Après la Jungle – un entretien avec Calais Migrant Solidarity, Juin 2019 – Corporate Watch

Article de Corporate Watch, initialement publié sur leur site : corporatewatch.org

(English version here)

En 2016, la ville portuaire de Calais, dans les Hauts-de-France, accaparait les écrans de télé alors qu’une armée de gendarmes et de CRS expulsait la « Jungle » [*] – un bidonville de réfugié·e·s où vivaient environ 6000 exilé·e·s issu·e·s des zones de conflits du monde entier, face aux clôtures barbelées marquant la frontière. Mais l’histoire des réfugié·e·s de Calais commence bien plus tôt, et elle n’est pas encore terminée. Des centaines d’exilé·e·s sont encore concentré·e·s autour du site principale de pour traversée de la Manche, vivant dans des conditions encore plus misérables et précaires maintenant que lorsque la grande jungle a été détruite. Pour se faire une idée de la situation actuelle à Calais, Corporate Watch a discuté avec des ami·e·s de Calais Migrant Solidarity, un réseau actif aux côtés des d’exilé·e·s à Calais depuis 2009.

Combien de personnes sont encore en train de passer la frontière à Calais ? D’où viennent-t’elles ?

À Calais même, peut-être environ 500 personnes. Ça fluctue beaucoup, donc entre 300 et 600 personnes selon les périodes. Mais il y a aussi des centaines d’autres personnes plus loin sur la côte à Dunkerque, et jusqu’en Belgique.

À Calais, les nationalités des gens suivent une constante : ce sont des personnes issues de zones de guerre et de dictatures, ayant un lien historique avec le colonialisme britannique. Donc souvent les gens parlent anglais, ou ont des liens familiaux, ou ont grandi avec une image de la Grande Bretagne comme étant un havre de sécurité et un modèle de démocratie. Il y a beaucoup d’Afghan·ne·s, Irakien·ne·s, Iranien·ne·s, Kurdes, Érythréen·ne·s, Soudanais·e·s, et aujourd’hui quelques autres nationalités, comme Nigérian·ne·s, Tchadien·ne·s, etc.

Il n’y a pas beaucoup d’enfants et de femmes en ce moment, et celleux qui arrivent sont souvent hébergé·e·s par les associations humanitaires. Il y a davantage de familles à Dunkerque, où un maire plus sympathique met à disposition un gymnase où les personnes vulnérables peuvent rester. Il y a peut-être 300 personnes qui y vivent, dont au moins trente familles (une centaine de personnes), et peut-être une centaine de mineur·e·s non-accompagné·e·s. Et 300 autres personnes, plus ou moins tolérées par les autorités, vivent dans des tentes près du gymnase. Beaucoup d’entre elleux sont des Kurdes de plusieurs pays – Turquie, Syrie, Iran et Irak. Il y a aussi des campements afghans et pakistanais, plus informels, dans les bois en périphérie de Dunkerque, qui reçoivent un traitement bien pire et sont attaqués quotidiennement par la police, comme à Calais.

Et les gens réussissent encore à passer ?

Oui, bien sûr. Mais la sécurisation massive de ces dernières années pousse les gens à se déplacer plus loin et à prendre des risques toujours plus grands.

D’où les récentes traversées en bateau qui ont fait les gros titres ?

Iels ne peuvent pas ériger une clôture au milieu de la mer. Les gens trouvent toujours un chemin pour contourner les barrières, par-dessus ou par-dessous, et la traversée par la mer est un des derniers moyens, et un des plus visibles, que les gens ont tentés. C’est extrêmement dangereux, notamment à cause de l’importante circulation maritime. Mais on peut voir l’Angleterre depuis Calais. Ces personnes ont parcouru des milliers de kilomètres pour arriver ici, souvent en ayant risqué leurs vies de nombreuses fois, alors quand iels aperçoivent les falaises de Douvres à l’horizon, iels ne vont pas s’arrêter à ça.

Pour l’instant, la plupart des passages en bateaux sont organisés par des passeurs qui font payer très cher pour les places. Mais il y a aussi des individu·e·s qui tentent de passer sur des radeaux de fortune, comme cet homme, qui sans moteur, a dérivé jusqu’aux Pays Bas. Ces gens ne peuvent même pas s’acheter de gilets de sauvetage – il a été reporté des cas où des magasins ont refusé de vendre des gilets de sauvetage à des gens, leur ont demandé leurs papiers et ont menacé d’appeler la police. Bien sûr, cela n’a aucune incidence sur les passeurs organisés, mais cela rend la tentative de traverser encore plus dangereuse pour les individu·e·s qui essaient par elles/eux-mêmes.

À quoi ressemble la vie quotidienne pour les personnes qui essaient de passer la frontière à Calais aujourd’hui ?

En gros les autorités ont quasiment réussi à dégager les gens du centre ville, et à les empêcher de se créer une installation stable comme l’ancienne jungle. Les gens sont donc éparpillé·e·s et caché·e·s dans des campements très précaires hors de la ville. Iels parlent toujours des « jungles », mais cela ne désigne que quelques tentes cachées dans les fourrés. L’ancienne Jungle a été transformée en réserve naturelle avec dunes et zones humides. Autour, les zones plus habitables, des bois et terrains plats, ont été grillagés pour empêcher les gens d’y vivre.

Les camps sont regroupés autour de trois sites principaux proches de l’autoroute : le rond-point de l’hôpital, le round-point près du stade et la sortie près de l’ancienne jungle. L’État a finalement installé des sanitaires sur ces trois lieux – point d’eau, des toilettes et quelques douches. Ces commodités sont le résultat d’une longue lutte et d’une saisine au tribunal administratif par des personnes sans-papiers, soutenu·e·s par des bénévoles, avec des avocat·e·s de Paris qui avaient déjà plaidé en justice contre la démolition de la Jungle.

Les sanitaires et point d’eau sont gérés par La Vie Active, la même association qui fournissaient des services officiels dans la Jungle et le camp de containers. Ces trois sites sont aussi utilisés comme points de distribution. Les associations humanitaires viennent avec leurs camionnettes à une heure définie pour donner des repas, des vêtements, etc.

On pourrait souligner une chose ici. C’est que, même si il ne fait aucun doute que c’est involontaire, les associations qui font ces distributions participent à la politique des autorités consistant à garder les migrant·e·s séparé·e·s, ségrégué·e·s, hors de la ville. Par le passé, la mairie détestait que les exilé·e·s viennent dans le centre ville pour les distributions de repas, pour recevoir des vêtements du vestiaire de l’église, ou des traitements médicaux dans les principaux centres médicaux. Avoir aujourd’hui tous ces services desservis loin, dans les bois, aide en définitive à dissimuler les migrant·e·s hors de Calais.

photo : un terrain vague où les gens campaient, aujourd’hui clôturé.

 

Que fait-la police ?

A part surveiller les clôtures, la police cible les trois points de distribution. Iels s‘y rendent presque tous les matins. Parfois iels se contentent de se garer et de rester là quelques heures, assis·e·s dans leurs véhicules ou restant debout à l’extérieur. Cela intimide les gens et iels ont peur de s’installer. Ensuite, dès qu’elle a des ordres, la police attaque les camps. Elle travaille avec les autorités préfectorales qui envoient des « nettoyeurs » – des employé·e·s qui ramassent les tentes et les possessions personnelles des gens. A part voler les tentes et effets personnels, la police se plaît à faire usage de gaz lacrymogène. Un peu comme avant le bidonville de 2015.

Évidemment, iels patrouillent également autour des points de passage le long de l’autoroute. Iels attrapent les personnes qui tentent de passer, les arrêtent régulièrement et les emmènent au Centre de Rétention de Coquelles. Parfois, iels les font monter dans leurs véhicules, mais au lieu de se diriger vers Coquelles les conduisent des kilomètres plus loin le long de l’autoroute, et les déposent au milieu de nulle part.

Mais le plus souvent, les policièr·e·s se contentent d’utiliser leurs gazs lacrymogènes et de chasser les gens. Parfois iels les tabassent, avec des bâtons ou des coups de pied. Il y a aussi beaucoup d’insultes et d’intimidation. Les exilé·e·s dénoncent beaucoup ces injures – « toi, sale nègre », « toi, chien noir », etc – les considérant particulièrement dégradantes et choquantes. Comme si tu t’attendais à ce que les agent·e·s de police utilisent la force pour t’éloigner des clôtures, mais que les insultes montraient qu’iels ne se contentent pas « de faire leur boulot », mais qu’iels se délectent de leur propre violence.

Est-ce que les policièr·e·s arrêtent les personnes loin des zones de passage, comme lorsqu’iels patrouillaient à travers la ville, embarquant n’importe qui ressemblant à un·e migrant·e ?

Cela arrive moins qu’avant 2015. Les gens se sentent plutôt à l’abri la journée, mais la nuit, c’est plus courant. La police tourne en camionnettes et ramasse les gens qu’elle voit marcher des jungles à la ville, ou qui reviennent du centre de rétention de Coquelles. Ça arrive toujours que des personnes soient arrêtées et emmenées à Coquelles, puis libérées, et soient de nouveau arrêtées alors qu’elles repartent du centre de rétention. Mais dans l’ensemble, ce genre de contrôle aléatoire n’ait plus la priorité de la police comme cela a pu l’être auparavant.

Quels sont les effets de ces attaques sur les gens ? Est-ce que cela les dissuade de tenter le passage ?

Non, comme on le disait, les gens ont voyagé des milliers de kilomètres et ont enduré énormément. Ils ne vont pas abandonner maintenant.

Ce que l’on voit sont les effets très concrets de ce harcèlement constant sur la santé mentale des personnes. Je pense que ça a vraiment empiré. Il y a toujours plus de grillages et de murs, il est toujours plus difficile de vivre, et plus difficile d’accéder aux zones de passage. Et les gens sont sans relâche chassé·e·s comme s’iels étaient de la vermine. Contraint·e·s à quitter la vile, contraint·e·s à se cacher et à disparaître. Tout cela aggravé par les insultes et les intimidations.

Comme il devient de plus en plus difficile de traverser, les gens peuvent rester beaucoup plus longtemps à Calais qu’avant. On voit aussi un nombre croissant de personnes qui ont déjà été sur la route pendant des années, qui ont parfois déjà vu leur demande d’asile refusée dans d’autres pays européens, et qui arrivent ici, considérant l’Angleterre comme leur dernier espoir.

Tout ça peut conduire à de gros problèmes d’alcool et de drogue, et rend les gens plus vulnérables aux passeurs et autres personnes désireuses de profiter de leur détresse.

image : un des nombreux squats d’avant : l’ « Africa House », 2011

Tu dis que les autorités ont largement réussi à éloigner les gens du centre-ville. Avant 2015, beaucoup habitaient en ville dans des bâtiments vides – à la fois les squats reconnus officiellement que CMS a aidé à créer, mais aussi des occupations informelles qui étaient plus vulnérable aux attaques policières. Ça n’est plus possible ?

Une chose est sûre : il n’y a plus du tout de squats « officiels » aujourd’hui à Calais. Toutes les tentatives récentes d’en ouvrir ont été immédiatement empêchées par la police, légalement ou non. Cela ne veut pas dire que c’est impossible de retenter. Mais il n’y a pas eu assez de personnes à Calais ces derniers temps qui se sont vraiment consacrées à ça.

En ce qui concerne les squats non-officiels, les gens peuvent s’abriter dans des bâtiments et y survivre s’iels restent caché·e·s ou en très petits groupes qui n’attirent pas l’attention. La mairie et la police nient la présence d’ « illégaux » en ville, iels vont peut-être préférer ne rien faire contre de tout petits groupes qui ne se font pas remarquer. Mais il n’y a pas de gros squats, ni de squats très visibles comme il y en a eu par le passé. Ils seraient fermés immédiatement.

Il y a eu un énorme déferlement d’ONG, principalement Britanniques, à Calais en 2015-2016. Est-ce que c’est toujours le cas, ou les associations humanitaires sont-elles parties maintenant que Calais ne fait plus les gros titres ?

Beaucoup sont restées. C’est une grosse différence par rapport à avant 2015 – la présence d’humanitaires, professionnels et bénévoles, toujours assez nombreu·ses·x, surtout venant de l’étranger. Cependant, iels n’ont pas vraiment adapté leur infrastructure et leur approche après la fermeture de la grosse Jungle.

Il y a toujours deux gros entrepôts pour les distributions à Calais. L’un est tenu par Care for Calais, qui distribue principalement des vêtements, tentes, sacs de couchages, articles d’hygiène. Iels travaillent aujourd’hui bien au-delà de Calais, notamment jusque Paris. L’autre hangar est géré par l’association française L’Auberge des Migrants et l’ONG anglaise Help Refugees. Refugee Community Kitchen, qui cuisine et distribue des repas, utilise aussi cet espace.

Help refugees était un gros acteur dans les jungle, après avoir peut-être récolté jusqu’à des millions en donations au Royaume-Unis. Cela lui a donné beaucoup de pouvoir pour orienter les choses, puisque de nombreuses autres associations en étaient dépendantes pour leur propre financement. Aujourd’hui Help Refugees met un terme à sa présence directe sur le terrain à Calais, mais va continuer son activité en devenant une fondation finançant d’autres associations.

Il y a aussi Utopia 56, qui a géré l’ancien camp à Dunkerque, puis a ramassé les détritus sur la jungle, et distribue aujourd’hui des vêtements, des repas et autres.

Un des éléments récents les plus intéressants est le nouvel accueil de jour, tenu par le Secours Catholique. C’est un gros bâtiment dans le centre-ville, rue de Moscou, vers le port. Il est ouvert du lundi au vendredi, jusque 17h, proposant de nombreux ateliers, comme des cours de langue, un atelier couture pour repriser ou ajuster des vêtements, et même une radio. Il y a des points d’eau, des sanitaires, des salles de réunion, et un grand espace où les personnes peuvent se détendre, charger leurs téléphones, utiliser la wifi, boire du thé et jouer à des jeux de société.

Une chose intéressante sur cet accueil de jour, c’est qu’il se trouve juste au coin de la rue de Cronstadt, la rue où CMS avait loué un entrepôt et en avait fait un centre social en 2010. Il avait été fermé quelques jours plus tard par les CRS sous un prétexte douteux de santé et de sécurité. Que penses-tu quand tu vois que le Secours Catholique ouvre un centre à cet endroit aujourd’hui ?

Évidemment, l’Église catholique est bien plus respectable et puissante que nous ne l’étions. Mais c’est une indication intéressante de la façon dont le paysage politique a changé à Calais. En 2010, il aurait été impensable pour l’Église de soutenir un tel projet, sans parler de le mettre en place elle-même.

CMS a essayé par deux fois d’ouvrir des centres légaux, le « centre Zetkin » et celui de la rue de Cronstadt, en plus des nombreux squats. Ces deux centres ont reçu une réponse immédiate de l’État. C’était clair qu’un centre social ouvert aux migrant·e·s dans le centre ville était un affront sérieux aux autorités municipales, et qu’elles ne le toléraient pas.

Il est intéressant de noter comment les choses ont changé – que ce soit les autorités qui ne sont plus tant effrayées par un lieu de ce genre, ou les associations officielles qui veulent aller plus loin.

L’accueil de jour du Secours Catholique est loin d’être parfait, mais c’est un espace qui offre de nombreuses possibilités. Et c’est intéressant, iels semblent travailler d’une façon moins condescendante, être moins dans une relation donnant/receveur que d’autres humanitaires à Calais. De plus, contrairement aux autres associations, la plupart de ces bénévoles sont des habitant·e·s de Calais, présent·e·s sur le long terme, notamment des réfugié·e·s qui se sont installé·e·s ici.

L’espace du Secours Catholique est aussi utilisé par des groupes, comme la Cabane Juridique, qui récolte des témoignages de violences policières ou qui accompagne des personnes en demande d’asile.

On dirait que plusieurs des rôles publics de CMS, comme celui de tenir des centres sociaux ou de surveiller les violences policières, sont aujourd’hui pris en charge par des associations plus officielles. Qu’en penses-tu ? Et quel est le rôle que CMS a à jouer aujourd’hui ?

Oui, c’est vrai. Encore une fois, il est intéressant de voir comment le paysage a changé, par rapport à ce qui était auparavant perçu comme radical et inacceptable par les autorités et les associations humanitaires, et ce qui était considéré normal ou acceptable. Par exemple, CMS ont été les premièr·e·s à Calais à vraiment parler de et à documenter la violence de l’État, avec le dossier de 2010 « Cette frontière tue ». C’était alors vu comme quelque chose de radical, peu d’associations auraient voulu réaliser quelque chose s’en rapprochant. Nous avons aussi été les premièr·e·s à ouvrir un squat réservé à l’hébergement des femmes et des enfants. Aujourd’hui tout le monde est d’accord pour agir contre les violences policières, et chacun·e s’accorde à vouloir fournir des hébergements pour les femmes – si ce n’est pour tout le monde.

Mais une grosse différence demeure toujours entre notre approche et le fonctionnement des associationss humanitaires. Tu peux parler des conditions de vie misérables infligées aux gens. Mais quelles sont les raisons de ces problèmes ? Pourquoi la police tourne constamment, tabassant des gens à Calais, pourquoi des gens vivent caché·e·s dans des tentes dans les bois ?

C’est à cause de la frontière. Ces problèmes seront toujours là, sous une forme ou l’autre, tant que la frontière existera. C’est à dire, tant que que les personnes qui croulent sous les bombes et l’exploitation en Afrique et en Asie tentent de rejoindre ce monde riche qui fournissent ces bombes, et tant que nos politicien·ne·s tentent de les en empêcher. Mais mis à part quelques slogans lors d’un manifestation de temps en temps, les associations humanitaires ne font pas mention de la frontière.

Certaines actions, comme ouvrir des hébergements ou un centre social, peuvent être similaires. Mais nous devons aussi penser aux répercussions plus larges, au sens de ces actions. D’abord, rassemblent-elles les gens – personnes avec ou sans papiers officiels, personnes de Calais ou venues de très loin ? Idéalement, il faut qu’elles soient construites sur une base égalitaire, pas juste donneur/receveur, mais sur le partage et la construction des luttes ensemble. Et remettent-elles en cause le silence sur la frontière, aident-elles à mettre en lumière ces questions que les autorités sont tellement enclines à éluder?

Depuis que CMS a commencé à agir il y a 10 ans en 2009, on pourrait dire que nous avons donné du fil à retordre aux autorités en remettant en cause ses efforts pour dissimuler la frontière et ses effets sur la ville. Iels se l’imaginent propre et blanche – de « vrai·e·s » Français·e·s et des touristes Britanniques écumant gaiement les magasins dans des centres commerciaux brillants. De là vient tout ce travail pour repousser les migrant·e·s hors de la ville, les garder caché·e·s dans les bois. En réalité, Calais est aujourd’hui une ville fantôme, barricadée, où de nombreux et nombreuses calaisien·ne·s blanc·he·s vivent aussi dans la pauvreté. Les politiques de droite anti-migrant·e·s n’ont rien fait pour répondre à cela, si ce n’est désigner un bouc-émissaire.

Au moins quelques un·e·s d’entre nous à CMS ont eu une idée différente de ce que Calais pourrait être. Une ville où les gens avec et sans papiers, Français·e·s ou migrant·e·s, se rencontrent librement, partagent leurs expériences et créativité. Mettant en place ensemble des projets qui pourraient ramener Calais à la vie. Et s’aidant les un·e·s les autres à lutter contre nos ennemi·e·s commun·e·s.


Notes :

Dessins de Carrie Mackinnon

[*] Le mot « jungle » est le terme toujours largement utilisé par les migrant·e·s à Calais pour désigner les campements dans les bois à l’extérieur de la ville. Il était utilisé bien avant 2015, notamment pour la grande jungle des afghans en 2009-2010. Il vient du mot farsi et pachto qui veut dire « forêt» : جنگل (jangal).

Border profiteers update June 2019 – Corporate Watch

(See this article on corporatewatch.org)

(En Français ici)

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Calais’ mayor has being trying to rebrand the town as a “city of flowers”. But as locals told Corporate Watch last month, “city of barbed wire” would be more apt. From the port to the tunnel at Coquelles, the town’s periphery is now a nightmarish landscape of razorwire fences, cameras and motion detectors, earthworks, trenches and flooded fields, all designed to stop the “wretched of the earth” taking the cross-channel journey that European citizens take for granted.

All this means money for the construction and security companies who supply the border infrastructure. Back in 2016 the Calais Research Project started to list and profile firms involved in the border business. Here is a quick update on some new landmarks added since then. 

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2 views of the new CCIC police control building

 

France-Britain joint police control centre at Coquelles

There are two main border-crossings in Calais: the port, next to the old town itself; and the channel tunnel, a few kilometres out of town at Coquelles. Next to the tunnel entrance is a giant shopping centre called Cite Europe, popular with locals as well as British travellers stocking up on booze.

Right next to that is a complex housing the French police’s official anti-migrant infrastructure: the main base for the PAF border police and CRS riot police; a court where migrants’ cases are heard; and the migrant detention centre – “Centre de Retention” in French.

In November 2018 a new building was added to this. In French, it’s called the CCIC – standing for “Centre conjoint d’information et de coordination franco-britannique”, or joint French-British information and coordination centre.

According to an Agence France Presse report, the centre is funded by the British government, “notably equipped with drones”, and acts as a joint command post for French and British police forces. These include the French PAF, Customs (Douanes) and Gendarmes, and on the British side the UK Border Force, Kent police, as well as the National Crime Agency (NCA).

On the day we visited we didn’t see any drones flying off the roof. The parking lot was full of unmarked cars rather than marked police vehicles, including several with British number plates. There was still a plaque up outside the centre (see photo) naming the contractors involved in building and equipping it. It gave the cost for the work as Eu 1.844 million.

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The companies named include: Villesange Masson (local architects); Groupe Qualiconsult (building project consultants); Verdi; Cougnaud construction (specialise in modular building construction); Ramery Batiment; Eiffage energie (massive French engineering corporation); Satelec (electricians); Resipelec (electricians); Pylones du Littoral; Majencia (office furniture); Covage DGL Networks (data cabling); Econocom.

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views of Coquelles detention complex

Detention centre extension

Directly across the road from the CCIC is Coquelles detention centre. Currently this has space to lock up 79 men, but the French state wants to expand that. At the end of March 2019 it announced plans for a 480 square metre extension. The architects overseeing the work are from a local firm called COAST, working with BD engineering.

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Customs posts with moats

Just outside Coquelles, we saw major new works on both sides of the main highway leading to the tunnel. These are big bunkers, each with a number of bays for lorry searches. In fact these are not primarily anti-migrant measures, but the new lorry park and custom posts being built hurriedly by Eurotunnel in case of new goods checks post-Brexit.

However, they are also adding to the extreme security measures reshaping the environment around Calais. The bunkers are protected with moats as well as new fencing – canals and artificial lakes dug and filled with water, as another measure against unwanted humans. This follows the pattern of deforesting and flooding that Eurotunnel started in 2016.

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new customs post

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excavation for moat

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previous Eurotunnel flooding works

Privatised border checks at Polley lorry park

One little industry that’s sprung up out of the “refugee crisis” is Secure Lorry Parking. The UK government fines truck haulage firms if people are found travelling in their vehicles without the right documents. This effectively means outsourcing border checks to truckers, who are anxious not to be caught with stowaways. In turn, the truck firms will pay out for secure places to park up before they make the crossing.

In Dunkerque, DK Secure Truck Park has 250 spaces surrounded with fences and monitored by “40 high-definition CCTV cameras”. In Calais, the biggest player is Polley Secured Lorry Park, run by local businessman Francois Polley. Its 10 hectare site boasts 24/7 guarding and 2.4 metre fences.

Recently we heard of a new development in this business. Passenger coaches operated by Flixbus are also using Polley’s security services. Coaches on the way to the UK pull into Polley park before they head for the tunnel. Here they are given an initial search by one of the company’s private security guards, checking for stowaways in the baggage area. This is in addition to two further checks by French and then UK authorities once they get to the tunnel.

Flixbus and Polley give little public information on this extra control. There are vague references to it on Flixbus’ website, where it is described as a “pre-UK check”.

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Police Hotel

The final stop on our border infrastructure tour was right in the heart of Calais town itself. We had heard that the old practice of constantly stopping and harassing people who look like migrants in the town centre has largely been phased out. So we were wondering why we kept seeing CRS riot vans buzzing around the main streets between the town hall and the theatre.

Then we realised their main activity was dropping off and picking up burly white men in casual attire outside the Brit Hotel. Locals explained that this hotel building had been empty for many years, before being reopened under its new name in 2016. Its initial clientele seem to be almost entirely riot police and gendarmerie – although if you fancy being bunked next to a hunky CRS musclehead, you too can book a room for around Eu 50 a night. Brit Hotels is a France-wide hotel franchise chain.

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Les profiteurs de la frontière – Juin 2019 – Corporate Watch

(voir sur Corporate Watch en anglais)

(in english, see here)

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La maire de Calais essaye de changer l’image de Calais, souhaitant en faire une « ville fleurie ». Mais comme des locaux ont confié à Corporate Watch le mois dernier, « ville barbelée » serait un label plus approprié. Du port ferry jusqu’au tunnel à Coquelles, la périphérie de la ville est un paysage cauchemardesque de clôtures surmontées de barbelés à lames rasoir, de caméras et détecteurs de mouvement, de terrassements, tranchées et terrains inondés, tous destinés à arrêter les « damné·e·s de la terre » entreprenant cette traversée du détroit de la Manche, si évidente et acquise pour un·e citoyen·ne européen·ne.

Tout cela implique de l’argent pour financer les compagnies de construction et de sécurité qui fournissent et édifient l’infrastructure de la frontière. En 2016, Calais Research a commencé à lister et décrire les entreprises impliquées dans le marché de la frontière. Voici une rapide mise à jour sur quelques points marquants apparus depuis.

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2 vues sur le nouveau CCIC

Le Centre Conjoint d’Information et de Coordination franco-britannique à Coquelles

Il y a deux points principaux de passage de la frontière à Calais : le port, près du centre historique de la ville, et le tunnel sous la Manche, à quelques kilomètres de la ville, à Coquelles. Près de l’entrée du tunnel se trouve un énorme centre commercial, la Cité Europe, fréquentée par des locaux comme par des Britanniques de passage renflouant leur stock d’alcool bon marché.

Juste à côté se tient un complexe abritant l’infrastructure policière française anti-migrant : la base principale de la PAF (Police aux Frontières) et des CRS, un tribunal où sont entendus les migrants, et le Centre de Rétention Administrative (CRA).

En novembre 2018, un nouveau bâtiment est ajouté au complexe déjà existant : le CCIC – Centre Conjoint d’Information et de Coordination franco-britannique.

Selon l’Agence France Presse, le centre est financé par le gouvernement de Grande Bretagne, il est « notamment équipé de drones », et sert de poste de commande pour les forces de police françaises et britanniques. Celles-ci incluent côté français la PAF, les douanes et les gendarmes, et pour l’outre-Manche la police aux frontières (UK border force), la police du Kent ainsi que le service national de lutte contre la criminalité (National Crime Agency – NCA).

Le jour où nous sommes passé·e·s jeter un œil, nous n’avons vu aucun drone décollant du toit. Sur le parking se trouvaient plus de voitures banalisées que de véhicules de police officiels, dont plusieurs immatriculées outre-Manche. Il y avait encore un affichage à l’extérieur du centre (cf. photo) nommant les entrepreneurs impliqués dans sa construction et son équipement. Il indique un coût de 1,844 million d’euros pour ces travaux.

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Les compagnies identifiées incluent : Villesange Masson (Architectes locaux); Groupe Qualiconsult (consultant·e·s pour les projets de construction); Verdi; Cougnaud construction (spécialisé en construction modulaire industrialisée); Ramery Batiment; Eiffage énergie (grosse société d’ingénierie française); Satelec (électricien·ne·s); Resipelec (électricien·ne·s); Pylones du Littoral; Majencia (mobilier de bureau); Covage DGL Networks (installateur de fibre optique); Econocom.

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Vues du complexe de rétention de Coquelles

Extension du centre de Rétention

Juste en face du CCIS se trouve le CRA de Coquelles. Actuellement, il permet d’enfermer 79 hommes, mais l’État français veut augmenter le nombre de places. Fin mars 2019, il annonçait un projet d’extension de 480 mètres carrés. L’agence d’architectes COAST supervise les travaux, et travaille avec BD engineering.

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Douanes et tranchées

En dehors de Coquelles, on voit d’importants travaux de chaque côté de la voie rapide menant au tunnel. Ce sont de grands bunkers, chacun avec plusieurs quais destinés à la fouille des camions. Ce ne sont pas des mesures prioritairement anti-migrants, il s’agit en fait de nouveaux parking poids-lourds et de postes de douane, construits à la hâte par Eurotunnel, en prévision de nouveaux contrôles sur les marchandises après le Brexit.

Cependant, ces projets participent à renforcer les mesures de sécurité exceptionnelles auxquelles on doit ce changement d’atmosphère autour de Calais. Les bunkers sont protégés par des tranchées et de nouvelles clôtures – canaux et lacs artificiels creusés et remplis d’eau comme une autre mesure contre ces humains dont on ne veut pas. Ceci fait suite aux modèles de déforestation et d’inondation initiés par Eurotunnel en 2016.

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Nouveau poste des douanes

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Excavations pour creuser les tranchées

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Zone inondée issue d’un précédent chantier d’Eurotunnel

Contrôles aux frontières privatisés au parking poids-lourd Polley

Une petite industrie s’est développée grâce à la « crise migratoire » : le parking poids-lourd sécurisé. Le gouvernement britannique inflige une contravention aux entreprises de transport de marchandises si des personnes sont trouvées dans leurs véhicules sans les documents administratifs adéquats. Dans les faits, cela se traduit par l’externalisation des contrôles frontaliers vers les camionneurs eux-même, soucieux de ne pas être surpris avec des passager·e·s clandestin·e·s. Et l’entreprise de transport va payer des emplacements sécurisés pour marquer un arrêt avant de traverser la Manche.

À Dunkerque, DK Secure Truck Park dispose de 250 emplacements entourés de clôtures et surveillés par « 40 caméras de surveillance haute-définition ». À Calais, la plus grosse société est Polley Secured Lorry Park, dirigée par un homme d’affaire local, Francois Polley. Ce site de 10 hectares se targue d’être protégé par des grilles hautes de 2,40 mètres et d’être surveillé 24h/24 et 7j/7.

Récemment, nous avons entendu parler d’une nouvelle niche dans ce business. Les cars de transport de passagers opérés par Flixbus profitent également des services de sécurité de Polley. Les cars en route vers la Grande Bretagne passent par le parking Polley avant de se diriger vers le tunnel. Là, un des agents de sécurité privés du parking va procéder à une première fouille du véhicule, cherchant d’éventuel·le·s clandestin·e·s dans la soute à bagages. Ceci, en plus des deux contrôles qui seront effectués par les autorités françaises et britanniques une fois au tunnel.

Flixbus et Polley fournissent peu d’information publique sur cette fouille supplémentaire. Il y n’y en a qu’une vague référence sur le site de Flixbus, où elle est simplement mentionnée comme « un contrôle pré-Royaume Uni ».

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Hôtel de police…

Notre dernier arrêt sur notre tour des infrastructures de la frontière s’est trouvé en plein cœur de la ville de Calais. On avait entendu dire que l’ancienne pratique de constamment arrêter et harceler les personnes pouvant être des migrant·e·s dans le centre ville est progressivement devenue marginale. On se demandait donc pourquoi on continuait de voir les camionnettes de CRS patrouiller les rues principales entre la mairie et le théâtre.

Nous avons réalisé que leur activité principale consistait à déposer et passer prendre de costauds hommes blancs en civil à la porte du Brit Hotel. Des locaux nous expliquent alors que ce bâtiment hôtelier a été inoccupé pendant des années, avant de rouvrir sous ce nouveau nom en 2016. Sa clientèle semble être composée presque exclusivement de CRS et de gendarmes – mais si vous rêvez de dormir à côté d’un CRS bien bâti, vous pouvez réserver une chambre pour environ 50 euros la nuit.

Brit Hôtel est une chaîne hôtelière répandue dans tout la France.

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Refus d’entrée : criminaliser la solidarité

(English see here : ‘Refus d’entrée : criminalizing solidarity’)

En France, deux petites victoires ont été remportées contre les tentatives du gouvernement Français de criminaliser la solidarité envers les migrant·e·s. Un tribunal administratif a annulé deux ordres de la police française d’interdire de territoire des citoyen·ne·s européen·ne·s en raison de leur soutien aux migrant·e·s à Calais. L’interdiction ordonnée par la police a été déclarée illégale. Cette victoire au tribunal pourrait affecter des dizaines d’autres personnes placées sur des listes d’interdiction et dans les bases de données de surveillance par la police française.

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Port Ferry, Calais

 

La liste des interdictions de territoire

En mars 2017, D. était à la gare de St Pancras à Londres pour prendre l’Eurostar en direction de Calais. Il s’y rendait pour participer à une réunion publique sur le rôle des sociétés privées impliquées à hauteur de plusieurs millions d’euros dans la sécurisation de la frontière Franco-Anglaise. Mais avant de monter dans le train, il est arrêté au contrôle des passeports, puis emmené dans une petite pièce par la Police aux Frontières française (PAF). Après un moment d’entretien au téléphone, les agent·e·s de la PAF impriment un “Refus d’entrée”, document officiel l’informant qu’il lui est interdit d’entrer en France.
Ce type de traitement n’est que trop courant envers les voyageurs et voyageuses non-européen·ne·s. Mais D. est titulaire d’un passeport européen. Le document qui lui a été remis stipulait qu’il figurait dans une base de donnée de la police française regroupant les personnes fichées comme « Danger pour l’ordre public ou la sécurité nationale ». En outre, la police lui annonce qu’il va également «avoir des problèmes » pour voyager dans d’autres pays, puisque son nom était dorénavant signalé sur la base de données du Système d’Information Schengen (SIS) utilisée par les polices aux frontières dans toute l’Europe.
Le cas de D. n’est pas un incident isolé. Ainsi, en mars 2017 X. se rendait en Belgique en bus et a été arrêté·e par la PAF au port de Douvres. Après environ une heure d’attente, on informe X. que l’entrée en France lui est refusée et iel reçoit un papier notifiant simplement qu’iel est un «danger pour l’ordre public ou la sécurité nationale».
Ce n’était pas la première fois que X. a eu des problèmes pour entrer en France. En Octobre 2016, X. est arrêté·e à son arrivée à Calais et constate que les agent·e·s consultent une liste de trois pages avec des noms et des photographies. La police désigne à X. une photo d’iel prise en 2010 (date devinée grâce à la couleur de ses cheveux!) figurant en page 3 du document.
On informe X. qu’en cas d’arrestation à Calais, iel serait interdit·e de présence sur le territoire français. Iel n’a pas été arrêté·e, malgré cela, l’entrée en France lui fut refusée la fois suivante.

En examinant et recoupant l’enchaînement de ces incidents avec d’autres, il semble probable que la police ait établi une « liste de personnes interdites du territoire » juste avant l’expulsion de la jungle en octobre 2016.

Nous savons que d’autres personnes ont reçu ces interdictions.
D. et X., plutôt chanceux·se·s d’avoir pu le faire dans le délai imparti de deux mois, ont décidé de contester cette interdiction devant les tribunaux français. Iels ont été soutenu·e·s dans cette action par le réseau Calais Migrant Solidarity et par les associations françaises l’Anafé, qui travaille avec les étrangers et étrangères empêché·e·s d’entrer en France, et le GISTI. Nous pensons qu’il s’agit de l’une des premières fois qu’un refus d’entrée est contesté en France. La plupart des personnes à qui sont imposés ces refus d’entrée sont des migrant·e·s non-européen·ne·s, déporté·e·s loin de France et qui ont peu de chance de les contester.

La fiche S

Le ministère français de l’Intérieur a défendu l’interdiction devant la cour, arguant que D. et X. étaient bel et bien un “danger” pour la France. Mais de quel danger parle-t-on ? L’État français a tiré cet argument de son fichier consacré à D. et X. – une des tristement célèbres « fiche S » constituées par la police politique française sur de supposé·e·s fauteurs et fauteuses de troubles.

Cette “fiche S” comportait deux parties. Tout d’abord, D. et X. sont identifié·e·s comme «membre de la mouvance anarcho-autonome d’ultra gauche («no border») susceptible de se livrer à des actions violentes dans les perspectives du démantèlement du camp de migrants de Calais». L’État, dans ses pièces, ne mentionnait aucune violence de ce type, mais citait plutôt plusieurs articles de presse français traitant de la prétendue “violence” des “No Borders”.

En fait, les assertions de ces médias étaient entièrement fondées sur des citations de sources policières, souvent anonymes. Ainsi, en un cercle parfait, la police a communiqué à la presse des affirmations sans fondements, puis a utilisé ces même citations de presse dans leurs propres “preuves”. Ni D., ni X., ni personne d’autre n’a jamais été poursuivi·e pour les prétendues “violences” mentionnées dans ces rapports, et encore moins reconnu·e coupable.

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La deuxième partie de la fiche S donne quelques exemples plus précis des activités de D. Par exemple, il est arrêté en 2010 dans une “occupation illégale” – c’est-à-dire qu’il était simplement présent dans l’Africa House, squat où habitaient environ 100 personnes venant principalement du Soudan, d’Érythrée et d’Éthiopie. Il a également été repéré par la police lors d’une manifestation de migrant·e·s à Calais en 2014. Le dossier de X. mentionnait que « du 5 au 7 février 2010, des activistes No Border, y compris X., ont illégalement occupé un hangar de la rue Kronstadt à Calais et ont accueilli des migrant·e·s, les forces de l’ordre devant expulser les lieux », et qu’en 2010, des activistes No Border, y compris X. ont déployé une banderole “solidarité avec les sans papiers” sur la façade du beffroi de la mairie de Calais.
Comme l’a convenu la cour, tout ceci n’avait rien de bien sérieux, était inexact ou ancien, et que rien ne suggérait une menace imminente contre la nation française.

Il y avait aussi des éléments issus de dossiers de la police britannique. Encore une fois, ceux-ci mentionnent simplement que D et X sont allé·e·s à des manifestations, et que X a été arrêté·e lors de l’une d’elle, mais jamais poursuivi·e.

Ce que tout cela montre également est comment les polices britannique et française échangent de vagues «renseignements», des rumeurs policières et des soupçons, sur les personnes qu’ils identifient comme politiquement actives. Cette “intelligence” est ensuite utilisée comme une base pour bloquer les mouvements transfrontaliers des personnes, notamment en les ajoutant aux listes de surveillance internationales comme le Système d’Information Schengen.

No Borders”: la menace fantôme

En bref, la seule accusation réelle contre D et X était qu’iels appartenaient à une «violente » organisation « anarcho-autonome » appelée «No Borders». Mais quelle est cette prétendue organisation?

Bien sûr, certaines personnes solidaires des migrant·e·s de Calais se considèrent anarchistes. Et certaines, anarchistes ou «ultra-gauchistes» ou non, s’identifient à l’idée de «No Borders». Ces deux mots ont pu être compris différemment selon les personnes : un slogan, une demande, un défi, un rêve. En revanche ce qu’ils ne signifient absolument pas est l’appartenance à une organisation qui organiserait le soulèvement des migrant·e·s à Calais.

C’est un fantôme créé par la police française et les journalistes qui alimentent des histoires en buvant quelques verres. Il n’existe tout simplement pas. Les journalistes des deux côtés de la Manche ont diffusé d’innombrables histoires de «No Borders» incitant à des émeutes, incendiant la jungle, alimentant des réseaux de passeurs, etc. Aucunes de ces affirmations n’ont jamais été étayées par des preuves ou des enquêtes, ni jamais justifiées devant un tribunal.

Par ailleurs, les migrant·e·s à Calais sont généralement des personnes plutôt débrouillardes. Beaucoup ont vécu des guerres et des dictatures, des révolutions, traversé des mers et des déserts. Iels n’ont pas besoin d’aide pour être en colère, ni pour s’organiser pour franchir les frontières et passer à l’action.

Lutter pour la solidarité

Pour nous, cette contestation en justice ne concernait pas seulement deux individu·e·s . Il s’agissait de contester une arme largement utilisée par la police pour bloquer la libre circulation des personnes en toute impunité. C’était une petite participation à la résistance contre les gouvernements qui s’échinent à mettre fin aux mouvements de solidarité entre citoyen·ne·s et migrant·e·s.

Au cours des dernières années, des milliers d’Européen·ne·s ont réagi au passage des réfugié·e·s avec soutien et solidarité, depuis les plages de Grèce en passant par les cols des Alpes jusqu’aux “Jungles” de Calais. Cela dérange les politicien·ne·s et les médias qui s’affairent à vouloir faire paniquer la population au sujet d’ «invasions de migrant·e·s». Leur but est de semer la peur et la division, essayant d’empêcher les gens de s’unir contre les élites capitalistes qui sont nos ennemis communs. La solidarité concrète et pratique, quand les personnes avec et sans papiers résistent côte à côte, est une réelle menace pour leur projet de «diviser pour mieux régner».

C’est pourquoi les États répondent en diabolisant et en criminalisant la solidarité. À Lesbos ou à Lampedusa, des volontaires sont emprisonné·e·s ou harcelé·e·s pour avoir sauvé quelques-unes des milliers de personnes qui se noient en mer. A Calais, la police arrête et interdit de territoire arbitrairement quiconque qu’elle aura étiqueté comme «No Borders». Iels espèrent ainsi effrayer les citoyen·ne·s et isoler les migrant·e·s. L’État et les médias peuvent ainsi discréditer et attaquer leurs boucs émissaires en toute liberté.

Cette victoire judiciaire est une petite partie de la lutte contre cette guerre lancée contre la solidarité. Ce qui est primordial est que nous ne nous laissions pas effrayer et que nous continuions à combattre nos vrais ennemis qui traînent dans les halls de commerce et dans les lieux de pouvoir. Français·e·s ou Britanniques, Européen·ne·s ou Africain·e·s, nous avons les mêmes ennemis, ne les laissons pas nous diviser.

(Si vous avez été interdit·e·s d’entrée ou interdit·e·s de territoire en France et que vous souhaitez le contester, contactez CMS – calais_solidarity@riseup.net – ou l’Anafé )

Refus d’entrée : criminalizing solidarity

(En français ici : Refus d’entrée : criminaliser la solidarité)

In France, two small victories have been won against the French government’s attempt to criminalise solidarity with migrants. The Administrative Tribunal court has overturned two French police orders banning European citizens from France because of their support for migrants in Calais. The police ban was ruled illegal. This court win could affect dozens more people placed on ban lists and surveillance databases by the French police.

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Ferry port in Calais

The Calais ban list

In March 2017, D was at St Pancras Station in London to take the Eurostar train to Calais. He was travelling to participate in a public meeting about the role of private corporations in the multi-million euro business of securing the France/UK border. Instead, he was stopped at passport control and led to a small room by the French border police. After a while conferring on the phone, they printed out an official document called a “Refus d’Entree” which informed him he was banned from entering France.

This kind of treatment is all too common for non-European travellers. But D holds a European passport. The document stated that he was on a French police database of people classified as a “danger” to “public order or national security”. For good measure, the police told him he would “have problems” travelling to other countries too, as his name was now flagged on the Schengen Information System (SIS) database used by border police across Europe.

D’s case was not an isolated incident. Also in March 2017 X was traveling to Belgium on a Bus and was stopped by the French border police in the port at Dover, and after about 1 hour waiting, X was told they would not be allowed to enter France and given a piece of paper explaining simply that they were a ‘danger to public order or national security’. This was not the first time X had problems entering France in October 2016 X was stopped when entering Calais and saw police referring to a three page list with names and photographs. They showed X a picture of themself taken in 2010 (date known from the colour of hair!) which was part of the 3 page document. X was told that should they be arrested in Calais they would be banned from France. They were not arrested, however the next time they tried to enter France was when they were refused entry. Tracing the timing of this and other incidents, it seems likely the police drew up a “banned list” just before the eviction of the Jungle in October 2016.

We know several others received these bans. D and X, fortunate enough to be able to do it within the two month timeframe, decided to challenge the ban in the French courts. They were supported in this by the Calais Migrant Solidarity network, and by the French associations Anafé, which works with foreigners blocked from entering France, and the GISTI. We think this is one of the first times such a “refus d’entree” ban has been challenged in France. Most people given “refus d’entree” papers are non-European migrants who are deported far from France and have little chance to contest these police orders.

The Fiche S

The French Interior Ministry defended the police ban in court by arguing that D and X were indeed a “danger” to France. But what exactly did this danger amount to? The state quoted from its file on D and X, – the infamous “fiche S” held by French political police on supposed troublemakers.i

This “fiche S” sheet had two parts. First, D and X are identified as a “member of the anarcho-autonomous ultra left movement ‘No Borders’, susceptible of carrying out violent actions in the perspective of the dismantling of the migrant camp in Calais”.ii The state’s evidence didn’t actually name any such violent actions. Instead, it quoted a number of French news articles about the supposed “violence” of “No Borders”.

In fact these media claims were based entirely on quotes from police sources, often unnamed. So, in a perfect circle, the police fed unsubstantiated claims to the press, then used the same press quotes in their own “evidence”. Neither D, X, nor anyone else, had ever been prosecuted for the supposed “violence” mentioned in these reports, let alone actually been found guilty.

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The second part of the “fiche S” file gives some more specific examples of D’s activities. For example, being arrested in 2010 in an “illegal occupation” – i.e., simply being present in the Africa House squat where around 100 people mainly from Sudan, Eritrea and Ethiopia were living. And being spotted by police on a demonstration of migrants in Calais in 2014. X’s file mentioned that ‘from 5 to 7 February 2010, no border activists, including X, illegally occupied a hangar on the rue Kronstadt in Calais and hosted migrants, with the forces of the order having to evict the premises;’ and that ‘ in 2010, no border activists, including X, deployed a banner “solidarity with the undocumented” on the façade of the belfry of the Calais town hall; As the court agreed, these were all either not very serious at all, inaccurate, or years old. Nothing suggested an imminent threat to the French nation.

There were also some items from UK police files. Again, these just say that D and X went to some demonstrations. And that X was arrested on one demonstration but never prosecuted. What they also show is how the UK and French police are sharing vague “intelligence”, police rumours and suspicions, about people they identify as politically active. This “intelligence” is then used as a basis to block people’s movement across borders, including adding them to international watchlists such as the Schengen Information System.

No Borders”: the phantom menace

In short, the only real charge against D and X was that they were a member of a “violent” “anarcho-autonomous” organisation called “No Borders”. But what is this alleged organisation?

Certainly, some people standing in solidarity with Calais migrants consider themselves anarchists. And some, anarchist or “ultra-leftist” or not, identify with the idea of “No Borders”. People might understand those two words in many ways – a slogan, a demand, a challenge, a dream. What they certainly don’t mean is a membership organisation masterminding migrant uprising in Calais.

This is a phantom created by French police and the journalists they feed stories over a few drinks. It simply doesn’t exist. Journalists on both sides of the channel have run countless stories about “No Borders” inciting riots, burning down the jungle, running smuggling rings, etc. None of these claims have ever been backed up by any evidence or investigation, or ever substantiated in any court.

Apart from anything else, migrants in Calais are generally pretty resourceful people. Many have lived through wars and dictatorships, started revolutions, crossed seas and deserts. They don’t need help to feel angry, or to organise themselves to cross borders and take action.

Fighting for solidarity

For us, this challenge wasn’t just about any individual’s situation. It was about challenging a weapon widely used by the police to block people’s free movement with impunity. And it was one small part of resisting governments’ efforts to break movements of solidarity between citizens and migrants.

In recent years, thousands of Europeans have responded to refugee crossings with support and solidarity – from the beaches of Greece, through the mountain passes of the Alps, to the “jungles” of Calais. This bothers the politicians and media who are busy whipping up panics about “migrant invasions”. Their aim is to sow fear and division, trying to stop people uniting against the global capitalist elites who are our common enemies. Practical solidarity, where people with and without papers stand side by side, is a real threat to this “divide and rule” project.

And so states react by demonising and criminalising solidarity. In Lesbos or Lampedusa, volunteers are imprisoned or harassed for saving a few of the thousands who drown at sea. In Calais, the police arbitrarily arrest and ban anyone they label “No Borders”. They hope to scare citizens away and so keep migrants isolated. This gives the state and media a free hand to smear and attack their scapegoats.

This court victory is one small part of fighting back against that war on solidarity. Even more important is that we don’t let ourselves be scared off, and keep fighting our real enemies in the halls of commerce and the palaces of power. French or British, European or African, we have the same enemies, don’t let them divide us.

(If you have been banned from France and want to challenge it get in contact with CMS calais_solidarity@riseup.net or Anafé.)

iThere were other references in the court documents suggesting the “fiche S” was backed up by more detailed police files. A separate legal case was launched requesting access to these. This was refused, as was a later appeal heard in a closed-doors session.

ii(«membre de la mouvance anarcho-autonome d’ultra gauche («no border») susceptible de se livrer à des actions violentes dans les perspectives du démantèlement du camp de migrants de Calais».)

UPDATE : Alerte Déportation Soudan!! // Deportation to Sudan!!

L’image contient peut-être : une personne ou plus, personnes debout et plein air

(Photo du Collectif ASUAD)

UPDATE, 12.06, 13h : la déportation a été suspendue par le tribunal administratif. Mais Salah n’est cependant pas libéré.

UPDATE 12.06, 1pm : The administrative court canceled the deportation. Salah is not free though.

 

Une semaine après la répression sanglante qui a fait plus de 100 morts dans la capitale, le lendemain de massacres perpétués au Darfour, la France continue de déporter vers le Soudan!

Salah, enfermé depuis plus de deux mois au centre de rétention de Coquelles risque d’être emmené de force dans un avion pour le Soudan aujourd’hui!

C’est la 2e tentative de déportation que subit ce jeune homme qui craint pour sa vie en cas de retour au Soudan

Voici la pétition lancée a son sujet par des personnes solidaires.

Cette année, au moins trois personnes ont été déportées contre leur gré depuis le début de l’année. Les amis et la famille de l’un d’eux, déporté il y a près de deux mois, n’ont à ce jour toujours aucune nouvelle.

LA FRANCE NE DOIT RENVOYER PERSONNE VERS LE SOUDAN.

STOP AUX DÉPORTATIONS.

ICI un article qui liste les choses possibles a faire, avec les contacts de la préfecture du Pas de Calais, responsable des OQTF qui justifient le maintien en rétention et les tentatives d’expulsions des personnes enfermées à Coquelles.
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A week after the bloody repression in Khartum, killing more than 100 persons, the day after the killing of at least 9 persons in Darfur, France continues to deport to Sudan!

Salah, detained for more than 2 months in Coquelles retention center, risks today to be deported by force to Sudan.

It is the 2nd attempt to deport the young man, who declares being afraid for his life in Sudan.

Here is the petition launched for him by people in solidarity.

Since the beginning of this year, at least three people have been deported to Sudan against their will. The friends and family of one of them, deported nearly two months ago, have still no news.

FRANCE SHOULD NOT RETURN ANYONE TO SUDAN.

STOP THE DEPORTATIONS.

HERE an article which lists what you can do, with the contacts of the prefecture of Pas-de-Calais, responsible for the OQTF (order to leave France) that is ground for detention in order to deport you for those locked up in Coquelles center.

Coquelles CRA/ detention updates + stop deportations to Soudan

 

No photo description available.

Communiqué n ° 63 Olieux Collective
June 4, 2019
AN EVICTION TO CELEBRATE AID

The 5-star hotel was an occupied building since November 2017, by exiles, adults, minors and homeless people. For several months, a legal procedure was submitted to demand that there is no eviction without real solution to rehouse everyone.
While the decision of the court was to be given Thursday, June 6, the prefect, under the eternal pretext of “sheltering”, ordered expulsion two days before.
Tuesday, June 4, at 5:45 am, about forty CRS vans arrive.
The neighborhood is completely surrounded and cut off by aggressive cops, armed. A dozen buses with tinted windows wait in the street. At 6am the order is given to attack. The charge is violent.
Some of the support people are standing in front of the entrance, but are quickly removed.
Inside, the inhabitants and supporters organize to resist the eviction by blocking the grid. The cops gas all the time, saw the locks and force the entrance. They take the opportunity to nibble the people gathered inside and start sorting them.
First, the people who come in support are insulted, dragged, molested and then removed from the place. They are controlled, taken in photographs and some are taken away in custody. This Tuesday afternoon, 16 people are still at the police station.
After separating the support of the inhabitants, some of the latter want to leave.
The cops push them away violently. The police then use their traditional speech: “go, sit down, we will make a good queue and we will give you a place to go out of the shit”.
The triage of the exiles begins: following a well-oiled practice people are divided into buses according to their administrative situation and embarked by force without knowing where they will be brought. As usual, the prefecture continues its logic of invisibilisation and confinement. The expulsion had been anticipated by the prefect by making room in the two CRA -detention centers- * of the region.
A large part of the former 5-star inhabitants is now imprisoned.
The prefecture, imposing temporary accommodation (between 4 days and 1 month of “care”), breaks their lives, their desires, their links with the collective, associations, schools, neighbors and friends. ..
Until the end the abuse goes on: nobody is allowed to take their personal belongings before leaving.
At the latest news, people are scattered over the following places:
CAES * Croisilles, Nedonchel, CRA Coquelles, CRA Lesquin, CAO * Amiens, CAO Beauvais,
Home for minors in Armentières.
Faced with the increasing repression towards migrants, as people who support them,
CROSS the Borders
OCCUPY living spaces
dream
EVERYWHERE
* CAES: Reception and Orientation Center
* CRA: Administrative detention center
* CAD: Welcome and Referral Center

 

STOP DEPORTATIONS TO SUDAN (and to everywhere else as well)

” Sudanese military and militia forces are attacking the sit-in outside the Army Command in Khartoum, where thousands of protesters have gathered since 6 April to demand a peaceful transition to civilian rule, the Sudanese Professionals Association said in a statement this morning, killing and injuring many and setting tents on fire. The attack follows a general strike on 28 and 29 May after the Transitional Military Council refused to concede protesters’ call for a new sovereignty council composed of a majority of civilian members. “

Solidarity is crucial – what you do in the next few hours will make a difference.
Here the call out from MENA Solidarity Network.

More about the current situation in Soudan here and here.

Meantime, Salah, is still in detention in CRA of Coquelles : here the petition about him with more news.

HERE an article which lists what you can do, with the contacts of the prefecture of Pas-de-Calais, responsible for the OQTF (order to leave France) that is ground for detention in order to deport you for those locked up in Coquelles center.

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No photo description available.

 

Communiqué n°63 Collectif des Olieux
Le 4 juin 2019
UNE EXPULSION POUR FETER L’AID

Le 5 étoiles était un lieu occupé depuis novembre 2017 par des personnes exilées, majeures et mineures ainsi que des personnes sans abri. Depuis plusieurs mois, une procédure est en cours pour exiger qu’il n’y ait pas d’expulsion sans réelle solution d’hébergement.
Alors que la décision du tribunal devait être rendue ce jeudi 6 juin, le préfet, sous l’éternel prétexte de « mise à l’abri », en a ordonné l’expulsion deux jours avant.
Mardi 4 juin, dès 5h45, une quarantaine de fourgons de CRS débarquent.
Le quartier est totalement bouclé par des flics agressifs, armés et casqués. Une dizaine de bus aux vitres teintées attendent dans la rue. A 6h du mat’ l’ordre est donné d’attaquer . La charge est violente.
Une partie des soutiens se poste devant l’entrée, mais sont très rapidement dégagés sans
ménagement.
A l’intérieur, les habitant.es et des soutiens s’organisent pour retarder l’expulsion en bloquant la grille avec les moyens du bord. Les flics gazent à tout va, scient les cadenas et forcent l’entrée. Ils en profitent pour nasser les personnes regroupées à l’intérieur et commencent le tri. D’abord les personnes venues en soutien sont injuriées, traînées, molestées, puis extirpées du lieu. Elles sont contrôlées, prises en photos et certain.es sont emmené.es pour une garde à vue. Ce mardi après- midi, 16 personnes sont toujours au commissariat. 
Après avoir désolidarisés les soutiens des habitant.es, ces derniers décident de se lever pour partir.
Les flics les repoussent violemment. La police use alors de son traditionnel discour bidon et infantilisant : « allez, asseyez vous, on va faire une belle file d’attente et on va vous donner un logement, vous sortir de la merde ». Le triage des exilé.es commence : suivant une pratique bien huilée les personnes sont réparties dans les bus selon leur situation administrative et embarquées de force sans savoir où elles seront amenées. Comme d’habitude, la préfecture poursuit sa logique d’invisibilisation et d’enfermement. L’expulsion avait été anticipée par le préfet en faisant de la place dans les deux CRA *de la région.
Une grande partie des ancien.nes habitant.es du 5 étoiles se retrouve aujourd’hui emprisonnée.
La préfecture, en imposant un hébergement provisoire (entre 4 jours et 1 mois de « prise en charge »), brise leur vie, leurs envies, leurs liens avec le collectif, les associations, les écoles, les voisins et les ami.es…
Jusqu’au bout le mépris sera total : personne n’est autorisé à récupérer ses affaires personnelles avant de partir.
Aux dernières nouvelles, les personnes sont réparties sur les différents sites suivants :
CAES* Croisilles, Nedonchel, CRA Coquelles, CRA Lesquin, CAO* Amiens, CAO Beauvais,
Foyer pour mineurs à Armentières.
Face à l’augmentation de la répression vis à vis des personnes exilé.es comme des personnes qui se mobilisent,
PASSONS les Frontières
OCCUPONS les espaces vie-des
RÊVONS
PARTOUT CHEZ NOUS
*CAES : Centre d’accueil et d’ examen des situations
*CRA : Centre de rétention administrative
*CAO : Centre d’accueil et d’orientation

 

ARRETEZ LES DEPORTATIONS VERS LE SOUDAN (et vers ailleurs aussi)

“Des forces militaires et des milices soudanaises attaquent le sit-in devant le commandement de l’armée à Khartoum, où des milliers de manifestants se sont rassemblés depuis le 6 avril pour demander une transition pacifique vers un régime civil, a déclaré l’Association des professionnels soudanais ce matin dans un communiqué, tuant et blessant beaucoup et mettre le feu aux tentes. L’attaque fait suite à une grève générale des 28 et 29 mai, après que le Conseil militaire de transition eut refusé de répondre à l’appel des manifestants en faveur de la création d’un nouveau conseil de la souveraineté composé d’une majorité de civils.”

La solidarité est cruciale – ce que vous ferez dans les prochaines heures fera la différence.

Voici l’appel de MENA Solidarity Network.

Plus sur la situation actuelle en Soudan, ici et ici.

Entretemps, Salah est toujours en détention au CRA du Coquelles: voici la pétition à son sujet avec plus de nouvelles.

ICI un article qui liste les choses possibles a faire, avec les contacts de la préfecture du Pas de Calais, responsable des OQTF qui justifient le maintien en rétention et les tentatives d’expulsions des personnes enfermées à Coquelles.