Another mourning in Calais // Un autre deuil à Calais

Further to the successive deaths of people living in the “jungle”, a collective of people including most of the associations decided to gather every day after a death in town in order to challenge the general indifference to this border’s victims. Over the last two weeks, it is 4 people that died from the repressive regime of Calais border.

Samrawit, a young 19 years old eritrean woman died the 12th of july on the highway going to the port after having been evicted from Steenvoorde camp. Overnight between the 20th and the 21st, a man has been found dead on the same highway. The 26th, following the police operations that put pressure on the socialisation places of the “jungle”, a violent fight broke out between people in the camp where a man died as a result to knife injuries. Finally, the 27th at night, a man died on the highway, once again by a hit and run.

In this morbid atmosphere, we decided to gather last night to commemorate the death of the young ethiopian dead on the 26th. On the pretext of the standing of a far right demonstration, the sub-prefecture forbid our gathering the day before. Once again, the state confirms its racist policies. One of the reasons for this ban has been that “those [the migrants] which the number raised to 4500 are showing violent behaviours”. It is so the police trucks that were waiting for us in front of parc Richelieu at 6.30 pm. After having dispersed the 20 people that were here, they even arrested one of the protesters who is still in custody.

The state censorship won’t prevent us from remind that those borders mutilate and kill on a daily basis. An other gathering will stand tonight at 6.30 pm still in front of the parc Richelieu in order to commemorate the death of the young man the 27th.

[Update] : The friend who has been arrested is now free with a summons to a trial in september for carrying a knife ( in her bag and she handed it over to the cops… ) and for having resisted her arrest.

images.duckduckgo.com

////// [FR]

Suite aux décès successifs d’habitant-es de la “jungle”, un collectif de personnes, comprenant la plupart des associations ont décidé de se réunir chaque lendemain de décès en ville afin de défier l’indifférence générale face aux victimes de cette frontière. En effet, depuis un peu plus de deux semaines, ce sont 4 personnes qui sont décédées des suites du régime répressif à l’oeuvre à Calais.

Samrawit, une jeune femme érythréenne de 19 ans est décédée le 12 juillet dernier sur l’autoroute en direction du port après avoir été expulsée du camp de Steenvoorde. Dans la nuit du 20 au 21 juillet, un homme a été retrouvé mort sur la même autoroute. Le 26 juillet, suite aux opérations policières de pression sur les lieux de sociabilité de la “jungle”, une bagarre violente a éclaté où un homme est mort suite à des blessures de coups de couteau. Enfin, le 27 au soir, un homme de 28 ans est mort sur l’autoroute, encore une fois percuté par un véhicule qui s’est échappé aussitôt.

Ainsi, dans ce climat morbide, nous avions décidé hier soir de nous réunir pour commémorer la mort du jeune éthiopien décédé le 26. Sous prétexte de la tenue d’un rassemblement d’extrême-droite, la sous préfecture a interdit notre rassemblement la veille au soir. Encore une fois, l’Etat confirme ses politiques racistes, une des raisons de l’interdiction étant que “ceux-ci [les migrants] dont le nombre atteint 4500 individus font preuve de comportements violents”. C’est donc les fourgons de police qui nous attendaient devant le parc Richelieu à 18h30. Après avoir dispersé la vingtaine de personnes présentes, ils sont même allés jusqu’à arrêter une manifestante, qui est actuellement toujours en garde à vue.

Mais la censure politique de l’Etat ne nous empêchera pas de rappeler que ces frontières tuent et mutilent quotidiennement. Un autre rassemblement ce tiendra ce soir à 18h30, toujours devant le parc Richelieu afin de commémorer la mort du jeune homme le 27.

 [Mise-à-jour] : L’amie qui s’est faite arrêter est maintenant libre avec une convocation à un procès en septembre pour avoir eu un couteau (qui était dans son sac et qu’elle a remis aux flics…) et avoir résisté à son arrestation.

Construction d’un nouveau mur autour de la Jungle // Construction of a new wall around the Jungle

Quelques amis se sont rendus à la dite réunion de concertation annoncée par Natacha Bouchart sur la contruction d’un mur végetalisé autour de la Jungle, voilà un compte-rendu.

Le projet consiste en un mur de béton de 4 mètres de haut avec une partie végétalisée du côté de la route et du béton gravé (avec des scènes de la ville de Calais!) du côté du bidonville et de la zone commerciale. Tout ceci sera bien sûr financé par le Royaume-Uni. Les travaux commenceront début août et s’étendront sur 16 semaines. Il faut noter aussi que le commissaire et le représentant de la mairie qui étaient présents ont tous deux rappelé leur volonté d’expulser tout les habitats de la jungle pour ne laisser plus que les containers. Des caméras de vidéosurveillance seront aussi posées sur ce mur.

Malgré leur faux semblants ridicules à coup de verdure et “d’apparence accueillante”, il est clair que les autorités tentent de transformer encore un peu Calais en une prison à ciel ouvert. Face à une politique d’apartheid et des mesures de plus en plus concentrationnaires, on vous invite à agir comme bon vous semble contre la construction de ce nouveau mur. À suivre…

/////////////[EN]

A few friends went to the so-called “consultation” meeting announced by Natacha Bouchart about the construction of a green wall around the jungle – here is a report.

The project involves a 4 meter high concrete wall with a green side to the road and a carved concrete side (with “scenes” of the city of Calais) to the jungle and the commercial zone. Work will start in the beginning of August and will last for 16 weeks; it is planned to be financed by the British government. It should also be noted that both the C and the representative of the mayor’s office who were present reiterated their desire to expel all the inhabitants of the jungle, leaving nothing more than the containers. Video-surveillance cameras will also be installed on the wall.

Despite the deceitful and ridiculous “welcoming” look, it is clear that the authorities are trying once again to make Calais an open-air prison. Against an apartheid politic and those more and more concentration-camp measures, we invite you to act as you wish against the construction of this new wall. To be followed…

Robbery in the Jungle // Braquage à la Jungle

Since monday, 2 companies of CRS and Gendarmarie, a water canon and a few more police cars surrounded by cops with assault rifles have been present in and around the « jungle ». It is with these tools that the french state is carrying out their « sanitory control » of the shops and restaurants…

They want to search all the shops and restaurants of the « jungle » and they claim they have identified 50 buildings they want to search.

The result of this « searching » so far has been to arrest at least 14 people charged with illegal selling or insanitory conditions and to take 9m³ of food, water, gas bottles and cigarettes from those shops that they will destroy.

The shops and restaurants in the jungle were born out of the forced segregation from Calais city, which prevents people from being able to access to shops and places to socialise. Now the state is even taking the ones from the « ghetto ».

During this well organised robbery of the jungle, the OFFI and the AUDASSE (2 french organisations related to the State that are supposed to organise welcoming for asylum seekers and refugees) were walking around the « jungle » saying to people that they didn’t have to worry if they go to the « centre de répits ».

Beside the attacking the access to the very things the State is supposed to provide, ie access to supplies and social places. The purpose of this is obviously a strong pressure to the people living here to leave the « jungle ». And it doesn’t come as a surprise that this lastest police operation has come so soon after the recent announcement of Natasha Bouchart, that the eviction of the north zone of the jungle will happen soon.

We hope that the gas attacks and the evictions to come will be « sanitory controlled » !

ACAB

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©La Voix du Nord

////////[FR]

Depuis lundi, 2 compagnies de CRS et de gendarmerie, un canon à eau et quelques voitures de police entourés par des flics avec des fusils d’assaut étaient présents dans et autour de la “jungle”. C’est comme ça que l’État français organise un “contrôle sanitaire” des magasins et des restaurants…

Ils veulent en effet fouiller tous les magasins et restaurants de la “jungle” et affirment avoir identifier 50 bâtiments à fouiller.

Jusqu’à présent, le résultat de cette “fouille” aura été d’arrêter au moins 14 personnes accusées de commerce illégale ou de conditions non sanitaires et de saisir 9m³ de nourriture, d’eau, de bouteilles de gaz et de cigarettes qu’ils vont détruire.

Il faut rappeler que les magasins et restaurants de la “jungle” sont nés de la ségrégation forcée de la ville de Calais qui empêche ces gens d’accéder aux magasins et aux endroits où socialiser. Désormais l’État leur prend même ceux du ghetto.

Pendant ce braquage bien organisé de la “jungle”, l’OFFI et l’Audasse (2 organisations reliées à l’État aui sont supposées organiser l’accueil des demandeurs d’asile et des réfugiés) étaient en maraude dans la “jungle” pour dire aux gens qu’il n’y avait pas à s’inquiéter si ils allaient dans les CAO (centres de répit).

Au-delà d’attaquer les choses qu’il devrit lui-même fournir, c’est à dire la possibilité de s’approvisionner et des lieux sociaux, l’État vise ici à mettre une pression supplémentaire sur les habitant-e-s de la “jungle” pour les forcer à partir. Et ce n’est pas une surprise aue cette opération policière intervienne juste après l’annonce de Natacha Bouchart de l’expulsion très prochaine de la zone Nord de la “jungle”.

On espère que les prochaines attaques au gaz lacrymos et expulsions seront validées par le “contrôle sanitaire” !

ACAB

Death on the Highway // Mort sur l’autoroute

Over night on the 12th of July, Samrawit, a 19 year old women from Eritrea was killed in a hit and run on one of the motorways in Calais.

It seems that the police then proceeded to use excessive tear gas in the jungle, even though people have reported that nothing had happened to provoke it.

Samrawit had been one of the many evicted from the camp in Steenvoorde the day before on the 11th of July. Forced back to Calais and to more dangerous ways of trying to cross the border. We challenge again the claim from the police that this eviction was peaceful having seen the devastating consequences.

Her community and her friends are grieving and we are with them.

This border kills and will not stop taking lives until it is opened.

//////////[FR]

Dans la nuit du 12 juillet, Samrawit, une femme de 19 ans originaire d’Erythrée a été mortellement percutée par un automobiliste qui a pris la fuite par la suite sur une des autoroutes de Calais.

Il semble que la police ait ensuite tiré une grande quantité de gaz lacrymos sur la jungle  alors que tout le monde dit que rien n’avait provoqué ça.

Samrawit fut l’une des nombreu-ses expulsé-es du camp de Steenvoorde la veille, le 11 juillet. Forcée à retourner à Calais et à essayer des moyens plus dangereux de tenter de traverser la frontière. Encore une fois, nous contestons les déclarations de la police évoquant une expulsion paisible et non violente au regard de ses conséquences dévastatrices.

Sa communauté et ses amis font leur deuil et nous sommes avec eux.

Cette frontière tue et ne cessera pas de prendre des vies tant qu’elle ne sera pas ouverte.

 

Mass Dispersals in the Region / Dispersions massives dans la région

Today, the police and Gendarmerie evicted the camp in Steenvoorde (Hazebrouck) early in the morning. A camp/jungle had existed there for eight years, hosting primarily people from Eritrea, Sudan, and Ethiopia.

Despite what the authorities have said to the local media, the eviction was not peaceful – in that the 65 people who were put on a bus to go near the south of France were given little choice by the heavy police presence and threat of detention and deportation.

The authorities are dismantling the camp, which housed between 100-200 people.

This comes as part of a bigger strategy of mass dispersal from the area. The small camp of Chocques was evicted over a month ago. There were evictions in Dieppe and Cherbourg last week. A trial concerning the eviction of the camp in Norrent-Fontes (Isbergues) will take place on July 27.

Aujourd’hui, la police et la gendarmerie ont expulsé le camp de Steenvoorde (Hazebrouck) tôt dans la matinée. Un camp/jungle existait là depuis huit ans, où vivaient des personnes originaires principalement d’Érythrée, du Soudan, d’Éthiopie.

Contrairement à ce que les autorités ont dit aux médias locaux, l’expulsion n’était pas apaisée – en ceci que les 65 personnes qui ont été mises dans un bus partant pour le sud de la France n’étaient pas en mesure de faire un choix véritable vu la lourde présence policière et les menaces de détentions et d’expulsions.

Les autorités détruisent ce camp, qui hébergeait entre 100 et 200 personnes.

Cela se déroule dans le cadre d’une stratégie générale de dispersion massive des migrant-es dans la région. Le petit camp de Chocques a été expulsé il y a environ un mois. Il y a eu aussi des expulsions à Dieppe et Cherbourg la semaine dernière. Un procès concernant l’expulsion du camp de Norrent-Fontes (Isbergues) aura lieu le 27 juillet 2016.

 

 

Retour sur ce qu’il s’est passé lundi 20 juin

Lundi 20 juin 2016, 14h45. Un appel résonne. Les réfugiés courent vers la barrière qui “protège” la rocade portuaire, barrière elle-même séparée de la jungle par un no mans land de plusieurs dizaines de mètres. L’idée, c’est d’entrer dans les camions qui passent sur la route, et de rejoindre enfin l’Angleterre après des mois d’attente  au milieu des rats et des poubelles. La police se fait dépasser et réplique par un gazage en masse des migrants qui parviennent à découper à plusieurs endroits le double grillage barbelé qui longe la rocade portuaire.

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18h environ. Deuxième dougar. Mais rapidement, on constate une arrivée massive de flics (CRS et BAC) pour protéger les barrières. A la fin de leur opération, on dénombrera une dizaine de camions, 2 canons à eau (à noter que les canons à eau en usage à Calais ne sont pas les “simples” canons à eau que l’on voit habituellement en manifestation, mais des camions 4×4, plus gros, plus puissants, et tous terrains), l’effectif de policiers qui va avec, et surtout la répression. En somme, les policiers prennent leur revanche.

A la fin de cette journée, on dénombrera (liste non exhaustive ; et parmi eux des enfants) :
un homme évacué inconscient par d’autres réfugiés
un homme blessé au visage par tir direct de grenade lacrymogène (et qui devra subir une importante opération chirurgicale de reconstruction faciale en CHU)
un très jeune homme blessé gravement au pied et au poignet
au moins 16 blessés par flashball, dont: 2 à la tête (tempe et sourcil), un au thorax, un au coccyx, un au niveau du haut du tibia
un blessé au bras par tir direct de grenade lacrymogène
un blessé aux jambes par des éclats de grenade de désencerclement
au moins une dizaine de personnes avaient des irritations persistantes au visage et aux yeux le lendemain
une vingtaine de personnes se sont blessées sur les lames de rasoir fixées au barbelés en essayant d’échapper à la police et de rejoindre la jungle

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Au passage, les flics gazent l’intérieur de la jungle, et certaines cabanes situées en bordure sont endommagées par des tirs de lacrymo (plastique du toit brûlé). A noter que la préfecture interdit depuis maintenant plusieurs mois l’approvisionnement en matériel de construction, dont les baches font partie.

Les personnes présentes pour filmer les violences et apporter les premiers soins aux blessés sont particulièrement visées par les tirs de grenade et de flashball. Au moins l’un d’entre eux a été touché à l’épaule, et une grenade lacrymogène a manqué de quelques centimètres une personne agenouillée au sol en train de pratiquer les premiers soins à un blessé, une grosse partie de matériel de secours étant perdu dans la bousculade qui s’en suit pour échapper au gaz.
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Deux volontaires des cuisines, simples témoins des évènements de l’après-midi, sont arrêtés le soir en sortant de la jungle, et subiront 48 heures de garde-à-vue. Un réfugié arrêté à proximité de la jungle, a été tabassé par les policiers alors qu’il se trouvait déjà à terre et menotté.

Finalement, la police restera postée pendant de nombreuses heures sur la dune articielle qui longe la jungle et la coupe de l’accès à la route. Toute sortie de la jungle est interdite à ses habitants par un cordon de CRS renforcé de camions de CRS et des 2 canons à eau qui resteront jusque très tard à l’entrée du camp. Le lendemain, toute sortie/entrée par la route habituellement utilisée pour aller en ville est interdite, obligeant les habitants de la jungle à faire un détour à pieds de 20 minutes pour pouvoir se rendre en ville.
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A noter que le harcèlement policier s’est intensifié ces dernières semaines avec régulièrement des blessés par flashball au niveau du visage (machoire, yeux, des genoux, du thorax, des épaules; ainsi que des vols d’argent (dont vol de l’allocation allouée à ceux qui ont formulé leur demande d’asile sur le territoire français) et de matériel personnel (dont téléphones).

“no injuries” — “pas de blessés”

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On Monday morning there was a large traffic jam on the A16 motorway, in front of the jungle. Many people were able to get on-board the lorries that were backed up, although there were lots of police present who were beating and tear-gassing people away.

The A16 was then closed off and remained this way for most of the day, with the ferry-bound traffic being diverted through the center of town. The CRS also completely sealed off the jungle allowing no one to leave (something which has become more common recently), and did not let people start to leave until Tuesday morning.

In the evening the A16 was re-opened and another traffic jam formed on the highway. People from the jungle then went out to try and again board the trucks. The police responded by shooting tear gas indiscriminately, covering the entire jungle, as well as rubber bullets and stun grenades along with their water cannon. The sheer amount of ammunition they used (some news outlets reported police shot over 600 tear-gas canisters) shows the level of violence that has been normalized against the residents of the jungle.

The prefecture stated that there were no injuries from Monday which is a blatant lie. A nurse working in the jungle reported seeing at least fourteen injuries from rubber bullets, including one underage boy being hit in the face. There were numerous hospitalizations, and the police also shot a tear gas canister directly at a person trying to give first aid.

There were also three arrests. One man from Kuwait was convicted for throwing stones and sentenced yesterday to three months in prison without suspension. There were also two British people who had been volunteering in the jungle arrested and accused of orchestrating the day’s events in addition to throwing stones and insulting police. One was given a two month suspended sentence while the other was found not-guilty.

With these events there has been a resurgence of the outside agitator rhetoric which blames “the No Borders” for everything that happens in Calais, and which has been getting recycled since 2009. This accusation is not only a complete fabrication, but a deeply racist one at that. It implies that, without white/european leadership, the people in the jungle would not think of, nor be able to, attack the border and the police responsible for their segregation. It also conceals the extreme state violence in this city (the segregation, the imprisonment, the beatings and gassings of the cops, the deportations, etc.) to which the only natural human reaction is to leave. If there is no way then people will continue make their own. Finally, it scapegoats “the No Borders”, while lumping together and criminalizing anyone showing solidarity or giving help in the jungle.

 

“Pas de blessés”

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Sur l’autoroute, le matin du lundi 20 juin 2016, en face de la Jungle s’est créé un large bouchon. De nombreuses personnes ont pu monter dans les semi-remorques alignés à l’arrêt, en dépit des nombreux policiers présents qui les faisaient fuir en les frappant et en les gazant.

L’autoroute A16 a ensuite été fermée une grande partie de la journée, le traffic lié aux ferries étant redirigé par le centre ville. Les CRS ont complètement fermé la Jungle, n’autorisant personne à en sortir (ce qui devient courant récemment), et ce jusqu’au lendemain matin.

Dans la soirée, l’A16 a été réouverte et un nouveau bouchon s’est formé sur l’autoroute. Les personnes de la Jungle ont tenté à nouveau de monter dans les camions. La police a répondu en tirant du gaz lacrymogène, sans faire de détails, jusqu’à couvrir la totalité de la Jungle. Elle a également tiré des balles “de défense”, des grenades assourdissantes, et utilisé les canons à eau. L’énorme quantité de munitions que la police a utilisées (la presse rapporte le tir de plus de 600 cartouches de gaz lacrymogène) indique à quel niveau la violence policière s’est normalisée contre les résident-es de la Jungle.

La préfecture a déclaré qu’il n’y avait pas eu de blessé-es lundi, ce qui est un mensonge évident. Un-e infirmièr-e travaillant dans la Jungle a déclaré avoir vu au moins 14 blessures dûes aux tirs de balles “de défense”, l’une sur le visage d’un garçon mineur. Il y a eu de nombreuses hospitalisations, et la police a également effectué un tir tendu de cartouche de gaz sur une personne qui tentait de donner des premiers soins.

Il y a également eu trois personnes arrêtées. Un Kowëtien qui a été reconnu coupable d’avoir jeté des pierres et condamné mercredi 22 juin 2016 à trois mois de prison ferme. Deux Britanniques, bénévoles dans la Jungle, arrêtés et accusés d’avoir organisé les événements de la journée, ainsi que d’avoir jeté des pierres sur la police et de l’avoir insultée. L’un a été condamné à deux mois de prison avec sursis, l’autre a été reconnu non-coupable.

Ces événements ont été l’occasion pour les autorités de réutiliser la réthorique de “l’agitateur externe” qui veut que “les No Borders” soient responsables de tout ce qui se passe à Calais, réthorique recyclée sans cesse depuis 2009. Non seulement cette réthorique relève de la propagande et de la désinformation mais en plus elle révèle la vision raciste du monde qui est celle des autorités. En effet elle implique que, sans des meneurs blancs/européens, les personnes de la Jungle ne penseraient pas à, ou ne seraient pas capables de, s’attaquer à la frontière et à la police, qui est responsable de leur ségrégation. Cette propagande tente également de faire oublier le niveau extrême de violence qui a cours contre ces personnes dans la ville – la ségrégation, l’emprisonnement, les tabassages et gazages par les forces de l’ordre, les déportations, etc – violence face à laquelle la seule réaction humaine “naturelle” est de tenter de la fuir. Et s’il n’y a pas moyen de faire autrement cette ville, les gens vont continuer à en inventer. Pour finir, cette réthorique fait des “No Borders” des boucs émissaires, et elle  amalgame et criminalise toute personne ou organisation faisant montre de solidarité ou apportant de l’aide dans la Jungle.