Morts et refoulements pour cause de non-assistance délibérée dans la Manche

Article rédigé par Watch the Channel et Calais Migrant Solidarity

24/11/21

Lorsque la nouvelle a commencé à circuler qu’un bateau avait coulé au milieu de la Manche et que 27 personnes, hommes, femmes et enfants, avaient perdu la vie le mercredi 24 novembre, les gouvernements britanniques et français se sont empressés d’accuser les ” passeurs ” de cette perte de vie. Les informations qui ont émergé depuis montrent que c’est la décision des autorités de ne pas intervenir et de ne pas coopérer entre elles, alors qu’elles avaient été alertées que le bateau était en détresse, qui a conduit directement à leur mort.

L’un des deux survivants, Mohammad Khaled, s’est entretenu avec le réseau d’information kurde Rudaw et a expliqué son histoire. Il raconte que les voyageurs sont montés sur le bateau et sont entrés dans l’eau près de Dunkerque vers 21 heures HEC dans la nuit de mardi à mercredi. Trois heures plus tard, ils pensaient être arrivés à la ligne de démarcation entre les eaux britanniques et françaises.

Mohammad raconte que pendant leur traversée le flotteur droit perdait de l’air et des vagues entraient dans le bateau. Les passagers ont évacué l’eau de mer et utilisé une pompe manuelle pour regonfler le flotteur droit du mieux qu’ils pouvaient, mais lorsque la pompe a cessé de fonctionner, ils ont appelé les garde-côtes français à la rescousse. Ils ont partagé leur position GPS via un smartphone avec les autorités françaises, ce à quoi les Français ont répondu que le bateau se trouvait dans les eaux britanniques et qu’ils devaient appeler les Britanniques. Les voyageurs ont alors appelé les garde-côtes britanniques qui leur ont dit de rappeler les Français. Selon son témoignage, “deux personnes appelaient – l’une appelait la France et l’autre la Grande-Bretagne”. Mohammad a raconté que : “La police britannique ne nous a pas aidés et la police française a dit : “Vous êtes dans les eaux britanniques, nous ne pouvons pas venir”. Bien que les garde-côtes de Douvres et le centre français de coordination des secours maritimes de Gris-Nez connaissent l’emplacement et l’état du bateau, aucun des deux n’a lancé d’opération de recherche et de sauvetage.

Un parent d’une des personnes à bord, également interrogé par Rudaw, explique que les problèmes avec le flotteur ont commencé vers 01h30 du matin GMT. Il a été en contact avec les personnes à bord jusqu’à 02h40 GMT et suivait également la position du bateau, partagée en direct sur Facebook. Il insiste sur le fait qu’à ce moment-là, le bateau se trouvait dans les eaux britanniques et que les garde-côtes de HM étaient au courant de la situation. Il déclare : “Je crois qu’ils étaient à cinq kilomètres à l’intérieur des eaux britanniques” et lorsqu’on lui demande si les Britanniques étaient au courant du bateau en détresse, il répond : “100 pour cent, 100 pour cent et ils [la police britannique] ont même dit qu’ils viendraient [à la rescousse]”.

Interrogés par Rudaw, les Britanniques ont nié que le bateau se trouvait dans leurs eaux. Un communiqué du ministère de l’Intérieur indique : “Les responsables ici ont confirmé hier soir que l’incident s’est produit bien à l’intérieur des eaux territoriales françaises, ils ont donc dirigé les opérations de sauvetage, mais [nous] avons déployé un hélicoptère en soutien à la mission de recherche et de sauvetage dès que nous avons été alertés.” Cependant, Rudaw (au 29/11) n’a toujours pas reçu de réponse détaillée sur la question de savoir si oui ou non les garde-côtes de HM avaient reçu un appel de détresse du navire pendant la nuit ou tôt le matin.

Une question se pose quant à la déclaration du ministère de l’Intérieur : quelle est la période qui, selon lui, constitue “l’incident” ? La déclaration mentionne le déploiement d’un hélicoptère “dès que nous avons été alertés”. Le suivi du vol de l’hélicoptère G-MCGU des garde-côtes de HM (nommé “Sar 111232535” sur MarineTraffic) par Sergio Scandura montre qu’il a effectué trois vols au-dessus de la zone le 24 novembre :

Le premier entre 03h46 et 06h26 GMT, où il semble avoir effectué une recherche de type “carré en expansion”, et le second des cibles spécifiques qu’il a trouvées. S’il s’agit du lancement “dès que nous avons été alertés” dont parle le ministère de l’Intérieur, cet hélicoptère a-t-il repéré le bateau de Mohammad et d’autres navires ont-ils été lancés pour participer à la mission de recherche et de sauvetage ?

La fois suivante, l’hélicoptère a été lancé dans l’après-midi, à 13 h 16 GMT. Il semble faire une “recherche de secteur” et encercle à nouveau certains endroits spécifiques. C’est à peu près l’heure à laquelle les Français ont lancé leur opération de recherche et de sauvetage, et il est plus probable qu’il s’agisse du lancement et de l’ “incident” dont il est question dans la déclaration du ministère de l’Intérieur. Ce n’est qu’à 15 h 47 que la préfecture maritime de la Manche et mer du Nord a indiqué pour la première fois sur Twitter qu’elle coordonnait une opération de recherche et de sauvetage concernant un naufrage dans la Manche. Les données de MarineTraffic montrent que les bateaux impliqués dans le sauvetage, par exemple le canot de sauvetage Notre Dame Du Risban de la SNSM, n’ont commencé à se diriger vers cet endroit que vers 14h00, soit environ 12 heures après que Mohammad et son parent aient déclaré avoir parlé pour la première fois avec les autorités. La majeure partie de l’activité des navires français chargés de l’opération de sauvetage en question se déroule autour de 51°12′ N, 1°12 E, une position située à environ 1 mile seulement à l’est de la ligne séparant les eaux françaises des eaux britanniques.

Cela signifie que pendant environ 12 heures, entre 02h30 et 14h00 environ, plus de trente personnes ont été laissées à la dérive dans un bateau qui coulait et sans moteur dans l’une des voies maritimes les plus fréquentées et les plus surveillées du monde. Des informations supplémentaires sont encore nécessaires pour prouver définitivement que Mohammad et les autres personnes à bord de son bateau se trouvaient dans les eaux britanniques, pendant combien de temps, et que leur situation de détresse était connue des garde-côtes de HM. Toutefois, compte tenu du témoignage de Mohammad, des parents des autres passagers, du premier hélicoptère et du temps pendant lequel le bateau a dérivé en mer, il est extrêmement probable que les garde-côtes britanniques étaient au courant de la situation. Mais au lieu d’intervenir pour sauver des vies en mer, il semble qu’ils aient décidé de faire de la politique et d’espérer que les voyageurs reviennent à la dérive et se noient dans les eaux françaises.

Mohammad a témoigné que, même si l’eau pénétrait dans le bateau pendant la nuit et que des personnes étaient submergées, “tout le monde pouvait supporter la situation jusqu’au lever du soleil, puis, lorsque la lumière a brillé, personne ne pouvait plus supporter la situation et ils ont abandonné la vie”. Au moment où le soleil s’est levé, ils avaient déjà perdu tout espoir de survie.

20/11/21

Le récit de Mohammad Khaled du 24 novembre n’est pas le premier de ce qui semble être une non-assistance délibérée aux bateaux de migrants en détresse dans la Manche. Moins d’une semaine auparavant, le 20 novembre, nous nous sommes entretenus avec une autre personne dont les appels à l’aide dans la Manche, près de la ligne frontalière, semblent avoir été délibérément ignorés par les Britanniques et qui nous a fourni le récit suivant de son voyage :

‘’ C’était aux environs de trois heures du matin le samedi 20 novembre, lorsque nous avons embarqué sur notre bateau. Nous étions 23 personnes sur le bateau. Trois heures après, je pense, nous avons atteint la frontière britannique puis nous nous sommes retrouvés à court d’essence, je pense à 7 heures et ensuite nous avons décidé d’appeler le 999.

Lorsque nous les avons appelé, ils nous ont dit que nous étions dans les eaux françaises sans nous demander notre localisation. Ils nous ont dis d’appeler le 196. Dans un premier temps, nous n’étions pas d’accord pour appeler les français.

Nous avons essayé de ramer, mais c’était très difficile à cause des vagues. Puis, nous avons décidé d’appeler les français. Quand nous avons appelé, ils nous ont demandé de leur envoyer notre localisation en direct, puis ils nous ont dit ʺ vous êtes dans les eaux britanniques ʺ. Ils nous ont dit d’appeler le 999.

Ensuite, nous avons rappelé les anglais beaucoup de fois, mais ils ont continué à nous répéter que nous étions dans les eaux françaises et puis ils nous ont raccroché au nez. Les britanniques nous ont répondu de manière très impolie, et il nous a semblé qu’ils se moquaient de nous. Je leur ai dis deux fois qu’il y avait des gens qui mouraient à bord, mais ils n’en avaient rien à foutre.

Nous avons envoyé notre localisation en direct une deuxième fois aux gardes côtes français. Nous avons également appelé, et nous avons essayé de les joindre avec deux téléphones mais ils ont continué à nous dire que nous étions dans les eaux anglaises.

J’ai donc décidé aux alentours de 9h30 de téléphoner à Utopia. Puis, ils nous ont aidé et ont forcé les autorités françaises à nous envoyer un bateau pour nous sauver aux alentours de 10H-10H30.

La raison pour laquelle je partage cela c’est parce que je ne veux pas que cela arrive encore parce que cela concerne la vie des gens. ‘’

Utopia 56, après avoir été appelé par les personnes en détresse, a appelé le CROSS Gris-Nez, le centre français de coordination des secours maritimes responsable du détroit de Douvres.
Utopia 56 a relayé les informations reçues et la position du bateau, puis le CROSS lui a répondu qu’il était certain que les Britanniques n’étaient délibérément pas intervenus et avaient laissé les personnes dériver vers les eaux françaises.

Les conséquences mortelles d’un manque de coopération

Ces deux cas indiquent que, bien que la Border Force n’ait pas encore mis en œuvre de refoulement forcé en retournant les bateaux de migrants avec des jet-skis ou en les ramenant dans les eaux françaises, des refoulements ont déjà lieu, sous la forme de refus délibéré des garde-côtes de HM de venir en aide aux migrants qui, selon eux, dériveront vers les eaux françaises. Cette non-assistance délibérée est une tactique mortelle qui laisse les gens en mer, dans des bateaux surpeuplés et en mauvais état, pendant de nombreuses heures après leur appel à l’aide, afin de traumatiser les voyageurs et de les dissuader de tenter à nouveau la traversée vers le Royaume-Uni en bateau.

Les garde-côtes français et britanniques “ont le devoir de coopérer ensemble pour prévenir les pertes de vie en mer et assurer l’achèvement d’une mission de recherche et de sauvetage” en vertu de la Convention internationale pour la sauvegarde de la vie humaine en mer et de la Convention sur la recherche et le sauvetage. Les deux parties ont notamment la responsabilité de se contacter dès qu’elles reçoivent des informations sur des personnes en danger et de coopérer aux opérations de recherche et de sauvetage de toute personne en détresse en mer.

Cependant, il semble que les politiques anti-migrants actuelles du Royaume-Uni signifient que cette coopération n’existe pas, dans les faits, pour les migrants en détresse dans la Manche. En particulier, le gouvernement britannique ne veut pas être vu en train de secourir les bateaux immédiatement après leur entrée dans ses eaux.

En outre, leurs critiques à l’encontre des Français qui (à leurs yeux) n’en font pas assez pour intercepter les bateaux de migrants en mer ou les empêcher de quitter les côtes françaises, ont semblé empoisonner les relations diplomatiques et opérationnelles entre les pays. Par exemple, le Journal du Dimanche a récemment publié que, même dans les enquêtes sur les réseaux de passeurs, il y a eu une rupture dans la coopération française et britannique.

Au lieu de coopérer pour sauver des vies en mer, la réponse franco-britannique a été de se disputer, d’introduire davantage de mesures de police aux frontières (y compris la surveillance aérienne de Frontex), de blâmer les victimes et de continuer à faire des passeurs des boucs émissaires. Cela a été utile pour détourner l’attention de leurs propres échecs de ces derniers jours, mais n’améliorera pas la situation des personnes qui doivent réellement entreprendre ces voyages. Une sécurisation accrue des plages et des mers ne fera que pousser les gens à emprunter des routes plus longues et plus dangereuses, où la couverture téléphonique n’est pas toujours bonne. Les petits bateaux en détresse se retrouveront plus loin du grand nombre de moyens de recherche et de sauvetage potentiels situés dans le détroit de Douvres.

La mort de leurs amis et les heures passées en détresse à dériver en mer sans secours ne dissuaderont pas les gens d’essayer d’effectuer les mêmes trajets car ils n’ont pas d’autres options. Les solutions proposées, telles que les visas humanitaires, n’offriront pas à tous ceux qui en ont besoin une route sûre vers le Royaume-Uni. D’autres continueront à s’embarquer sur de petits bateaux qui ne sont pas en état de naviguer. Simultanément, des millions de personnes font ce même voyage chaque année à bord des ferries et des trains qui traversent la Manche plusieurs fois par jour sans incident. Ce n’est qu’en accordant le droit à la liberté de circulation à tous que nous mettrons fin à l’apartheid frontalier et que nous éviterons que d’autres vies soient perdues en mer.











Deaths and push-backs through calculated non-assistance in the Channel

Post written by Watch the Channel and Calais Migrant Solidarity

24/11

As news began circulating that a boat had sunk in the middle of the Channel and that 27 people, men, women and children, had lost their lives on Wednesday 24 November, both the British and French governments were quick to blame ‘people smugglers’ for the loss of life. The information that has emerged since shows that it was the decision on the part of authorities not to intervene, nor cooperate with one another, after being alerted to the boat in distress that lead directly to their deaths.

One of the two survivors, Mohammad Khaled, spoke with Kurdish news network Rudaw and explained his story. He says the travellers got onto the boat and entered the water close to Dunkirk at around 21:00 CET on Tuesday night. Three hours later they believed they had arrived at the dividing line between British and French waters.

Mohammad says that during their crossing the right sponson was losing air and waves were coming into the boat. People were bailing out the sea water and using a hand pump to reinflate the right sponson as best they could, but after the pump stopped working they called to the French coastguard for rescue. They shared their GPS position via a smartphone with the French authorities, to which the French responded that the boat was in British waters and that they had to call the British. The travellers then called the UK Coastguard who told them to call back to the French. According to his testimony “Two people were calling – one was calling France and the other was calling Britain”. Mohammad recounted that: “The British police didn’t help us and the French police said, “You’re in British waters, we can’t come.” Despite both HM Coastguard Dover and French Maritime Rescue Coordination Centre at Gris-Nez knowing the location and condition of the boat, neither launched a search and rescue operation.

A relative of one of the people on board, also interviewed by Rudaw, explains that the problems with the sponson began around 01:30 in the morning GMT. He was in contact with the people on board up until 02:40 GMT and was also monitoring the boat’s position, shared live on Facebook. He insists that at this time the boat was in British waters and that HM Coastguard was aware of the situation. He states: “I believe they were five kilometers inside British waters,” and when asked if the British were aware of the boat in distress he replied: “100 per cent, 100 percent and they [British police] even said they would come [to the rescue].”

The British denied that the boat was in their waters when asked by Rudaw. A statement from the Home Office reads: “Officials here confirmed last night that the incident happened well inside French Territorial Waters, so they led on the rescue effort, but [we] deployed a helicopter in support of the search and rescue mission as soon as we were alerted.” However, Rudaw (as of 29/11) still has not received a detailed response on whether or not HM Coastguard had received a distress call from the vessel during the night or early morning.

One question looming over the Home Office’s statement is what time-frame does it consider constitutes ‘the incident’? The statement mentions deploying a helicopter “as soon as we were alerted”. Flight tracking of HM Coastguard’s helicopter G-MCGU (named “Sar 111232535” on MarineTraffic) by Sergio Scandura shows that it did three flights over the area on 24 November:

The first time was between 03:46 and 06:26 GMT where it appears to fly an “expanding square” search pattern, and the circle some specific targets that it finds. If this is the launch “as soon as we were alerted” the Home Office refer to, did this helicopter spot Mohammad’s boat and were there other vessels launched to assist in the search and rescue mission?

The next time the helicopter was launched was in the afternoon, at 13:16 GMT. It appears to do “sector search” and again circle some specific locations. This is around the time that the French launched their search and rescue operation, and is more likely the launch and “incident” referred to in the Home Office’s statement. Only at 15:47 did the Préfecture maritime Manche et mer du Nord first Tweet that they were coordinating a search and rescue operation involving a shipwreck in the Channel. Data from MarineTraffic show that boats involved in the rescue, for example the Notre Dame Du Risban lifeboat of the SNSM only began to move towards that location around 14:00, around 12 hours after Mohammad and his relative state that they first spoke with the authorities. Most of the activity of the French vessels tasked with the rescue operation involved takes place around 51°12′ N, 1°12 E, a position only about 1 mile East of the line separating French from British waters.

This means that for around 12 hours, between approximately 02:30 and 14:00, more than thirty people were left adrift in a boat that was sinking and without an engine in one the busiest and most surveilled shipping lanes in the world. More information is still needed to definitely prove that Mohammad and the others in his boat were in British waters, for how long, and that their distress situation was known to HM Coastguard. However, given the testimony of Mohammad and the relatives of others in the boat, the first helicopter launch, and the amount of time which the boat was left to drift at sea, it is extremely likely that HM Coastguard was aware of the situation. But instead of intervening to save lives at sea, it appears they decided to play politics and hope that the travelers would drift back and drown in French waters.

Mohammad testified that even though water was entering the boat through the night and people were becoming submerged “Everyone could take it until sunrise, then when the light shone, no one could take it anymore and they gave up on life”. By the time the sun started to rise they had already lost hope of survival.

20/11

Mohammad Khaled’s account from the 24th is not the first of what appears to be deliberate non-assistance for migrant boats in distress in the Channel. Less that a week beforehand, on 20 November, we spoke with someone else whose calls for help in the Channel close to the border line seem to have been deliberately ignored by the British and who provided the following account of his journey:

It was at 3am on Saturday 20 November when we put the boat in the sea. We are 23 in the boat.

After three hours, I think, we reached the British border then the fuel ran out, I think at 7 o’clock, and then we decided to call the 999 [the British emergency number]. Then we called and they told us you are in the French water without asking us for our location. They told us to call 196.

First of all we did not agree to call the French. We were trying to paddle but it was very difficult because of the waves. Then we decided to call the French. When we called they asked us to send our live location, then they told us ‘You are in UK waters’.

Then we called the British again many times but they kept repeating that we were in French waters and then they ended the call. The UK guys answered us in a very rude way and it seemed like he was laughing at us.

I told him two times that there were people dying in here but he really didn’t give a shit. We sent our live location a second time to the French coastguard. We also called them again, we were trying to reach them by two phones but they kept telling us we were in the UK waters.

So I decided around 9.30am to call Utopia. Then they helped us and they were forcing the French authorities to send the boat to save us around 10am or 10.30am. The reason why I’m sharing this thing because I don’t want it to happen again because it’s related to people’s lives.

Utopia 56, after being called by the people in distress, called to CROSS Gris-Nez, the French Maritimate Rescue Coordination Centre responsible for the Straits of Dover. Utopia 56 relayed the information they received and the position of the boat, and were then told by the CROSS that they were sure that the British had deliberately not intervened and let the people drift back to French waters.

Deathly consequences of a failure to cooperate

These two cases indicate that although Border Force has yet to implement forcible push-backs, turning around migrants boats’ with jet skis or dragging them back into French waters, push-backs are already occurring in the form of HM Coastguard deliberately refusing to come to the aid of migrants which it believes will drift back into French waters. This deliberate non-assistance is a deadly tactic that leaves people out at sea, in overcrowded and unseaworthy vessels, for many hours after they call for help, to traumatise the travellers and deter them from attempting to make further attempts at crossing to the UK by boat.

The French and British Coastguards “have a duty to cooperate together to prevent loss of life at sea and ensure completion of a search and rescue mission” under the International Convention for the Safety of Life at Sea and the Search and Rescue Convention. This includes a responsibility on both sides to contact one another as soon as information is received about people in danger and to cooperate on search and rescue operations for anyone in distress at sea.

However, it appears that the UK’s current anti-migrant policies mean that this cooperation in fact does not exist for migrants in distress in the Channel. Especially the UK government does not want to be seen to rescue boats immediately after they enter their waters. Furthermore, their criticism of the French for (in their eyes) not doing enough to intercept migrants’ boats at sea or prevent them from departing from the French coast, has seemed to poison diplomatic and operational relationships between the countries. For example, the Journal du Dimanche recently published that even in the investigations of smuggling networks there has been a breakdown in French and British cooperation.

Instead of cooperating to save lives at sea the Franco-British response has been to argue with one another, introduce more border policing measures (including aerial surveillance from Frontex), blame the victims and continue to scapegoate the smugglers. This has been useful to detract from their own failings over recent days, but will not improve the situation for the people who actually have to undertake such journeys. Further securitisation of the beaches and seas will only push people to try longer, more dangerous routes where there may not be good telephone network coverage. Small boats in distress will find themselves further from the large number of potential search and rescue assets located in the Straits of Dover.

Deaths of their friends and hours in distress adrift at sea without rescue will not dissuade people from trying to make the same journeys as they have no other options. Suggested solutions such as humanitarian visas will not provide everyone who needs it with a safe route to the UK. Others will continue embarking in small and unseaworthy vessels. Simultaneously, millions of people make this same journey each year aboard the ferries and trains that criss-cross the Channel several times a day without incident. Only by according the right to freedom of movement to all will we end the border apartheid and prevent further lives from being lost at sea.

Violences policières : à Calais, Darmanin ment ! // Police violence: in Calais, Darmanin lies!

Article repris du GISTI (Groupe d’information et de soutien des immigré·e·s)

Interviewé par France 3 Hauts-de-France le 9 octobre 2021, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a déclaré [1] :

« […] Ce que je peux dire, c’est que malgré tous les procès d’intention qu’on fait aux forces de l’ordre, je constate que pas un policier et pas un gendarme sur la côte littoral n’a été poursuivi par la justice […] et j’aimerais qu’on les respecte et qu’on les soutienne plutôt qu’on les insulte surtout lorsque manifestement ce sont des mensonges […] »

Il répondait à une question concernant le dernier rapport de Human Rights Watch, « Infliger la détresse. Le traitement dégradant des enfants et des adultes migrants dans le nord de la France » [2] qui met en évidence le harcèlement policier dont sont victimes les personnes migrantes dans le nord de la France.

De quel côté est le mensonge ?

  • septembre 2021 : un brigadier-chef CRS est condamné à dix-huit mois de sursis et deux ans d’interdiction d’exercer pour violences volontaires et faux en écriture publique, ainsi qu’à une amende de 6 000 euros de dommages et intérêts pour avoir bousculé violemment et sans raison un bénévole britannique venant en aide aux migrant·e·s, et l’avoir ensuite interpellé pour outrage et violences volontaires sur personne dépositaire de l’autorité publique, en s’appuyant sur les faux témoignages de deux de ses collègues. → « Violence policière à Calais : un CRS condamné, deux relaxés », Politis le 3 septembre 2021
  • avril 2021 : un adjudant-chef de gendarmerie est condamné à une amende de 1 500 euros pour le vol de portable d’un migrant lors d’une patrouille à Calais. → « Calais : un gendarme condamné pour le vol d’un portable de migrant, Info Migrants le 24 mars 2021
  • mai 2020 : un adjudant de gendarmerie est condamné à trois mois de prison avec sursis pour avoir frappé un mineur afghan → « Violences contre des migrants : quand des gendarmes brisent l’omerta », Mediapart le 29 mai 2020
  • novembre 2017 : un agent de la police aux frontières est condamné à six mois de prison ferme, interdit de détention d’arme pendant cinq ans, et interdit de fonction publique pendant deux ans avec sursis. pour avoir giflé un migrant dont il assurait l’escorte jusqu’à la salle de jugement du centre de rétention administrative de Coquelles → « Calais : un policier qui avait giflé un migrant condamné à six mois ferme », France Info avec AFP le 24 novembre 2017
  • novembre 2015 : un CRS est condamné à trois mois de prison avec sursis et à une amende de 1 000 euros avec sursis pour avoir frappé un journaliste britannique qui réalisait un reportage TV sur les migrants à Calais. → « Calais : un CRS condamné pour avoir violenté un journaliste anglais », La Voix du Nord, 26 novembre 2015

Ces quelques cas suffisent à démontrer qu’à l’instar des gendarmes et des policiers mis en cause par la justice, le ministre de l’intérieur n’hésite pas à user du mensonge et de l’intimidation pour défendre l’indéfendable. Car dans la plupart de ces affaires, la culpabilité des condamnés n’a été mise en évidence que parce que des preuves incontestables (témoignages de leurs collègues, d’une fonctionnaire du tribunal ou encore enregistrement d’une vidéo) ont fini par balayer leurs dénégations initiales.

Les mensonges du ministre de l’intérieur s’inscrivent dans une inquiétante continuité : en 2009, Éric Besson, alors ministre de l’immigration du gouvernement dirigé par François Fillon, avait soutenu : « j’observe qu’en 65 années (…), personne en France n’a jamais été condamné pour avoir seulement accueilli, accompagné ou hébergé un étranger en situation irrégulière ». Il n’avait pas été difficile, par un recensement aussitôt mis en ligne des multiples condamnations prononcées depuis des années contre des « aidant-es », de montrer que ces déclarations péremptoires étaient des mensonges (voir Délit de solidarité : Besson ment [3]).

Les affirmations de Gérald Darmanin sont d’autant plus scandaleuses qu’en niant contre l’évidence les exactions policières sanctionnées par la justice, le « premier flic de France » fait fi de toutes celles qui sont, depuis des années, documentées avec minutie non seulement par les associations du nord de la France, les ONG et la presse, mais aussi par les autorités administratives comme le Défenseur des droits et la Commission nationale consultative des droits de l’Homme [4].

Il occulte le nombre difficilement quantifiable de celles qui ont fait l’objet de plaintes à l’IGPN et à l’IGGN, ainsi que devant la justice, et qui n’ont donné lieu à aucune poursuite.

En traitant de « mensonges » les faits rapportés dans le rapport de Human Rights Watch, en cautionnant des pratiques inacceptables au lieu de les reconnaître, le ministre de l’intérieur ne fait pas que diffamer cette ONG. Il insulte toutes les personnes qui subissent quotidiennement un harcèlement policier dont la permanence, loin de tenir aux seuls fonctionnaires mis en cause, incarne la logique de dissuasion violente et de mépris raciste qui caractérise la politique migratoire du gouvernement auquel il appartient, comme de ceux qui l’ont précédé.

Le 26 octobre 2021

[1] « Quelles mesures face à la pression migratoire ? En direct : Gérald Darmanin ministre de l’intérieur », France 3 Hauts-de-France

[2] « Infliger la détresse : le traitement dégradant des enfants et des adultes migrants dans le nord de la France, Human Rights Watch, 7 octobre 2021

[3] « Délit de solidarité : Besson ment ! », Gisti, 21 avril 2009

[4] « Rapports et enquêtes concernant Calais » sur le site www.laubergedesmigrants.fr

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Police violence: in Calais, Darmanin lies!

Interviewed by France 3 Hauts-de-France on October 9, 2021, the Minister of the Interior, Gérald Darmanin, said [1]:

“[…] What I can say is that despite all the appeal to motives that are made against the police, I note that not a policeman and not a gendarme on the coastline has been prosecuted […] and I would like them to be respected and supported rather than insulted especially when they are obviously lies […] “

He was responding to a question about the latest Human Rights Watch report, “Inflicting Distress. The degrading treatment of migrant children and adults in northern France” [2], which highlights the police harassment of migrants in northern France.


How is this a lie?

  • September 2021: a CRS brigadier-chef is sentenced to an eighteen-month suspended prison sentence and two years’ disqualification form service for intentional violence and forgery of a public document, as well as a fine of 6,000 euros in damages for violently and wantonly shoving a British volunteer helping migrants, and then arresting him for contempt and intentional violence against a person in authority, relying on the false testimony of two of his colleagues. → “Police violence in Calais: one CRS convicted, two released“, Politis on September 3, 2021
  • April 2021: a gendarmerie chief warrant officer was fined €1,500 for stealing a migrant’s cell phone during a patrol in Calais. → “Calais: a gendarme sentenced for the theft of a migrant’s cell phone“, Info Migrants on March 24, 2021
  • May 2020: a gendarmerie warrant officer is given a three-month suspended prison sentence for beating an Afghan minor → “Violence against migrants: when gendarmes break the omertaMediapart on May 29, 2020
  • November 2017: a border police officer was sentenced to six months in prison, banned from holding weapons for five years, and banned from public office for two years with a suspended sentence for slapping a migrant whose escort he was providing to the trial room at the Coquelles administrative detention center → “Calais: a policemen who had slapped a migrant sentenced with 6 months without bail“, France Info with AFP on November 24, 2017
  • November 2015: a CRS was given a three-month suspended prison sentence and a €1,000 suspended fine for hitting a British journalist who was doing a TV report on migrants in Calais. → “Calais : a CRS policeman sentenced for brutalizing an English journalistLa Voix du Nord, November 26, 2015

These few cases are enough to demonstrate that, like the gendarmes and police officers implicated by the courts, the Minister of the Interior does not hesitate to use lies and intimidation to defend the indefensible. For in most of these cases, the guilt of the convicted was only brought to light because incontrovertible evidence (testimony of their colleagues, of a court official or even a video recording) finally swept away their initial denials.

The lies of the Minister of the Interior are part of a disturbing continuity: in 2009, Eric Besson, then Minister of Immigration in the government led by François Fillon, had maintained: “I observe that in 65 years (…), no one in France has ever been convicted for having only welcomed, accompanied or housed an illegal alien.

It was not difficult, through a census immediately posted online of the multiple convictions pronounced over the years against “aidings”, to show that these peremptory statements were lies (see Délit de solidarité : Besson lies [3]).

Gérald Darmanin’s assertions are all the more scandalous because, by denying against the evidence the police convictions sanctioned by the courts, the “top cop in France” is ignoring all those that have been, for years, meticulously documented not only by associations in the north of France, NGOs, and the press, but also by administrative authorities such as the Defender of Rights and the National Consultative Commission for Human Rights [4].

It conceals the hardly quantifiable number of those that have been the subject of complaints to the IGPN and the IGGN, as well as to the courts, and which have not led to any prosecution.

By calling the facts reported in the Human Rights Watch report “lies” and by condoning unacceptable practices instead of acknowledging them, the Minister of the Interior is not only defaming this NGO. He is insulting all those who suffer daily police harassment, the permanence of which, far from being limited to the officials involved, embodies the logic of violent dissuasion and racist contempt that characterizes the migration policy of the government to which he belongs, as well as those that preceded him.

October 26, 2021

[1] « Quelles mesures face à la pression migratoire ? En direct : Gérald Darmanin ministre de l’intérieur », France 3 Hauts-de-France

[2] « Infliger la détresse : le traitement dégradant des enfants et des adultes migrants dans le nord de la France, Human Rights Watch, 2021 october 7

[3] « Délit de solidarité : Besson ment ! », Gisti, 2009 april 21

[4] « Rapports et enquêtes concernant Calais » on website www.laubergedesmigrants.fr

Criminalisation and Humanitarian Border Policing in the Channel // Criminalisation et police humanitaire des frontières dans la Manche

Migrants’ dinghies in Dover harbour

Reblogged from Border Criminologies blog.

Guest post by Thom Tyerman, Travis Van Isacker, Philippa Metcalfe and Francesca Parkes. This post was written in conjunction with activist networks working against the UK border regime in Northwest France, including Watch the Channel and Calais Migrant Solidarity.

In March 2021, the UK Home Office published a white paper entitled The New Plan for Immigration (NPI) identifying asylum seeking as a primary source of ‘illegal immigration’. The NPI and the Nationality and Borders Bill it informs propose a dramatic overhaul of the asylum system, limiting full refugee status to those who are cherry-picked and brought to the UK via a restrictive ‘resettlement scheme’ while introducing a temporary status with less rights for people who apply for asylum after having travelled to the UK outside these routes.

At the same time, the UK will now render ‘inadmissible’, asylum claims made by someone who travelled through a ‘safe third country’ (European countries in particular) and seek to quickly deport them either to that ‘safe third country’, one they have a ‘connection’ to, or any other country that will accept them. However, at the time of writing, the government has still not been able to negotiate any returns agreements with other countries, meaning that, for the moment, ‘inadmissible asylum seekers’ are not facing deportation. Alongside this, the bill proposes to criminalise asylum seekers by introducing the new offence of simply ‘arriving’ in the UK without permission in addition to the existing offence of ‘entering’ without permission (i.e. circumventing immigration controls). The offence of ‘facilitation’ of arrival/entry is to be expanded to include people who do not act ‘for gain’ (i.e. who do not benefit materially or financially) and will carry a possible life sentence, although exemptions remain for organisations assisting asylum-seekers without charge.

The Nationality and Borders Bill is presented as paving the way for the UK authorities to enact push-backs in the Channel and detain people off-shore or overseas while their asylum claims are processed. The wide-ranging criminalisation proposed here seeks to supplement the hostile rhetoric and militarised security responses aimed at asylum seekers crossing the Channel in small boats which continue to dominate the media. Through this Bill, the British government hopes it can appear to fulfil its nationalist Brexit promise to ‘take back control’, even as it sells off rights, protections, and tax revenues in the pursuit of international corporate investment and new markets to form the basis of ‘global Britain’ (see for example, the Conservative Party’s plan to establish ‘freeports’ across the UK).

Without a hint of irony, the Home Office claims that its ‘New Plan’ champions the UK’s humanitarian commitment to refugees through expanding ‘legal routes’ for resettlement, dismantling exploitative smuggling networks, and discouraging dangerous ‘illegal’ crossings by blocking unauthorised arrivals from accessing refugee status and rights. However, these measures map directly onto the UK’s twin border security strategies of deterrence and externalisation. Humanitarianism and hostility go hand in hand in this ‘new system that is fair but firm’.

Civil society responses to the NPI – opposition or cooperation?

In the UK, civil society responses have widely decried the NPI as cruel, unworkable, and likely illegal under international law. Much of this opposition has coalesced around calls for the introduction of ‘safe and legal routes’ for asylum seekers: ‘pathways that enable people in need of international protection to travel to the UK in a safe and managed manner, normally through an application or approval process made overseas‘. Seen as necessary to minimise the risk of exploitation, injury and death refugees currently endure to reach the UK (and Europe more generally), civil society proposals include introducing ‘humanitarian visas’, schemes for relocating unaccompanied children, and expanding international refugee resettlement and family reunion mechanisms. See for example policy proposals by the Joint Council for the Welfare of Immigrants, Safe Passage, Migrant Offshore Aid Station, and Choose Love among others.

‘Safe and legal routes’ are presented as ‘an alternative…better, kinder and more human response’ to the ‘hostile legislation’ of the UK government. But the practical suggestions they entail look remarkably similar to those proposed by the Home Office, and do little to challenge the discriminatory power of the UK state. Visas have always been a tool for controlling and limiting free movement for some while maintaining or facilitating it for others. Indeed, it is because of the restrictive EU/UK visa system that people are forced to take irregular routes via dangerous means to reach Europe in the first place. It is not clear how ‘humanitarian’ visas would operate any differently or have different results to the current visa system. Similarly, it is not clear in what way the expanded resettlement schemes envisaged by humanitarian civil society would differ in practice from those proposed by the UK government. Both would still involve the pre-emptive rejection of vast numbers of people by representatives of the British state, or by those to whom they outsource, forcing people to take to the ‘illegal’ and ‘dangerous’ routes that resettlement or humanitarian visas were supposed to help them avoid; thus, rendering these routes doubly illegitimate.

It is also important to remember how inept and inaccessible existing resettlement schemes can be. In 2013, the UNHCR abandoned hundreds of recognised refugees in the Tunisian Choucha camp without resettlement or support, forcing them to take alternative criminalised routes to travel to safety. The UNHCR also produces training and materials for European state border officials, providing advice on profiling arrivals and expediting the removal of people who fail to meet their criteria of protection. As such, it directly participates in the criminalisation of people on the move, including those who have strong ‘humanitarian reasons’ for their movement. Far from a neutral humanitarian actor, the UNHCR is central to the global ‘policing of populations and borders’.

Furthermore, it is not clear how either NGO or government proposals would resolve the well-documented difficulties LGBTI+ people face trying to prove their eligibility for resettlement or humanitarian visas while still at risk from persecution. The idea that people displaced by the chaos of war can or should engage with externally imposed application processes is disingenuous and requires us to ignore everything we know about the challenges they face. And the UK government’s stated policy of refusing the arrival of refugees on its territory, while demanding other states to take them in on their behalf, saliently demonstrates continued British colonial statecraft and its sense of exceptionalism that has been pervasive throughout history.

In all these ways, the safe and legal routes argued for by the UK civil society fail to challenge the legitimacy of the British state’s criminalisation of asylum seekers which underpins its expansion of the hostile environment policies against them. Indeed, their proposals would result in reproducing the simplified categories and understandings of people’s movements as authorised/unauthorised, legal/illegal, on which criminalisation is based and legitimated. Some organisations do acknowledge this dilemma, and explicitly state the government should ‘respect and protect the rights of all women, men and children seeking asylum to do so (including in the UK and including by such other routes as they may need to take)’. However, others have fully embraced this new agenda, adopting the role of border police by pre-emptively criminalising asylum seekers and their supporters.

Choose Love: Humanitarian border police in Calais

In late May 2021, NGOs working with refugees in Northern France received an email from their British funders, Choose Love, instructing them to cease the distribution of ‘safety at sea’ leaflets. They also instructed Maison Sesame, which provides accommodation for refugees in Northern France, not to host people who were trying to go to the UK. According to Choose Love, their lawyers advised them that the safety at sea leaflets potentially violated UK immigration law concerning facilitation of illegal migration. They therefore amended their contracts to deny funding to any organisation continuing to distribute them. Despite widespread criticism from the NGOs, who insist the information provided is intended to save lives, is freely available, and does not constitute criminal activity, the decree from London has had a chilling effect as many organisations fear being unable to continue their work without British funding.

Given the hostile agenda at the heart of the Nationality and Borders Bill, caution around criminalisation is understandable. But rather than minimising this chance, the actions of Choose Love risk making it even more likely. Without prompting or legal precedent, they took it upon themselves to define certain forms of support as (potentially) criminal, signalling their own distance from, and disapproval of, this work. This pre-emptive move in effect enforces the border on the UK’s behalf, criminalising particular routes to the UK and anyone even seen to be supporting those travelling on them. Indeed, it is potentially more effective that the British state itself could be, since it does not need to prove any legal basis for its actions. And just as with the UK’s criminalisation and securitisation policies generally, it increases the risks and dangers refugees face by denying them access to potentially life-saving information and resources.

A long history of criminalising migrants and their supporters in Northern France already exists. This has taken the form of national legislation, such Article L622-1 of the Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA), aka the ‘délit de solidarité’, under which people were charged with facilitating illegal migration for providing basic humanitarian aid such as food, clothes, or shelter. Meanwhile, the Calais Mairie and Prefecture have repeatedly banned food distribution to migrants in the city over the years. Criminalisation has also been pursued in less official ways through the everyday policing of migrants and solidarity activists, who are subjected to repeated harassment and cycles of eviction aimed at making their presence in the region untenable. Many of these acts of criminalisation have been challenged in practice, in the courts, and in public debate, revealing them to be politically motivated rather than legally set in stone. While at some points humanitarians are the target of criminalisation, at others they have acted in concert with state authorities to implement these policies – for example, to construct and then evict the New Jungle of 2015-2016. Whether motivated by fear of being found on the wrong side of the law or not, by pre-emptively criminalising the distribution of ‘safety at sea’ information, Choose Love continues this trend of humanitarians doing the state’s political dirty work for them. Embodying the epitome of neo-liberal bordering, and in the name of its humanitarian mission, Choose Love has volunteered itself to act as the UK’s border police.

Resisting borders

As the history of this border shows us, however, criminalisation is a political process that is contestable both in practice and in the courts. But this requires moving beyond making policy suggestions seen as palatable within our present hostile political environment. If we are to resist the authoritarianism displayed in the Nationality and Borders Bill, we must confront the tendency of humanitarianism to contribute to border policing, whether purposefully, as in the case of Choose Love, or incidentally as in the arguments for ‘safe and legal routes’. We need to reject the basic contours of the debate around borders and migration as already compromised, rather than something to work within. We need to refuse the flawed belief that we can distinguish clearly between people’s reasons for moving, identifying some as ‘legitimate’ and others as ‘illegitimate’, as well as those simplistic understandings of ‘chosen’ and ‘forced mobility’, ‘agency’ and ‘victimhood’, on which the criminalisation of migration rests. We need to challenge the assumptions that migration must be ‘managed’, that western states or humanitarian actors have the right to do so, and that it is done to protect the lives of those being managed. We must relinquish the seductive fantasy that ‘we’ can and ought to have ‘control’ over ‘others’.

Instead, we need to understand these arguments as alibis for maintaining global inequalities of wealth, power, and privilege built on histories of colonial exploitation and violence. We need to draw the links between economic and political structures that require people to cross borders internationally in search of a liveable life, and at the same time trap people in precarious employment and poverty domestically. We need to show how the same strategies of scapegoating and criminalisation are used against migrants and welfare recipients alike to cover up the hollowing out of society by successive governments in the name of global capital and their personal profit. We need to denounce the role of borders in upholding these global injustices, for both citizens and non-citizens, and acknowledge the unauthorised movement of people across borders as a political act of resistance in its own right. Ultimately, we need to be bolder in our arguments for solidarity with people on the move and highlight the importance of border abolition to our vision of a fairer and freer society for all.

Criminalisation et police humanitaire des frontières dans la Manche

Rebloggé de Border Criminologies blog.

Article invité par Thom Tyerman, Travis Van Isacker, Philippa Metcalfe et Francesca Parkes. Ce billet a été rédigé en collaboration avec les réseaux d’activistes qui travaillent contre le régime frontalier britannique dans le nord-ouest de la France, notamment Watch the Channel et Calais Migrant Solidarity.

Bateaux pneumatiques dans le port de Douvres

En mars 2021, le ministère de l’Intérieur britannique a publié un livre blanc intitulé The New Plan for Immigration (NPI), qui identifie les demandeurs d’asile comme une source principale d'”immigration illégale”. Le NPI et le projet de loi sur la nationalité et les frontières dont il s’inspire proposent une refonte radicale du système d’asile, limitant le statut de réfugié à ceux qui sont sélectionnés et amenés au Royaume-Uni par le biais d’un “programme de réinstallation” restrictif, tout en introduisant un statut temporaire avec moins de droits pour les personnes qui demandent l’asile après avoir voyagé au Royaume-Uni en dehors de ces voies.

Dans le même temps, le Royaume-Uni rendra désormais “inadmissibles” les demandes d’asile présentées par des personnes ayant transité par un “pays tiers sûr” (les pays européens en particulier) et cherchera à les expulser rapidement soit vers ce “pays tiers sûr”, soit vers un pays avec lequel elles ont un “lien”, soit vers tout autre pays qui les acceptera. Toutefois, à l’heure où nous écrivons ces lignes, le gouvernement n’a toujours pas été en mesure de négocier d’accord de retour avec d’autres pays, ce qui signifie que, pour l’instant, les “demandeurs d’asile inadmissibles” ne risquent pas d’être expulsés. Parallèlement, le projet de loi propose de criminaliser les demandeurs d’asile en introduisant un nouveau délit, celui d'”arriver” au Royaume-Uni sans autorisation, en plus du délit existant d'”entrer” sans autorisation (c’est-à-dire en contournant les contrôles d’immigration). L’infraction de “facilitation” de l’arrivée ou de l’entrée sera étendue aux personnes qui n’agissent pas “dans un but lucratif” (c’est-à-dire qui n’en tirent pas un avantage matériel ou financier) et sera passible d’une peine de prison à vie, bien que des exemptions soient maintenues pour les organisations qui aident gratuitement les demandeurs d’asile.

Le projet de loi sur la nationalité et les frontières est présenté comme ouvrant la voie aux autorités britanniques pour promulguer des mesures de refoulement dans la Manche et détenir des personnes au large ou à l’étranger pendant que leurs demandes d’asile sont traitées. La criminalisation à grande échelle proposée ici cherche à compléter la rhétorique hostile et les réponses sécuritaires militarisées visant les demandeurs d’asile traversant la Manche dans de petites embarcations, qui continuent de dominer les médias. Par le biais de ce projet de loi, le gouvernement britannique espère pouvoir donner l’impression de tenir sa promesse nationaliste faite pendant le Brexit de “reprendre le contrôle“, tout en soldant au même moment des droits, des protections et des recettes fiscales pour tenter de séduire les investissements d’entreprises internationales et de nouveaux marchés pour former la base d’une “Grande-Bretagne globale” (voir par exemple le projet du Parti conservateur d’établir des “ports francs” à travers le Royaume-Uni).

Sans la moindre ironie, le ministère de l’Intérieur affirme que son “nouveau plan” défend l’engagement humanitaire du Royaume-Uni envers les réfugiés en développant les “voies légales” de réinstallation, en démantelant les réseaux de passeurs exploités et en décourageant les traversées “illégales” dangereuses en empêchant les arrivants non autorisés d’accéder au statut et aux droits des réfugiés. Toutefois, ces mesures s’inscrivent directement dans les stratégies jumelles de dissuasion et d’externalisation de la sécurité des frontières par le Royaume-Uni. L’humanitarisme et l’hostilité vont de pair dans ce “nouveau système qui est juste mais ferme”.

Les réponses de la société civile au NPI – opposition ou coopération ?

Au Royaume-Uni, les réponses de la société civile ont largement décrié le NPI comme étant cruel, inapplicable et probablement illégal au regard du droit international. Une grande partie de cette opposition s’est concentrée sur les appels à l’introduction de “voies sûres et légales” pour les demandeurs d’asile : “des voies qui permettent aux personnes ayant besoin d’une protection internationale de se rendre au Royaume-Uni de manière sûre et gérée, normalement par le biais d’une demande ou d’un processus d’approbation à l’étranger“. Considérées comme nécessaires pour minimiser le risque d’exploitation, de blessure et de mort que les réfugiés endurent actuellement pour atteindre le Royaume-Uni (et l’Europe plus généralement), les propositions de la société civile comprennent l’introduction de “visas humanitaires”, de programmes de relocalisation des enfants non accompagnés et l’extension des mécanismes internationaux de réinstallation des réfugiés et de regroupement familial. Voir par exemple les propositions politiques du Joint Council for the Welfare of Immigrants, Safe Passage, Migrant Offshore Aid Station, et Choose Love, entre autres.

Les “voies sûres et légales” sont présentées comme “une alternative… meilleure, plus aimable et plus humaine” à la “législation hostile” du gouvernement britannique. Mais les suggestions pratiques qu’elles comportent ressemblent remarquablement à celles proposées par le ministère de l’Intérieur, et ne font pas grand-chose pour remettre en question le pouvoir discriminatoire de l’État britannique. Les visas ont toujours été un outil permettant de contrôler et de limiter la libre circulation pour certains, tout en la maintenant ou en la facilitant pour d’autres. En effet, c’est à cause du système restrictif de visas de l’UE et du Royaume-Uni que des personnes sont contraintes d’emprunter des itinéraires irréguliers et des moyens dangereux pour atteindre l’Europe. On ne voit pas comment les visas “humanitaires” fonctionneraient différemment ou auraient des résultats différents de ceux du système de visa actuel. De même, on ne voit pas en quoi les programmes de réinstallation élargis envisagés par la société civile humanitaire différeraient en pratique de ceux proposés par le gouvernement britannique. Les deux impliqueraient toujours le rejet préventif d’un grand nombre de personnes par les représentants de l’État britannique, ou par ceux à qui ils sous-traitent, ce qui obligerait les personnes à emprunter les voies “illégales” et “dangereuses” que les visas de réinstallation ou humanitaires étaient censés leur permettre d’éviter ; ce qui doublerait en fin de compte l'”illégitimité” de ces voies.

Il est également important de rappeler à quel point les programmes de réinstallation existants peuvent être ineptes et inaccessibles. En 2013, le HCR a abandonné des centaines de réfugiés reconnus dans le camp tunisien de Choucha, sans réinstallation ni soutien, les obligeant à emprunter d’autres itinéraires criminalisés pour se mettre en sécurité. Le HCR produit également des formations et du matériel pour les agents frontaliers des États européens, fournissant des conseils sur le profilage des arrivées et l’accélération du renvoi des personnes qui ne répondent pas à leurs critères de protection. En tant que tel, il participe directement à la criminalisation des personnes en déplacement, y compris celles qui ont de solides ” raisons humanitaires ” de se déplacer. Loin d’être un acteur humanitaire neutre, le HCR est au cœur de la “police des populations et des frontières” mondiale.

Choose Love : Police des frontières humanitaire à Calais

Fin mai 2021, des ONG travaillant avec des réfugiés dans le nord de la France ont reçu un courriel de leurs bailleurs de fonds britanniques, Choose Love, leur demandant de cesser la distribution de tracts sur la sécurité en mer. Ils ont également demandé à la Maison Sésame, qui fournit un hébergement aux réfugiés dans le nord de la France, de ne pas accueillir les personnes qui tentent de se rendre au Royaume-Uni. Selon Choose Love, leurs avocats les ont informés que les dépliants sur la sécurité en mer violaient potentiellement la loi britannique sur l’immigration concernant la facilitation de la migration illégale. Ils ont donc modifié leurs contrats pour refuser tout financement à toute organisation qui continuerait à les distribuer. Malgré les nombreuses critiques des ONG, qui insistent sur le fait que les informations fournies sont destinées à sauver des vies, qu’elles sont librement accessibles et qu’elles ne constituent pas une activité criminelle, le décret de Londres a eu un effet paralysant, car de nombreuses organisations craignent de ne pas pouvoir poursuivre leur travail sans financement britannique.

Compte tenu de l’agenda hostile au cœur du projet de Loi sur la nationalité et les frontières, la prudence concernant la criminalisation est compréhensible. Mais plutôt que de minimiser ce risque, les actions de Choose Love risquent de le rendre encore plus probable. Sans incitation ni précédent juridique, ils ont pris sur eux de définir certaines formes de soutien comme (potentiellement) criminelles, signalant leur propre distance et leur désapprobation de ce travail. Cette mesure préventive a pour effet de faire respecter la frontière au nom du Royaume-Uni, en criminalisant certains itinéraires vers le Royaume-Uni et toute personne considérée comme soutenant celles qui les empruntent. En effet, elle est potentiellement plus efficace que ne pourrait l’être l’État britannique lui-même, puisqu’il n’a plus besoin de prouver la base légale de ses actions. Et tout comme les politiques britanniques de criminalisation et de sécurisation en général, elle augmente les risques et les dangers auxquels les réfugiés sont confrontés en leur refusant l’accès à des informations et à des ressources qui pourraient leur sauver la vie.

Il existe déjà une longue histoire de criminalisation des migrants et de leurs partisans dans le nord de la France. Elle a pris la forme d’une législation nationale, comme l’article L622-1 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA), alias le “délit de solidarité“, en vertu duquel des personnes ont été accusées de faciliter l’immigration illégale pour avoir fourni une aide humanitaire de base comme de la nourriture, des vêtements ou un abri. Parallèlement, la mairie et la préfecture de Calais ont interdit à plusieurs reprises la distribution de nourriture aux migrants dans la ville au fil des ans. La criminalisation a également été poursuivie de manière moins officielle par le maintien de l’ordre au quotidien des migrants et des militants de la solidarité, qui sont soumis à un harcèlement répété et à des cycles d’expulsion visant à rendre leur présence dans la région intenable. Nombre de ces actes de criminalisation ont été contestés dans la pratique, devant les tribunaux et dans le débat public, ce qui a révélé qu’ils étaient motivés par des considérations politiques plutôt que par la loi. Si, à certains moments, les humanitaires sont la cible de la criminalisation, à d’autres, ils ont agi de concert avec les autorités étatiques pour mettre en œuvre ces politiques – par exemple, pour construire puis expulser la New Jungle de 2015-2016. Que ce soit par peur d’être du mauvais côté de la loi ou non, en criminalisant de manière préventive la diffusion d’informations sur la “sécurité en mer”, Choose Love poursuit cette tendance des humanitaires à faire le sale boulot politique de l’État à leur place. Incarnant l’exemple même de la frontière néolibérale, et au nom de sa mission humanitaire, Choose Love s’est porté volontaire pour agir comme la police des frontières du Royaume-Uni.

Résister aux frontières

Comme l’histoire de cette frontière nous le montre, la criminalisation est un processus politique contestable, tant dans la pratique que devant les tribunaux. Mais cela exige d’aller au-delà des suggestions politiques considérées comme acceptables dans l’environnement politique hostile actuel. Si nous voulons résister à l’autoritarisme affiché dans le projet de Loi sur la nationalité et les frontières, nous devons nous opposer à la tendance de l’humanitarisme à contribuer à la surveillance des frontières, que ce soit délibérément, comme dans le cas de Choose Love, ou accidentellement, comme dans les arguments en faveur de “routes sûres et légales”. Nous devons rejeter les bases imposées du débat sur les frontières et la migration comme étant déjà mauvaises, plutôt que comme quelque chose à partir desquelles travailler. Nous devons refuser la croyance erronée selon laquelle nous pouvons faire une distinction claire entre les raisons pour lesquelles les gens se déplacent, en identifiant certaines comme ” légitimes ” et d’autres comme ” illégitimes “, ainsi que ces compréhensions simplistes de la ” mobilité choisie ” et de la ” mobilité forcée “, de l'” agentivité ” et de la ” victimisation “, sur lesquelles repose la criminalisation de la migration. Nous devons remettre en question les hypothèses selon lesquelles la migration doit être “gérée”, que les États occidentaux ou les acteurs humanitaires ont le droit de le faire, et que cela est fait pour protéger la vie de celles et ceux qui sont géré-es. Nous devons renoncer au fantasme séduisant selon lequel “nous” pouvons et devons avoir un “contrôle” sur “les autres”.

Au lieu de cela, nous devons comprendre ces arguments comme des alibis pour maintenir les inégalités mondiales de richesse, de pouvoir et de privilèges construits sur des histoires d’exploitation et de violence coloniales. Nous devons établir des liens entre les structures économiques et politiques qui obligent les gens à traverser les frontières internationales à la recherche d’une vie décente, tout en les enfermant dans la précarité et la pauvreté au niveau national. Nous devons montrer comment les mêmes stratégies de désignation de boucs émissaires et de criminalisation sont utilisées à l’encontre des migrant-es et des bénéficiaires de l’aide sociale pour dissimuler le siphonnage de la société par les gouvernements successifs au nom du capital mondial et de leur profit personnel. Nous devons dénoncer le rôle des frontières dans le maintien de ces injustices mondiales, tant pour les citoyens que pour les non-citoyens, et reconnaître le mouvement non autorisé des personnes à travers les frontières comme un acte politique de résistance à part entière. Enfin, nous devons être plus audacieux-es dans nos arguments en faveur de la solidarité avec les personnes en mouvement et souligner l’importance de l’abolition des frontières dans notre vision d’une société plus juste et plus libre pour tou-tes.

Calais : appel à manifester // Callout for a demonstration – 8 octobre 2021

« Pour tous ceux qui se soucient des personnes Exilées en France et à Calais en particulier nous souhaitons que vous nous souteniez dans cette manifestation qui aura lieu le vendredi 8 Octobre à 17h30 au 39 rue de Moscou à Calais.

Nous avons été patients avec les souffrances et les tragédies dans lesquelles nous vivons. Aujourd’hui nous manquons de patience, alors nous avons décidé protester. Nous protestons contre l’injustice et l’absence de médias, et défendons nos droits, nos droits perdus et le droit de l’âme pure et innocente qui a été tuée la semaine dernière. » 

Lettre écrite par les personnes exilées à l’origine de la manifestation
#LavoixdesréfugiésdeCalais

English:
“For everyone who cares about immigrants in France and in Calais in particular, we want you to support us during a demonstration that will take place on Friday 8th of October, 5:30pm at 39 Rue de Moscou. 

We were patient with the suffering and tragedies that we live until we ran out of patience, so have decided to have a demonstration. We will protest against injustice and the absence of mediatisation of our situation and wish to defend our rights, our lost rights, and the right of the pure soul that was killed without guilt in the past days.”

Letter written by the exiled people at the origin of the demonstration
#TheVoiceofCalaisrefugees

Arabe/Arabic

“لكل من يهتم بالمهاجرين في فرنسا ، نريدك أن تدعمنا في تلك المظاهرة التي ستقام يوم الجمعة 10/8 في الساعة 5:30 مساءً.

صبرنا على المعاناة والمآسي التي نعيشها حتى نفد صبرنا ، لذلك قررنا القيام بمظاهراتنا. نحن نحتج فيها على الظلم وغياب الإعلام ، وندافع عن حقوقنا وحقنا المفقود وعن حق الروح الطاهرة التي قتلت بلا ذنب في الايام القليله الماضية”

Message des réfugié-es de Calais après la mort de notre frère / Message from the refugees after the death of our brother

Mardi 28 septembre dernier, Yasser, un jeune homme soudanais est décédé à la frontière franco-britannique. Malgré sa peine, sa famille a choisi d’enterrer le corps de Yasser à Calais. Des proches de Yasser et des membres de la communauté soudanaise de Calais ont écrit la lettre suivante, disponible en français, arabe et anglais.

Jour après jour, nous appelons. Mais personne ne nous entend. C’est le langage de nos cœurs ici à Calais. Calais est une très belle ville, mais nous vivons simplement derrière un rideau de beauté. Nous ne pouvons voir les lumières ni de la vérité, ni de la liberté, ni de la sécurité à Calais.

Nous sommes venus dans cette ville parce que nous avons un petit objectif. Nous vivons dans l’espoir que demain sera peut-être meilleur. Mais nous devons demander, pourquoi l’univers ne nous permet pas d’atteindre notre futur, notre liberté, notre sécurité ? 

Chaque matin à Calais, il y a une nouvelle épreuve. Nous vivons en sachant que nos amis qui sont avec nous aujourd’hui ne seront peut-être plus avec nous demain. La mort est dans nos yeux, la peur et l’anxiété ne quittent pas nos esprits. 

Nos vies sont pleines d’histoires, mais elles sont très tristes et douloureuses. 

Aujourd’hui, nous avons perdu le sourire de notre cher frère Yasser. Hier encore, il jouait avec nous.

Nous marchons sur les routes pendant la journée mais la peur ne nous quitte pas. Puis nous essayons de manger mais nous ne goûtons que la tristesse. Nous buvons de l’eau mais nous n’étanchons pas notre douleur. Quand la nuit arrive à Calais, c’est calme. Nos yeux essaient de se reposer mais nous n’avons pas d’endroit pour dormir. Tout cela parce que nous avons un petit objectif.

La police de Calais. Nous nous demandons de temps en temps : pourquoi toute cette cruauté de votre part ? Vous savez que nous ne sommes pas vos ennemis.

Nous vivons dans les bois, loin de vos yeux, parce que nous vous craignons. Pourtant, vous venez tôt le matin et prenez nos affaires de fortune comme s’ils n’étaient rien pour vous mais vous savez très bien qu’ils sont tout pour nous.  Nos maisons. Sans humanité, vous nous laissez à l’air libre avec le froid qui nous pince et la pluie sur nos têtes comme si nous n’étions pas des êtres humains.

Puis si nous essayons de partir pendant que vous détruisez nos biens, nous sommes battus et gazés par certains de vos membres. Ensuite, vous nous faites monter de force dans des bus du gouvernement en direction d’endroits lointains que nous n’avons jamais vus auparavant, en prétendant que tout cela est pour notre «protection». Pourquoi ne nous demandez-vous pas notre avis avant ?

Les chauffeurs routiers. Lors de nos tentatives de passage de la frontière en camion, nous subissons des blessures répétées qui entraînent des fractures, des blessures graves voire la mort. Nous pensons que chaque blessure que nous avons reçue avait une intention délibérée de la part des chauffeurs. 

C’est clair, lorsque vous, le conducteur, remarquez qu’un réfugié se trouve dans le camion. Vous secouez le camion et appuyez sur les freins encore et encore jusqu’à ce que nous lâchions prise. Vous savez que nous allons tomber et nous casser une épaule, une main, une jambe ou la colonne vertébrale. Mais cela ne vous suffit pas. Lorsque nous tombons au sol, vous nous frappez sérieusement. Vous vous éloignez et continuez votre chemin. Quand nous ouvrons les yeux, nous sommes à l’hôpital, encore une fois. Pourquoi ne pouvons-nous pas continuer notre voyage ? 

Les organisations humanitaires et l’aide médicale à Calais. Nous profitons de cette occasion pour remercier chaleureusement les personnes qui portent les vestes d’aide humanitaire à Calais. Merci pour le travail que vous faites encore et encore. Vous sauvez la vie de nos frères et sœurs blessés. Nous vous devons beaucoup. Nous remercions également nos frères et sœurs des organisations qui nous aident en nous fournissant de la nourriture, de l’eau et des douches.

Pour Yasser.

De la part des réfugiés de Calais, 2021.

This border kills! One person dead and one feared missing at sea after shipwreck last Thursday // Cette frontière tue ! Une personne décédée et une autre portée disparue en mer après un naufrage jeudi dernier

Last Thursday an Eritrean man died after he was recovered from the Channel when the boat he and others were traveling to the UK on sank. One other person is feared missing at sea. The details are unclear and questions remain about how the authorities responded and what they will do to search for the missing person. What is clear is that once again the racist border system built up by European states to restrict the free movement of non-Europeans has taken more lives. Below we summarise the information we currently have and call for the abolition of this lethal border.

Thursday’s shipwreck

In the early hours of Thursday morning (12/08/21), a boat carrying approximately 37 people, including women and children, began to deflate and take on water in the Channel, around 25 kilometers north of Dunkerque. Because of their distance from shore, the people on board were not able to reach the emergency numbers by phone. They tried to signal for help to passing cargo ships, at least two of which passed by without responding. For more than two hours the people kept trying to get water out of the boat. According to survivors, as the boat continued taking on more water, luggage was thrown overboard and some people jumped into the sea to lighten the load.

From here it is unclear exactly how the situation and rescue unfolded. We have to stress that the following should not be considered an authoritative account of Thursday’s events, but has been pieced together from communications on VHF channel 16 overheard during the day, survivor testimony, press releases and AIS data.

At around 10:00 CEST a passing cargo ship, Elena, spots the sinking vessel and raises the alarm on the VHF radio emergency channel saying that there were three people in the water. We estimated that the location of the boat in distress was around 51°14’45” N 02°03’12”E at this time. The French Maritime Rescue Coordination Centre (CROSS Gris-Nez) then engages two nearby fishing boats, Nicolas Jeremy and Notre Dame de Boulogne, and a rescue helicopter from the Belgian air force to assist rescuing the people in the boat. The cargo ship, Elena, also launches a small rescue boat.

The two fishing vessels arrived and began taking people out of the water. However, there was at least one person in the water who refused to be rescued. The rescue helicopter reported seeing 10 people still on the sinking boat and the one person who refused to be rescued unconscious in the water. The helicopter lifted the remaining people out of the boat, which survivors told us was breaking apart, and placed them onto the other ships. Meanwhile Elena’s rescue ship took onboard one unconscious person (who may have been the same one that was refusing to be rescued by one of the fishing vessels).

From the conversations overheard on the radio, it sounded as if multiple people were unconscious in the water at different times. However, what is not clear is if all of these people were taken on board the rescue boats or if some may have been left at sea in the course of rescuing others in the water who were still alive.

Around 10:45 CEST, the French Navy ship P676 Flamant arrived to help with the rescue. All survivors who had been rescued by the fishing vessels and Elena’s rescue boat were transferred to the Flamant, assisted by the helicopter. By 10:50 CEST the Belgian rescue helicopter reported that everyone had been placed on the Flamant and confirmed that there was no one left in the sea. At 11:17 CROSS Gris-Nez requested that the helicopter make another search of the area for anyone who may have been missed. The helicopter responded that they had just completed a search of radius 1.8 nautical miles, but suggested another search ‘3 nautical miles south west from the initial points’ to account for drift.

Despite the reports of multiple people unconscious in the water throughout the course of the rescue operation, from the radio conversations it sounded as if there was only one unconscious person on the Flamant. Following a medical consultation teleconference, this person, whom the associations in Calais and Grande-Synthe have only identified as M. for now, was airlifted to the hospital in Calais, where he later died. The other people rescued stated that they had been trying to alert the authorities on board Flamant that others might still be at sea. It remains unclear if any further action was taken by the authorities based on this information.

While we cannot say exactly what happened in the course of the rescue, the survivors we spoke with are adamant that there is at least one person still missing from the shipwreck. As they told us some people had thrown themselves into the water early on to potentially delay the boat’s sinking, it is possible not all of them were not found in the course of the larger rescue.

The survivors are still left with questions about what happened that day: chiefly, where is their missing friend? And if there was someone on the boat who was not rescued or recovered, what more is being done by authorities to search for them?

After the shipwreck

At 15:00 CEST, the Flamant arrived at the port of Dunkerque where the survivors of the shipwreck and others rescued that day from a seperate vessel in distress were disembarked and met by police, firefighters, emergency doctors and members of the association Utopia 56. Two separate groups of people independently informed Utopia volunteers that, in addition to the man who was evacuated, another man from Eritrea was missing and may have been left behind at sea. The 35 people rescued from the boat which sank were then taken into custody by the Police aux frontières where they were interviewed about the events and who had organised the journey. Survivors reported again alerting the police about the missing person at this time.

Several people also told us that they were held by police for 24 hours without receiving any medical attention, despite having injuries such as chemical burns sustained from the salty sea water mixed with petrol. There was also no psychological support offered.

Still without news of the missing man, on Friday (13/08/21) people from the Eritrean community in Grande-Synthe provided his name and photograph, which was handed to police. The Bridgade de Recherche (special investigations unit) of the Police Nationale in Dunkerque launched an investigation and sent out a missing person report to all police stations and hospitals, but could not locate him. The police also said a two hour long search at sea was launched on the Friday morning, however, the CROSS Gris-Nez would not confirm this. The CROSS has since not given any further information, including whether they believe that someone may still be at sea from the shipwreck, nor if they have launched subsequent searches. There have been no official announcements from the authorities about this missing person.

Since Friday the ‘Group décès‘, a collective responding to deaths at the border in northern France, has been working with the Eritrean communities in Grande-Synthe and Calais to identify the deceased and missing person, and provide support to their friends and relatives. This includes following up with the authorities and discussing how to arrange for the body of the deceased to be repatriated to Eritrea.

A commemoration was organised Sunday afternoon at Le parvis des droits de l’Homme in Dunkerque, which was attended by members of the Eritrean communities in Grande-Synthe and Calais, as well as volunteers from the associations and those wishing to express solidarity.

No more border deaths

We have too often had to repeat that when people die or go missing at the border, these are not tragic or unforeseen occurrences, but are rather the logical and intended consequences of increased border securitisation. Likewise the events of the last week are not simply accidents or the result of bad decisions by travellers or the incompetence of the authorities. They are directly caused by the violence and racism of Europe and the UK’s border systems, and recent decisions mean more situations like Thursday’s are extremely likely.

Just three weeks ago the UK pledged an additional €62.7 million to fund the doubling of French police patrols along the coast between Boulogne and Dunkerque. This will not stop people attempting to cross the Channel, but just force them to do so further from the Short Straits of Dover. The result will be people spending longer at sea and having to cross longer distances where they will be out of telephone network coverage and not able to call for help; like what happened on Thursday. Even though the Channel is one of the most heavily surveilled and trafficked stretches of sea in the world, people we speak with often describe being left in distress for many hours without assistance.

Several have also told that they would rather die at sea than continue surviving in Calais or struggling against the borders they encounter throughout Europe. Their camps across Calais are evicted and their property confiscated or destroyed every 48 hours. Food and water distribution is banned throughout most of the city. Violence by police against travellers on the beaches is routine, and is being made increasingly possible by the drones and patrol boats paid for by the British.

So long as the British and French authorities continue colluding to maintain this border, horrific events such as Thursday’s will inevitably reoccur. The introduction of more so called ‘safe and legal routes’ will only serve to further differentiate between desirable and undesirable migrants, leaving most in the same situation they are in today. As long as some people’s movements are criminalised, they will be forced into making dangerous journeys across the sea. Justice will only be achieved when there is free movement for all.

// Cette frontière tue ! Une personne décédée et une autre portée disparue en mer après un naufrage jeudi dernier

Jeudi dernier, un Erythréen est mort après avoir été repêché dans la Manche lorsque le bateau sur lequel il se rendait au Royaume-Uni avec d’autres personnes a coulé. On craint qu’une autre personne soit portée disparue en mer. Les détails ne sont pas clairs et des questions demeurent sur la façon dont les autorités ont réagi et sur ce qu’elles feront pour rechercher la personne disparue. Ce qui est clair, c’est qu’une fois de plus, le système raciste des frontières mis en place par les États européens pour restreindre la libre circulation des non-Européens a coûté de nouvelles vies. Nous résumons ci-dessous les informations dont nous disposons actuellement et appelons à l’abolition de cette frontière meurtrière.

Le naufrage de jeudi

Aux premières heures de la matinée de jeudi (12/08/21), un bateau transportant environ 37 personnes, dont des femmes et des enfants, a commencé à se dégonfler et à prendre l’eau dans la Manche, à environ 25 kilomètres au nord de Dunkerque. En raison de leur éloignement de la côte, les personnes à bord n’ont pas pu joindre les numéros d’urgence par téléphone. Elles ont essayé de demander de l’aide aux cargos qui passaient par là, mais au moins deux d’entre eux sont passés sans répondre. Pendant plus de deux heures, les personnes ont essayé d’évacuer l’eau du bateau. Selon les survivants, comme le bateau continuait à prendre de l’eau, les bagages ont été jetés par-dessus bord et certaines personnes ont sauté dans la mer pour alléger la charge.

A partir de là, on ne sait pas exactement comment la situation et le sauvetage se sont déroulés. Nous devons insister sur le fait que ce qui suit ne doit pas être considéré comme un compte-rendu officiel des événements de jeudi, mais qu’il a été reconstitué à partir des communications sur le canal 16 de la VHF entendues pendant la journée, de témoignages de survivants, de communiqués de presse et de données AIS.

Vers 10:00 CEST, un cargo de passage, l’Elena, aperçoit le bateau en train de couler et donne l’alerte sur le canal d’urgence de la radio VHF en disant qu’il y avait trois personnes dans l’eau. Nous avons estimé que la position du bateau en détresse se situait à ce moment-là autour de 51°14’45” N 02°03’12” E. Le Centre de coordination des secours maritimes français (CROSS Gris-Nez) engage alors deux bateaux de pêche proches, le Nicolas Jeremy et le Notre Dame de Boulogne, ainsi qu’un hélicoptère de sauvetage de l’armée de l’air belge pour aider à secourir les personnes à bord du bateau. Le cargo Elena met également à l’eau un petit bateau de sauvetage.

Les deux bateaux de pêche sont arrivés et ont commencé à sortir les gens de l’eau. Cependant, il y avait au moins une personne dans l’eau qui a refusé d’être secourue. L’hélicoptère de sauvetage a déclaré avoir vu 10 personnes encore sur le bateau en train de couler et la personne qui avait refusé d’être secourue inconsciente dans l’eau. L’hélicoptère a sorti les personnes restantes du bateau, qui, selon les survivants, était en train de se briser, et les a placées sur les autres navires. Pendant ce temps, le navire de sauvetage de l’Elena a pris à son bord une personne inconsciente (qui était peut-être la même que celle qui refusait d’être secourue par l’un des navires de pêche).

D’après les conversations entendues à la radio, il semble que plusieurs personnes aient été inconscientes dans l’eau à différents moments. Cependant, on ne sait pas si toutes ces personnes ont été embarquées à bord des bateaux de sauvetage ou si certaines ont été laissées en mer pendant qu’on secourait d’autres personnes encore vivantes.

Vers 10 h 45 CEST, le navire P676 Flamant de la marine française est arrivé pour participer au sauvetage. Tous les survivants qui avaient été secourus par les navires de pêche et le bateau de sauvetage de l’Elena ont été transférés sur le Flamant, avec l’aide de l’hélicoptère. A 10:50 CEST, l’hélicoptère de sauvetage belge a signalé que tout le monde avait été placé sur le Flamant et a confirmé qu’il n’y avait plus personne dans la mer. A 11h17, le CROSS Gris-Nez a demandé à l’hélicoptère d’effectuer une nouvelle recherche dans la zone à la recherche de personnes qui auraient pu être oubliées. L’hélicoptère a répondu qu’il venait d’effectuer une recherche dans un rayon de 1,8 miles nautiques, mais a suggéré une autre recherche à “3 miles nautiques au sud-ouest des points initiaux” pour tenir compte du courant.

Malgré les rapports faisant état de plusieurs personnes inconscientes dans l’eau tout au long de l’opération de sauvetage, d’après les conversations radio, il semble qu’il n’y avait qu’une seule personne inconsciente à bord du Flamant. Suite à une téléconférence de consultation médicale, cette personne, que les associations de Calais et de Grande-Synthe n’ont pour l’instant identifiée que sous le nom de M., a été héliportée vers l’hôpital de Calais, où elle est décédée. Les autres personnes secourues ont déclaré qu’elles avaient tenté d’alerter les autorités à bord du Flamant en leur signalant que d’autres personnes pouvaient encore se trouver en mer. On ignore encore si les autorités ont pris d’autres mesures sur la base de ces informations.

Bien que nous ne puissions pas dire exactement ce qui s’est passé au cours du sauvetage, les survivants avec lesquels nous avons parlé sont catégoriques : il y a encore au moins une personne manquante dans le naufrage. Comme ils nous ont dit que certaines personnes s’étaient jetées à l’eau très tôt pour retarder le naufrage du bateau, il est possible qu’elles n’aient pas toutes été retrouvées au cours du sauvetage.

Les survivants se posent encore des questions sur ce qui s’est passé ce jour-là : principalement, où est leur ami disparu ? Et s’il y avait quelqu’un sur le bateau qui n’a pas été secouru ou récupéré, que font les autorités pour le rechercher ?

Après le naufrage

A 15h00 CEST, le Flamant est arrivé au port de Dunkerque où les survivants du naufrage et d’autres personnes secourues ce jour-là sur un autre navire en détresse ont été débarqués et accueillis par la police, les pompiers, des médecins urgentistes et des membres de l’association Utopia 56. Deux groupes de personnes distincts ont indépendamment informé les bénévoles d’Utopia qu’en plus de l’homme qui a été évacué, un autre homme originaire d’Erythrée était porté disparu et pouvait avoir été abandonné en mer. Les 35 personnes sauvées du bateau qui a coulé ont ensuite été placées en garde à vue par la police aux frontières, où elles ont été interrogées sur les événements et sur qui avait organisé la traversée. Les survivants ont déclaré avoir à nouveau alerté la police au sujet de la personne disparue à ce moment-là.

Plusieurs personnes nous ont également dit avoir été retenues par la police pendant 24 heures sans recevoir de soins médicaux, malgré des blessures telles que des brûlures chimiques causées par l’eau de mer salée mélangée à l’essence. Aucun soutien psychologique n’a été proposé.

Toujours sans nouvelles de l’homme disparu, vendredi (13/08/21), des membres de la communauté érythréenne de Grande-Synthe ont fourni son nom et sa photo, qui ont été remis à la police. La Bridgade de Recherche de la Police Nationale de Dunkerque a lancé une enquête et envoyé un avis de disparition à tous les commissariats et hôpitaux, mais n’a pas pu le localiser. La police a également déclaré qu’une recherche en mer de deux heures avait été lancée le vendredi matin, mais le CROSS Gris-Nez n’a pas voulu le confirmer. Depuis, le CROSS n’a pas donné d’autres informations, notamment s’il pense que quelqu’un pourrait encore être en mer depuis le naufrage, ni s’il a lancé des recherches ultérieures. Il n’y a eu aucune annonce officielle des autorités concernant cette personne disparue.

Depuis vendredi, le “Groupe décès”, un collectif qui réagit aux décès survenus à la frontière dans le nord de la France, travaille avec les communautés érythréennes de Grande-Synthe et de Calais afin d’identifier la personne décédée et disparue, et d’apporter un soutien à ses amis et à ses proches. Il s’agit notamment d’assurer le suivi avec les autorités et de discuter de la manière d’organiser le rapatriement du corps de la personne décédée en Érythrée.

Une commémoration a été organisée dimanche après-midi au parvis des droits de l’Homme à Dunkerque, en présence de membres des communautés érythréennes de Grande-Synthe et de Calais, ainsi que de bénévoles des associations et de personnes souhaitant exprimer leur solidarité.

Stopper les morts aux frontières

Nous avons trop souvent dû répéter que lorsque des personnes meurent ou disparaissent à la frontière, il ne s’agit pas d’événements tragiques ou imprévus, mais plutôt des conséquences logiques et voulues d’une sécurisation accrue des frontières. De même, les événements de la semaine dernière ne sont pas de simples accidents ou le résultat de mauvaises décisions de la part des voyageurs ou de l’incompétence des autorités. Ils sont directement causés par la violence et le racisme de l’Europe et des systèmes frontaliers du Royaume-Uni, et les décisions récentes signifient que d’autres situations comme celle de jeudi sont extrêmement probables.

Il y a tout juste trois semaines, le Royaume-Uni a promis 62,7 millions d’euros supplémentaires pour financer le doublement des patrouilles de police françaises le long de la côte entre Boulogne et Dunkerque. Cela n’empêchera pas les gens de tenter de traverser la Manche, mais les obligera simplement à le faire depuis plus loin du court détroit de Douvres. Le résultat sera que les gens passeront plus de temps en mer et devront traverser de plus longues distances où ils seront hors de la couverture du réseau téléphonique et ne pourront pas appeler à l’aide, comme ce qui s’est passé jeudi. Bien que la Manche soit l’une des voies maritimes les plus surveillées et les plus fréquentées au monde, les personnes avec lesquelles nous nous sommes entretenus nous ont souvent dit avoir été laissées en détresse pendant de nombreuses heures sans assistance.

Plusieurs d’entre elles ont également déclaré qu’elles préféraient mourir en mer plutôt que de continuer à survivre à Calais ou à lutter contre les frontières qu’elles rencontrent dans toute l’Europe. Leurs campements à Calais sont expulsés et leurs biens confisqués ou détruits toutes les 48 heures. La distribution de nourriture et d’eau est interdite dans la majeure partie de la ville. La violence de la police à l’encontre des voyageurs sur les plages est routinière, et est rendue de plus en plus possible par les drones et les patrouilleurs payés par les Britanniques.

Tant que les autorités britanniques et françaises continueront à s’entendre pour maintenir cette frontière fermée, des événements horribles comme celui de jeudi se reproduiront inévitablement. L’introduction d’un plus grand nombre de “routes sûres et légales” ne servira qu’à différencier davantage les migrants désirables des indésirables, laissant la plupart d’entre eux dans la même situation qu’aujourd’hui. Tant que les mouvements de certaines personnes seront criminalisés, elles seront obligées de faire des traversées dangereuses à travers la mer. Il n’y aura de justice qu’avec la liberté de circulation pour tou-tes.

JUSTICE pour la famille d’Aleksandra / JUSTICE for the family of Aleksandra / دادپهروەریۆبزانیضخئهليکساندرا

ENGLISH AND SORANI BELOW

Il s’agit d’un communiqué venant en soutien des parents d’Aleksandra Hazhar et de leur dépôt de plainte : leur fille nouvelle-née est décédée en septembre dernier quelques jours après une interception de la famille qui tentait la traversée, et leur interpellation qui a duré plusieurs heures sur la plage.
Une enquete à été ouverte par l’IGPN, la plainte poursuivie par le parquet.
Le communiqué de presse suivant fait état des faits de manière plus complète, suite à une première lettre de la mere ici, et cette réponse de la prefecture ici.

ENGLISH

This is a statement in support of the parents of Aleksandra Hazhar and their complaint: their newborn daughter died last September a few days after the family was intercepted while attempting to cross, and their arrest, which lasted several hours on the beach.
An investigation was opened by the IGPN (the French police of the police) and the complaint was pursued by the public prosecutor.
The following press release gives a fuller account of the facts, following a first letter from the mother here, and the answer from the prefecture here (in French only).

SORANI

دادپهروەریۆبزانیضخئهليکساندرا

In the name of God / Au nom de Dieu

FRANÇAIS CI-DESSOUS
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a mother’s letter on the loss of their child, september 2020

Aleksandra H. Daugther of H Ibrahim and R Sharif. Born 2/9/20, died 5/9/20 of perinatal anoxia following a premature birth. Her family, the mother heavily pregnant, were intercepted on a beach by the police following an attempted boat crossing. They were shocked, soaked and cold and, despite calls for help,were made to wait for + five hours before being released and being able to go to hospital. No medical care was received before that. An emergency birth was carried out, but despite doctors efforts the baby did not survive.
The parents have since filed a legal complaint, and the mother wrote a letter. They wish for their story to be heard, hence, here it is for you to read.

In the name of God

This is the story of the mother who dreamt of the birth of her child.

But unfortunately black hands who called themselves police, who had no conscience or human rights or understanding towards a pregnant woman, deprived me of my dream.

My story begins on a cold night on 2 September 2020, on the beach we were trying to leave from to go to Britain.

But a group of police who had no conscience nor heart treated us very badly.

They destroyed all our dreams and did not allow us to cross.

They made us wait on the street. My agony started from there.

I was a pregnant mother, my only dream was to protect my unborn child until the time of birth.

But the cold street that the police kept forced us to wait on, led to the loss of my baby. We were forced to wait there for six hours in the cold, until I felt sick. I called for an ambulance, I asked for help but they just didn’t listen to me. The police were so cruel. They ignored me and when eventually I made my way to the hospital it was too late.

The doctors put me into surgery immediately. They told me that the baby’s heart had stopped beating and they had to intervene.

Through the doctors’ efforts, they brought the baby’s heart back to life again.

The baby’s lungs were full of blood. They managed to treat that too.

But my baby was under medical supervision at the hospital, because the brain was not sending signals to the rest of its body, to keep it alive.

When one by one they removed the medical devices, his heart has stopped once and for all.

This is my story, the story of a bereaved mother whose broken heart screams. She screams because she lost her baby.

I will raise my voice and shout to the whole world, to journalists. No to violence, no to police hurting refugees.

I hope such stories will never be repeated, I hope no other mother will ever lose her baby.

This sorrow of mine will not disappear.

Thank you for hearing me.

The heartbroken mother.

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FRANÇAIS

Lettre d’une mère sur la perte de son enfant, septembre 2020

Aleksandra H. Fille de H Ibrahim et R Sharif. Née le 02/09/20, décédée le 05/09/20 d’une anoxie périnatale suite à une naissance prématurée. Sa famille, la mère enceinte de plusieurs mois, a été interceptée sur une plage par la police suite à une tentative de traversée en bateau. Iels ont été choqué.e.s, trempé.e.s et gelé.e.s et, malgré les appels à l’aide, ont dû attendre plus de 5 heures avant de pouvoir partir et se rendre à l’hôpital. Aucun soin médical n’a été reçu avant cela. Une césarienne d’urgence a été effectuée, mais malgré les efforts des médecins, le bébé n’a pas survécu.
Depuis, les parents ont porté plainte et la mère a écrit une lettre. Iels souhaitent que leur voix soit entendue, c’est pourquoi la voici pour que vous puissiez la lire.

Au nom de Dieu

C’est l’histoire de la mère qui a rêvé de la naissance de son enfant.
Mais malheureusement, des mains noires qui se disaient policières, qui n’avaient ni conscience, ni droits de l’homme, ni compréhension envers une femme enceinte, m’ont privée de mon rêve.
Mon histoire commence par une nuit froide du 2 septembre 2020, sur la plage que nous essayions de quitter pour aller en Grande-Bretagne.
Mais un groupe de policiers qui n’avaient ni conscience ni cœur nous a maltraité.e.s durement.
Ils ont détruit tous nos rêves et ne nous ont pas permis de traverser.
Ils nous ont fait attendre dans la rue. C’est là que mon agonie a commencé.

J’étais une mère enceinte, mon seul rêve était de protéger mon enfant à naître jusqu’au moment de la naissance.
Mais la rue froide dans laquelle la police nous gardait et nous forçait à attendre, a entraîné la perte de mon bébé. Nous avons été obligé.e.s d’attendre là pendant six heures dans le froid, jusqu’à ce que je me sente malade. J’ai souhaité que l’on appelle une ambulance, j’ai demandé de l’aide mais ils ne m’ont pas écoutée. La police a été si cruelle. Ils m’ont ignorée et quand j’ai fini par être amenée à l’hôpital, il était trop tard.


Les médecins m’ont immédiatement opérée. Ils m’ont dit que le cœur du bébé avait cessé de battre et qu’ils devaient intervenir.
Grâce aux efforts des médecins, ils ont ramené le coeur du bébé à la vie.
Les poumons du bébé étaient pleins de sang. Ils ont réussi à soigner cela aussi.
Mais mon bébé était sous surveillance médicale à l’hôpital, parce que le cerveau n’envoyait pas de signaux au reste de son corps, pour le maintenir en vie.
Quand ils ont retiré un à un les dispositifs médicaux, son cœur s’est arrêté une fois pour toutes.

C’est mon histoire, celle d’une mère endeuillée dont le cœur brisé hurle. Elle crie parce qu’elle a perdu son bébé.

Je vais élever la voix et crier au monde entier, aux journalistes. Non à la violence, non à la police qui fait du mal aux réfugié.e.s.
J’espère que de telles histoires ne se répéteront jamais, j’espère qu’aucune autre mère ne perdra jamais son bébé.
Mon chagrin ne disparaîtra pas.
Merci de m’avoir écoutée.


La mère au coeur brisé.

L’État agrandit le C.R.A (Centre de rétention) de Lesquin pour toujours plus d’enfermé.es ! // The State expands the C.R.A (Retention Center) of Lesquin for more and more people locked up!

Des personnes ont cherché les profiteurs de frontières qui travaillent dans le centre de rétention administrative de Lesquin et sur son extension // People have been looking for border profiteers around the extension of the Lesquin retention center and published their findings. English version below.

Macron et son gouvernement, depuis leur accession au pouvoir, se placent dans la continuité de leur prédécesseurs, à savoir s’inscrire dans une vision répressive de ’immigration. Depuis trois ans, la politique du ministère de l’intérieur est de renforcer le contrôle et l’enfermement des personnes étrangères avec, notamment, la loi asile et immigration de 2019. Cette loi, rappelons-le, permet notamment d’enfermer une personne pour une durée maximale de 90 jours contre 45 auparavant. Dans le même temps, l’État entreprend des travaux afin d’augmenter sa capacité à mettre des personnes derrière les barreaux. Rien que pour l’année 2020, 481 nouvelles places seront disponibles. Selon les endroits il peut s’agir de ré-ouvertures de centre (Hendaye, Geispolsheim), de travaux d’extension ou de construction de nouveaux centres comme à Lyon, Olivet et Bordeaux, dont les ouvertures sont prévues pour fin 2023. Les deux centres de la région (Coquelles et Lesquin) sont également concernés.

Au centre de Lesquin, créé en 2006, les travaux portent sur la création de 30 nouvelles places d’enfermement pour porter la capacité totale du site à 116 places (contre 86 actuellement) en 2021. La rénovation comporte également la réfection des parties réservées à la police aux frontières. Pour faire simple, le projet de l’État c’est plus de places pour enfermer les personnes étrangères dans des cellules plus petites qu’actuellement (16,2 à 12,7 m2) avec plus de confort pour les matons !

Quand l’État opte pour un contrôle, une mise à l’écart et l’expulsion des personnes, des entreprises vivent et s’enrichissent de cette machine à expulser. Pour l’extension du centre de Lesquin, le magot s’élève à 1 900 000 €.

  • L’architecte est le même que celui à l’origine des plans lors de la création du centre. Il s’agit de Anaa Architectures situé au 14 rue du quai à Lille.
  • Le gros œuvre ainsi que les travaux de plomberie sont réalisés par la grande entreprise du BTP de la région, Ramery Bâtiment ( 740 Rue du Bac, 59193 Erquinghem-Lys).
  • La coordination en matière de normes de sécurité et d’hygiène est assurée par DEKRA, 78 rue Gustave Delory à Lesquin.
  • Le contrôle technique se fait par le groupe Qualiconsult, 13 rue Pierre et Marie Curie à Lezennes.
  • Pour l’électricité, c’est Ramery Energie (rue Jacques Messager, 59175 Templemars) qui s’en charge, et enfin Consult Energie Bat (1 Rue Jean Wiener, 62210 Avion) joue un rôle d’expert et de consulting.

L’agrandissement du C.R.A met sur le devant de la scène des entreprises insensibles à l’enfermement et à l’expulsion des personnes quand il est question de profit. Elles ne sont pas les seules. D’autres acteurs, quotidiennement au service du CRA de Lesquin, participent activement à la machine à enfermer, à expulser :

  • La Police aux Frontières (PAF) gère le centre. Elle s’occupe des fouilles, des déportations, des transferts vers les tribunaux ou autres CRA, de l’accueil des visiteur.euses, de réprimer les révoltes… Leur commandant est Denis Philippe.
  • Le nettoyage des bâtiments et la blanchisserie sont réalisés par ONET, leader français dans le domaine de la propreté, également connu pour exploiter des sans papiers. La nourriture infâme est préparée par Compass (92 rue du royale, Lille), spécialiste de la restauration collective. La maintenance des bâtiments (plomberie, électricité, chauffage …) est effectuée par le groupe Engie Axima.

Dans chaque centre de rétention, une association est censée réaliser des « prestations d’aides juridiques et sociales ». À Lesquin, c’est l’Ordre de Malte (57 rue Pascal, Lille) qui a remporté l’appel d’offre. Dans l’ensemble, elles ont pour rôle principal de pacifier les relations à l’intérieur du centre. L’accompagnement se réalise uniquement individuellement, par des biais juridiques.

Les travailleur.euses maintiennent une ambiguïté quant à leur capacité à faire sortir les personnes enfermées par le biais de recours juridiques. Il est difficile de placer ses espoirs dans le droit quand, depuis des années, ce dernier est uniquement répressif. À cela s’ajoute, dans la pratique, le tri des dossiers selon les chances de voir le recours aboutir.

La logique de ces associations n’est pas censée être répressive. Cependant, même lorsqu’elles font une critique des CRA, cette dernière porte davantage sur les conditions d’incarcération plutôt que sur la question de la privation de liberté. Leurs discours revendicatifs ou de soutien aux détenu.es brillent par leur absence. Ainsi, dans les cas de violences policières, de révoltes et de grèves de la faim, elles refusent de se positionner. Ce fût, par exemple, le cas cette année avec la gestion catastrophique de l’épidémie au sein des centres et des grèves de la faim et mutineries qui s’en sont suivies.

  • Dans la même logique humanitaire, l’accès aux soins est réalisé par des médecins et infirmier.ères du C.H.U de Seclin. Dans la réalité, de nombreuses personnes nous témoignent de la difficulté à se faire ausculter mais aussi de la distribution massive et facile de calmants, d’anxiolytiques.

Ces entreprises complices ont bien souvent pignon sur rue.

Soyons imaginatif.ves pour rendre visible leur collaboration à l’enfermement et aux expulsions.

Solidarité avec les enfermé.es !

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Faisons face – Face them

The State expands the C.R.A (Retention Center) of Lesquin for more and more people locked up!

Macron and his government, since their accession to power, have placed themselves in the continuity of their predecessors, that is to say, in a repressive vision of immigration. For the past three years, the policy of the Ministry of the Interior has been to reinforce the control and confinement of foreigners with, in particular, the Asylum and Immigration Act of 2019. This law, it should be recalled, allows for the detention of a person for a maximum of 90 days, compared to 45 days previously. At the same time, the state is undertaking work to increase its capacity to put people behind bars. For the year alone 2020, 481 new places will be available. Depending on the location, this may involve the re-opening of a center (Hendaye, Geispolsheim), extension work or construction of new centers such as in Lyon, Olivet and Bordeaux, including the openings are planned for the end of 2023. The two centers of the region (Coquelles and Lesquin) are also concerned.

At the Lesquin center, created in 2006, work is focused on the creation of 30 new places of confinement to carry the total capacity of the site at 116 places (compared to 86 at present) in 2021. The renovation also includes the refurbishment of reserved for the border police. To put it simply, the State’s project is more places to lock people up. foreigners in smaller cells than at present (16.2 to 12.7 m2) with more comfort for the matrons!

When the State opts for control, exclusion and expulsion of people, companies live and enrich themselves from this ejection machine. For the extension of the Lesquin center, the total cost is €1,900,000.

  • The architect is the same as the one who drew up the plans when the center was created. It is Anaa Architectures located at 14 rue du quai in Lille.
  • The structural and plumbing works are carried out by the major construction company of the region, Ramery Building ( 740 Rue du Bac, 59193 Erquinghem-Lys).
  • The coordination in terms of safety and hygiene standards is ensured by DEKRA, 78 rue Gustave Delory in Lesquin.
  • The technical control is done by the Qualiconsult group, 13 rue Pierre et Marie Curie in Lezennes.
  • For the electricity, Ramery Energie (rue Jacques Messager, 59175 Templemars) is in charge, and finally Consult Energie Bat (1 Rue Jean Wiener, 62210 Avion) plays an expert and consulting role.

The expansion of the C.R.A. puts in the forefront of the scene of companies insensitive to the imprisonment and expulsion of the people when it comes to profit. They are not the only ones. Other actors, daily at the service of the CRA of Lesquin, participate actively in the machine to lock up, to expel :

  • The Border Police (PAF) manages the center. It takes care of searches, deportations, transfers to the courts or to the police. other CRAs, to welcome visitors, to suppress revolts… Their commander is Denis Philippe.
  • The cleaning of the buildings and the laundry are carried out by ONET, French leader in the field of cleanliness, also known to exploit undocumented migrants. The infamous food is prepared by Compass (92 rue du royale, Lille), a specialist of the collective catering. Building maintenance (plumbing, electricity, heating, etc.) is carried out by the Engie group. Axima.

In each detention center, an association is supposed to provide “legal and social aid services”. In Lesquin, the Order of Malta (57 rue Pascal, Lille) won the tender. On the whole, their main role is to pacify relations within the center. The support is only provided individually, through legal means.

The workers maintain an ambiguity as for their capacity to get the people locked up out by means of legal recourse. legal. It is difficult to place one’s hopes in the law when, for years, it has been solely repressive. To that In addition, in practice, the files are sorted according to the likelihood of a successful appeal.

The logic of these associations is not supposed to be repressive. However, even when they criticize the CRAs, their criticism focuses more on the conditions of incarceration than on the issue of deprivation of liberty. Their speeches of demand or support for prisoners are conspicuous by their absence. Thus, in cases of police violence, revolts and hunger strikes, they refuse to take a stand. This was, for example, the case this year with the catastrophic management of the epidemic in the centers and the hunger strikes and mutinies that followed.

  • In the same humanitarian logic, access to care is provided by doctors and nurses from the Seclin C.H.U.. In reality, many people testify to the difficulty of being examined, but also to the massive and easy distribution of sedatives and anxiolytics.

These complicit companies are often well established.

Let’s be imaginative in order to make their collaboration to the imprisonment and expulsions visible.

Solidarity with the prisoners!


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