Category: News

Another person missing in the Channel // Une autre personne disparue dans la Manche

(en français plus bas)

A “swimmer” that a French judiciary source stated was “probably a migrant” is declared missing at sea in the Channel following the end of a four hour search on Sunday, August 18th. A Belgian sailor claims to have spotted the man in the water twelve miles N/NW of Dunkirk wearing an improvised lifebelt made out of empty plastic bottles, and improvised flippers. He claims to have made several unsuccessful rescue attempts before deciding to sail in to the port of Dunkirk to notify authorities. It is not clear why he did not immediately call or radio for help.

According to the French Coast Guard, by the time the rescue operation began it was 20:20, more than five hours since the swimmer had been spotted by the sailor. French and Belgian assets were deployed but the search was called off at 00:30. The man has probably lost his life in this desperate attempt to reach the UK mainland.

Despite a number of French news articles (1, 2) the event has not yet been reported in English news.

This tragic event happened not even two weeks after the disappearance of a young Iranian woman, who was crossing the Channel in a dinghy. Two other people who fell in to the water with her were rescued. Before that, on July 16th, a man was rescued by the French three miles off the coast of Calais with a flotation device and wearing flippers trying to swim to the UK.

If confirmed, these two people will be the first to lose their lives attempting to reach England since last Winter when increased security at Calais’ ferry and train terminals pushed people into the water to make their journeys. Unfortunately, they were not the first ever. In 2015, the bodies of Mouaz al-Balkhi and Shadi Omar Kataf’ from Syria were found on a beach in Norway and the Netherlands after their attempts to swim across the Channel.

Especially pig-headed Dover MP Charlie Elphicke has cynically instrumentalised the woman’s disappearance from the 10th to try and justify increased border militarisation and security infrastructure spending. But with the narrowest portion of the Dover Straits heavily surveilled and the Gendarmes patrolling the beaches people will just be forced to attempt longer and more dangerous crossings with and without boats. We are today reminded of the horrible consequences these border policies have.

France and the UK continue to refuse responsibility for their murderous border politics. Although they rely on the sea to do their dirty work, it is the states and politicians who are accountable for these deaths, missing people, and all the others.

Borders kill. Open the borders!

“We didn’t come here to die”

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Un « nageur », « probablement » un migrant selon une source judiciaire française, a été déclaré disparu en mer de la Manche ce dimanche 18 août après quatre heures de recherches. Un marin belge a repéré l’homme en détresse à une vingtaine de kilomètres nord/nord ouest au large de Dunkerque, équipé d’une bouée faite de bouteilles en pastique vides ainsi que de palmes de fortune. Il déclare avoir tenté plusieurs fois de lui porter secours, sans succès, avant de faire route jusqu’au port de Dunkerque, où il a donné l’alerte aux autorités. Les raisons pour lesquelles il n’a pas immédiatement appelé ou utilisé sa radio pour avertir les secours n’ont pas, à notre connaissance, été éclaircies.

Selon la préfecture maritime, l’opération de sauvetage a été mise en place à partir de 20h20, dès le lancement de l’alerte par le marin, soit plus de cinq heures après qu’il ait repéré le nageur. Les équipements français et belges sont déployés, mais les opérations de recherche sont arrêtées à 00h30. L’homme a probablement perdu la vie dans sa tentative désespérée d’atteindre le Royaume Uni.

Malgré un certain nombre d’articles parus dans les médias français (ici ou par exemple), l’événement n’a pas encore été rapporté par les journaux anglais.

Cet événement tragique survient à peine deux semaines après la disparition d’une jeune femme iranienne qui a tenté la traversée de la Manche sur une embarcation de fortune. Deux autres personnes tombées à l’eau avec elle ont pu être secourues. Auparavant, le 16 juillet, un homme a été récupéré par les garde-côtes français à cinq kilomètres au large de Calais, équipé d’une bouée et de palmes, voulant gagner l’Angleterre à la nage.

Si leurs décès viennent à être confirmés, ces deux personnes seront les deux premières connues à perdre la vie dans l’eau en tentant de rejoindre l’Angleterre depuis l’hiver dernier, quand la sécurisation toujours plus accrue des terminaux ferry et ferroviaires ont poussé de plus en plus de gens à envisager la traversée par la mer. Malheureusement, iels n’étaient pas les premier·e·s. En 2015, les corps de Mouaz al-Balkhi et de Shadi Omar Kataf’, Syriens, ont été retrouvés sur les côtes norvégiennes et hollandaises, longtemps après leur tentative désespérée de franchir la mer à la nage (en anglais ici).

Charlie Elphicke, député de Douvres particulièrement obtus, a cyniquement instrumentalisé la disparition de la jeune femme, dès le 10 août, pour légitimer la militarisation croissante de la frontière et les dépenses conséquentes en équipements de sécurité. Mais intensifier toujours plus la surveillance et les patrouilles de gendarmes sur la section la plus étroite de la Manche ne fera qu’obliger les personnes à tenter des traversées plus longues et plus dangereuses, avec ou sans bateau. Aujourd’hui est un rappel des conséquences tragiques qu’ont ces politiques frontalières.

La France et le Royaume Uni refusent toujours d’assumer leurs responsabilités dans ces politiques frontalières meurtrières. Bien qu’ils comptent sur la mer pour faire le sale boulot, ce sont bien les États et les politiciens qui sont responsables de ces morts et ces disparitions en mer, mais aussi de toutes les autres.

Les frontières tuent. Ouvrons les !

Disparue à la frontière // Missing at the border

(english below)

Vendredi 9 août, un groupe de personnes à bord d’une embarcation de fortune en difficulté, au large de Ramsgate (Angleterre) est secouru par un bateau anglais de la RNLI. 2 personnes sont retrouvées dans l’eau, mais une autre est disparue. Elle ne sera pas retrouvée, malgré les recherches, qui ont finalement été abandonnées dans la journée de samedi.

M., jeune femme iranienne, a disparu à quarante kilomètres de son but, où elle souhaitait retrouver des proches.

Les politiques frontalières toujours plus violentes l’ont poussée, comme beaucoup d’autres, à emprunter une voie meurtrière pour atteindre un but si proche, et d’accès si simple pour celles et ceux né·e·s avec le bon passeport.

Les médias français (par exemple ici, et encore ), qui ont pourtant largement relaté cette journée du 9 août, ne font aucune mention de cette femme disparue (au contraire des médias anglais : voir ici, ou encore ).

La frontière tue, silencieusement.

 

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On Friday, 9th August, a bunch of people in a dinghy were rescued by a RNLI boat, off Ramsgate’s coast. 2 persons were overboard but were quickly found, but another one is still missing. A search was carried on until saturday 2pm, in vain.

M. a young woman from Iran, disappeared twenty miles away from her goal, where her kin were waiting for her.

The border policies, more and more violent, drove her, like many others, to take a deadly way to reach her goal, so close, and so safe to get to, for those born with the good passport.

French newspapers (for example, see here, here or here), who, quite largely related these events of the 9th august, did not mention anywhere the missing woman, unlike their English colleagues (see here, here, and there again).

This border kills, silently.

Risques de déportations vers le Soudan! // Risks of deportations to Sudan!

L’image contient peut-être : une personne ou plus, personnes debout, ciel et plein air

(photo du Collectif Asuad)

Mise à jour du 4 août : Rami, enfermé au centre de rétention de Rennes, a été déporté hier vers le Soudan.

Update, 4th august : Rami, held in Rennes retention centre, was deported back to Sudan yesterday.

(english below)

Malgré la situation critique au Soudan, où plus d’une centaine de manifestants ont été massacrés il y a à peine deux mois, où des exactions sont commises quotidiennement, tels les 5 étudiants  été tués il y a 5 jours à Al-Obeid, ou encore à Omdurman où 4 personnes ont été froidement abattues, la France continue de déporter vers le Soudan!

Actuellement, 2 hommes soudanais sont détenus à Coquelles et risquent une déportation vers le Soudan. Alaib et Hassan craignent pour leur vie en cas de retour dans leur pays. Ils demandent du soutien et souhaitent faire connaître leur situation.

Rami, un autre homme soudanais, enfermé au CRA de Rennes, a déjà dû refuser un premier vol dès son 18e jour de rétention (!). Des soutiens ont lancé une pétition pour le soutenir.

N’hésitez pas à interpeller le ministre de l’intérieur et les préfets responsables de ces décisions d’expulser! Le préfet du Pas de Calais est responsable de la situation d’Alaib et Hassan, Rami est lui sous le coup d’une décision de la préfète d’Indre-et-Loire. Vous pouvez trouver ici une lettre type à leur envoyer.

NON AUX DÉPORTATIONS!

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In spite of the terrible situation in Sudan, where more than a hundred people were killed during a protest not more than 2 months ago, where acts of violences are commited on a daily basis, like those 5 students killed while protesting in Al-Obeid, or the 4 persons shot in Omdurman, France continues to deport to Sudan!

At the moment, 2 men from Sudan are held in Coquelles detention center, and risk deportation to Sudan. Alaib and Hassan are afraid for their lives in their country. They want support and want their situation to be known.

Rami, an other sudanese man, held in Rennes detention center, had already had to refuse a flight to Sudan, after only 18 days of detention! His friends lauched a petition online to support him.

Please call on the Minister of the Interior and the prefects responsible of these deportation orders! The Pas-de-Calais prefect is responsible of Alaib and Hassan’s situations. Rami is held by the perfect of Indre-et-Loire. You can find here an exemple of message you can send to french authorities.

SAY NO TO DEPORTATIONS!

UPDATE Morts à la frontière // Deaths at the border

La page Cette frontière tue vient d’être mise à jour, suite à trois décès connus survenus à la frontière franco-anglaise le mois dernier, et passés relativement inaperçus dans les médias.

Fin juin, un homme irakien est percuté par un véhicule sur l’autoroute, vers Grande-Synthe. Il décédera début juillet, après avoir passé plusieurs jours dans le coma.

Le 6 juillet, Mr Kouadio, 21ans, un jeune homme de Côte d’Ivoire se noie au large de Grande-Synthe.

Le 8 juillet, Geri, un jeune homme érythréen est mort en chutant d’un camion sur la A29, en Belgique.

 

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The Deaths at the border list was updated, as at least 3 persons lost their lives at the border last month.

At the end of June, a man from Irak was hit by a vehicule on the highway, around Grande-Synthe. He died in july, after some days in coma.

On July, 6th, Mr Kouadio, 21yo, a young man from Ivory Coast drowned off the coast of Grande Synthe.

On July, 8th, Geri, a young eritrean man died falling from a lorry on the A29 in Belgium.

Border profiteers update June 2019 – Corporate Watch

(See this article on corporatewatch.org)

(En Français ici)

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Calais’ mayor has being trying to rebrand the town as a “city of flowers”. But as locals told Corporate Watch last month, “city of barbed wire” would be more apt. From the port to the tunnel at Coquelles, the town’s periphery is now a nightmarish landscape of razorwire fences, cameras and motion detectors, earthworks, trenches and flooded fields, all designed to stop the “wretched of the earth” taking the cross-channel journey that European citizens take for granted.

All this means money for the construction and security companies who supply the border infrastructure. Back in 2016 the Calais Research Project started to list and profile firms involved in the border business. Here is a quick update on some new landmarks added since then. 

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2 views of the new CCIC police control building

 

France-Britain joint police control centre at Coquelles

There are two main border-crossings in Calais: the port, next to the old town itself; and the channel tunnel, a few kilometres out of town at Coquelles. Next to the tunnel entrance is a giant shopping centre called Cite Europe, popular with locals as well as British travellers stocking up on booze.

Right next to that is a complex housing the French police’s official anti-migrant infrastructure: the main base for the PAF border police and CRS riot police; a court where migrants’ cases are heard; and the migrant detention centre – “Centre de Retention” in French.

In November 2018 a new building was added to this. In French, it’s called the CCIC – standing for “Centre conjoint d’information et de coordination franco-britannique”, or joint French-British information and coordination centre.

According to an Agence France Presse report, the centre is funded by the British government, “notably equipped with drones”, and acts as a joint command post for French and British police forces. These include the French PAF, Customs (Douanes) and Gendarmes, and on the British side the UK Border Force, Kent police, as well as the National Crime Agency (NCA).

On the day we visited we didn’t see any drones flying off the roof. The parking lot was full of unmarked cars rather than marked police vehicles, including several with British number plates. There was still a plaque up outside the centre (see photo) naming the contractors involved in building and equipping it. It gave the cost for the work as Eu 1.844 million.

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The companies named include: Villesange Masson (local architects); Groupe Qualiconsult (building project consultants); Verdi; Cougnaud construction (specialise in modular building construction); Ramery Batiment; Eiffage energie (massive French engineering corporation); Satelec (electricians); Resipelec (electricians); Pylones du Littoral; Majencia (office furniture); Covage DGL Networks (data cabling); Econocom.

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views of Coquelles detention complex

Detention centre extension

Directly across the road from the CCIC is Coquelles detention centre. Currently this has space to lock up 79 men, but the French state wants to expand that. At the end of March 2019 it announced plans for a 480 square metre extension. The architects overseeing the work are from a local firm called COAST, working with BD engineering.

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Customs posts with moats

Just outside Coquelles, we saw major new works on both sides of the main highway leading to the tunnel. These are big bunkers, each with a number of bays for lorry searches. In fact these are not primarily anti-migrant measures, but the new lorry park and custom posts being built hurriedly by Eurotunnel in case of new goods checks post-Brexit.

However, they are also adding to the extreme security measures reshaping the environment around Calais. The bunkers are protected with moats as well as new fencing – canals and artificial lakes dug and filled with water, as another measure against unwanted humans. This follows the pattern of deforesting and flooding that Eurotunnel started in 2016.

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new customs post

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excavation for moat

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previous Eurotunnel flooding works

Privatised border checks at Polley lorry park

One little industry that’s sprung up out of the “refugee crisis” is Secure Lorry Parking. The UK government fines truck haulage firms if people are found travelling in their vehicles without the right documents. This effectively means outsourcing border checks to truckers, who are anxious not to be caught with stowaways. In turn, the truck firms will pay out for secure places to park up before they make the crossing.

In Dunkerque, DK Secure Truck Park has 250 spaces surrounded with fences and monitored by “40 high-definition CCTV cameras”. In Calais, the biggest player is Polley Secured Lorry Park, run by local businessman Francois Polley. Its 10 hectare site boasts 24/7 guarding and 2.4 metre fences.

Recently we heard of a new development in this business. Passenger coaches operated by Flixbus are also using Polley’s security services. Coaches on the way to the UK pull into Polley park before they head for the tunnel. Here they are given an initial search by one of the company’s private security guards, checking for stowaways in the baggage area. This is in addition to two further checks by French and then UK authorities once they get to the tunnel.

Flixbus and Polley give little public information on this extra control. There are vague references to it on Flixbus’ website, where it is described as a “pre-UK check”.

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Police Hotel

The final stop on our border infrastructure tour was right in the heart of Calais town itself. We had heard that the old practice of constantly stopping and harassing people who look like migrants in the town centre has largely been phased out. So we were wondering why we kept seeing CRS riot vans buzzing around the main streets between the town hall and the theatre.

Then we realised their main activity was dropping off and picking up burly white men in casual attire outside the Brit Hotel. Locals explained that this hotel building had been empty for many years, before being reopened under its new name in 2016. Its initial clientele seem to be almost entirely riot police and gendarmerie – although if you fancy being bunked next to a hunky CRS musclehead, you too can book a room for around Eu 50 a night. Brit Hotels is a France-wide hotel franchise chain.

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Les profiteurs de la frontière – Juin 2019 – Corporate Watch

(voir sur Corporate Watch en anglais)

(in english, see here)

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La maire de Calais essaye de changer l’image de Calais, souhaitant en faire une « ville fleurie ». Mais comme des locaux ont confié à Corporate Watch le mois dernier, « ville barbelée » serait un label plus approprié. Du port ferry jusqu’au tunnel à Coquelles, la périphérie de la ville est un paysage cauchemardesque de clôtures surmontées de barbelés à lames rasoir, de caméras et détecteurs de mouvement, de terrassements, tranchées et terrains inondés, tous destinés à arrêter les « damné·e·s de la terre » entreprenant cette traversée du détroit de la Manche, si évidente et acquise pour un·e citoyen·ne européen·ne.

Tout cela implique de l’argent pour financer les compagnies de construction et de sécurité qui fournissent et édifient l’infrastructure de la frontière. En 2016, Calais Research a commencé à lister et décrire les entreprises impliquées dans le marché de la frontière. Voici une rapide mise à jour sur quelques points marquants apparus depuis.

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2 vues sur le nouveau CCIC

Le Centre Conjoint d’Information et de Coordination franco-britannique à Coquelles

Il y a deux points principaux de passage de la frontière à Calais : le port, près du centre historique de la ville, et le tunnel sous la Manche, à quelques kilomètres de la ville, à Coquelles. Près de l’entrée du tunnel se trouve un énorme centre commercial, la Cité Europe, fréquentée par des locaux comme par des Britanniques de passage renflouant leur stock d’alcool bon marché.

Juste à côté se tient un complexe abritant l’infrastructure policière française anti-migrant : la base principale de la PAF (Police aux Frontières) et des CRS, un tribunal où sont entendus les migrants, et le Centre de Rétention Administrative (CRA).

En novembre 2018, un nouveau bâtiment est ajouté au complexe déjà existant : le CCIC – Centre Conjoint d’Information et de Coordination franco-britannique.

Selon l’Agence France Presse, le centre est financé par le gouvernement de Grande Bretagne, il est « notamment équipé de drones », et sert de poste de commande pour les forces de police françaises et britanniques. Celles-ci incluent côté français la PAF, les douanes et les gendarmes, et pour l’outre-Manche la police aux frontières (UK border force), la police du Kent ainsi que le service national de lutte contre la criminalité (National Crime Agency – NCA).

Le jour où nous sommes passé·e·s jeter un œil, nous n’avons vu aucun drone décollant du toit. Sur le parking se trouvaient plus de voitures banalisées que de véhicules de police officiels, dont plusieurs immatriculées outre-Manche. Il y avait encore un affichage à l’extérieur du centre (cf. photo) nommant les entrepreneurs impliqués dans sa construction et son équipement. Il indique un coût de 1,844 million d’euros pour ces travaux.

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Les compagnies identifiées incluent : Villesange Masson (Architectes locaux); Groupe Qualiconsult (consultant·e·s pour les projets de construction); Verdi; Cougnaud construction (spécialisé en construction modulaire industrialisée); Ramery Batiment; Eiffage énergie (grosse société d’ingénierie française); Satelec (électricien·ne·s); Resipelec (électricien·ne·s); Pylones du Littoral; Majencia (mobilier de bureau); Covage DGL Networks (installateur de fibre optique); Econocom.

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Vues du complexe de rétention de Coquelles

Extension du centre de Rétention

Juste en face du CCIS se trouve le CRA de Coquelles. Actuellement, il permet d’enfermer 79 hommes, mais l’État français veut augmenter le nombre de places. Fin mars 2019, il annonçait un projet d’extension de 480 mètres carrés. L’agence d’architectes COAST supervise les travaux, et travaille avec BD engineering.

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Douanes et tranchées

En dehors de Coquelles, on voit d’importants travaux de chaque côté de la voie rapide menant au tunnel. Ce sont de grands bunkers, chacun avec plusieurs quais destinés à la fouille des camions. Ce ne sont pas des mesures prioritairement anti-migrants, il s’agit en fait de nouveaux parking poids-lourds et de postes de douane, construits à la hâte par Eurotunnel, en prévision de nouveaux contrôles sur les marchandises après le Brexit.

Cependant, ces projets participent à renforcer les mesures de sécurité exceptionnelles auxquelles on doit ce changement d’atmosphère autour de Calais. Les bunkers sont protégés par des tranchées et de nouvelles clôtures – canaux et lacs artificiels creusés et remplis d’eau comme une autre mesure contre ces humains dont on ne veut pas. Ceci fait suite aux modèles de déforestation et d’inondation initiés par Eurotunnel en 2016.

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Nouveau poste des douanes

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Excavations pour creuser les tranchées

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Zone inondée issue d’un précédent chantier d’Eurotunnel

Contrôles aux frontières privatisés au parking poids-lourd Polley

Une petite industrie s’est développée grâce à la « crise migratoire » : le parking poids-lourd sécurisé. Le gouvernement britannique inflige une contravention aux entreprises de transport de marchandises si des personnes sont trouvées dans leurs véhicules sans les documents administratifs adéquats. Dans les faits, cela se traduit par l’externalisation des contrôles frontaliers vers les camionneurs eux-même, soucieux de ne pas être surpris avec des passager·e·s clandestin·e·s. Et l’entreprise de transport va payer des emplacements sécurisés pour marquer un arrêt avant de traverser la Manche.

À Dunkerque, DK Secure Truck Park dispose de 250 emplacements entourés de clôtures et surveillés par « 40 caméras de surveillance haute-définition ». À Calais, la plus grosse société est Polley Secured Lorry Park, dirigée par un homme d’affaire local, Francois Polley. Ce site de 10 hectares se targue d’être protégé par des grilles hautes de 2,40 mètres et d’être surveillé 24h/24 et 7j/7.

Récemment, nous avons entendu parler d’une nouvelle niche dans ce business. Les cars de transport de passagers opérés par Flixbus profitent également des services de sécurité de Polley. Les cars en route vers la Grande Bretagne passent par le parking Polley avant de se diriger vers le tunnel. Là, un des agents de sécurité privés du parking va procéder à une première fouille du véhicule, cherchant d’éventuel·le·s clandestin·e·s dans la soute à bagages. Ceci, en plus des deux contrôles qui seront effectués par les autorités françaises et britanniques une fois au tunnel.

Flixbus et Polley fournissent peu d’information publique sur cette fouille supplémentaire. Il y n’y en a qu’une vague référence sur le site de Flixbus, où elle est simplement mentionnée comme « un contrôle pré-Royaume Uni ».

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Hôtel de police…

Notre dernier arrêt sur notre tour des infrastructures de la frontière s’est trouvé en plein cœur de la ville de Calais. On avait entendu dire que l’ancienne pratique de constamment arrêter et harceler les personnes pouvant être des migrant·e·s dans le centre ville est progressivement devenue marginale. On se demandait donc pourquoi on continuait de voir les camionnettes de CRS patrouiller les rues principales entre la mairie et le théâtre.

Nous avons réalisé que leur activité principale consistait à déposer et passer prendre de costauds hommes blancs en civil à la porte du Brit Hotel. Des locaux nous expliquent alors que ce bâtiment hôtelier a été inoccupé pendant des années, avant de rouvrir sous ce nouveau nom en 2016. Sa clientèle semble être composée presque exclusivement de CRS et de gendarmes – mais si vous rêvez de dormir à côté d’un CRS bien bâti, vous pouvez réserver une chambre pour environ 50 euros la nuit.

Brit Hôtel est une chaîne hôtelière répandue dans tout la France.

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Refus d’entrée : criminaliser la solidarité

(English see here : ‘Refus d’entrée : criminalizing solidarity’)

En France, deux petites victoires ont été remportées contre les tentatives du gouvernement Français de criminaliser la solidarité envers les migrant·e·s. Un tribunal administratif a annulé deux ordres de la police française d’interdire de territoire des citoyen·ne·s européen·ne·s en raison de leur soutien aux migrant·e·s à Calais. L’interdiction ordonnée par la police a été déclarée illégale. Cette victoire au tribunal pourrait affecter des dizaines d’autres personnes placées sur des listes d’interdiction et dans les bases de données de surveillance par la police française.

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Port Ferry, Calais

 

La liste des interdictions de territoire

En mars 2017, D. était à la gare de St Pancras à Londres pour prendre l’Eurostar en direction de Calais. Il s’y rendait pour participer à une réunion publique sur le rôle des sociétés privées impliquées à hauteur de plusieurs millions d’euros dans la sécurisation de la frontière Franco-Anglaise. Mais avant de monter dans le train, il est arrêté au contrôle des passeports, puis emmené dans une petite pièce par la Police aux Frontières française (PAF). Après un moment d’entretien au téléphone, les agent·e·s de la PAF impriment un “Refus d’entrée”, document officiel l’informant qu’il lui est interdit d’entrer en France.
Ce type de traitement n’est que trop courant envers les voyageurs et voyageuses non-européen·ne·s. Mais D. est titulaire d’un passeport européen. Le document qui lui a été remis stipulait qu’il figurait dans une base de donnée de la police française regroupant les personnes fichées comme « Danger pour l’ordre public ou la sécurité nationale ». En outre, la police lui annonce qu’il va également «avoir des problèmes » pour voyager dans d’autres pays, puisque son nom était dorénavant signalé sur la base de données du Système d’Information Schengen (SIS) utilisée par les polices aux frontières dans toute l’Europe.
Le cas de D. n’est pas un incident isolé. Ainsi, en mars 2017 X. se rendait en Belgique en bus et a été arrêté·e par la PAF au port de Douvres. Après environ une heure d’attente, on informe X. que l’entrée en France lui est refusée et iel reçoit un papier notifiant simplement qu’iel est un «danger pour l’ordre public ou la sécurité nationale».
Ce n’était pas la première fois que X. a eu des problèmes pour entrer en France. En Octobre 2016, X. est arrêté·e à son arrivée à Calais et constate que les agent·e·s consultent une liste de trois pages avec des noms et des photographies. La police désigne à X. une photo d’iel prise en 2010 (date devinée grâce à la couleur de ses cheveux!) figurant en page 3 du document.
On informe X. qu’en cas d’arrestation à Calais, iel serait interdit·e de présence sur le territoire français. Iel n’a pas été arrêté·e, malgré cela, l’entrée en France lui fut refusée la fois suivante.

En examinant et recoupant l’enchaînement de ces incidents avec d’autres, il semble probable que la police ait établi une « liste de personnes interdites du territoire » juste avant l’expulsion de la jungle en octobre 2016.

Nous savons que d’autres personnes ont reçu ces interdictions.
D. et X., plutôt chanceux·se·s d’avoir pu le faire dans le délai imparti de deux mois, ont décidé de contester cette interdiction devant les tribunaux français. Iels ont été soutenu·e·s dans cette action par le réseau Calais Migrant Solidarity et par les associations françaises l’Anafé, qui travaille avec les étrangers et étrangères empêché·e·s d’entrer en France, et le GISTI. Nous pensons qu’il s’agit de l’une des premières fois qu’un refus d’entrée est contesté en France. La plupart des personnes à qui sont imposés ces refus d’entrée sont des migrant·e·s non-européen·ne·s, déporté·e·s loin de France et qui ont peu de chance de les contester.

La fiche S

Le ministère français de l’Intérieur a défendu l’interdiction devant la cour, arguant que D. et X. étaient bel et bien un “danger” pour la France. Mais de quel danger parle-t-on ? L’État français a tiré cet argument de son fichier consacré à D. et X. – une des tristement célèbres « fiche S » constituées par la police politique française sur de supposé·e·s fauteurs et fauteuses de troubles.

Cette “fiche S” comportait deux parties. Tout d’abord, D. et X. sont identifié·e·s comme «membre de la mouvance anarcho-autonome d’ultra gauche («no border») susceptible de se livrer à des actions violentes dans les perspectives du démantèlement du camp de migrants de Calais». L’État, dans ses pièces, ne mentionnait aucune violence de ce type, mais citait plutôt plusieurs articles de presse français traitant de la prétendue “violence” des “No Borders”.

En fait, les assertions de ces médias étaient entièrement fondées sur des citations de sources policières, souvent anonymes. Ainsi, en un cercle parfait, la police a communiqué à la presse des affirmations sans fondements, puis a utilisé ces même citations de presse dans leurs propres “preuves”. Ni D., ni X., ni personne d’autre n’a jamais été poursuivi·e pour les prétendues “violences” mentionnées dans ces rapports, et encore moins reconnu·e coupable.

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La deuxième partie de la fiche S donne quelques exemples plus précis des activités de D. Par exemple, il est arrêté en 2010 dans une “occupation illégale” – c’est-à-dire qu’il était simplement présent dans l’Africa House, squat où habitaient environ 100 personnes venant principalement du Soudan, d’Érythrée et d’Éthiopie. Il a également été repéré par la police lors d’une manifestation de migrant·e·s à Calais en 2014. Le dossier de X. mentionnait que « du 5 au 7 février 2010, des activistes No Border, y compris X., ont illégalement occupé un hangar de la rue Kronstadt à Calais et ont accueilli des migrant·e·s, les forces de l’ordre devant expulser les lieux », et qu’en 2010, des activistes No Border, y compris X. ont déployé une banderole “solidarité avec les sans papiers” sur la façade du beffroi de la mairie de Calais.
Comme l’a convenu la cour, tout ceci n’avait rien de bien sérieux, était inexact ou ancien, et que rien ne suggérait une menace imminente contre la nation française.

Il y avait aussi des éléments issus de dossiers de la police britannique. Encore une fois, ceux-ci mentionnent simplement que D et X sont allé·e·s à des manifestations, et que X a été arrêté·e lors de l’une d’elle, mais jamais poursuivi·e.

Ce que tout cela montre également est comment les polices britannique et française échangent de vagues «renseignements», des rumeurs policières et des soupçons, sur les personnes qu’ils identifient comme politiquement actives. Cette “intelligence” est ensuite utilisée comme une base pour bloquer les mouvements transfrontaliers des personnes, notamment en les ajoutant aux listes de surveillance internationales comme le Système d’Information Schengen.

No Borders”: la menace fantôme

En bref, la seule accusation réelle contre D et X était qu’iels appartenaient à une «violente » organisation « anarcho-autonome » appelée «No Borders». Mais quelle est cette prétendue organisation?

Bien sûr, certaines personnes solidaires des migrant·e·s de Calais se considèrent anarchistes. Et certaines, anarchistes ou «ultra-gauchistes» ou non, s’identifient à l’idée de «No Borders». Ces deux mots ont pu être compris différemment selon les personnes : un slogan, une demande, un défi, un rêve. En revanche ce qu’ils ne signifient absolument pas est l’appartenance à une organisation qui organiserait le soulèvement des migrant·e·s à Calais.

C’est un fantôme créé par la police française et les journalistes qui alimentent des histoires en buvant quelques verres. Il n’existe tout simplement pas. Les journalistes des deux côtés de la Manche ont diffusé d’innombrables histoires de «No Borders» incitant à des émeutes, incendiant la jungle, alimentant des réseaux de passeurs, etc. Aucunes de ces affirmations n’ont jamais été étayées par des preuves ou des enquêtes, ni jamais justifiées devant un tribunal.

Par ailleurs, les migrant·e·s à Calais sont généralement des personnes plutôt débrouillardes. Beaucoup ont vécu des guerres et des dictatures, des révolutions, traversé des mers et des déserts. Iels n’ont pas besoin d’aide pour être en colère, ni pour s’organiser pour franchir les frontières et passer à l’action.

Lutter pour la solidarité

Pour nous, cette contestation en justice ne concernait pas seulement deux individu·e·s . Il s’agissait de contester une arme largement utilisée par la police pour bloquer la libre circulation des personnes en toute impunité. C’était une petite participation à la résistance contre les gouvernements qui s’échinent à mettre fin aux mouvements de solidarité entre citoyen·ne·s et migrant·e·s.

Au cours des dernières années, des milliers d’Européen·ne·s ont réagi au passage des réfugié·e·s avec soutien et solidarité, depuis les plages de Grèce en passant par les cols des Alpes jusqu’aux “Jungles” de Calais. Cela dérange les politicien·ne·s et les médias qui s’affairent à vouloir faire paniquer la population au sujet d’ «invasions de migrant·e·s». Leur but est de semer la peur et la division, essayant d’empêcher les gens de s’unir contre les élites capitalistes qui sont nos ennemis communs. La solidarité concrète et pratique, quand les personnes avec et sans papiers résistent côte à côte, est une réelle menace pour leur projet de «diviser pour mieux régner».

C’est pourquoi les États répondent en diabolisant et en criminalisant la solidarité. À Lesbos ou à Lampedusa, des volontaires sont emprisonné·e·s ou harcelé·e·s pour avoir sauvé quelques-unes des milliers de personnes qui se noient en mer. A Calais, la police arrête et interdit de territoire arbitrairement quiconque qu’elle aura étiqueté comme «No Borders». Iels espèrent ainsi effrayer les citoyen·ne·s et isoler les migrant·e·s. L’État et les médias peuvent ainsi discréditer et attaquer leurs boucs émissaires en toute liberté.

Cette victoire judiciaire est une petite partie de la lutte contre cette guerre lancée contre la solidarité. Ce qui est primordial est que nous ne nous laissions pas effrayer et que nous continuions à combattre nos vrais ennemis qui traînent dans les halls de commerce et dans les lieux de pouvoir. Français·e·s ou Britanniques, Européen·ne·s ou Africain·e·s, nous avons les mêmes ennemis, ne les laissons pas nous diviser.

(Si vous avez été interdit·e·s d’entrée ou interdit·e·s de territoire en France et que vous souhaitez le contester, contactez CMS – calais_solidarity@riseup.net – ou l’Anafé )