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Morts et refoulements pour cause de non-assistance délibérée dans la Manche

Article rédigé par Watch the Channel et Calais Migrant Solidarity

24/11/21

Lorsque la nouvelle a commencé à circuler qu’un bateau avait coulé au milieu de la Manche et que 27 personnes, hommes, femmes et enfants, avaient perdu la vie le mercredi 24 novembre, les gouvernements britanniques et français se sont empressés d’accuser les ” passeurs ” de cette perte de vie. Les informations qui ont émergé depuis montrent que c’est la décision des autorités de ne pas intervenir et de ne pas coopérer entre elles, alors qu’elles avaient été alertées que le bateau était en détresse, qui a conduit directement à leur mort.

L’un des deux survivants, Mohammad Khaled, s’est entretenu avec le réseau d’information kurde Rudaw et a expliqué son histoire. Il raconte que les voyageurs sont montés sur le bateau et sont entrés dans l’eau près de Dunkerque vers 21 heures HEC dans la nuit de mardi à mercredi. Trois heures plus tard, ils pensaient être arrivés à la ligne de démarcation entre les eaux britanniques et françaises.

Mohammad raconte que pendant leur traversée le flotteur droit perdait de l’air et des vagues entraient dans le bateau. Les passagers ont évacué l’eau de mer et utilisé une pompe manuelle pour regonfler le flotteur droit du mieux qu’ils pouvaient, mais lorsque la pompe a cessé de fonctionner, ils ont appelé les garde-côtes français à la rescousse. Ils ont partagé leur position GPS via un smartphone avec les autorités françaises, ce à quoi les Français ont répondu que le bateau se trouvait dans les eaux britanniques et qu’ils devaient appeler les Britanniques. Les voyageurs ont alors appelé les garde-côtes britanniques qui leur ont dit de rappeler les Français. Selon son témoignage, “deux personnes appelaient – l’une appelait la France et l’autre la Grande-Bretagne”. Mohammad a raconté que : “La police britannique ne nous a pas aidés et la police française a dit : “Vous êtes dans les eaux britanniques, nous ne pouvons pas venir”. Bien que les garde-côtes de Douvres et le centre français de coordination des secours maritimes de Gris-Nez connaissent l’emplacement et l’état du bateau, aucun des deux n’a lancé d’opération de recherche et de sauvetage.

Un parent d’une des personnes à bord, également interrogé par Rudaw, explique que les problèmes avec le flotteur ont commencé vers 01h30 du matin GMT. Il a été en contact avec les personnes à bord jusqu’à 02h40 GMT et suivait également la position du bateau, partagée en direct sur Facebook. Il insiste sur le fait qu’à ce moment-là, le bateau se trouvait dans les eaux britanniques et que les garde-côtes de HM étaient au courant de la situation. Il déclare : “Je crois qu’ils étaient à cinq kilomètres à l’intérieur des eaux britanniques” et lorsqu’on lui demande si les Britanniques étaient au courant du bateau en détresse, il répond : “100 pour cent, 100 pour cent et ils [la police britannique] ont même dit qu’ils viendraient [à la rescousse]”.

Interrogés par Rudaw, les Britanniques ont nié que le bateau se trouvait dans leurs eaux. Un communiqué du ministère de l’Intérieur indique : “Les responsables ici ont confirmé hier soir que l’incident s’est produit bien à l’intérieur des eaux territoriales françaises, ils ont donc dirigé les opérations de sauvetage, mais [nous] avons déployé un hélicoptère en soutien à la mission de recherche et de sauvetage dès que nous avons été alertés.” Cependant, Rudaw (au 29/11) n’a toujours pas reçu de réponse détaillée sur la question de savoir si oui ou non les garde-côtes de HM avaient reçu un appel de détresse du navire pendant la nuit ou tôt le matin.

Une question se pose quant à la déclaration du ministère de l’Intérieur : quelle est la période qui, selon lui, constitue “l’incident” ? La déclaration mentionne le déploiement d’un hélicoptère “dès que nous avons été alertés”. Le suivi du vol de l’hélicoptère G-MCGU des garde-côtes de HM (nommé “Sar 111232535” sur MarineTraffic) par Sergio Scandura montre qu’il a effectué trois vols au-dessus de la zone le 24 novembre :

Le premier entre 03h46 et 06h26 GMT, où il semble avoir effectué une recherche de type “carré en expansion”, et le second des cibles spécifiques qu’il a trouvées. S’il s’agit du lancement “dès que nous avons été alertés” dont parle le ministère de l’Intérieur, cet hélicoptère a-t-il repéré le bateau de Mohammad et d’autres navires ont-ils été lancés pour participer à la mission de recherche et de sauvetage ?

La fois suivante, l’hélicoptère a été lancé dans l’après-midi, à 13 h 16 GMT. Il semble faire une “recherche de secteur” et encercle à nouveau certains endroits spécifiques. C’est à peu près l’heure à laquelle les Français ont lancé leur opération de recherche et de sauvetage, et il est plus probable qu’il s’agisse du lancement et de l’ “incident” dont il est question dans la déclaration du ministère de l’Intérieur. Ce n’est qu’à 15 h 47 que la préfecture maritime de la Manche et mer du Nord a indiqué pour la première fois sur Twitter qu’elle coordonnait une opération de recherche et de sauvetage concernant un naufrage dans la Manche. Les données de MarineTraffic montrent que les bateaux impliqués dans le sauvetage, par exemple le canot de sauvetage Notre Dame Du Risban de la SNSM, n’ont commencé à se diriger vers cet endroit que vers 14h00, soit environ 12 heures après que Mohammad et son parent aient déclaré avoir parlé pour la première fois avec les autorités. La majeure partie de l’activité des navires français chargés de l’opération de sauvetage en question se déroule autour de 51°12′ N, 1°12 E, une position située à environ 1 mile seulement à l’est de la ligne séparant les eaux françaises des eaux britanniques.

Cela signifie que pendant environ 12 heures, entre 02h30 et 14h00 environ, plus de trente personnes ont été laissées à la dérive dans un bateau qui coulait et sans moteur dans l’une des voies maritimes les plus fréquentées et les plus surveillées du monde. Des informations supplémentaires sont encore nécessaires pour prouver définitivement que Mohammad et les autres personnes à bord de son bateau se trouvaient dans les eaux britanniques, pendant combien de temps, et que leur situation de détresse était connue des garde-côtes de HM. Toutefois, compte tenu du témoignage de Mohammad, des parents des autres passagers, du premier hélicoptère et du temps pendant lequel le bateau a dérivé en mer, il est extrêmement probable que les garde-côtes britanniques étaient au courant de la situation. Mais au lieu d’intervenir pour sauver des vies en mer, il semble qu’ils aient décidé de faire de la politique et d’espérer que les voyageurs reviennent à la dérive et se noient dans les eaux françaises.

Mohammad a témoigné que, même si l’eau pénétrait dans le bateau pendant la nuit et que des personnes étaient submergées, “tout le monde pouvait supporter la situation jusqu’au lever du soleil, puis, lorsque la lumière a brillé, personne ne pouvait plus supporter la situation et ils ont abandonné la vie”. Au moment où le soleil s’est levé, ils avaient déjà perdu tout espoir de survie.

20/11/21

Le récit de Mohammad Khaled du 24 novembre n’est pas le premier de ce qui semble être une non-assistance délibérée aux bateaux de migrants en détresse dans la Manche. Moins d’une semaine auparavant, le 20 novembre, nous nous sommes entretenus avec une autre personne dont les appels à l’aide dans la Manche, près de la ligne frontalière, semblent avoir été délibérément ignorés par les Britanniques et qui nous a fourni le récit suivant de son voyage :

‘’ C’était aux environs de trois heures du matin le samedi 20 novembre, lorsque nous avons embarqué sur notre bateau. Nous étions 23 personnes sur le bateau. Trois heures après, je pense, nous avons atteint la frontière britannique puis nous nous sommes retrouvés à court d’essence, je pense à 7 heures et ensuite nous avons décidé d’appeler le 999.

Lorsque nous les avons appelé, ils nous ont dit que nous étions dans les eaux françaises sans nous demander notre localisation. Ils nous ont dis d’appeler le 196. Dans un premier temps, nous n’étions pas d’accord pour appeler les français.

Nous avons essayé de ramer, mais c’était très difficile à cause des vagues. Puis, nous avons décidé d’appeler les français. Quand nous avons appelé, ils nous ont demandé de leur envoyer notre localisation en direct, puis ils nous ont dit ʺ vous êtes dans les eaux britanniques ʺ. Ils nous ont dit d’appeler le 999.

Ensuite, nous avons rappelé les anglais beaucoup de fois, mais ils ont continué à nous répéter que nous étions dans les eaux françaises et puis ils nous ont raccroché au nez. Les britanniques nous ont répondu de manière très impolie, et il nous a semblé qu’ils se moquaient de nous. Je leur ai dis deux fois qu’il y avait des gens qui mouraient à bord, mais ils n’en avaient rien à foutre.

Nous avons envoyé notre localisation en direct une deuxième fois aux gardes côtes français. Nous avons également appelé, et nous avons essayé de les joindre avec deux téléphones mais ils ont continué à nous dire que nous étions dans les eaux anglaises.

J’ai donc décidé aux alentours de 9h30 de téléphoner à Utopia. Puis, ils nous ont aidé et ont forcé les autorités françaises à nous envoyer un bateau pour nous sauver aux alentours de 10H-10H30.

La raison pour laquelle je partage cela c’est parce que je ne veux pas que cela arrive encore parce que cela concerne la vie des gens. ‘’

Utopia 56, après avoir été appelé par les personnes en détresse, a appelé le CROSS Gris-Nez, le centre français de coordination des secours maritimes responsable du détroit de Douvres.
Utopia 56 a relayé les informations reçues et la position du bateau, puis le CROSS lui a répondu qu’il était certain que les Britanniques n’étaient délibérément pas intervenus et avaient laissé les personnes dériver vers les eaux françaises.

Les conséquences mortelles d’un manque de coopération

Ces deux cas indiquent que, bien que la Border Force n’ait pas encore mis en œuvre de refoulement forcé en retournant les bateaux de migrants avec des jet-skis ou en les ramenant dans les eaux françaises, des refoulements ont déjà lieu, sous la forme de refus délibéré des garde-côtes de HM de venir en aide aux migrants qui, selon eux, dériveront vers les eaux françaises. Cette non-assistance délibérée est une tactique mortelle qui laisse les gens en mer, dans des bateaux surpeuplés et en mauvais état, pendant de nombreuses heures après leur appel à l’aide, afin de traumatiser les voyageurs et de les dissuader de tenter à nouveau la traversée vers le Royaume-Uni en bateau.

Les garde-côtes français et britanniques “ont le devoir de coopérer ensemble pour prévenir les pertes de vie en mer et assurer l’achèvement d’une mission de recherche et de sauvetage” en vertu de la Convention internationale pour la sauvegarde de la vie humaine en mer et de la Convention sur la recherche et le sauvetage. Les deux parties ont notamment la responsabilité de se contacter dès qu’elles reçoivent des informations sur des personnes en danger et de coopérer aux opérations de recherche et de sauvetage de toute personne en détresse en mer.

Cependant, il semble que les politiques anti-migrants actuelles du Royaume-Uni signifient que cette coopération n’existe pas, dans les faits, pour les migrants en détresse dans la Manche. En particulier, le gouvernement britannique ne veut pas être vu en train de secourir les bateaux immédiatement après leur entrée dans ses eaux.

En outre, leurs critiques à l’encontre des Français qui (à leurs yeux) n’en font pas assez pour intercepter les bateaux de migrants en mer ou les empêcher de quitter les côtes françaises, ont semblé empoisonner les relations diplomatiques et opérationnelles entre les pays. Par exemple, le Journal du Dimanche a récemment publié que, même dans les enquêtes sur les réseaux de passeurs, il y a eu une rupture dans la coopération française et britannique.

Au lieu de coopérer pour sauver des vies en mer, la réponse franco-britannique a été de se disputer, d’introduire davantage de mesures de police aux frontières (y compris la surveillance aérienne de Frontex), de blâmer les victimes et de continuer à faire des passeurs des boucs émissaires. Cela a été utile pour détourner l’attention de leurs propres échecs de ces derniers jours, mais n’améliorera pas la situation des personnes qui doivent réellement entreprendre ces voyages. Une sécurisation accrue des plages et des mers ne fera que pousser les gens à emprunter des routes plus longues et plus dangereuses, où la couverture téléphonique n’est pas toujours bonne. Les petits bateaux en détresse se retrouveront plus loin du grand nombre de moyens de recherche et de sauvetage potentiels situés dans le détroit de Douvres.

La mort de leurs amis et les heures passées en détresse à dériver en mer sans secours ne dissuaderont pas les gens d’essayer d’effectuer les mêmes trajets car ils n’ont pas d’autres options. Les solutions proposées, telles que les visas humanitaires, n’offriront pas à tous ceux qui en ont besoin une route sûre vers le Royaume-Uni. D’autres continueront à s’embarquer sur de petits bateaux qui ne sont pas en état de naviguer. Simultanément, des millions de personnes font ce même voyage chaque année à bord des ferries et des trains qui traversent la Manche plusieurs fois par jour sans incident. Ce n’est qu’en accordant le droit à la liberté de circulation à tous que nous mettrons fin à l’apartheid frontalier et que nous éviterons que d’autres vies soient perdues en mer.











Calais : appel à manifester // Callout for a demonstration – 8 octobre 2021

« Pour tous ceux qui se soucient des personnes Exilées en France et à Calais en particulier nous souhaitons que vous nous souteniez dans cette manifestation qui aura lieu le vendredi 8 Octobre à 17h30 au 39 rue de Moscou à Calais.

Nous avons été patients avec les souffrances et les tragédies dans lesquelles nous vivons. Aujourd’hui nous manquons de patience, alors nous avons décidé protester. Nous protestons contre l’injustice et l’absence de médias, et défendons nos droits, nos droits perdus et le droit de l’âme pure et innocente qui a été tuée la semaine dernière. » 

Lettre écrite par les personnes exilées à l’origine de la manifestation
#LavoixdesréfugiésdeCalais

English:
“For everyone who cares about immigrants in France and in Calais in particular, we want you to support us during a demonstration that will take place on Friday 8th of October, 5:30pm at 39 Rue de Moscou. 

We were patient with the suffering and tragedies that we live until we ran out of patience, so have decided to have a demonstration. We will protest against injustice and the absence of mediatisation of our situation and wish to defend our rights, our lost rights, and the right of the pure soul that was killed without guilt in the past days.”

Letter written by the exiled people at the origin of the demonstration
#TheVoiceofCalaisrefugees

Arabe/Arabic

“لكل من يهتم بالمهاجرين في فرنسا ، نريدك أن تدعمنا في تلك المظاهرة التي ستقام يوم الجمعة 10/8 في الساعة 5:30 مساءً.

صبرنا على المعاناة والمآسي التي نعيشها حتى نفد صبرنا ، لذلك قررنا القيام بمظاهراتنا. نحن نحتج فيها على الظلم وغياب الإعلام ، وندافع عن حقوقنا وحقنا المفقود وعن حق الروح الطاهرة التي قتلت بلا ذنب في الايام القليله الماضية”

Message des réfugié-es de Calais après la mort de notre frère / Message from the refugees after the death of our brother

Mardi 28 septembre dernier, Yasser, un jeune homme soudanais est décédé à la frontière franco-britannique. Malgré sa peine, sa famille a choisi d’enterrer le corps de Yasser à Calais. Des proches de Yasser et des membres de la communauté soudanaise de Calais ont écrit la lettre suivante, disponible en français, arabe et anglais.

Jour après jour, nous appelons. Mais personne ne nous entend. C’est le langage de nos cœurs ici à Calais. Calais est une très belle ville, mais nous vivons simplement derrière un rideau de beauté. Nous ne pouvons voir les lumières ni de la vérité, ni de la liberté, ni de la sécurité à Calais.

Nous sommes venus dans cette ville parce que nous avons un petit objectif. Nous vivons dans l’espoir que demain sera peut-être meilleur. Mais nous devons demander, pourquoi l’univers ne nous permet pas d’atteindre notre futur, notre liberté, notre sécurité ? 

Chaque matin à Calais, il y a une nouvelle épreuve. Nous vivons en sachant que nos amis qui sont avec nous aujourd’hui ne seront peut-être plus avec nous demain. La mort est dans nos yeux, la peur et l’anxiété ne quittent pas nos esprits. 

Nos vies sont pleines d’histoires, mais elles sont très tristes et douloureuses. 

Aujourd’hui, nous avons perdu le sourire de notre cher frère Yasser. Hier encore, il jouait avec nous.

Nous marchons sur les routes pendant la journée mais la peur ne nous quitte pas. Puis nous essayons de manger mais nous ne goûtons que la tristesse. Nous buvons de l’eau mais nous n’étanchons pas notre douleur. Quand la nuit arrive à Calais, c’est calme. Nos yeux essaient de se reposer mais nous n’avons pas d’endroit pour dormir. Tout cela parce que nous avons un petit objectif.

La police de Calais. Nous nous demandons de temps en temps : pourquoi toute cette cruauté de votre part ? Vous savez que nous ne sommes pas vos ennemis.

Nous vivons dans les bois, loin de vos yeux, parce que nous vous craignons. Pourtant, vous venez tôt le matin et prenez nos affaires de fortune comme s’ils n’étaient rien pour vous mais vous savez très bien qu’ils sont tout pour nous.  Nos maisons. Sans humanité, vous nous laissez à l’air libre avec le froid qui nous pince et la pluie sur nos têtes comme si nous n’étions pas des êtres humains.

Puis si nous essayons de partir pendant que vous détruisez nos biens, nous sommes battus et gazés par certains de vos membres. Ensuite, vous nous faites monter de force dans des bus du gouvernement en direction d’endroits lointains que nous n’avons jamais vus auparavant, en prétendant que tout cela est pour notre «protection». Pourquoi ne nous demandez-vous pas notre avis avant ?

Les chauffeurs routiers. Lors de nos tentatives de passage de la frontière en camion, nous subissons des blessures répétées qui entraînent des fractures, des blessures graves voire la mort. Nous pensons que chaque blessure que nous avons reçue avait une intention délibérée de la part des chauffeurs. 

C’est clair, lorsque vous, le conducteur, remarquez qu’un réfugié se trouve dans le camion. Vous secouez le camion et appuyez sur les freins encore et encore jusqu’à ce que nous lâchions prise. Vous savez que nous allons tomber et nous casser une épaule, une main, une jambe ou la colonne vertébrale. Mais cela ne vous suffit pas. Lorsque nous tombons au sol, vous nous frappez sérieusement. Vous vous éloignez et continuez votre chemin. Quand nous ouvrons les yeux, nous sommes à l’hôpital, encore une fois. Pourquoi ne pouvons-nous pas continuer notre voyage ? 

Les organisations humanitaires et l’aide médicale à Calais. Nous profitons de cette occasion pour remercier chaleureusement les personnes qui portent les vestes d’aide humanitaire à Calais. Merci pour le travail que vous faites encore et encore. Vous sauvez la vie de nos frères et sœurs blessés. Nous vous devons beaucoup. Nous remercions également nos frères et sœurs des organisations qui nous aident en nous fournissant de la nourriture, de l’eau et des douches.

Pour Yasser.

De la part des réfugiés de Calais, 2021.

MOHAMED KHAMISSE ZACHARIA – HOMMAGE COLLECTIF: LA FIN D’UN REVE // COLLECTIVE TRIBUTE: THE END OF A DREAM

Ci-dessous une lettre écrite par des amis de Mohamed Khamisse Zacharia qui est mort il y a quelques jours sur l’autoroute. Ils souhaitent qu’elle soit rendue publique.

Below is a letter written by friends of Mohamed Khamisse Zacharia who died on the highway a few days ago. They want it to go public. English below

Le 19 novembre 2020, sur l’A16, un jeune soudanais de 20 ans a perdu sa vie et tous ses rêves. Il était notre compatriote, notre frère, notre ami.

Mohamed est mort renversé par une voiture alors qu’il cherchait à fuir les gaz policiers depuis l’arrière d’un camion, véhicule de son désir, celui de rejoindre au plus vite l’Angleterre. Comme ses amis du pays, Mohamed a quitté sa famille prisonnière d’un camp de réfugiés au Darfour, Soudan, et a tenté couragement sa chance vers l’Europe. Demander l’asile en France alors que tous ses compatriotes s’y sentent rejetés n’était pas imaginable pour lui. Il a donc foncé vers une destination qui devint triste destinée.

Mohamed KHAMISSE ZACHARIA est pleuré par ses parents là-bas au Soudan et par nous, ses amis, ici à la frontière avec le Royaume-Uni. Nous avons appelé ses parents pour leur annoncer son décès. Nous avons entendu le désespoir d’une mère. Les associations étaient à nos côtés. Mohamed nous rassemble. Nous sommes tous habités du même désir de vivre qu’il avait.

Ses 20 ans de vie crient à nos cœurs, nos consciences et à la conscience de l’humanité. Voici notre cri, celui des exilés de Calais : « Nous ne savons pas quoi faire, nous voudrions accéder au Royaume-Uni, nous rêvons d’une vie digne, d’une vie d’humains. Vous le savez bien, notre pays connait la guerre, l’injustice des gouvernements. Vous le savez, nous sommes ici par nécessité, après avoir traversé les trop nombreuses souffrances de la route. Que la police et le gouvernement comprennent. Pourquoi nous pourchasser sur l’autoroute alors que des scanners, des agents de sécurité avec des chiens, des détecteurs passent déjà au crible tous les camions au niveau du port ? »

O absent si présent,

Grâce à ta voix, ta grandeur d’âme,

Vient à nous le souffle de tes lèvres,

Sont nées de nos mains ces lignes,

Emplies des couleurs de liberté, de paix et de justice

– Les amis soudanais de Mohamed

COLLECTIVE TRIBUTE TO MOHAMED KHAMISSE ZACHARIA: THE END OF A DREAM

On November 19, 2020, on the A16, a young 20-year-old Sudanese lost his life and all his dreams. He was our compatriot, our brother, our friend.

Mohamed died hit by a car while he was trying to escape the police gas from the back of a truck, vehicle of his desire to reach England as soon as possible. Like his friends from his country, Mohamed left his family trapped in a refugee camp in Darfur, Sudan, and bravely tried his chance towards Europe. Seeking asylum in France when all his compatriots feel rejected there was unimaginable for him. So he set off towards a destination that became a sad destiny.

Mohamed KHAMISSE ZACHARIA is mourned by his parents over there in Sudan and by us, his friends, here at the border with the United Kingdom. We called his parents to tell them of his death. We heard the despair of a mother. The associations were together on our side. Mohamed brings us together. We are all inhabited by the same desire to live that he had.

The 20 years of his life cry out to our hearts, our consciences and to the conscience of humanity. Here is our cry, that of the exiles of Calais: “We don’t know what to do, we would like to reach the United Kingdom, we dream of a dignified life, a life of human beings. As you well know, our country knows war, the injustice of governments. You know it, we are here out of necessity, after going through too much suffering on the road. Let the police and the government understand. Why are they chasing us on the highway when scanners, security guards with dogs, detectors are already sifting through all the trucks at the port?

O absent so present,

Thanks to your voice, your greatness of soul,

The breath of your lips comes to us,

These lines were born from our hands,

Filled with the colors of freedom, peace and justice

– Mohamed’s Sudanese friends

Death at the border // Mort à la frontière

(English below)

Un homme nigérien de 24 ans a été retrouvé mort ce matin rue des Huttes à Calais.

Le jeune homme serait décédé accidentellement, vivant dans les conditions de vie dangereuses et insalubres des éxilé-e-s à Calais causées par les politiques municipales racistes dans le but de renforcer la frontière.

Un rassemblement aura lieu comme d’habitude demain à 18h30 devant le parc Richelieu pour rendre hommage au jeune homme et dénoncer les frontières meurtrières.

 

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A 24 year old man from Nigeria was found dead this morning on rue des Huttes in Calais (see in french here).

Though said to have died accidentally, he was a victim of of the unhealthy and dangerous conditions migrants are made to live in by the municipality to defend the UK’s border.

A vigil will be held as usual tomorrow at 6.30pm next to Parc Richelieu in Calais, for an homage to the young man and to denounce once again the murderous borders.

 

Another person missing in the Channel // Une autre personne disparue dans la Manche

(en français plus bas)

UPDATE: The deceased body of an Iraqi man in his 40s was found wearing improvised flippers and flotation device at a wind farm off the coast of Zeebrugge (1,2). It is believed he is the same man for which this rescue attempt last week was launched.

A “swimmer” that a French judiciary source stated was “probably a migrant” is declared missing at sea in the Channel following the end of a four hour search on Sunday, August 18th. A Belgian sailor claims to have spotted the man in the water twelve miles N/NW of Dunkirk wearing an improvised lifebelt made out of empty plastic bottles, and improvised flippers. He claims to have made several unsuccessful rescue attempts before deciding to sail in to the port of Dunkirk to notify authorities. It is not clear why he did not immediately call or radio for help.

According to the French Coast Guard, by the time the rescue operation began it was 20:20, more than five hours since the swimmer had been spotted by the sailor. French and Belgian assets were deployed but the search was called off at 00:30. The man has probably lost his life in this desperate attempt to reach the UK mainland.

Despite a number of French news articles (1, 2) the event has not been widely reported in English news.

This tragic event happened not even two weeks after the disappearance of a young Iranian woman, who was crossing the Channel in a dinghy. Two other people who fell in to the water with her were rescued. Before that, on July 16th, a man was rescued by the French three miles off the coast of Calais with a flotation device and wearing flippers trying to swim to the UK.

If confirmed, these two people will be the first to lose their lives attempting to reach England since last Winter when increased security at Calais’ ferry and train terminals pushed people into the water to make their journeys. Unfortunately, they were not the first ever. In 2015, the bodies of Mouaz al-Balkhi and Shadi Omar Kataf’ from Syria were found on a beach in Norway and the Netherlands after their attempts to swim across the Channel.

Especially pig-headed Dover MP Charlie Elphicke has cynically instrumentalised the woman’s disappearance from the 10th to try and justify increased border militarisation and security infrastructure spending. But with the narrowest portion of the Dover Straits heavily surveilled and the Gendarmes patrolling the beaches people will just be forced to attempt longer and more dangerous crossings with and without boats. We are today reminded of the horrible consequences these border policies have.

France and the UK continue to refuse responsibility for their murderous border politics. Although they rely on the sea to do their dirty work, it is the states and politicians who are accountable for these deaths, missing people, and all the others.

Borders kill. Open the borders!

“We didn’t come here to die”

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MAJ 26.08.19: Le corps d’un homme irakien d’une quarantaine d’année, portant des palmes et une bouée de fortune, a été retrouvé dans un parc éolien au large de Zeebrugge, Belgique (en anglais ici et ). Il s’agit vraisemblablement de l’homme qui n’a pu être sauvé la semaine dernière.

Un « nageur », « probablement » un migrant selon une source judiciaire française, a été déclaré disparu en mer de la Manche ce dimanche 18 août après quatre heures de recherches. Un marin belge a repéré l’homme en détresse à une vingtaine de kilomètres nord/nord ouest au large de Dunkerque, équipé d’une bouée faite de bouteilles en pastique vides ainsi que de palmes de fortune. Il déclare avoir tenté plusieurs fois de lui porter secours, sans succès, avant de faire route jusqu’au port de Dunkerque, où il a donné l’alerte aux autorités. Les raisons pour lesquelles il n’a pas immédiatement appelé ou utilisé sa radio pour avertir les secours n’ont pas, à notre connaissance, été éclaircies.

Selon la préfecture maritime, l’opération de sauvetage a été mise en place à partir de 20h20, dès le lancement de l’alerte par le marin, soit plus de cinq heures après qu’il ait repéré le nageur. Les équipements français et belges sont déployés, mais les opérations de recherche sont arrêtées à 00h30. L’homme a probablement perdu la vie dans sa tentative désespérée d’atteindre le Royaume Uni.

Malgré un certain nombre d’articles parus dans les médias français (ici ou par exemple), l’événement n’a pas encore été rapporté par les journaux anglais.

Cet événement tragique survient à peine deux semaines après la disparition d’une jeune femme iranienne qui a tenté la traversée de la Manche sur une embarcation de fortune. Deux autres personnes tombées à l’eau avec elle ont pu être secourues. Auparavant, le 16 juillet, un homme a été récupéré par les garde-côtes français à cinq kilomètres au large de Calais, équipé d’une bouée et de palmes, voulant gagner l’Angleterre à la nage.

Si leurs décès viennent à être confirmés, ces deux personnes seront les deux premières connues à perdre la vie dans l’eau en tentant de rejoindre l’Angleterre depuis l’hiver dernier, quand la sécurisation toujours plus accrue des terminaux ferry et ferroviaires ont poussé de plus en plus de gens à envisager la traversée par la mer. Malheureusement, iels n’étaient pas les premier·e·s. En 2015, les corps de Mouaz al-Balkhi et de Shadi Omar Kataf’, Syriens, ont été retrouvés sur les côtes norvégiennes et hollandaises, longtemps après leur tentative désespérée de franchir la mer à la nage (en anglais ici).

Charlie Elphicke, député de Douvres particulièrement obtus, a cyniquement instrumentalisé la disparition de la jeune femme, dès le 10 août, pour légitimer la militarisation croissante de la frontière et les dépenses conséquentes en équipements de sécurité. Mais intensifier toujours plus la surveillance et les patrouilles de gendarmes sur la section la plus étroite de la Manche ne fera qu’obliger les personnes à tenter des traversées plus longues et plus dangereuses, avec ou sans bateau. Aujourd’hui est un rappel des conséquences tragiques qu’ont ces politiques frontalières.

La France et le Royaume Uni refusent toujours d’assumer leurs responsabilités dans ces politiques frontalières meurtrières. Bien qu’ils comptent sur la mer pour faire le sale boulot, ce sont bien les États et les politiciens qui sont responsables de ces morts et ces disparitions en mer, mais aussi de toutes les autres.

Les frontières tuent. Ouvrons les !

Disparue à la frontière // Missing at the border

(english below)

Vendredi 9 août, un groupe de personnes à bord d’une embarcation de fortune en difficulté, au large de Ramsgate (Angleterre) est secouru par un bateau anglais de la RNLI. 2 personnes sont retrouvées dans l’eau, mais une autre est disparue. Elle ne sera pas retrouvée, malgré les recherches, qui ont finalement été abandonnées dans la journée de samedi.

M., jeune femme iranienne, a disparu à quarante kilomètres de son but, où elle souhaitait retrouver des proches.

Les politiques frontalières toujours plus violentes l’ont poussée, comme beaucoup d’autres, à emprunter une voie meurtrière pour atteindre un but si proche, et d’accès si simple pour celles et ceux né·e·s avec le bon passeport.

Les médias français (par exemple ici, et encore ), qui ont pourtant largement relaté cette journée du 9 août, ne font aucune mention de cette femme disparue (au contraire des médias anglais : voir ici, ou encore ).

La frontière tue, silencieusement.

 

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On Friday, 9th August, a bunch of people in a dinghy were rescued by a RNLI boat, off Ramsgate’s coast. 2 persons were overboard but were quickly found, but another one is still missing. A search was carried on until saturday 2pm, in vain.

M. a young woman from Iran, disappeared twenty miles away from her goal, where her kin were waiting for her.

The border policies, more and more violent, drove her, like many others, to take a deadly way to reach her goal, so close, and so safe to get to, for those born with the good passport.

French newspapers (for example, see here, here or here), who, quite largely related these events of the 9th august, did not mention anywhere the missing woman, unlike their English colleagues (see here, here, and there again).

This border kills, silently.

UPDATE Morts à la frontière // Deaths at the border

La page Cette frontière tue vient d’être mise à jour, suite à trois décès connus survenus à la frontière franco-anglaise le mois dernier, et passés relativement inaperçus dans les médias.

Fin juin, un homme irakien est percuté par un véhicule sur l’autoroute, vers Grande-Synthe. Il décédera début juillet, après avoir passé plusieurs jours dans le coma.

Le 6 juillet, Mr Kouadio, 21ans, un jeune homme de Côte d’Ivoire se noie au large de Grande-Synthe.

Le 8 juillet, Geri, un jeune homme érythréen est mort en chutant d’un camion sur la A29, en Belgique.

 

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The Deaths at the border list was updated, as at least 3 persons lost their lives at the border last month.

At the end of June, a man from Irak was hit by a vehicule on the highway, around Grande-Synthe. He died in july, after some days in coma.

On July, 6th, Mr Kouadio, 21yo, a young man from Ivory Coast drowned off the coast of Grande Synthe.

On July, 8th, Geri, a young eritrean man died falling from a lorry on the A29 in Belgium.

La frontière tue – Border Kills

Lundi 20 mai 2019, tard dans la soirée, un homme a été mortellement percuté par un véhicule sur l’autoroute A16, au niveau de Guemps, village proche de Calais.

Ce jeune exilé érythréen, Mulue , est une nouvelle victime des politiques et murs meurtriers.

Il est au moins la deuxième personne tuée par la frontière franco-anglaise en 2019.

Une personne de plus.

Cet après-midi se tiendra un hommage au jeune homme au Parc Richelieu à 18h30.

MISE À JOUR: Ici, la campagne de crowdfunding qui a été lancée pour couvrir les coûts de l’inhumation dans son pays d’origine.

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On Monday, 20th of May, late on the evening, a man was fatally hit by a vehicule on the highway A16, around Guemps, a village nearby Calais.

This young man from Erythrea, Mulue, is one more victim of the murderous walls and politics that make the border.

He is at least the second person killed by the France-UK border in 2019.

This afternoon, at 18.30, a vigil will be held in homage to this young man, at Parc Richelieu in Calais.

UPDATE: Here, the crowdfunding campaign launched to cover the costs of the burial in his homecountry.

La frontiere tue – Border Kills

Vendredi 8 mars 2019, au port de Calais, un corps inanimé est retrouvé à l’arrière d’un poids lourd pendant les contrôles à la frontière.

Cet homme, un jeune exilé, s’appellait Kiar. Il était hébergé en Belgique, d’où depuis près de 2 ans il tentait en vain de rejoindre l’Angleterre.

C’est le premier décès connu à la frontière franco-anglaise en 2019,

Les grilles, les murs, les politiques qui font la frontière, tuent une personne. Encore .

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On Friday, 8th of March, an lifeless body is found in the back of the lorry during border check at the Calais harbor.

Young exile staying in Belgium while trying to cross to the UK since roughly 2 years, Kiar , as later identified, is the first know death of 2019 at the France-UK border.

Fences, walls, politics that make the border, kill a person once again.