Retour sur ce qu’il s’est passé lundi 20 juin

Lundi 20 juin 2016, 14h45. Un appel résonne. Les réfugiés courent vers la barrière qui “protège” la rocade portuaire, barrière elle-même séparée de la jungle par un no mans land de plusieurs dizaines de mètres. L’idée, c’est d’entrer dans les camions qui passent sur la route, et de rejoindre enfin l’Angleterre après des mois d’attente  au milieu des rats et des poubelles. La police se fait dépasser et réplique par un gazage en masse des migrants qui parviennent à découper à plusieurs endroits le double grillage barbelé qui longe la rocade portuaire.

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18h environ. Deuxième dougar. Mais rapidement, on constate une arrivée massive de flics (CRS et BAC) pour protéger les barrières. A la fin de leur opération, on dénombrera une dizaine de camions, 2 canons à eau (à noter que les canons à eau en usage à Calais ne sont pas les “simples” canons à eau que l’on voit habituellement en manifestation, mais des camions 4×4, plus gros, plus puissants, et tous terrains), l’effectif de policiers qui va avec, et surtout la répression. En somme, les policiers prennent leur revanche.

A la fin de cette journée, on dénombrera (liste non exhaustive ; et parmi eux des enfants) :
un homme évacué inconscient par d’autres réfugiés
un homme blessé au visage par tir direct de grenade lacrymogène (et qui devra subir une importante opération chirurgicale de reconstruction faciale en CHU)
un très jeune homme blessé gravement au pied et au poignet
au moins 16 blessés par flashball, dont: 2 à la tête (tempe et sourcil), un au thorax, un au coccyx, un au niveau du haut du tibia
un blessé au bras par tir direct de grenade lacrymogène
un blessé aux jambes par des éclats de grenade de désencerclement
au moins une dizaine de personnes avaient des irritations persistantes au visage et aux yeux le lendemain
une vingtaine de personnes se sont blessées sur les lames de rasoir fixées au barbelés en essayant d’échapper à la police et de rejoindre la jungle

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Au passage, les flics gazent l’intérieur de la jungle, et certaines cabanes situées en bordure sont endommagées par des tirs de lacrymo (plastique du toit brûlé). A noter que la préfecture interdit depuis maintenant plusieurs mois l’approvisionnement en matériel de construction, dont les baches font partie.

Les personnes présentes pour filmer les violences et apporter les premiers soins aux blessés sont particulièrement visées par les tirs de grenade et de flashball. Au moins l’un d’entre eux a été touché à l’épaule, et une grenade lacrymogène a manqué de quelques centimètres une personne agenouillée au sol en train de pratiquer les premiers soins à un blessé, une grosse partie de matériel de secours étant perdu dans la bousculade qui s’en suit pour échapper au gaz.
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Deux volontaires des cuisines, simples témoins des évènements de l’après-midi, sont arrêtés le soir en sortant de la jungle, et subiront 48 heures de garde-à-vue. Un réfugié arrêté à proximité de la jungle, a été tabassé par les policiers alors qu’il se trouvait déjà à terre et menotté.

Finalement, la police restera postée pendant de nombreuses heures sur la dune articielle qui longe la jungle et la coupe de l’accès à la route. Toute sortie de la jungle est interdite à ses habitants par un cordon de CRS renforcé de camions de CRS et des 2 canons à eau qui resteront jusque très tard à l’entrée du camp. Le lendemain, toute sortie/entrée par la route habituellement utilisée pour aller en ville est interdite, obligeant les habitants de la jungle à faire un détour à pieds de 20 minutes pour pouvoir se rendre en ville.
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A noter que le harcèlement policier s’est intensifié ces dernières semaines avec régulièrement des blessés par flashball au niveau du visage (machoire, yeux, des genoux, du thorax, des épaules; ainsi que des vols d’argent (dont vol de l’allocation allouée à ceux qui ont formulé leur demande d’asile sur le territoire français) et de matériel personnel (dont téléphones).

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