Category: Migrant’s Voices

Marseille : manifs, occupations devant l’Ofii. Des demandeureuses d’asile réclament un toit ! // Marseille: Asylum Seekers Demand a Roof!

ofii3Depuis le 3 Novembre, un groupe de demandeureuses d’asiles afghanNEs – rejoint rapidement par des soudanaisEs –  a décidé de manifester devant l’OFII de Marseille pour demander l’accès au logement au CADA <Centre d’accueil de demandeurs d’asile> aquel ils ont droit en tant que demandeurs d’asile, mais dont ils sont prive’s depous plusieurs mois (plus d’une année pour certains).

“Nous demandons l’application de nos droits en tant que demandeurs
d’asile en France. Nous n’avons pas de logement (alors que certains
d’entre nous sont là depuis au moins un an)”

Leurs revendications de droit au logement sont soutenues par le
collectif El Manba/Soutien Migrant.e.s 13, dans la foulée des actions
collectives menées récemment en faveur du logement des personnes
migrantes mises à la rue à la veille de la trêve hivernale (demandeurs
d’asile, mineurs isolés étrangers, sans-papiers).

chronique chronologique :

ofii-2

communiqué du 16 novembre:

Suite à la mobilisation de ce matin, L’OFII PROMET D’HÉBERGER LES DEMANDEURS D’ASILE SOUS 40 JOURS…
En attendant l’hiver commence et leur seule solution reste la rue !

Les demandeurs d’asile mobilisés ont rédigé un communiqué et souhaitent le partager :

” Sans réponse de l’OFII 10 jours après notre dernière mobilisation devant ses bureaux, nous nous sommes à nouveau rassemblés au 61 boulevard Rabateau ce matin-même, à partir de 10h, afin de demander le logement en CADA (Centre d’accueil des Demandeurs d’asile) auquel nous avons droit et dont l’attribution traîne depuis des mois (parfois plus d’une année).
Cette fois-ci nous avons pu nous entretenir avec le directeur de l’OFII, qui nous a dit avoir bien pris connaissance de nos revendications et nous a promis de nous proposer des solutions de logement dans les 40 jours à venir, à Marseille ou dans les alentours.
L’ensemble des personnes présentes, une cinquantaine, majoritairement des demandeurs d’asile afghans, pakistanais et soudanais, dont quelques familles, se sont identifiées sur une liste nominative en faisant référence à leur numéro de demandeurs d’asile.
Il va sans dire que durant ces 40 jours de recherche de solutions promises, nous n’avons toujours pas de solution d’hébergement : c’est le début de l’hiver et dans la rue, c’est la loi du plus fort que nous subissons.
Nous avons toutefois décidé d’accorder notre confiance au directeur de l’OFII, respectueux du travail de l’administration et du droit français. Réciproquement, nous attendons que nos droits soient aussi respectés et qu’il tienne les engagements pris à ce jour devant nous.
Dans 40 jours, nous ferons un nouveau point public de la situation pour les personnes signataires de la liste.
Le groupe d’Afghans.”
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Communiqué du 11 novembre:

Sans réponse de l’OFII à leurs revendications d’hébergement en ce début d’hiver, les copains demandeurs d’asile reconduisent leur mobilisation au 61 boulevard Rabateau.

Chacun est invité à venir les soutenir d’autant de manières possibles à partir de 10h ce matin! Thé, café, sandwichs, matos pour occuper la place!

Voici leurs revendications rédigées dans deux communiqués :

“Nous sommes venus ici pour demander un logement pour tous. En tant que demandeur d’asile en France nous avons le droit d’exiger une place en CADA. De même, nous avons droit à des cours de français. Nous somme toujours dans la rue, comment on peut faire pour passer l’hiver ? Nous attendons une solution de logement depuis des mois (de quelques mois jusqu’à deux ans) mais aucune solution a été trouvée. Nous allons continuer notre rassemblement ici et faire pression sur l’OFII et sur les institutions compétentes afin que nos revendications soient prises en compte.
Un groupe d’Afghans”

“Nous les personnes soudanaises, nous venons à l’OFII depuis un an et plus. Nous n’avons eu aucune réponse de la part de l’OFII depuis 10, 11, 9 mois. L’hiver arrive et nous habitons toujours dans la rue. Personne de nous a donné accès, ni à une maison, même temporaire, ni à l’école pour apprendre le français, ni à la gratuité des transports, ni à la carte de sécurité sociale. Pourtant ça fait partie de nos droits de demandeurs d’asile. Ce qu’on a c’est juste une adresse postale où on peut recevoir du courrier. Pourquoi ? C’est incompréhensible.
Le groupe soudanais”


 

communiqué du collectif Manba (CSM13) du 4 novembre en soutien à la mobilisation devant l’Ofii

Un toit c’est la loi…. Et l’hébergement d’urgence aussi. Pour toutes et tous, avec ou sans papiers. Depuis 2012, c’est même reconnu par le Conseil d’État comme un droit fondamental. Pour ce qui concerne les demandeurs d’asile, on y ajoute quelques textes, conventions et règlements. C’est un droit pour tou-te-s. Une obligation pour l’Etat. Sauf qu’en pratique, avec ou sans papiers, majeurs ou mineurs, Afghans Soudanais Syriens et autres demandeurs d’asile de tant de pays differents, avec ou sans bébé malade de 9 mois, tout le monde est à la rue. Hébergements jamais donnés, ou non renouvelés. Le 115 avec la gale et les puces. Restaient les squats… Ca, c’était avant que les squats ne soient expulsés.

Les humains viennent demander des comptes à l’OFII. La rue c’est la mort. L’hiver arrive. L’OFII décide qu’ils sont fermés. Ils ne dialogueront avec personne. Même pas une petite tentative, non. Wallou, mafichi, rien, niet, néant.

Les flics passent. Premier avertissement: il faut dégager le passage. Mais puisque le passage n’est pas encombré? Ça doit signifier qu’il faut dégager tout court. Rester invisible. Ne pas avoir le droit d’exister.

De Calais à Vintimille, de Paris à Marseille, la solidarité avec les migrants ne tarira pas. Ils font pousser des barbelés? Cultivons les tenailles! Pas un pas en arrière. Solidarité avec les demandeurs d’asile en lutte pour leurs droits!


communiqué du 3  novembre:

Un groupe de demandeurs d’asile afghans a décidé de manifester devant l’OFII de Marseille jeudi (aujourd’hui) pour demander l’accès au logement au CADA auquel ils ont droit en tant que demandeurs d’asile, mais dont ils sont privés  depuis plusieurs mois (plus d’une année pour certains).

“Nous demandons l’application de nos droits en tant que demandeurs d’asile en France. Nous n’avons pas de logement (alors que certains d’entre nous sont là depuis au moins un an). L’Etat français doit nous considérer comme n’importe quel autre réfugié et nous donner tout ce à quoi nous avons droit.
Le groupe des demandeurs d’asile afghans de Marseille ”

Leurs revendications de droit au logement sont soutenues par le collectif El Manba/Soutien Migrant.e.s 13, dans la foulée des actions collectives menées récemment en faveur du logement des personnes migrantes mises à la rue à la veille de la trêve hivernale (demandeurs d’asile, mineurs isolés étrangers,  sans-papiers).

A LEUR DEMANDE, SOYONS NOMBREUX A LES SOUTENIR !
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Pour rappel, notre collectif a déjà dénoncé à plusieurs reprises les manquements de l’Etat et des institutions en matière de logement, y compris quand il s’agit de mineurs isolés étrangers, et alors que le rythme  des expulsions des lieux occupés d’habitation s’accélère à Marseille (menées manu  militari et hors de tout cadre légal, sous les invectives racistes de la police).

Depuis plusieurs mois, il dénonce aussi le discours mensonger du gouvernement sur une prétendue politique d’accueil des exilés, servi en vernis à l’expulsion du  campement de Calais, alors qu’elle ne trouve aucune application dans la réalité,  bien au contraire, et que les libertés élémentaires des migrants sont de plus en  plus gravement atteintes.


En lien,  un son de la manif du premier jour ( 5 min) pour partager l’ambiance et la détermination.

Vous pouvez écouter aussi le début du journal de midi30 de vendredi sur galère où des manifestants sont venus raconter la situation et leurs revendications

Doc vidéo sur la manif du lundi 7 novembre (Primitivi)

 

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ENGLISH:

Since 3 November, a group of Afghani asylum seekers – quickly joined by Sudanese (asylum seekers) – has decided to demonstrate in front of the OFII of Marseille to request access to housing in the CADA (Reception Center for Asylum Seekers) to which they are entitled as asylum seekers, but of which they have been deprived for several months (more than a year for some).

“We demand the enforcement of our rights as asylum seekers in France. We do not have housing (although some of us have been there for at least a year).”

Their demands for housing rights are supported by the Collective El Manba/Soutien Migrant.e.s 13, in the wake of the collective actions recently carried out in favour of housing for migrant people (asylum seekers, isolated minor foreigners, undocumented migrants)  placed on the street on the eve of the “winter truce” (a pause in evictions in France during the winter months).

Chronology:

Statement of 16 November:

Following the mobilization this morning, OFII PROMISES TO HOST ASYLUM SEEKERS WITHIN 40 DAYS …
Meanwhile the winter begins and the street remains their only solution!

The mobilized asylum seekers have drafted a communiqué and wish to share it:

“Without a reply from OFII ten days after our last mobilization in front of their offices, we again gathered at 61 Boulevard Rabateau this morning, from 10 am, to request housing in CADA (Reception Center for Asylum Seekers) to which we are entitled and whose allocation has lagged for months (sometimes more than a year).
This time, we were able to talk to the director of the OFII, who told us that he had taken note of our demands and promised us to offer housing solutions in the next 40 days, in Marseille or surrounding area.
All those present, about fifty, mostly Afghan, Pakistani and Sudanese asylum-seekers, including some families, identified themselves on a list of names with reference to their asylum-seeker number.
It goes without saying that during these 40 days in search for promised solutions, we still do not have an accommodation solution: we are at the beginning of winter and in the street, we suffer under the law of the strongest.
We decided, however, to give our confidence to the director of the OFII, respectful of the work of French administration and law. In return, we expect our rights to also be respected and that he will fulfill the commitments made in front of us on this day.
In 40 days, we will make a new public point on the situation for the people signed up on the list.
The group of Afghans.”
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Statement of 11 November:

Without response from the OFII to their demands for accommodation at the beginning of winter, the asylum seeker friends renew their mobilization at 61 Boulevard Rabateau.

Everyone is invited to support them in as many ways as possible from 10am this morning! Tea, coffee, sandwiches, materials for occupying the place!

Here are their claims written in two statements:

“We have come here to demand housing fall all. As asylum seekers in France, we have the right to demand a place in CADA, likewise, we have the right to French language courses. We
We are still in the street – how can we spend the winter? We are waiting for a housing solution for months (from a few months to up to two years) but no solution has been found. We will continue our gathering here and put pressure on the OFII and the relevant institutions so that our demands are taken into account.
A group of Afghans ”

“We, the Sudanese people, have come to the OFII for a year and more. We have had no response from OFII for 10, 11, 9 months. The winter is coming and we still live in the street. No one has given us access, neither to a house, even a temporary one, nor to a school to learn French, neither to the free transportation, nor to the social security card. Yet, it is part of our rights as asylum seekers. What we have is just a mailing address where you can receive mail. Why? It’s incomprehensible.
The Sudanese group”
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Statement from the Collective Manba (CSM13) of 4 November in support of the mobilization infront of the OFII

A roof is the law …. And emergency accommodation too. For all, with or without papers. Since 2012, it is even recognized by the Council of State as a fundamental right. As far as asylum seekers are concerned, there are some added texts, conventions and regulations. It is a right for all. A duty of the State. Except that in practice, with or without papers, adults or minors, Afghanis Sudanese Syrians and other asylum-seekers from so many different countries, with or without a sick 9-month-old baby, everyone is out on the street. Accommodations never given, or not renewed. The 115 <accomodations> with scabies and fleas. There remained squats … That was before the squats were evicted.

The humans come to hold the OFII accountable. The street is death. Winter is coming. OFII decides that they are closed. They will not talk to anyone. Not even a small attempt, no. Wallou, mafichi, nothing, niet, nil.

The cops go by. First warning: you have to clear the passage. But since the passage is not blocked? It must mean that you have to simply go away. Stay invisible. Not having the right to exist.

From Calais to Ventimiglia, from Paris to Marseille, solidarity with migrants will not dry up. Are they growing barbed wire? Grow the pincers! Not a step back. Solidarity with asylum seekers fighting for their rights! ———————————————————————————————–

Statement of 3 November:

A group of Afghan asylum seekers decided to protest before the OFII in Marseilles on Thursday (today) to request access to housing in the CADA (Reception Center for Asylum Seekers) to which they are entitled as asylum seekers, but of which they have been deprived for several months (more than a year for some).

“We demand the enforcement of our rights as asylum seekers in France. We do not have housing (although some of us have been there for at least a year). The French state must consider us like any other refugee and give us everything we have a right to.
The group of Afghan asylum seekers in Marseille ”

Their demands for housing rights are supported by the Collective El Manba/Soutien Migrant.e.s 13, in the wake of the collective actions recently carried out in favour of housing for migrant people (asylum seekers, isolated minor foreigners, undocumented migrants)  placed on the street on the eve of the “winter truce” (a pause in evictions in France during the winter months).

AT THEIR REQUEST, BE NUMEROUS TO SUPPORT THEM!
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As a reminder, our collective has already repeatedly denounced the State’s and institutions’ failures to provide housing, including in the case of unaccompanied foreign minors, and whereas the pace of evictions from occupied dwellings accelerates in Marseille (carried out in a military manner and out of any legal framework, under racist the insults from police).

For several months we have also denounced the government’s deceitful rhetoric about an alleged policy of welcoming the exiles, served in vain for the eviction of the Calais camp , whereas it finds no implimentation in reality; quite the contrary, and that that the basic freedoms of migrants are increasingly seriously violated.
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A link to the sounds of the first day (5 min) to share in the atmosphere and determination.

You can also listen to the beginning of the Friday midi30 new on galère, where protesters came to tell the situation and their demands.

Doc video on the demonstration of Monday 7 November (Primitivi)

Expulsion et démantèlement. Humanité et Libertés.

Nous sommes un peuple, celui du Monde. Nous sommes Humains et Libres. C’est du moins ce que dit de nous la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Nous sommes tous Égaux. Et pourtant seuls certains d’entre nous avons fui la guerre, les violences, les conflits, l’exploitation.

Jungle, Calais, Février 2016

Éviction de la zone Sud en février, ayant provoqué violences et incendies en grand nombre.

C’est pour cela que nous sommes partis de chez nous. C’est pour cela que nous sommes venus chercher Refuge ailleurs. Parce que nous n’avions pas le choix. Pour sauver nos vies ou notre intégrité, nos enfants et nos familles, et tout simplement parce que nous voulons vivre en Paix. Sans avoir à se soucier chaque jour de qui sera le prochain à mourir, à être enfermé, torturé, violé, laissé pour mort après un prélèvement d’organe destiné au marché noir. Nos villes et nos villages sont détruits, pillés, ou à tour de rôle pris et repris par différents groupes armés ou pris à parti par diverses milices, ou encore surveillés, fermés, contrôlés.

C’est pour cela que nous nous battons aux côtés les uns des autres pour être reconnus, entendus, protégés, finalement juste pris en compte dans l’équation du Monde au même titre que l’économie et le commerce le sont, à l’heure actuelle bien plus que nous, Vies et Êtres-humains exilés de force.

Nous sommes tous Humains, Libres et Égaux. Et pourtant seuls certains d’entre nous nous apprêtons à vivre une nouvelle expulsion. Un nouveau démantèlement. A Calais. Précisément là ou de nombreuses expulsions ont déjà eu lieu, toutes aussi violentes et inutiles que les autres, vu le “succès” qu’elles ont eu qui n’a été que de très courte durée. En effet, chaque expulsion s’est vue vouée à l’échec par la réinstallation très rapide de certains d’entre nous à de nouveaux endroits, plus ou moins proches du lieu précédent. Les caractéristiques communes de ces expulsions sont d’avoir été inutiles, d’avoir précarisé nos situations en nous dispersant et compliquant l’accès à l’aide associatif ou humanitaire ou solidaire et de nous avoir contraint à subir encore et toujours plus de violences, physiques des forces de l’ordre et psychologiques par le seul fait de l’expulsion de nos lieux de vie. Habitations que nous mettons beaucoup de temps à trouver, construire, améliorer et que nous perdons alors même que nous en avions fait des places un peu moins précaires et un peu plus sédentaires au fur et à mesure du temps. Ces évictions et cette précarisation favorisent aussi l’implantation des passeurs et autres mafias en augmentant la peur d’un démantèlement et donc nous rendant prêt à payer pour traverser avant un éventuel démantèlement.

Alors non, nous n’aimons pas la Jungle ni ce qui s’y passe. Non, nous ne voulons pas vivre dans un bidonville que l’État français fait tout pour rendre nauséabond et invivable. En concentrant 10 000 personnes sur la moitié du terrain qui en abritait avant très peu d’entre nous, en laissant toilettes et points d’eau aussi peu nombreux que quand nous étions 2 000, 3 000 ou même 5 000, en nous nuisant le plus possible en venant sur le camp avec des dizaines de CRS, en mettant la pression sur les shops et restaurants pour qu’ils ferment alors même que les besoins en nourriture et en places sociales sont insuffisants, en nous enfermant dans une Jungle devenue ghetto à l’aide de murs, barrières, grillages et barbelés, nous isolant et nous cachant du reste de la population calaisienne. Population qui, bien sûr, au vu des politiques mises en place, prend peur, puisque nous sommes traités comme des criminels par le gouvernement et les forces de l’ordre. Alors que nous aurions eu besoin de la solidarité de plus de Calaisiens encore que celle que nous avons eu, l’État a tout fait pour qu’elle se développe le moins possible. En gazant l’intégralité du camp, où vivent femmes et enfants, à chaque tentative d’intrusion sur la rocade alors qu’un No Man’s Land de 100 mètres de large a été mis à disposition des forces de l’ordre pour cela, dans le seul but de pouvoir nous gazer en masse. En laissant les violences policières avoir cours à Calais et partout alentours, sans qu’aucun policier ne soit inquiété de ses actes, quand bien-même il s’en soit pris à un de nos enfants de 10 ans à l’aide d’un flashball à bout portant. Alors non, nous ne voulons pas vivre dans un endroit où les mafias ont leur place, dans un endroit où la prostitution de force par les passeurs et les agressions sexuelles vont bon train. Non, nous ne voulons pas vivre dans un endroit comme celui-là, évidemment.

Mais nous ne voulons pas non plus avoir à subir une éviction, la police qui nous sort de chez nous de force, nous maltraite et nous force à monter dans des bus. Nous ne voulons pas non plus d’une violence psychologique qui consiste à nous obliger à demander l’asile en France et à rejoindre les Centres d’Accueil et d’Orientation dispersés un peu partout en France, avec la menace de nous déporter dans notre pays d’origine si nous ne nous y plions pas.

Notre ancien chez nous où, bien évidemment, nous ne serons pas en sécurité et d’où nous repartirons, quitte à refaire le voyage une deuxième fois, comme cela est déjà arrivé à bon nombre d’entre nous. Refaire le voyage une deuxième fois, subir de nouveau les passeurs, les travaux forcés et la prostitution pour payer le passage, la torture et la séquestration, le passage en mer qui voit des milliers d’entre nous mourir sous nos yeux, noyés et dont aucun gouvernement ne se souviendra. Mais nous nous souviendrons. Nous pleurerons. Puis nous repartirons, traumatisés par la mort vue de si près, du moins pour ceux qui ne sont pas morts, parce que le chemin est encore long avant de trouver un endroit où nous serons acceptés et où nous pourrons de nouveau Vivre. En sécurité. Vivre ensemble. Nous et Vous.

Nous ne voulons pas d’un démantèlement, car nous voulons avoir le choix. Nous voulons avoir le choix d’aller où bon nous semble. Nous voulons pouvoir disposer de notre vie comme nous le souhaitons, car cela fait bien trop longtemps que nous n’avons plus pu être Libres. Ceux d’entre nous qui veulent rester en France et qui y ont possiblement déjà demandé l’asile seront peut-être contents de partir d’ici. Mais nous savons bien qu’ils peuvent être déportés s’ils ont leurs empreintes dans un autre pays européen. Nous savons bien qu’ils peuvent finalement être déportés dans leur pays d’origine si leur demande d’asile est refusée. Ceux d’entre nous qui veulent aller au Royaume-Uni ne veulent pas être forcés de demander l’asile en France. Parce qu’ils parlent anglais, qu’ils ont de la famille ou des amis là-bas, ou juste parce qu’ils aiment l’Angleterre. Parce que quand-même, qui un jour a décrété qu’un endroit sur terre lui appartenait à lui seul et à ceux qu’il daignerait accepter ? Pourquoi nous qui nous exilons ne pouvons pas choisir l’endroit que nous aimons pour nous installer ? Il nous paraît évident que nous serons d’autant plus acceptés et acceptables pour l’endroit qui nous accueillera si nous l’avons choisi et que nous souhaitons de tout cœur nous y intégrer.

Dans tous les cas nous ne voulons pas d’un démantèlement, car celui-ci implique arrestations, expulsions et déportations. La police a d’ailleurs des quotas de 80 arrestations parmi nous par jour en ce moment. Croyez-vous vraiment que si nous avons fait tout ce chemin pour fuir l’horreur nous ne reviendrons pas si vous nous renvoyez ? Croyez-vous que si vous nous déportez dans un pays européen où nous avons nos empreintes mais où nous avons aussi été battus par la police, pris à partie par des groupes fascistes, ou sans aucune chance d’obtenir des papiers, nous y resterons sans broncher ? Croyez-vous que nous soyons prêt à subir à vie l’horreur, que ce soit chez nous ou quelque part sur la route ? Non. Non, non et non. Nous essaierons toujours d’aller là où nous voulons aller, pour une raison ou pour une autre. Parce que nous n’avons plus rien à perdre et que là où nous en sommes, nous sommes prêts à tout pour aller là où nous pensons pouvoir être en sécurité. Parce que nous sommes prêts à tout pour pouvoir être Libres de nouveau.

Et même si certains d’entre nous finirons par demander l’asile en France car contraints et forcés au risque d’être déportés si nous refusons, nous savons tous aussi bien que vous que les suivants qui viendront avec pour but de rejoindre le Royaume-Uni se réinstalleront, ici ou pas loin, ensemble ou dispersés. Et vous savez bien qu’il est plus compliqué de venir en aide à des petits groupes de personnes qu’à un regroupement dans un endroit prévu à cet effet. Qu’il est aussi plus difficile de s’auto-organiser et de s’entraider quand on est peu nombreux. Vous le savez et c’est pour cela que vous souhaitez le faire, en espérant que la difficulté d’être aidés dissuadera nos successeurs de revenir ici. Mais votre erreur est là depuis 20 ans. Non, cela ne les dissuadera pas, cela ne nous dissuadera pas. Et d’autant moins que les raisons qui nous ont fait partir de chez nous ne sont pas prêtes de se tarir et que nous ne sommes pas sur le point d’arrêter de venir du jour au lendemain. Nous prendrons juste de plus en plus de risques pour venir. Toujours plus de risques, toujours plus de morts. Ce qui ne constitue toujours pas une invasion au regard des pourcentages d’exilés sur vos territoires comparé à d’autres pays, comme le Liban, la Jordanie, la Turquie etc. Alors ne prenez pas peur et accueillez nous là où nous le voulons. La Suède a d’ailleurs récemment prouvé que l’accueil des exilés était un facteur économique positif , profitez-en puisque c’est cela qui vous fait le plus peur. Même si l’accueil et notre liberté de circulation ne devraient pas être subordonnés à des problèmes économiques, étant donné la liberté de circulation quasi complète qui existe pour le commerce et ceux qui ont le “bon” passeport.

Nous savons qu’à propos de ce démantèlement vous avez dit qu’il serait à vocation humanitaire, non violent et personnalisé. Mais nous n’y croyons pas. Nous sommes plus de 10 000 avec chacun une situation différente, des envies différentes et des réactions différentes à ce qu’on nous fait subir. Nous savons que l’évacuation de 10 000 personnes d’un lieu, et surtout celui-ci, ne pourra se passer sans violence, physique ou psychologique, de la part des forces de l’ordre. Nous savons que ce qui est proposé, monter dans des bus en direction de CAO éparpillés partout en France, sans certitude ni promesse écrite de votre part concernant le non renvoi vers d’autres pays européens des personnes dublinées, ne nous conviendra pas à tous. Nous savons que certains d’entre nous partiront avant, sans savoir ou aller, car ne voudront dans tous les cas pas demander l’asile en France.

Ce que nous voulons, c’est pouvoir être tous accueillis et protégés, là où nous le voulons, en France ou au Royaume-Uni pour ce qui concerne ceux d’entre nous bloqués à Calais. Nous voulons avoir un endroit où vivre en sécurité, où vivre tout simplement. Nous voulons que l’Europe nous accueille car elle le doit sur le plan Humain et le peut sur le plan économique. Nous voulons participer à votre vie sociale et économique. Nous voulons travailler. Nous voulons que ceux qui ne nous aime pas puissent nous rencontrer et avoir la possibilité de se rendre compte que nous ne sommes ni des terroristes, ni des criminels, ni des voleurs, ni des pauvres misérables.

Nous sommes tous Humains, nous sommes tous Libres, nous sommes tous Égaux et nous le dirons aussi longtemps que nécessaire, jusqu’à ce que nous puissions disposer de notre Liberté de circulation à travers les frontières, et jusqu’à ce que vous nous donniez la possibilité de Vivre. De Vivre vraiment, dignement, sans nous considérer comme du bétail qu’on bouge au gré des saisons et des envies, avant de l’envoyer à l’abattoir. Ce qu’on a désespérément l’impression d’être à vos yeux.

EXILÉS DE CALAIS : LA GRÈVE DE LA FAIM A COMMENCÉ

originally posted on: http://passeursdhospitalites.wordpress.com/2014/06/11/exiles-de-calais-la-greve-de-la-faim-a-commence/

Comme convenu, les exilés occupant le lieu de distribution des repas ont pris ensemble le petit déjeuner ce matin. Ils ont formé deux groupes, ceux qui vont continuer à manger et ceux qui vont jeûner. Ces derniers ont eu droit à un petit déjeuner amélioré. Ils se sont assis au milieu de la cour. Hier ils avaient dressé une liste de 53 personnes prêtes à s’impliquer. En fin de matinée ils étaient une grosse trentaine, mais attendaient que ceux qui ont essayé de passer cette nuit – ils ne pourront plus le faire pendant la durée du jeûne – les rejoignent. On devrait savoir plus dans l’après-midi combien sont en grève de la faim.

Leur porte-parole peut être joint au 07 53 93 21 53 (il parle anglais).

Voici le texte en français et en anglais de l’appel sur lequel ils se sont mis d’accord :

 

” DES EXILÉS DE CALAIS
AUX AUTORITÉS FRANÇAISES ET BRITANNIQUES

Suite à la destruction de nos campements et à notre occupation du lieu de distribution des repas, les autorités françaises sont venues deux fois nous rencontrer. Elles nous ont annoncé qu’elles viendraient nous rencontrer à nouveau le mardi 3 juin. Personne n’est venu, et nous sommes sans nouvelles.

Aujourd’hui mercredi 11 juin, une partie d’entre nous, soutenue par tous, commence une grève de la faim. Nous demandons aux autorités françaises et britanniques de reprendre le dialogue interrompu et de venir nous rencontrer sans délais.

Nous leur rappelons nos revendications :
– Des maisons à Calais pour tous les migrants qui souhaitent se rendre en Angleterre et les demandeurs d’asile forcés de vivre à la rue ;
– Des maisons avec des conditions d’hygiènes respectables : toilettes, douches, service de poubelle ;
– Des maisons où l’on peut aller et venir à n’importe quelle heure pour pouvoir continuer d’essayer de passer en Angleterre ;
– Des maisons à l’abri des contrôles policiers, de ses mauvais traitements et des expulsions
– Avoir accès à trois repas par jour ;
– Que des négociations soient ouvertes entre la France et le Royaume-uni pour que les personnes aient accès au territoire britannique.

REFUGEES IN CALAIS: THE HUNGER STRIKE HAS BEGUN

As agreed, the refugees occupying the food distribution center had breakfast together this morning. They formed two groups, those who will continue to eat and those who are fasting. Those fasting had slightly larger portions. They sat in the middle of the courtyard. Yesterday, they made a list of 53 people willing to get involved. By late morning, there were more than thirty of them waiting for those who had tried to cross that night to join them – something they will no longer be able to do during the fast. This afternoon, we should know more precisely how many will participate in the hunger strike.

Their spokesperson can be reached at 07 53 93 21 53 (he speaks English).

Here is the text of the call-out on which they agreed:

FROM THE MIGRANTS OF CALAIS
TO THE FRENCH AND BRITISH AUTHORITIES

After the destruction of our camps and our occupation of the food distribution center, French authorities came to meet with us two times. They told us that they would come again to speak with us on Thursday, June 3. Nobody came and we haven’t heard any news from them.

Today, Wednesday, June 11, some of us, with all of our support, will begin a hunger strike. We ask the French and British authorities to to resume the interrupted dialogue and meet with us without delay.

We remind them of our demands:

– Houses in Calais for all the migrants who wish to go to England and for asylum seekers who are forced to live in the street
– Houses with decent hygienic conditions: toilets, showers, garbage collection
– Houses where we can come and go whenever we like, in order to be able to continue trying to cross to England
– Houses protected from police controls, harassment and evictions
– Access to three meals a day
– Negotiations between France and the United Kingdom to allow people access to British territory.

originally published on http://passeursdhospitalites.wordpress.com