Des détenu.e.s en grève de la faim dans de nombreux CRA en France // Detainees in hunger strike in several CRA in France

(english bellow)
De Calais à Paris à Rouen, solidarité avec les prisonniers et prisonnières!! STOP les déportations, les CRA, les prisons, le racisme et les violences!

Pour plus d’infos récentes sur les grèves de la faim en cours,  https://abaslescra.noblogs.org/ ou https://lenvolee.net/ ou bien plein d’autres sites web

Dans les dernières semaines, derniers jours, une centaine de personnes détenu.e.s dans les CRA de Vincennes, Oissel et Mesnil-Amelot ont décidé d’entamer une grève de la faim pour exiger de meilleures conditions de vie, de vrais soins de santé, la dignité humaine, la libération de tou.te.s les prisonnier.ère.s, la fin des CRA, des déportations, des violences policières et du racisme.

Le 3 janvier, dans le bâtiment 2A et 2B du CRA de Vincennes, les prisonniers ont décidé de réagir face à une série de déportations violentes et cachées, face à la violence physique et psychologique quotidienne des policiers. Déjà en mi-décembre, des détenus avaient entamé une grève de la faim, leur communiqué est ici. La grève tient bon malgré la répression, les déportations et les transferts, et un rassemblement de solidarité qui a eu lieu lundi soir le 7 janvier devant le CRA de Vincennes a même amené d’autres détenus à rejoindre la grève!

Ici leur communiqué du 3 janvier et leurs appels à soutien:

Nous sommes des retenus du centre de rétention administrative de Vincennes en banlieue Parisienne.
Nous demandons la libération de tous les prisonniers, l’application de l’égalité entre tous le monde: On est comme tous le monde.

Aujourd’hui 3 janvier 2019, nous, 27 retenus du centre de rétention (du batiment 2A) se sont mis en grève de la faim pour demander la libération tout de suite de tout le monde.
Nous savons que d’autres enfermés dans au moins un autre batiment sont eux aussi en grève de la faim (il parait au moins une quinzaine).

On a tous une histoire différente, qu’on soit travailleur, étudiant depuis peu en france ou vivant ici depuis presque 20 ans.. Et on a tous le droit de vivre ici, où on a nos attaches. Mais nous sommes enfermés dans ce centre de rétention.

Si on s’est mis aujourd’hui en grève de la faim c’est aussi pour dénoncer tout ce qui se passe dans cette prison.
Ces derniers jours il y a eu beaucoup de vols cachés et violents. Des anciens d’ici nous on raconté qu’il y a plusieurs années la police, ici, était déjà violente.
Il y a eu des copains tabassés puis déportés en étant casqué, bailloné et scotché. Il y a eu des copains drogués qui se sont reveillés de retour dans un pays où ils ne connaissaient plus grand monde.
Les policiers ne respectent la loi que quand c’est contre nous, même quand légalement on devrait être libéré souvent le juge n’en a rien a foutre et la police te déporte quand même.

La police comme toujours elle s’en fout, et l’état français aide. Si l’état n’était pas d’accord et si les biznesman faisaient pas d’argent tout ça ne marcherait pas.
Ce centre de rétention, il est sale, les toilettes et les douches elles sont dégueulasse. La bouffe, elle est immonde.

Nous revendiquons:

– La libération de tous les prisonniers
– Etre respecte et traiter dignement, on est pas des chiens.
– La fermeture de ce CRA, qui a des gros problèmes d’hygiènes.
– Le respect de l’égalité entre tous le monde
– La fin des violences policières
– La fin des vols cachés et violents
– De la bonne nourriture
– Un véritable accès au soin

Si on s’est mis en grève de la faim, c’est parce que quand on est allé voir les assos pour se plaindre on nous a dit qu’y avait rien a faire.

Nous allons continuer notre grève demain et les prochains jours nous appelons un maximum de monde a nous soutenir dehors. On en a marre d’être traiter comme des chiens !

Les retenus du batiment 2 A
03/01/2019

Le 8 janvier, presque l’ensemble des détenu.e.s du CRA 2 du Mesnil-Amelot sont mis en grève de la faim à leur tour. Un rassemblement de soutien a eu lieu ce lundi soir. Voici leur communiqué du 8 janvier:

Nous, retenus du centre de rétention administratif n°2 de Mesnil Amelot (près de l’aéroport Charles de Gaulles en ile de france), avons décidé avant le repas du soir du 08 janvier de nous mettre en grève de la faim pour au moins deux jours.

Nous avons appelé le CRA 3 et le bâtiment des femmes à faire pareil dès demain matin.

Ici les conditions d’enfermements sont désastreuses, la nourriture est immonde. Ici pour aller à l’infirmerie il faut faire la queue alors qu’il fait très froid à cause de l’hiver. Ici les infirmiers sont arrogants et généralement ils donnent que du doliprane, même quand t’as quelque chose de cassés ils te font pas de bandage… Ils te donnent juste de la crème.

Ici les policiers font la loi. Si tu te plains tu vas direct à l’isolement. Ici y a plein de gens qui ont subit ce qu’on appelle la double peine: condamnés à  de la prison et à leur sortie directement ramenés en centre de rétention.

En centre de rétention si tu refuses de donner tes empreintes ou d’aller voir le consul tu peux prendre 135 jours de centre presque d’affilés ou faire plusieurs mois de prison entre deux placements en CRA.

Au bâtiment des femmes une prisonnière a été violée par un policier avant les fêtes de fin d’années. Rien n’a été fait pour elle.

A Mesnil-Amelot, il y a souvent des vols cachés, tôt le matin. Il y a l’isolement où tu peux être enfermé avant le vol. Y a tous ces anciens retenus qui ont été renvoyés de forces, casqués et scotchés.

Récemment 4 guinéens ont été ramenés de force par une grosse escorte dans un charter a l’aéroport du Bourget. Ils sont partis cherché 5 autres guinéens à Bordeaux, et les ont déportés tous en Guinée.

On exige la fin des vols cachés, la fin des déportations violentes et l’interdiction d’utiliser des charter pour déporter.

Pendant toute ta durée de rétention on te change pas ta couverture. Même en prison c’est plus propre…c’est dire. Ici on peut pas cantiner ou attendre en espérant avoir une activité: y en a pas.

Ici le droit n’existe pas, encore moins qu’en taule et pourtant on parle bien de la prison.. Avant d’arriver ici tu peux pas savoir ce que c’est.

On en a marre du racisme quotidien de la police. Toutes ces pressions et humiliations sont là pour briser notre moral: celui des retenus.

On appelle les autres retenus de France à lutter avec nous contre l’enfermement pour 3 mois juste parce qu’on est sans papier ! On appelle à de la solidarité à l’extérieur !

Liberté pour tous !

Les retenus du centre de rétention n°2 de Mesnil-Amelot le 08 janvier au soir.

Le 11 janvier, c’est au tour des prisonniers du CRA d’Oissel à se mettre en grève de la faim. Les keufs ont bien compris le danger d’une grève de la faim qui s’étend de CRA en CRA. Aujourd’hui celui qu’ils considéraient être un leader a été plusieurs fois convoqué par le chef du CRA pour lui mettre des coups de pression : interdiction de visites si les gars ne se remettent pas à manger, transfert punitif à Marseille loin de sa famille… Deux autres retenus ont été placés à l’isolement au CRA après avoir refusé le repas. Pour le moment on n’a pas de nouvelles d’eux.

Un des prisonniers de Oissel a aussi raconté une violence qu’on passe souvent sous silence : les agressions sexuelles des policiers. Dans le communiqué de Mesnil aussi, les prisonniers témoignent pour une victime d’un viol policier qui depuis s’est fait déporter.

La parole des copains est écoutable pendant presqu’une heure dans cette émission : http://actualitedesluttes.info/?p=4012

Voici leur communiqué du 11 janvier:

Aujourd’hui 11 janvier, nous rejoignons nous aussi la lutte dans les centres de rétention contre les conditions d’enfermement et les violences policières quotidiennes. Nous sommes déjà presque 40 en grève de la faim.

Sur les conditions d’enfermement ici y a beaucoup à dire. Déjà la bouffe n’est pas bonne, rien n’est propre. Quand on mange, les policiers ils nous regardent et utilisent leurs smartphones. On a l’impression qu’ils nous snap, ce qui est sûr c’est qu’ils se moquent de nous.
Hier à un vieux gars d’ici qui mangeait lentement, les policiers lui ont mis la pression pour qu’il finisse plus vite : «Hé India! Hé India! Dégage! Il te reste plus qu’une minute!»
Ici on nous respecte pas.
Pour boire de l’eau c’est aux toilettes. Si tu tombes malade, c’est qui qui te soigne? Pas la police en tout cas!
On nous traite comme des animaux, et pendant les visites la porte continue d’être ouverte et les policiers continuent de nous écouter. Ils continuent de nous empêcher tout contact avec nos proches, même de faire la bise à ta femme.
Ici il y a eu des histoires de viols pendant la fouille.
On a décidé de pas tout casser. Parce qu’on veut pas se faire accuser «d’ancien taulard vener», pourtant y a de quoi ici. Ici tu peux même pas cantiner et la bouffe est vraiment dégueulasse.
Ici il y a plein de profils différents : travailleurs, ceux avec un titre de séjour d’un autre pays [européen] mais que l’État veut quand même déporter au pays. Puis y a plein de nationalité enfermées!
Chez les femmes aussi, là-bas c’est la galère.
Même quand t’as ton passeport et que tu veux rentrer… Bah il se passe rien et on te laisse a galérer. Nous ici on comprend rien.
Hier on a parlé avec Mesnil Amelot. La bas aussi c’est le système du bon et mauvais flic. Nous aussi on va lutter avec eux!
Ici, a Oissel, on nous a déjà gazé dans le bâtiment. Hier ils ont voulu prendre des contacts dans des smartphones en fouille… pour voir de quel pays on pouvait venir. C’est totalement illégal!
Ici il y a beaucoup de gens, ils se coupent les veines, on doit appeler nous-mêmes l’ambulance. Et quand elle arrive, la police, la seule chose qu’elle veut savoir c’est qui a appelé. Et les flics nous engueulent.
Y a un gars ici, il a des problèmes aux reins et il pisse du sang. Elle a fait quoi la police? Elle lui a donné un doliprane. De toute façon a l’infirmerie c’est soit doliprane soit drogue.
Pour la justice… Même quand y a des vices de procédure on nous libère pas. On nous donne des numéros pour connaître nos droits. Personne n’a jamais répondu.
Après le premier communiqué, on avait vu le chef du centre. On avait décidé d’être gentils mais ça sert à rien.
Ce qu’on vit c’est le néo-colonialisme. La France a colonisé nos pays avant et maintenant ça…
Nous on a toutes nos attaches ici : parents, copines, poto, famille.
On nous dit que si on nous libère on va s’enfuir. Mais on va s’enfuir où? Y en a ici ils sont venus pour demander la protection a l’État français… Et là c’est la protection qui t’enferme!
Y en a marre de tout ça!
Nous les enfermés on voit plus nos proches, les allers retours CRA-Prison-CRA empirent encore tout ça.
On va pas passer notre vie a être enfermés!
On appelle les autres centres de rétention a rentrer en grève de la faim avec nous et ceux de Vincennes et Mesnil en banlieue parisienne!
Les retenus du CRA de Oissel le 11/01/2019

Pour rappel il y a quelques semaines un communiqué était déjà sorti de ce même centre de rétention (disponible ici :http://abaslescra.noblogs.org/post/2018/12/28/communique-des-prisonniers-du-centre-de-oissel/).

Il est aussi important de se rappeler que ce n’est ni la première grève de la faim de détenu.e.s dans des centres de détentions, ni la dernière, mais que chacune d’elle est importante.

Solidarité avec tou.te.s les enfermé.e.s!

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From Calais to Paris to Rouen, solidarity with ALL prisonners! STOP all deportations, CRA, prisons, racism and violences!

Communiques of hunger strikers only in french, if you have a translation please contact us and we’ll add it.
For latest news on the hunger strikes, follow https://abaslescra.noblogs.org/ or https://lenvolee.net/ or even many others…

In the last weeks, last days, a hundred people detained in CRA of Vincennes, Oissel and Mesnil-Amelot have decided to start a hunger strike to reclaim better life conditions, real healthcare, dignity, liberation of all prisonners, the end of detention centers, deportations, police violence and racism.

On January 3rd, in the 2A and 2B buildings of Vincennes CRA (detention center), prisonners have decided to react to a serie of violent and hidden deportations, to constant physical and psychological violence from police. Already in mid-december, some detainees had started a hunger strike, their communique is here (in french). The strike continues despite repression, deportations and transfers, and a rally in solidarity that happened monday January 7th in front of the CRA bringed even more detainees to join the strike!

On January 8th, almost all people detained at the CRA 2 of Mesnil-Amelot have joined the hunger strike. A support rally did happen tonight monday 14th.

On January 11th, prisonners of Oissel detention center have joined the hunger strike. Police understood well the danger of a hunger strike that spread all over CRAs in France. Today, someone police considered the leader was mutiple times convoqued by the chief of CRA to put pressure on him: ban on visits if guys don’t start eating again, punitive transfer to Marseille far from this family … Two other detainees were placed in isolation after refusing to eat. For the moment we do not have news from them.

One of the Oissel prisonners also told a violence that is too often passed on silence: sexual assaults from cops. In the communique of Mesnil-Amelot too, prisonners testify of a survivor of police sexual assault that have then been deported.

You can hear their words during almost an hour in that program: http://actualitedesluttes.info/?p=4012

It’s important to remind ourselves, it’s not the first hunger strike detainees in detention centers are doing, nor the last, but that each of them is important.

Solidarity with all detainees!!