book a room for around Eu 50 a night. Brit Hotels is a France-wide hotel franchise chain.

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