Category: Nouvelles – Français

Trois exilés risquent une déportation vers l’Erythrée, dictature militaire // Three risk deportation to Eritrea

FR:

Trois personnes de nationalité érythréenne, ont été arrêtées au port de Calais alors qu’elles voulaient se rendre au Royaume-Uni, puis placées en rétention. Elles sont arrivées au centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot le 26 Novembre (juste à côté de l’aéroport de Roissy), où la Cimade est présente et a donné l’alerte.

Elles ont ensuite été présentées à le.la juge des libertés et de la détention (JLD) après 2 jours de rétention, comme la loi le prévoit. Ille a confirmé la validité du placement en rétention, la prolongeant ainsi de 28 jours, après lesquels une nouvelle rencontre avec la.le même juge pourra la prolonger de 15 derniers jours. Deux d’entre eux n’ont pas pu déposer de recours dans les temps (48 heures après la notification) pour contester les obligations de quitter le territoire français (OQTF), sans pays de destination, par la Préfecture du Pas-de-Calais, car le délai était expiré depuis 45 minutes quand ils ont vu la Cimade au CRA la première fois. Tout est fait ces recours pas possibles, que ce soit le très court délai, comme le fait que les associations d’aide juridique ne soient pas présentes tout le temps le weekend dans certains CRA (un weekend c’est… 48 heures), ou que les transferts en CRA après une retenue administrative au commissariat soient faits le plus tard possible (ce qui fait que parfois les personnes voient pour la première fois l’association présente au CRA après l’expiration du délai, comme ici), ou encore l’absence de traducteur.rice lorsque les OQTF leurs sont délivrées. La troisième personne a eu la « chance » de pouvoir faire son recours dans les temps – le tribunal administratif a rejeté sa requête le 05 Décembre.

On ne sait pas bien pourquoi ni comment un.e juge, que ce soit la.le JLD ou la.le juge administratif.ve, peut ne pas libérer un.e Erythréen.ne menacé d’expulsion vers son pays, au regard de l’article 13 de la DUDH et au regard des persécutions qu’illes craignent avec raison. D’ailleurs l’Erythrée (ainsi que le Soudan pour la personne expulsée la semaine dernière) ne fait pas partie de la liste des pays sûrs émise par l’office français de protection des réfugié.e.s et apatrides (OFPRA). Il reste un seul recours suspensif contre la décision de la préfecture qui serait celui contestant une OQTF, mais cette fois avec pays de destination, si toutefois elle était notifiée par la préfecture (il est déjà arrivé que des préfectures renvoient en toute illégalité alors que le pays de destination n’avait pas été fixé). Un recours, non suspensif celui-là, est encore possible devant la cour européenne des droits de l’humain.e, lorsque l’urgence le justifiera, c’est à dire après présentation des personnes aux autorités consulaires érythréennes. La Préfecture du Pas-de-Calais aurait déjà pris contact avec celles-ci afin qu’elles rencontrent et reconnaissent les trois personnes comme ses « citoyens » , puis délivrent un laisser-passer consulaire, qui permettrait alors de les embarquer dans un avion, direction Asmara, capital de la « Corée du Nord de l’Afrique ». Le haut commissariat pour les réfugié.e.s (HCR), instance de l’ONU, semble ne pas vouloir se saisir de l’affaire au motif qu’aucun des trois ne souhaite demander l’asile en France.

Plusieurs possibilités d’actions. Le temps risque de manquer si elles sont présentées aux autorités consulaires érythréennes pour mobiliser assez rapidement des solidarités qui pourraient empêcher à nos amis un retour au pays où ils risquent leur vie, encore plus après l’avoir quitté.

RESTONS VIGILANTS ! En attendant d’autres nouvelles, nous pouvons d’ores et déjà contacter et saturer les lignes téléphoniques et boîtes mails des autorités engagées dans cette tentative de déportation et les interpeller pour leur demander de l’annuler et de libérer Monsieur E., Monsieur P. et Monsieur A. :

  • Le ministre de l’intérieur, responsable d’une décision d’une telle gravité : vous pouvez écrire à sec.immigration@interieur.gouv.fr
  • Le gouvernement et les personnes en charge des cabinets ministériels :
    jean-pierre.jouyet@elysee.fr, sylvie.hubac@elysee.fr, premier-ministre@pm.gouv.fr, bernard.cazeneuve@pm.gouv.fr, bruno.leroux@interieur.gouv.fr, thierry.lataste@interieur.gouv.fr, eric.morvan@interieur.gouv.fr, pierre-antoine.molina@interieur.gouv.fr, gabriel.kunde@interieur.gouv.fr, sec.chefcab@interieur.gouv.fr, raphael.sodini@interieur.gouv.fr, muriel.nguyen@interieur.gouv.fr, luc.derepas@interieur.gouv.fr
  • La préfète du Pas-de-Calais, auteure de la décision et qui peut l’annuler :  par téléphone: 03.21.21.20.00,  par fax : 03.21.55.30.30, sur le formulaire de la préfecture

Les frontières font les guerres, les nations font les déportations.

Les frontières tuent. Une jeune Erythréenne a d’ailleurs perdu la vie à la frontière entre l’Italie et la France il y a quelques jours, n’oublions pas tou.te.s les autres qui meurent sur le pas de notre porte tous les jours.

Aucune déportation n’est excusable! C’est la logique cynique de coopération de l’UE avec des dictatures comme l’Erythrée pour empêcher les mouvements humains à leur point de départ, sans régler le problème qui crée ces flux mais en l’invisibilisant, afin que chacun.e puisse avoir sa conscience pour soi.

no-borders-no-nations-stop-deportation

ENG:

Three Eritrean persons were arrested and detained at the port of Calais, wanting to go to the UK. They arrived at the Mesnil-Amelot detention centre on 26 November (right next to Roissy airport), in which the Cimade works, and sounded the alarm.

They were presented to the Judge of Freedoms and Detention (JLD) after 2 days of detention, as is provided by the law. The judge confirmed the validity of the detention, extending it by 28 days; a further meeting with the same judge could extend it by the last 15 days. Two of the detained were unable to file an appeal in time (48 hours after notification) to challenge the obligations to leave French territory (OQTF), without a country of destination, given by the Prefecture of Pas-de-Calais because the deadline had expired since 45 minutes when they saw the Cimade in the detention centre for the first time. Everything is done to make these appeals not possible: be it the very short time-frame, the fact that legal aid associations are not present all weekend in some detention centres (a weekend is … 48 hours), or that transfers to the detention centres after an administrative detention at the police station are made as late as possible (so sometimes the first time people see the association present at detention centre is after the deadline, as in this case), or as well the absence of a translator when the OQTFs are issued. The third person had the “opportunity” to be able to make his appeal in time – the administrative court rejected his request on December 5th.

It is unclear why or how a judge, whether the JLD or the administrative judge, may not release an Eritrean who is threatened with deportation to his country, considering Article 13 of the Universal Declaration of Human Rights and in view of the persecutions which they rightly fear. Moreover, Eritrea (as well as Sudan, where a person deported last week) is not part of the list of safe countries issued by the French Office for the Protection of Refugees and Stateless Persons (OFPRA). There remains only one suspensive appeal against the decision of the Prefecture which would be the one challenging an OQTF, but this time with the country of destination, if it is even announced by the prefecture (it has already happened that prefectures have deported illegally without the country of destination having been established). An appeal, not a suspensive one, is still possible before the European Court of Human Rights, when the urgency justifies it, i.e. after presentation of the persons to the consular authorities of Eritrea. The Pas-de-Calais Prefecture had already contacted them to meet and recognize the three persons as their “citizens” and then issue a document letting them pass to Eritrea, which would then enable them to board them on an airplane towards Asmara, capital of “North Korea of Africa.” The United Nations High Commissioner for Refugees (UNHCR) seems unwilling to take up the case on the grounds that none of the three wish to seek asylum in France.

Several possibilities of actions. If the persons are presented to the Eritrean consular authorities, time may run out and people need to mobilize rather quickly to try to prevent our friends from returning to the country where they risk their lives, even more so after leaving.

STAY VIGILANT! While waiting for further news, we can already contact and saturate the telephone lines and mail boxes of the authorities involved in this deportation attempt and ask them to cancel it and free Mr E., Mr P And Mr A:

  • The Minister of the Interior, responsible for a decision of such severity: write to sec.immigration@interieur.gouv.fr
  • The government and those in charge of ministerial offices: Jean-pierre.jouyet@elysee.fr, sylvie.hubac@elysee.fr, premier-ministre@pm.gouv.fr, bernard.cazeneuve@pm.gouv.fr, bruno.leroux@interieur.gouv.fr, thierry.Lataste@interieur.gouv.fr, eric.morvan@interieur.gouv.fr, pierre-antoine.molina@interieur.gouv.fr, gabriel.kunde@interieur.gouv.fr, sec.chefcab@interieur.gouv.fr, Raphael.sodini@interieur.gouv.fr, muriel.nguyen@interieur.gouv.fr, luc.derepas@interieur.gouv.fr
  • The prefect of Pas-de-Calais, author of the decision and who can annul it: By phone: 03.21.21.20.00,  By fax: 03.21.55.30.30,  On the prefecture contact form

Borders make wars, nations make deportations.

The borders kill. A young Eritrean woman lost her life on the border between Italy and France a few days ago, let us not forget all the others who die on our doorstep every day.

No deportation is excusable! It’s the cynical logic of EU cooperation with dictatorships like Eritrea to prevent human movements at people’s point of departure, without solving the problem that creates these flows but by invisibilizing it, so that everyone can have his conscience for himself.

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Journée habituelle à Calais en 2016 ou le retour en masse des contrôles au faciès et rafles

Depuis le démantèlement de la Jungle, nous assistons, impuissants ou presque, à une chasse aux migrants qui déborde largement du seul sujet migratoire. En effet toutes les forces de l’ordre sont mobilisées depuis pour traquer, contrôler l’identité et la situation administrative de toute personne qui pourrait être exilée et, le cas échéant la placer en rétention et l’entraîner dans une procédure d’expulsion. Dans «toute personne qui pourrait être exilée», comprenez qu’ils contrôlent toutes les personnes racisées à leurs yeux, c’est à dire dont la couleur de peau n’est pas blanche.

Le grand retour en masse des contrôles au faciès et des rafles en France, s’ils avaient été oubliés par certains, nous replonge dans une période sombre : contrôles de masse sur des critères physiques et arrestations des indésirables, enfermement, déportation. Devoir cacher quelqu’un par peur d’une arrestation et/ou d’une déportation est une chose qu’aucun d’entre nous ne voudrait avoir vécu, de par la honte et la peur provoquées chez la personne devant être de fait protégée et cachée, et le sentiment d’absurdité et de criminalité qui sont nôtres. En fait nous ne voulons pas protéger les gens, nous voulons qu’ils puissent vivre normalement sans que personne n’ait besoin de les protéger, à part l’État. Finalement, quand on déporte une personne vers son pays d’origine ou vers un autre pays où elle pourrait être persécutée (pays d’origine, Turquie, Italie, etc.) parfois sans lui avoir même laissée la possibilité de demander l’asile dans de bonnes conditions, cela pourrait être assimilé à une persécution presque constituée par l’Etat déportant. Mais passons…


Mise en situation.

Calais, Jeudi 08 Novembre 2016. Chroniques d’une journée tristement ordinaire à Calais.

Ce jour-là nous étions comme souvent partis pour faire du copwatching, informer la population locale sur les contrôles au faciès et les exilés sur leurs droits en cas d’arrestation. Nous voilà à la gare de Calais Ville vers 19 heures, lieu de passage fréquent autant pour les habitants de la région que pour les exilés.

Après quelques arrivées de trains, infructueuses pour les forces de l’ordre puisque aucune personne de couleur n’en est sortie, et donc aucun contrôle d’identité (puisque pour rappel on ne contrôle que celles qui «n’ont pas l’air française»), un équipage de CRS décide de contrôler notre petit groupe de cinq. En effet, deux d’entre nous distribuions des tracts en français sur les contrôles aux faciès, tandis que les trois autres surveillaient les forces de l’ordre, qui elles-mêmes surveillaient les personnes descendant des trains. Donc, motif du contrôle, nous distribuions des tracts, ce qui est interdit sans autorisation selon Messieurs les CRS, apparemment non au fait de la loi ou gros menteurs. Jusqu’à preuve du contraire et disposition spéciale par arrêté préfectoral, la distribution de tracts est autorisée dans l’espace public, dont font partie les gares (nous étions qui plus est à l’extérieur de la gare). Finalement le motif du contrôle c’est simplement qu’ils s’embêtaient un peu à surveiller des passagers non contrôlables puisque blancs , et qu’on devait passablement les ennuyer à distribuer des tracts à quelques mètres d’eux sur les contrôles au faciès qu’ils pratiquent. Finalement ils ont réagi un peu comme aurait réagi la Gestapo si vous leur aviez dit à l’époque qu’ils étaient racistes… Et ils ont plus de moyens que nous quand il s’agit de nous mettre des bâtons dans les roues ! En deux temps trois mouvements, nous voilà encerclés par sept CRS, qui nous empêchent de fumer, d’utiliser nos téléphones et nous confisquent nos pièces d’identité le temps du contrôle. Tant mieux, pendant ce temps-là ce sont sept CRS en moins sur le dos des copains un peu trop colorés aux yeux des pouvoirs publics. Une fouille des sacs pour tout le monde, une palpation de sécurité pour un d’entre nous, et quelques blagues de mauvais goût plus tard – du type «un visa à Cuba, tiens une révolutionnaire» ou encore «pour quelqu’un qui fait rien vous avez beaucoup de visas dans votre passeport, vous faites partie des nouveaux bourgeois-bohème ?» – nous voilà libres. Nous n’avons pas eu notre copie de PV à la fin du contrôle. PV qui a pourtant été le motif de quelques questions d’ordre privé, du genre «c’est quoi votre travail», avec obligation de réponse si on avait envie de revoir notre pièce d’identité, bien qu’il nous ait semblé ne pas être à ce moment-là ni en garde à vue, ni en audition, ni dans l’obligation légale de répondre à ses foutues questions qui pourraient très bien servir à nous harceler par la suite (à l’inverse, imaginez ce que quelqu’un pourrait potentiellement faire s’il avait accès hors cadre légal aux adresses perso des CRS…). D’autant que le ton et la politesse des questions dudit CRS auraient fait peur à la Dame de Fer en personne. Ce petit contre-temps aura quand même duré une bonne heure, entre notre extrême dangerosité, nos fiches à la DGSI et autres longueurs sur les ondes de la place Beauvau, ils avaient de quoi faire pour une fois. Disons que ça leur demandait plus de réflexion que simplement “bronzé + pas de papiers = centre de rétention” ou “manifestant = allez les gars, on frappe fort”.

Quelques camarades nous avaient rejoints à la fin du contrôle. Comme pour donner un exemple qui vérifierait les soi-disant mensonges et diffamations écrits sur nos tracts à propos de contrôles au faciès des forces de l’ordre (selon les dire d’un des CRS au début du contrôle d’identité), voilà qu’on nous prévient qu’à 50 mètres, à l’entrée du parc Saint Pierre, quatre personnes à la peau un peu trop bronzée sont en train de se faire contrôler par des CRS. Ils ont rien compris, encore des mecs qui reviennent de quelques années de vacances sur la route pour l’Europe, et on les arrête. C’est pas comme ça que le tourisme va repartir à Calais…

Bref, on arrive alors que l’équipage d’un van de CRS est en train de contrôler quatre personnes qui parlent français, on apprendra par la suite qu’ils sont d’origine égyptienne. On commence à filmer et très vite l’un des CRS, le chef jouant le bon flic nous explique qu’ils ne sont pas dans l’illégalité et qu’ils agissent sur réquisition du procureur, et qu’il aimerait bien qu’on les laisse faire leur boulot calmement et sans poser de problèmes. Nous on aimerait qu’il nous montre la réquisition du procureur mais le petit chef veut pas, pas le droit de la voir, allez voir ailleurs.

Pendant qu’on discute – ou qu’il essaye de nous distraire selon le point de vue – on aperçoit celui à l’intérieur du van faire des appels au talkie. On a pas de talkie nous, mais on réfléchit et on sait bien ce que ça veut dire. Les renforts sont jamais très loin dans le coin. Tandis qu’ils essayent de nous dissuader de filmer le contrôle, en faisant obstacle aux caméras et en nous éloignant le plus possible de leur périmètre de contrôle (espace vital du CRS), on continue à filmer parce que, quand même ce ne sont pas les CRS qui font la loi en France, et on a bien le droit de les filmer. Comprenant qu’on arrêtera pas de filmer, ils passent au plan B. Assez classique, l’un des CRS se met à nous filmer, l’air de dire “vous voyez, moi aussi je sais le faire !”, presque moqueur. Évidemment il le fait avec son téléphone personnel, sinon c’est pas drôle. Sauf que nous on a théoriquement notre droit à l’image pour nous, puisqu’on est pas des agents dépositaires de l’autorité publique dans l’exercice de nos fonctions… Il le sait probablement très bien, et il doit aussi savoir qu’en tant que CRS et dans l’exercice de ses fonctions, il a peu voire aucun risque d’être inquiété puisque protégé par son plus grand supérieur hiérarchique, le gouvernement. D’ailleurs deux de ses collègues l’imitent, à croire que la connerie c’est contagieux ou que c’est inclus en option à la naissance chez certains.

Ça y est, les renforts arrivent ! Un van qui se met juste devant le premier, afin de cacher le contrôle et de limiter l’accès à celui-ci, dont les hommes sortent rapidement et se rapprochent de nous (la vilaine pression…) et un autre qui se met à quelques mètres, nous observant. Au cas où on aurait pas compris, les hommes de loi sont là, attention à nous. Cette fois on est un peu trop nombreux pour un contrôle d’identité, ils veillent juste au moindre faux-pas. D’ailleurs un copain commence à leur faire la morale, histoire d’échanger les rôles, sur le racisme d’état, leur foutu boulot de merde qui consiste à emmerder toute personne qui n’a pas assez l’air française. C’est pas le moment de déraper, sinon quinze CRS te tombent dessus pour outrage, reste calme, même si c’est pas facile d’accepter toute cette merde et de fermer sa gueule.

Comme si ça suffisait pas, voilà qu’un encagoulé apparemment engagé par le ministère de l’intérieur – même si c’est difficile à prouver puisqu’il cache son matricule avec son écusson CRS – confisque le téléphone d’une des personnes contrôlées. La PAF arrive, fourgon blanc banalisé, là ça sent pas bon du tout pour les copains égyptiens contrôlés, et ils l’ont très bien compris. Ça sent même la rafle à plein nez. L’un deux commence à protester. Paraîtrait qu’il sort déjà de centre de rétention. Par ici ça compte pas, tant qu’ils font leurs quotas de placements en CRA, peu importe le motif et si t’en sors tout juste (voir la Crazette n°15 de la Cimade pour plus d’histoires croustillantes sur les placements abusifs). Ils les embarquent, sans explication ni ménagement, traînant et secouant celui qui tente de protester. Salut les copains, bonne chance et désolé pour vous de ne pas avoir les bons papiers sur vous au bon moment…

On passera plus vite sur les suivants : dans les minutes qui suivent, la même équipe du monsieur avec sa cagoule qui cache son matricule contrôle un Monsieur noir à 10 mètres du précédent contrôle, plus proche de la gare. Le contrôle ne dure pas longtemps, il a des papiers en règle et parle français. Bel exemple de l’humiliation du contrôle au faciès. Encore une fois on a honte et on est désolés, mais probablement pas autant que lui.

Dans la foulée on reçoit un coup de fil, des copains français se font contrôler pas loin, près du parc Richelieu, par la fine équipe du cagoulé. La raison ? Ils filmaient un contrôle d’identité, celui de deux français pas blancs, ce qui n’est a priori pas interdit. Les deux personnes en question s’étaient déjà faites contrôler dix minutes avant.

Du coup pendant qu’ils contrôlaient les copains qui avaient filmé, les deux personnes contrôlées à l’origine s’indignaient devant les CRS des contrôles au faciès, sans qu’aucun d’entre eux ne semble choqué ni gêné de ce qu’ils font subir à longueur de journée à toutes les personnes dont la tronche ne leur revient pas parce qu’elle n’est pas 100% pur blanche. J’ai la foutue impression de me répéter. C’est toujours pareil. Police, contrôle des copains exilés, contrôle des copains français qui s’insurgent. Pas de contrôle du français blanc lambda. Jamais. Et puis quand t’entend ce même CRS cagoulé et cachant son matricule faire l’apologie d’Eric Zemmour et te dire que, vu qu’il se reconnaît dans son idéologie, il n’a absolument pas honte de faire son taf pourri et de contrôler les gens à leur gueule, ça y est là t’as vraiment envie de pleurer. Ou de l’allonger mais là tu prends des risques. Et puis le mec te sort le plus naturellement du monde que le port du matricule n’est plus obligatoire. Il ne répétera évidemment rien de tout ça quand on aura sorti nos caméras. On a la rage et le rire nerveux.

Un des copains toujours contrôlé se voit palper pour avoir utilisé son téléphone pendant le contrôle. La prochaine étape c’est quoi ? Au coin parce qu’on a parlé entre nous ? Ils font ça devant tout le monde, alors que le copain a demandé à ce que ce soit fait à l’abri des regards, comme le prévoit l’article R. 434-16 « Contrôles d’identité » du Code de déontologie de la police nationale et de la gendarmerie nationale : « chaque fois que les circonstances le permettent, la palpation de sécurité est pratiquée à l’abri du regard du public ». Et pour se payer notre tête jusqu’au bout, lorsqu’un copain demande à voir la réquisition du procureur pour ces contrôles d’identité, le chef accepte la requête sous condition de présenter une pièce d’identité, ce qu’il fait. Ce à quoi le CRS répond : «en fait le papier est dans l’autre camion !», voyez comme ils sont drôles. A se demander si CRS n’est pas le nom de la classe qu’il y a entre le CP et le CE1.

Bien sûr, étant tous français, avec des papiers en règles et n’ayant rien fait d’illégal, tout le monde repart libre. On a au moins la chance d’avoir les « bons » papiers.

Avant de partir, en montant dans son camion, la bête cagoulée nous gratifiera de quelques cris a priori porcins mais en tout cas assez difficiles à analyser. On a toujours pas saisi si c’était une blague islamophobe ou juste une manifestation de son instinct sauvage. Sans vouloir tomber dans la diffamation, peut-être un peu des deux. Dans tous les cas, j’ai vraiment eu pitié de lui à ce moment comme jamais dans ma vie. Même avec une cagoule je n’aurais pas osé. Même un cochon avec une cagoule n’aurait d’ailleurs probablement pas osé. On oubliera pas non plus, les recroisant dans leur camion un quart d’heure plus tard et ouvrant la fenêtre en nous voyant le à peine moqueur « bon appétit », le sourire aux lèvres visiblement contents et fiers d’avoir satisfait leurs besoins en plaisanteries et d’avoir finit la soirée sur une si bonne note.

Ce texte ne serait pas complet si nous n’ajoutions pas que, bien évidemment, sur toute cette fin d’après-midi et ce début de soirée des plus sympathiques, nous n’avons pu observer aucun contrôle d’identité d’une personne blanche. Et pourtant on en a passé du bon temps auprès des dépositaires de l’autorité publique ce jour-là. On est même retournés à la gare vers 22h30 23h pour surveiller les gendarmes qui surveillaient l’arrivée d’un train. Seuls des blancs en sont descendus, et l’un des gendarmes a laissé échapper un soupire d’ennui, disant qu’il se faisait vraiment « chier ». S’ils avaient envie de s’occuper ils auraient pu faire semblant de ne pas faire des contrôles qu’au faciès en contrôlant quelques voyageurs même s’ils avaient l’air de bon français. Mais non, apparemment ça ne fait pas partie de leur travail.

Le lendemain on recroisera une des deux dernières personnes dont nous avons filmé le contrôle, travaillant à la gare. Oui, on peut avoir le teint un peu foncé et être français, en règle et même travailler. Mais plus que ça on devrait aussi pouvoir être exilé et avoir le droit de circuler librement !

Mais à Calais en ce moment, si t’es pas assez blanc, faut te cacher pour échapper à la police et aux rafles. Le racisme d’Etat n’est pas prêt de s’arrêter, à tous de faire attention à ce qu’il ne dérive pas sur des pentes encore plus abruptes, n’oublions pas les Histoires.

Douce France…

Marseille : manifs, occupations devant l’Ofii. Des demandeureuses d’asile réclament un toit ! // Marseille: Asylum Seekers Demand a Roof!

ofii3Depuis le 3 Novembre, un groupe de demandeureuses d’asiles afghanNEs – rejoint rapidement par des soudanaisEs –  a décidé de manifester devant l’OFII de Marseille pour demander l’accès au logement au CADA <Centre d’accueil de demandeurs d’asile> aquel ils ont droit en tant que demandeurs d’asile, mais dont ils sont prive’s depous plusieurs mois (plus d’une année pour certains).

“Nous demandons l’application de nos droits en tant que demandeurs
d’asile en France. Nous n’avons pas de logement (alors que certains
d’entre nous sont là depuis au moins un an)”

Leurs revendications de droit au logement sont soutenues par le
collectif El Manba/Soutien Migrant.e.s 13, dans la foulée des actions
collectives menées récemment en faveur du logement des personnes
migrantes mises à la rue à la veille de la trêve hivernale (demandeurs
d’asile, mineurs isolés étrangers, sans-papiers).

chronique chronologique :

ofii-2

communiqué du 16 novembre:

Suite à la mobilisation de ce matin, L’OFII PROMET D’HÉBERGER LES DEMANDEURS D’ASILE SOUS 40 JOURS…
En attendant l’hiver commence et leur seule solution reste la rue !

Les demandeurs d’asile mobilisés ont rédigé un communiqué et souhaitent le partager :

” Sans réponse de l’OFII 10 jours après notre dernière mobilisation devant ses bureaux, nous nous sommes à nouveau rassemblés au 61 boulevard Rabateau ce matin-même, à partir de 10h, afin de demander le logement en CADA (Centre d’accueil des Demandeurs d’asile) auquel nous avons droit et dont l’attribution traîne depuis des mois (parfois plus d’une année).
Cette fois-ci nous avons pu nous entretenir avec le directeur de l’OFII, qui nous a dit avoir bien pris connaissance de nos revendications et nous a promis de nous proposer des solutions de logement dans les 40 jours à venir, à Marseille ou dans les alentours.
L’ensemble des personnes présentes, une cinquantaine, majoritairement des demandeurs d’asile afghans, pakistanais et soudanais, dont quelques familles, se sont identifiées sur une liste nominative en faisant référence à leur numéro de demandeurs d’asile.
Il va sans dire que durant ces 40 jours de recherche de solutions promises, nous n’avons toujours pas de solution d’hébergement : c’est le début de l’hiver et dans la rue, c’est la loi du plus fort que nous subissons.
Nous avons toutefois décidé d’accorder notre confiance au directeur de l’OFII, respectueux du travail de l’administration et du droit français. Réciproquement, nous attendons que nos droits soient aussi respectés et qu’il tienne les engagements pris à ce jour devant nous.
Dans 40 jours, nous ferons un nouveau point public de la situation pour les personnes signataires de la liste.
Le groupe d’Afghans.”
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Communiqué du 11 novembre:

Sans réponse de l’OFII à leurs revendications d’hébergement en ce début d’hiver, les copains demandeurs d’asile reconduisent leur mobilisation au 61 boulevard Rabateau.

Chacun est invité à venir les soutenir d’autant de manières possibles à partir de 10h ce matin! Thé, café, sandwichs, matos pour occuper la place!

Voici leurs revendications rédigées dans deux communiqués :

“Nous sommes venus ici pour demander un logement pour tous. En tant que demandeur d’asile en France nous avons le droit d’exiger une place en CADA. De même, nous avons droit à des cours de français. Nous somme toujours dans la rue, comment on peut faire pour passer l’hiver ? Nous attendons une solution de logement depuis des mois (de quelques mois jusqu’à deux ans) mais aucune solution a été trouvée. Nous allons continuer notre rassemblement ici et faire pression sur l’OFII et sur les institutions compétentes afin que nos revendications soient prises en compte.
Un groupe d’Afghans”

“Nous les personnes soudanaises, nous venons à l’OFII depuis un an et plus. Nous n’avons eu aucune réponse de la part de l’OFII depuis 10, 11, 9 mois. L’hiver arrive et nous habitons toujours dans la rue. Personne de nous a donné accès, ni à une maison, même temporaire, ni à l’école pour apprendre le français, ni à la gratuité des transports, ni à la carte de sécurité sociale. Pourtant ça fait partie de nos droits de demandeurs d’asile. Ce qu’on a c’est juste une adresse postale où on peut recevoir du courrier. Pourquoi ? C’est incompréhensible.
Le groupe soudanais”


 

communiqué du collectif Manba (CSM13) du 4 novembre en soutien à la mobilisation devant l’Ofii

Un toit c’est la loi…. Et l’hébergement d’urgence aussi. Pour toutes et tous, avec ou sans papiers. Depuis 2012, c’est même reconnu par le Conseil d’État comme un droit fondamental. Pour ce qui concerne les demandeurs d’asile, on y ajoute quelques textes, conventions et règlements. C’est un droit pour tou-te-s. Une obligation pour l’Etat. Sauf qu’en pratique, avec ou sans papiers, majeurs ou mineurs, Afghans Soudanais Syriens et autres demandeurs d’asile de tant de pays differents, avec ou sans bébé malade de 9 mois, tout le monde est à la rue. Hébergements jamais donnés, ou non renouvelés. Le 115 avec la gale et les puces. Restaient les squats… Ca, c’était avant que les squats ne soient expulsés.

Les humains viennent demander des comptes à l’OFII. La rue c’est la mort. L’hiver arrive. L’OFII décide qu’ils sont fermés. Ils ne dialogueront avec personne. Même pas une petite tentative, non. Wallou, mafichi, rien, niet, néant.

Les flics passent. Premier avertissement: il faut dégager le passage. Mais puisque le passage n’est pas encombré? Ça doit signifier qu’il faut dégager tout court. Rester invisible. Ne pas avoir le droit d’exister.

De Calais à Vintimille, de Paris à Marseille, la solidarité avec les migrants ne tarira pas. Ils font pousser des barbelés? Cultivons les tenailles! Pas un pas en arrière. Solidarité avec les demandeurs d’asile en lutte pour leurs droits!


communiqué du 3  novembre:

Un groupe de demandeurs d’asile afghans a décidé de manifester devant l’OFII de Marseille jeudi (aujourd’hui) pour demander l’accès au logement au CADA auquel ils ont droit en tant que demandeurs d’asile, mais dont ils sont privés  depuis plusieurs mois (plus d’une année pour certains).

“Nous demandons l’application de nos droits en tant que demandeurs d’asile en France. Nous n’avons pas de logement (alors que certains d’entre nous sont là depuis au moins un an). L’Etat français doit nous considérer comme n’importe quel autre réfugié et nous donner tout ce à quoi nous avons droit.
Le groupe des demandeurs d’asile afghans de Marseille ”

Leurs revendications de droit au logement sont soutenues par le collectif El Manba/Soutien Migrant.e.s 13, dans la foulée des actions collectives menées récemment en faveur du logement des personnes migrantes mises à la rue à la veille de la trêve hivernale (demandeurs d’asile, mineurs isolés étrangers,  sans-papiers).

A LEUR DEMANDE, SOYONS NOMBREUX A LES SOUTENIR !
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Pour rappel, notre collectif a déjà dénoncé à plusieurs reprises les manquements de l’Etat et des institutions en matière de logement, y compris quand il s’agit de mineurs isolés étrangers, et alors que le rythme  des expulsions des lieux occupés d’habitation s’accélère à Marseille (menées manu  militari et hors de tout cadre légal, sous les invectives racistes de la police).

Depuis plusieurs mois, il dénonce aussi le discours mensonger du gouvernement sur une prétendue politique d’accueil des exilés, servi en vernis à l’expulsion du  campement de Calais, alors qu’elle ne trouve aucune application dans la réalité,  bien au contraire, et que les libertés élémentaires des migrants sont de plus en  plus gravement atteintes.


En lien,  un son de la manif du premier jour ( 5 min) pour partager l’ambiance et la détermination.

Vous pouvez écouter aussi le début du journal de midi30 de vendredi sur galère où des manifestants sont venus raconter la situation et leurs revendications

Doc vidéo sur la manif du lundi 7 novembre (Primitivi)

 

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ENGLISH:

Since 3 November, a group of Afghani asylum seekers – quickly joined by Sudanese (asylum seekers) – has decided to demonstrate in front of the OFII of Marseille to request access to housing in the CADA (Reception Center for Asylum Seekers) to which they are entitled as asylum seekers, but of which they have been deprived for several months (more than a year for some).

“We demand the enforcement of our rights as asylum seekers in France. We do not have housing (although some of us have been there for at least a year).”

Their demands for housing rights are supported by the Collective El Manba/Soutien Migrant.e.s 13, in the wake of the collective actions recently carried out in favour of housing for migrant people (asylum seekers, isolated minor foreigners, undocumented migrants)  placed on the street on the eve of the “winter truce” (a pause in evictions in France during the winter months).

Chronology:

Statement of 16 November:

Following the mobilization this morning, OFII PROMISES TO HOST ASYLUM SEEKERS WITHIN 40 DAYS …
Meanwhile the winter begins and the street remains their only solution!

The mobilized asylum seekers have drafted a communiqué and wish to share it:

“Without a reply from OFII ten days after our last mobilization in front of their offices, we again gathered at 61 Boulevard Rabateau this morning, from 10 am, to request housing in CADA (Reception Center for Asylum Seekers) to which we are entitled and whose allocation has lagged for months (sometimes more than a year).
This time, we were able to talk to the director of the OFII, who told us that he had taken note of our demands and promised us to offer housing solutions in the next 40 days, in Marseille or surrounding area.
All those present, about fifty, mostly Afghan, Pakistani and Sudanese asylum-seekers, including some families, identified themselves on a list of names with reference to their asylum-seeker number.
It goes without saying that during these 40 days in search for promised solutions, we still do not have an accommodation solution: we are at the beginning of winter and in the street, we suffer under the law of the strongest.
We decided, however, to give our confidence to the director of the OFII, respectful of the work of French administration and law. In return, we expect our rights to also be respected and that he will fulfill the commitments made in front of us on this day.
In 40 days, we will make a new public point on the situation for the people signed up on the list.
The group of Afghans.”
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Statement of 11 November:

Without response from the OFII to their demands for accommodation at the beginning of winter, the asylum seeker friends renew their mobilization at 61 Boulevard Rabateau.

Everyone is invited to support them in as many ways as possible from 10am this morning! Tea, coffee, sandwiches, materials for occupying the place!

Here are their claims written in two statements:

“We have come here to demand housing fall all. As asylum seekers in France, we have the right to demand a place in CADA, likewise, we have the right to French language courses. We
We are still in the street – how can we spend the winter? We are waiting for a housing solution for months (from a few months to up to two years) but no solution has been found. We will continue our gathering here and put pressure on the OFII and the relevant institutions so that our demands are taken into account.
A group of Afghans ”

“We, the Sudanese people, have come to the OFII for a year and more. We have had no response from OFII for 10, 11, 9 months. The winter is coming and we still live in the street. No one has given us access, neither to a house, even a temporary one, nor to a school to learn French, neither to the free transportation, nor to the social security card. Yet, it is part of our rights as asylum seekers. What we have is just a mailing address where you can receive mail. Why? It’s incomprehensible.
The Sudanese group”
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Statement from the Collective Manba (CSM13) of 4 November in support of the mobilization infront of the OFII

A roof is the law …. And emergency accommodation too. For all, with or without papers. Since 2012, it is even recognized by the Council of State as a fundamental right. As far as asylum seekers are concerned, there are some added texts, conventions and regulations. It is a right for all. A duty of the State. Except that in practice, with or without papers, adults or minors, Afghanis Sudanese Syrians and other asylum-seekers from so many different countries, with or without a sick 9-month-old baby, everyone is out on the street. Accommodations never given, or not renewed. The 115 <accomodations> with scabies and fleas. There remained squats … That was before the squats were evicted.

The humans come to hold the OFII accountable. The street is death. Winter is coming. OFII decides that they are closed. They will not talk to anyone. Not even a small attempt, no. Wallou, mafichi, nothing, niet, nil.

The cops go by. First warning: you have to clear the passage. But since the passage is not blocked? It must mean that you have to simply go away. Stay invisible. Not having the right to exist.

From Calais to Ventimiglia, from Paris to Marseille, solidarity with migrants will not dry up. Are they growing barbed wire? Grow the pincers! Not a step back. Solidarity with asylum seekers fighting for their rights! ———————————————————————————————–

Statement of 3 November:

A group of Afghan asylum seekers decided to protest before the OFII in Marseilles on Thursday (today) to request access to housing in the CADA (Reception Center for Asylum Seekers) to which they are entitled as asylum seekers, but of which they have been deprived for several months (more than a year for some).

“We demand the enforcement of our rights as asylum seekers in France. We do not have housing (although some of us have been there for at least a year). The French state must consider us like any other refugee and give us everything we have a right to.
The group of Afghan asylum seekers in Marseille ”

Their demands for housing rights are supported by the Collective El Manba/Soutien Migrant.e.s 13, in the wake of the collective actions recently carried out in favour of housing for migrant people (asylum seekers, isolated minor foreigners, undocumented migrants)  placed on the street on the eve of the “winter truce” (a pause in evictions in France during the winter months).

AT THEIR REQUEST, BE NUMEROUS TO SUPPORT THEM!
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As a reminder, our collective has already repeatedly denounced the State’s and institutions’ failures to provide housing, including in the case of unaccompanied foreign minors, and whereas the pace of evictions from occupied dwellings accelerates in Marseille (carried out in a military manner and out of any legal framework, under racist the insults from police).

For several months we have also denounced the government’s deceitful rhetoric about an alleged policy of welcoming the exiles, served in vain for the eviction of the Calais camp , whereas it finds no implimentation in reality; quite the contrary, and that that the basic freedoms of migrants are increasingly seriously violated.
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A link to the sounds of the first day (5 min) to share in the atmosphere and determination.

You can also listen to the beginning of the Friday midi30 new on galère, where protesters came to tell the situation and their demands.

Doc video on the demonstration of Monday 7 November (Primitivi)

Expulsion et démantèlement. Humanité et Libertés.

Nous sommes un peuple, celui du Monde. Nous sommes Humains et Libres. C’est du moins ce que dit de nous la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Nous sommes tous Égaux. Et pourtant seuls certains d’entre nous avons fui la guerre, les violences, les conflits, l’exploitation.

Jungle, Calais, Février 2016

Éviction de la zone Sud en février, ayant provoqué violences et incendies en grand nombre.

C’est pour cela que nous sommes partis de chez nous. C’est pour cela que nous sommes venus chercher Refuge ailleurs. Parce que nous n’avions pas le choix. Pour sauver nos vies ou notre intégrité, nos enfants et nos familles, et tout simplement parce que nous voulons vivre en Paix. Sans avoir à se soucier chaque jour de qui sera le prochain à mourir, à être enfermé, torturé, violé, laissé pour mort après un prélèvement d’organe destiné au marché noir. Nos villes et nos villages sont détruits, pillés, ou à tour de rôle pris et repris par différents groupes armés ou pris à parti par diverses milices, ou encore surveillés, fermés, contrôlés.

C’est pour cela que nous nous battons aux côtés les uns des autres pour être reconnus, entendus, protégés, finalement juste pris en compte dans l’équation du Monde au même titre que l’économie et le commerce le sont, à l’heure actuelle bien plus que nous, Vies et Êtres-humains exilés de force.

Nous sommes tous Humains, Libres et Égaux. Et pourtant seuls certains d’entre nous nous apprêtons à vivre une nouvelle expulsion. Un nouveau démantèlement. A Calais. Précisément là ou de nombreuses expulsions ont déjà eu lieu, toutes aussi violentes et inutiles que les autres, vu le “succès” qu’elles ont eu qui n’a été que de très courte durée. En effet, chaque expulsion s’est vue vouée à l’échec par la réinstallation très rapide de certains d’entre nous à de nouveaux endroits, plus ou moins proches du lieu précédent. Les caractéristiques communes de ces expulsions sont d’avoir été inutiles, d’avoir précarisé nos situations en nous dispersant et compliquant l’accès à l’aide associatif ou humanitaire ou solidaire et de nous avoir contraint à subir encore et toujours plus de violences, physiques des forces de l’ordre et psychologiques par le seul fait de l’expulsion de nos lieux de vie. Habitations que nous mettons beaucoup de temps à trouver, construire, améliorer et que nous perdons alors même que nous en avions fait des places un peu moins précaires et un peu plus sédentaires au fur et à mesure du temps. Ces évictions et cette précarisation favorisent aussi l’implantation des passeurs et autres mafias en augmentant la peur d’un démantèlement et donc nous rendant prêt à payer pour traverser avant un éventuel démantèlement.

Alors non, nous n’aimons pas la Jungle ni ce qui s’y passe. Non, nous ne voulons pas vivre dans un bidonville que l’État français fait tout pour rendre nauséabond et invivable. En concentrant 10 000 personnes sur la moitié du terrain qui en abritait avant très peu d’entre nous, en laissant toilettes et points d’eau aussi peu nombreux que quand nous étions 2 000, 3 000 ou même 5 000, en nous nuisant le plus possible en venant sur le camp avec des dizaines de CRS, en mettant la pression sur les shops et restaurants pour qu’ils ferment alors même que les besoins en nourriture et en places sociales sont insuffisants, en nous enfermant dans une Jungle devenue ghetto à l’aide de murs, barrières, grillages et barbelés, nous isolant et nous cachant du reste de la population calaisienne. Population qui, bien sûr, au vu des politiques mises en place, prend peur, puisque nous sommes traités comme des criminels par le gouvernement et les forces de l’ordre. Alors que nous aurions eu besoin de la solidarité de plus de Calaisiens encore que celle que nous avons eu, l’État a tout fait pour qu’elle se développe le moins possible. En gazant l’intégralité du camp, où vivent femmes et enfants, à chaque tentative d’intrusion sur la rocade alors qu’un No Man’s Land de 100 mètres de large a été mis à disposition des forces de l’ordre pour cela, dans le seul but de pouvoir nous gazer en masse. En laissant les violences policières avoir cours à Calais et partout alentours, sans qu’aucun policier ne soit inquiété de ses actes, quand bien-même il s’en soit pris à un de nos enfants de 10 ans à l’aide d’un flashball à bout portant. Alors non, nous ne voulons pas vivre dans un endroit où les mafias ont leur place, dans un endroit où la prostitution de force par les passeurs et les agressions sexuelles vont bon train. Non, nous ne voulons pas vivre dans un endroit comme celui-là, évidemment.

Mais nous ne voulons pas non plus avoir à subir une éviction, la police qui nous sort de chez nous de force, nous maltraite et nous force à monter dans des bus. Nous ne voulons pas non plus d’une violence psychologique qui consiste à nous obliger à demander l’asile en France et à rejoindre les Centres d’Accueil et d’Orientation dispersés un peu partout en France, avec la menace de nous déporter dans notre pays d’origine si nous ne nous y plions pas.

Notre ancien chez nous où, bien évidemment, nous ne serons pas en sécurité et d’où nous repartirons, quitte à refaire le voyage une deuxième fois, comme cela est déjà arrivé à bon nombre d’entre nous. Refaire le voyage une deuxième fois, subir de nouveau les passeurs, les travaux forcés et la prostitution pour payer le passage, la torture et la séquestration, le passage en mer qui voit des milliers d’entre nous mourir sous nos yeux, noyés et dont aucun gouvernement ne se souviendra. Mais nous nous souviendrons. Nous pleurerons. Puis nous repartirons, traumatisés par la mort vue de si près, du moins pour ceux qui ne sont pas morts, parce que le chemin est encore long avant de trouver un endroit où nous serons acceptés et où nous pourrons de nouveau Vivre. En sécurité. Vivre ensemble. Nous et Vous.

Nous ne voulons pas d’un démantèlement, car nous voulons avoir le choix. Nous voulons avoir le choix d’aller où bon nous semble. Nous voulons pouvoir disposer de notre vie comme nous le souhaitons, car cela fait bien trop longtemps que nous n’avons plus pu être Libres. Ceux d’entre nous qui veulent rester en France et qui y ont possiblement déjà demandé l’asile seront peut-être contents de partir d’ici. Mais nous savons bien qu’ils peuvent être déportés s’ils ont leurs empreintes dans un autre pays européen. Nous savons bien qu’ils peuvent finalement être déportés dans leur pays d’origine si leur demande d’asile est refusée. Ceux d’entre nous qui veulent aller au Royaume-Uni ne veulent pas être forcés de demander l’asile en France. Parce qu’ils parlent anglais, qu’ils ont de la famille ou des amis là-bas, ou juste parce qu’ils aiment l’Angleterre. Parce que quand-même, qui un jour a décrété qu’un endroit sur terre lui appartenait à lui seul et à ceux qu’il daignerait accepter ? Pourquoi nous qui nous exilons ne pouvons pas choisir l’endroit que nous aimons pour nous installer ? Il nous paraît évident que nous serons d’autant plus acceptés et acceptables pour l’endroit qui nous accueillera si nous l’avons choisi et que nous souhaitons de tout cœur nous y intégrer.

Dans tous les cas nous ne voulons pas d’un démantèlement, car celui-ci implique arrestations, expulsions et déportations. La police a d’ailleurs des quotas de 80 arrestations parmi nous par jour en ce moment. Croyez-vous vraiment que si nous avons fait tout ce chemin pour fuir l’horreur nous ne reviendrons pas si vous nous renvoyez ? Croyez-vous que si vous nous déportez dans un pays européen où nous avons nos empreintes mais où nous avons aussi été battus par la police, pris à partie par des groupes fascistes, ou sans aucune chance d’obtenir des papiers, nous y resterons sans broncher ? Croyez-vous que nous soyons prêt à subir à vie l’horreur, que ce soit chez nous ou quelque part sur la route ? Non. Non, non et non. Nous essaierons toujours d’aller là où nous voulons aller, pour une raison ou pour une autre. Parce que nous n’avons plus rien à perdre et que là où nous en sommes, nous sommes prêts à tout pour aller là où nous pensons pouvoir être en sécurité. Parce que nous sommes prêts à tout pour pouvoir être Libres de nouveau.

Et même si certains d’entre nous finirons par demander l’asile en France car contraints et forcés au risque d’être déportés si nous refusons, nous savons tous aussi bien que vous que les suivants qui viendront avec pour but de rejoindre le Royaume-Uni se réinstalleront, ici ou pas loin, ensemble ou dispersés. Et vous savez bien qu’il est plus compliqué de venir en aide à des petits groupes de personnes qu’à un regroupement dans un endroit prévu à cet effet. Qu’il est aussi plus difficile de s’auto-organiser et de s’entraider quand on est peu nombreux. Vous le savez et c’est pour cela que vous souhaitez le faire, en espérant que la difficulté d’être aidés dissuadera nos successeurs de revenir ici. Mais votre erreur est là depuis 20 ans. Non, cela ne les dissuadera pas, cela ne nous dissuadera pas. Et d’autant moins que les raisons qui nous ont fait partir de chez nous ne sont pas prêtes de se tarir et que nous ne sommes pas sur le point d’arrêter de venir du jour au lendemain. Nous prendrons juste de plus en plus de risques pour venir. Toujours plus de risques, toujours plus de morts. Ce qui ne constitue toujours pas une invasion au regard des pourcentages d’exilés sur vos territoires comparé à d’autres pays, comme le Liban, la Jordanie, la Turquie etc. Alors ne prenez pas peur et accueillez nous là où nous le voulons. La Suède a d’ailleurs récemment prouvé que l’accueil des exilés était un facteur économique positif , profitez-en puisque c’est cela qui vous fait le plus peur. Même si l’accueil et notre liberté de circulation ne devraient pas être subordonnés à des problèmes économiques, étant donné la liberté de circulation quasi complète qui existe pour le commerce et ceux qui ont le “bon” passeport.

Nous savons qu’à propos de ce démantèlement vous avez dit qu’il serait à vocation humanitaire, non violent et personnalisé. Mais nous n’y croyons pas. Nous sommes plus de 10 000 avec chacun une situation différente, des envies différentes et des réactions différentes à ce qu’on nous fait subir. Nous savons que l’évacuation de 10 000 personnes d’un lieu, et surtout celui-ci, ne pourra se passer sans violence, physique ou psychologique, de la part des forces de l’ordre. Nous savons que ce qui est proposé, monter dans des bus en direction de CAO éparpillés partout en France, sans certitude ni promesse écrite de votre part concernant le non renvoi vers d’autres pays européens des personnes dublinées, ne nous conviendra pas à tous. Nous savons que certains d’entre nous partiront avant, sans savoir ou aller, car ne voudront dans tous les cas pas demander l’asile en France.

Ce que nous voulons, c’est pouvoir être tous accueillis et protégés, là où nous le voulons, en France ou au Royaume-Uni pour ce qui concerne ceux d’entre nous bloqués à Calais. Nous voulons avoir un endroit où vivre en sécurité, où vivre tout simplement. Nous voulons que l’Europe nous accueille car elle le doit sur le plan Humain et le peut sur le plan économique. Nous voulons participer à votre vie sociale et économique. Nous voulons travailler. Nous voulons que ceux qui ne nous aime pas puissent nous rencontrer et avoir la possibilité de se rendre compte que nous ne sommes ni des terroristes, ni des criminels, ni des voleurs, ni des pauvres misérables.

Nous sommes tous Humains, nous sommes tous Libres, nous sommes tous Égaux et nous le dirons aussi longtemps que nécessaire, jusqu’à ce que nous puissions disposer de notre Liberté de circulation à travers les frontières, et jusqu’à ce que vous nous donniez la possibilité de Vivre. De Vivre vraiment, dignement, sans nous considérer comme du bétail qu’on bouge au gré des saisons et des envies, avant de l’envoyer à l’abattoir. Ce qu’on a désespérément l’impression d’être à vos yeux.

Le Home Office (ministère de l’intérieur britannique) annonce tranquillement la privatisation à hauteur de £80 million de la sécurité des frontières à Calais

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Pendant que les plans du Royaume-Uni pour le « Super Mur de Calais » font la une, une plus importante affaire de sécurité à Calais s’est traitée silencieusement et sans être remarquée : la privatisation à hauteur de £80 million d’une bonne partie de la sécurité des frontières dans le Nord de la France.
Sans tambour ni trompettes, le Home Office a fait paraître une annonce sur le site européen public « TED » le 9 Juillet 2016 [ http://ted.europa.eu/udl?uri=TED:NOTICE:241269-2016:TEXT:EN:HTML&src=0 ]. C’était un appel d’offres pour un contrat estimé à £80 million afin de pourvoir des postes pour « 40 agents de fouille assermentés, 24 heures par jour, 365 jours par an » pour la société Eurotunnel et pour les ports de Calais et Dunkerque. Trois des personnels en service doivent aussi être qualifiés comme « agents de surveillance de détenus », responsables de détenir, dans les aménagements du Home Office présents dans les ports, les migrants arrêtés avant qu’ils soient livrés à la police aux frontières française.

C’est déjà de loin le plus gros contrat de sécurité privée annoncé pour Calais. Cela annonce aussi une privatisation de masse de la sécurité des frontières : ces emplois sont actuellement tenus par des agents de la Border Force du Home Office. Il existe une exception pour les aménagements de détention de l’Eurotunnel et de Dunkerque. C’est déjà sous-traité à Tascor, une filiale de Capita, étant une partie d’un autre énorme contrat de sécurité aux frontières pour toutes les « escortes » des déportations et les aménagements de détention à court terme. Un nouvel appel d’offres est actuellement aussi en cours pour ce contrat. Le Home Office a aussi de plus petits contrats privés à Calais pour la sécurité comme les maîtres-chiens, contrat gagné par une entreprise dénommée Wagtail, et avec l’entreprise de sécurité EDS Cork à Dunkerque.

La date limite des candidatures pour le nouveau contrat, gigantesque celui-là, a expiré le 18 Août. Il n’y a pas eu d’annonce pour l’instant sur qui remporte le jackpot de la garde des frontières. A côté de Tascor, les autres fournisseurs privilégiés du Home Office incluent G4S, Seco, Mitie et GEO, qui gèrent tous des centres de détention sur le territoire du Royaume-Uni.

En détails, le contrat comprend :

« Fouille de véhicules (de fret et de tourisme), fouille de personnes, détention et services d’escorte. Il est demandé au fournisseur de prévoir des équipes d’agents de fouille assermentés qui : fouilleront les véhicules en utilisant la technologie de détection ou en travaillant en collaboration avec un autre fournisseur contracté pour fournir des équipes de chiens de détection ; et des fonctions d’escorte qui peuvent requérir la détention d’un individu, pour une période qui est aussi courte que raisonnablement nécessaire et qui n’excède pas 3 heures, en attendant l’arrivée d’un agent de la Border Force ou toute autre autorité à qui l’individu doit être livré. »

Voici quelques unes des plus importantes annonces de financement au sujet de la “sécurité” de Calais au cours des dernières années, dont la somme n’atteint pas 80 millions de livres mais qui permettent de contextualiser celle dont il est question ici :

De l’huile sur le feu

Comment (presque) provoquer une émeute, ou la police française dans la Jungle

 

Mardi dernier la police de Calais a créé un dangereux mouvement en mettant de l’huile sur le feu pour faire s’embraser les violences dans un moment déjà très tendu sur la Jungle. Si les violences éclatent, l’Etat aurant du sang sur les mains. Pour l’instant, les différentes communautés de la Jungle se sont refusées à mordre à l’hameçon que l’Etat leur tend.

Dans la nuit du Lundi d’avant, une bagarre a explosé sur l’autoroute près de Marck, principalement entre des groupes d’Afghans et de Soudanais tentant de faire la traversée pour le Royaume-Uni. La police est intervenue avec des canons à eau pour disperser la foule. Dans le courant de la nuit, 15 Soudanais ont été hospitalisés, dont un blessé gravement, et un a été tué. Les circonstances exactes entourant sa mort restent floues.Mardi, une bande d’au moins 20 policiers – des CRS et la Police Judiciaire – sont entrées dans la Jungle vers 18 heures. Ils ont marché jusqu’à l’intersection sur la rue principale, où les quartiers Soudanais et Afghans se rejoignent, se sont mis en formation, les armes prêtes à servir et semblent avoir affiché une seule photo sur  le mur d’un bâtiment.

La photo était apparemment un gros-plan de l’homme tué la nuit d’avant. Mort, donc.

Les policiers sont réstés en formation et regardaient, l’un deux filmant les passants. Ils ont ensuite continué leur défilé à travers la Jungle, pour enfin se retirer et se cacher dans le parc à containers de La Vie Active, protégés par les grillages et les vigiles de la sécurité privée entourant celui-ci. Avant de partir, se démarquant car filmé par un militant, un des hommes de la Police Judiciaire a physiquement menacé le militant, l’agrippant pendant qu’un de ses collègues l’avertissait lui de vive voix en lui disant “take care” à 3 reprises d’un air effrayant.

Une fois les policiers partis, les tensions ont commencé à augmenter. Les conversations se répandaient dans la jungle comme une traînée de poudre. Les groupes habituels de deux ou trois personnes sur la rue principale étaient remplacés par des groupes beaucoup plus gros – cinq, dix, quinze – principalement rassemblés par nationalité.

L’insulte et l’indignation étaient particulièrement palpables dans le quartier soudanais. Un de leurs frères avait été tué la nuit précédente et la police ajoutait insulte et manque de respect à la tragédie, photographiant le mort et l’affichant ensuite en plein milieu de la place pubique, comme une menace imminente ou un trophée exhibé à travers rues.

Des Africains de différentes nationalités ont commencé à se rassembler et les Afghans, munis de battes de cricket, de tuyaux et de planches de bois, ont commencé à emplir les rues, fourmillant, les tensions augmentant encore.

Etrangement, l’après-midi s’est terminée dans un calme relatif, bien que le risque de violences était loin d’être terminé. Plusieurs informations concordaient à dire que les représentants communautaires ont entrepris de désamorçer les tensions avant qu’elles ne se transforment en violences sérieuses. Tandis que les tensions latentes entre les différentes communautés de la Junglesont sans-cesse exacerbées par l’Etat, via les démantèlements et la surpopulation qui en résultent, l’intervention de la police concernant ce meurtre semblant au mieux profondément irresponsable, voire franchement criminel au pire.

Quoi qu’il en soit des circonstances de la mort de cet homme, afficher une photo d’un corps, mort, dans un endroit public à la jonction géographique entre les deux premières communautés impliquées est une insulte à la personne décédée et à la communauté. C’est également une incitation à la violence.

Comme répandre des rumeurs pour entretenir les tensions existantes, les agissements de la police semblent avoir eu clairement pour but d’inciter la violence dans la Jungle, comme cela était arrivé en février. Après l’affichage de la photo, ils sont partis, invisibles. Ils ont mis le feu aux poudres avant de s’enfuir.

L’absence de violence après le décès de l’homme Soudanais et les “investigations” (si on peut appeler cela comme ça) de la police qui suivirent sont la preuve d’une maturité collective réussissant à gagner malgré les circonstances largement défavorables. Les agissement de la police ont fourni, plus que le bois, aussi la poudre et l’étincelle pour mettre le feu dont on n’est vraiment pas passé loin. Avant que la police ne s’en mêle, la violence entre les communautés était une possibilité bien réelle ; après leur intervention elle semblait presque inévitable. Néanmoins le moment est passé. Correctement.

Bien sûr, la police niera toute mauvaise intention et soutiendra qu’ils enquêtaient juste sur le décès de la nuit précédente et cherchaient des témoins ou de nouvelles informations (en accrochant une photo sans donner d’explications à personne ni poser de questions, oui c’est comme ça qu’on enquête en France apparemment). Mais certaines pratiques ne doivent pas être passées sous silence. La police et la préfecture savent que le nettoyage (le démantèlement comme on l’appelle pour rester courtois) de la Jungle rencontre de nombreux obstacles, autant à cause des gens vivant ici que des retombées politiques de l’action lourde qu’une éviction majeure provoquerait inévitablement.

Si la colère ambiante de 9 000 personnes (sur)vivant dans des conditions bien souvent inhumaines peut être utilisée comme un outil pour, de un, détruire des morceaux de la Jungle par elle-même (à travers émeutes, incendies volontaires, etc.) et comme un prétexte pour, de deux, intensifier les violences policières, alors la police fera très certainement de son mieux pour exploiter et encourager cette colère. Ce qu’ils ont fait Mardi à la perfection.

Ce qui, ce Mardi, aurait pu apparaître comme l’une des plus innoffensives interventions des flics dans la Jungle, n’est vraiment pas passé loin de devenir l’une de leurs plus destructrices. Jusqu’à présent, l’équilibre a tenu malgré d’immenses conflits. Mais s’il se rompt, l’Etat français aura du sang sur les mains.

Jusqu’au bout ils essaieront de tuer la vie.

ENGLISH BELOW. Calais. La Jungle. Dimanche 07 Août 2016.

On pourrait faire une encyclopédie des idées de notre gouvernement pour anéantir toute forme de vie sociale dans cette enclave française. À croire qu’après avoir traversé terres et mers, et perdu déjà une bonne partie de sa vie à fuir à peu près tout ce que beaucoup fuiraient aussi, on serait voué à toujours se noyer, mourir, souffrir parce que l’Europe (et la France dans notre cas) en a décidé ainsi. Jusque là rien de neuf.

Leur dernière trouvaille en date – j’ai l’impression d’avoir déjà entendu et dit ça mille fois – c’est le harcèlement policier des nombreux shops et restaurants du camp. Tous les jours, ou presque, ils sont là. Armes au poing, pointées à seulement un ou deux mètres de ceux qui sont là et qui regardent complètement désabusés, ils font leur petite promenade quotidienne.

Deux hommes prenant tranquillement le soleil, comme si de rien n'était le lance-grenade lacrymogène à la main.

Deux hommes prennent tranquillement le soleil le lance-grenade lacrymogène à la main, comme si de rien n’était. Il fait beau non ? C’est parti pour une tournée des bars ! Ah, non, des restos, pardon…

 

Un CRS probablement mis en danger par le photographe, Cow-boy de notre gouvernement. C'est vrai que là on se sent en sécurité.

Un CRS, ou plutôt un cow-boy (il y a un petit air de Lucky Luke, vous trouvez aussi ?), probablement mis en danger par le photographe. C’est vrai que là on se sent en sécurité. Et les usagers des restaurants du camp juste de l’autre côté de la route doivent aussi se sentir super bien !

Ils sourient. Ils se parlent et rient bruyamment, méprisant tous ceux qui vivent ici, bien loin de leurs vies et leurs priorités de bon petit CRS ou policier obéissant qui me donnent envie de vomir rien que d’y penser.

Des policiers, ainsi qu'un homme, probablement des services de contrôles sanitaires (il ne s'est pas présenté), qui ont franchement l'air de bien s'amuser.  Faut bien vous reconnaître le droit à la détente, pauvres policiers de mon pays, toujours armés mais victimes ! M'enfin là vous êtes quand même un peu désobligeants,, moqueurs, insultants, blessants et violents !

Des policiers, ainsi qu’un homme, probablement des services de contrôles sanitaires (il ne s’est pas présenté), qui ont franchement l’air de bien s’amuser.
Faut bien vous reconnaître le droit à la détente, pauvres policiers de mon pays, toujours armés mais victimes ! M’enfin là vous êtes quand même un peu désobligeants, moqueurs, insultants, blessants et VIOLENTS (comme toujours) !

C’est vrai qu’avoir une arme à la main c’est marrant.

C’est vrai que l’exil c’est marrant.

C’est vrai que la faim c’est marrant.

Et la promiscuité.

Et la saleté.

Etcetera, tout le monde a compris de quoi on parle.

Mais ce qu’il y a de plus poilant c’est quand même, après tout ça, de réussir encore à leur rendre la vie toujours plus dure, et à les enfoncer plus bas que terre. Ça met clairement du fun dans leur existence autant que dans celle des individus malsains composant notre gouvernement et nos « autorités » (autorité qu’ils ont d’ailleurs perdue depuis bien longtemps, bien qu’ils essayent de nous faire croire le contraire en employant systématiquement la violence, quelle que soit sa forme).

La violence à l'état pur : quand on vient d'Afghanistan, du Soudan, d'Erythrée, d'Ethiopie, de Syrie ou du Pakistan, déjà traumatisé par les morts, les combats, les traversées maritimes et les frontières, avec des forces de sécurité très accueillantes dans les Etats traversés, ça doit rappeler des bons souvenirs une intrusion quasi militaire à sa porte !

La violence à l’état pur : quand on vient d’Afghanistan, du Soudan, d’Erythrée, d’Ethiopie, de Syrie ou du Pakistan, déjà traumatisé par les morts, les combats, les traversées maritimes et les frontières, avec des forces de sécurité très accueillantes dans les Etats traversés, ça doit rappeler des bons souvenirs une intrusion quasi militaire à sa porte (et pour fermer des restaurants, attention c’était nécessaire) ! Ils sont vraiment méchants ces migrants, là, les bras croisés, ils font si peur qu’on leur braque dessus une arme qui n’est pas si agréable que ça, et encore moins à bout portant. Mais bon, pour beaucoup ils connaissent déjà ce que ça fait, alors si c’est banal pour eux, c’est pas grave. Et tant mieux, pas de surprise…

Donc, si vous n’êtes pas perdus après cette bonne tranche de rigolade, on ferme la parenthèse.

Depuis deux semaines, la préfecture envoie ses troupes visiter les shops et restaurants du camp. Au programme, au choix ou tout à la fois, on trouve : fermetures, arrestations (de n’importe qui puisqu’il n’y a ni propriétaire, ni responsable, ni vendeur à l’arrivée du contingent armé), vols et/ou destructions de biens (y compris de ce qui n’a aucun rapport avec l’activité de commerce « illégale », comme la destruction de toutes les ampoules visibles), saisies, convocations et autres cadeaux en tous genres.

Ils sont là, les CRS pleins de professionnalime qui représentent si bien notre gouvernement ! Mission accomplie parfaitement ! Le téléphone personnel pour prendre des photos, ça leur est pas aussi interdit par la loi ? Si, mais eux ils sont au dessus des lois. Et les migrants en dessous. Invisibles. Beau pays, belle mentalité.

Ils sont là, les CRS pleins de professionnalime qui représentent si bien notre gouvernement ! Mission accomplie parfaitement ! Le téléphone personnel pour prendre des photos, ça ne leur est pas interdit par la loi ? Si, mais eux ils sont au dessus des lois. Et les migrants en dessous. Invisibles. Beau pays, belle mentalité. En tout cas faut pas s’étonner qu’ils s’investissent en tant que casseurs à leur tour, pas en manif, certes, dans les restaurants des étrangers. C’est mieux et plus acceptable…

Les raisons, puisqu’il fallait qu’ils en trouvent, sont la concurrence déloyale aux commerces calaisiens, l’insécurité sanitaire des aliments servis et l’illégalité fiscale de ces lieux.

D’accord, on n’a rien à redire. Ah, si !

Une voix me dit que, en fait : d’abord, le Lidl et d’autres commerces du coin (légaux, ceux-là) doivent se frotter les mains depuis la création et l’augmentation de la population du camp, puisque beaucoup d’habitants de la Jungle ainsi que de commerces s’y approvisionnent. Et si les commerçants de Calais acceptaient les ennemis publics que sont les exilés, la question se poserait aussi moins. Du coup on aimerait savoir à qui ils font de la concurrence.

Ensuite, une interrogation se pose : est-ce que tous les Quick de France – ainsi que les autres « restaurants » aux conditions d’hygiène et de production horriblement similaires – ont été fermés après qu’un enfant y ayant mangé ait de ce fait et malheureusement trouvé la mort ? Vous connaissez la réponse. Ici ils évoquent des hospitalisations, dont personne n’a d’ailleurs jamais entendu parlé, pour pouvoir utiliser la santé des migrants et des bénévoles comme raison sanitaire à tout cela. Bon, on ne va pas se mentir, c’est bien la première fois qu’ils se soucient de la santé des migrants ! S’agissant d’un accident vasculaire cérébral, le médecin hospitalier répondra que sans demande d’asile en France il ne peut rien faire à part donner de l’aspirine, pour la pire de toutes les histoires de ce type. Bref, tout le monde ici vous le dira, on a vraiment peur des rats et des toilettes, dont le nombre diminue alors que la population augmente (logique gouvernementale), dont le nettoyage se fait rarissime et qui sont, à l’heure où ces lignes sont écrites, toutes affreusement sales et débordantes (pour rester poli). Mais sûrement pas de la cuisine des restaurants ! Leurs cuisines sont pour la plupart plus propres et présentables que celles du dernier Flunch que vous avez visité. D’ailleurs ceux qui ont fait l’expérience d’une hospitalisation en France vous le diront, ils préfèrent qu’on leur propose des plats des restaurants du camp plutôt que de perdre plusieurs kilos en quelques semaines car la nourriture de l’hôpital est immangeable. Et la même chose vous sera dite concernant les plats servis au centre d’accueil Jules Ferry : combien de fois au cours de discussions on a pu entendre que même un chien n’en voudrait pas, et que s’ils n’avaient pas aussi faim ils n’oseraient même pas y toucher… Et si on les laissait s’équiper, il ne fait aucun doute qu’ils feraient de belles cuisines qui brillent pour que les français ne se sentent pas trop dépaysés. Si ce n’est pas blanc et que ça ne brille pas la cuisine d’un resto, c’est que c’est sale ! On apprend ça à l’école de la République, non ?

Quand à l’irrégularité des restaurants, voilà un argument infaillible de la préfecture ! Des commerces illégaux avec des usagers indésirables dans un endroit qui n’a rien de légal du point de vue de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, de la loi française et européenne, des accords, conventions et traités internationaux. Ça fait sens ! Il faudrait que des personnes jugées indésirables et qu’ils veulent illégales, qu’ils essayent par tous les moyens possibles de dissuader de rester en France en leur faisant subir toute la violence républicaine, physique et psychologique, fassent les démarches administratives pour pouvoir ouvrir un commerce qui servirait à d’autres indésirables. Cherchez bien, là encore il doit y avoir une logique. Si nos élus pouvaient nous aider à la trouver, elle doit être cachée en dessous de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qu’ils n’ont jamais lue !

Quand j’entends leurs arguments de légalité, et fiscale qui plus est, je n’arrive pas à enlever cette petite voix qui finalement crie très très fort dans ma tête : « Les Droits de l’Homme, la Constitution française, la loi française, la loi européenne, la Convention de Genève et le reste, quelqu’un de chez vous s’est préoccupé de l’appliquer ici avant d’essayer d’appliquer le droit fiscal ? ». « Vous » c’est elle, la gauche qui continue à faire perdre tout leur sens aux mots « socialisme », « démocratie » et « liberté ». On n’avait vraiment pas besoin de ça.

Depuis quand les droits à appliquer sont ils sélectifs ? Depuis quand peut-on imposer des devoirs à ceux à qui on ne donne aucun droit ? Des droits et des devoirs, elle est là la plus grande blague qu’on nous enseigne depuis la maternelle.

Les Etats, la France et l’Angleterre, par leurs erreurs volontaires sont les premiers responsables de la création de ce lieu. L’arrivée de commerces était inéluctable et ils sont nécessaires à la survie des quelques 7000 (8000, 9000 aujourd’hui ? Qui sait le chiffre que nous donnera le prochain recensement…) personnes qui (sur)vivent ici. Les distributions alimentaires et de repas ne suffisent plus depuis longtemps au ridicule chiffre d’un repas par jour par personne. Les portions sont diminuées semaine après semaine, y compris pour les familles et donc pour les enfants (dont le plus jeune a, aux dernières nouvelles, 4 mois).

Les restaurants et magasins, en plus de combler ce manque alimentaire, permettent de charger les téléphones et donc aux habitants de communiquer avec leurs familles, de prendre des nouvelles régulièrement dans les zones de conflits ou après des événements particuliers (si, si, à Kaboul aussi il y a des attentats).

Et puis, dans la survie, ils apportent aussi un peu de vie. De l’humain, du social, du lien et de la mixité entre communautés. Ça change des « lines » de distribution qui ne sont sources que de tensions. Bien des valeurs que nos gouvernements ont passées aux oubliettes depuis bien longtemps. C’est la même chose que pour la liberté de circulation des personnes ou le droit d’asile, on ne veut plus en connaître la définition, c’est bien trop contraignant ! Alors que ça règlerait les problèmes de tout le monde, du gouvernement qui les crée jusqu’à nos amis qui en subissent les dramatiques conséquences, physiquement et psychologiquement violentes et traumatisantes.

La réponse du juge des référés du tribunal administratif de Lille à propos du référé de l’Etat français pour la destruction des commerces (et donc de la vie) du camp sera connue mercredi.

La vérité c’est qu’ils essayent de tuer le peu de vitalité qu’il reste dans les yeux de ceux qui ne cherchent que protection, mais qu’ils n’y arrivent pas. Ils ne savent plus rien faire d’autre que détruire, enfermer et déporter. Et pourtant tout le monde ici continue de sourire parfois, quand il ne pense pas aux morts, aux tortures et aux violences qu’ils continuent de subir ici.

Des vraies solutions, qui demanderaient certes une réflexion positive plutôt que sécuritaire et répressive, existent pourtant : l’hébergement inconditionnel et l’ouverture des frontières pour les personnes.

Mais leur liberté est vendue des millions à l’Angleterre, les rendant esclaves d’une Europe moderne en perdition.

Mais la liberté est en voix d’extinction, dans un pays qui l’avait pourtant choisie comme première valeur il y a plus de 225 ans. Vivement la piqûre de rappel… Horria !

ENGLISH
Until when they will try to kill life.
Calais. The jungle. Sunday, 7th August 2016.

We could make an encyclopedia out of our goverment’s ideas to wipe out all forms of social life in this part of France. To believe that after crossing land and sea, and already losing much of their lives running away from what we all would flee from, we would still be doomed to drown, die, suffer, because Europe (and France in our case) has decided so. So far nothing new.

Their latest brilliant idea- It seems to me I have already heard and heard it said a thousand times – is the police harassment of the camp’s shops and restaurants. They are there almost every day. They make their short patrol, weapons in their hands, just one or two metres from those who live there, who look at them lost for words.

Two men quietly bask in the sun holding their tear gas grenade launcher, as if it was normal. It looks cool, doesn’t it? And now we go for a bar crawl! Ah, no, restaurants, sorry…

A CRS, or maybe a cowboy (kind of reminds us of Lucky Luke), feels put in danger by the photographer. It is true that there we feel safe. And customers of the restaurants of the camp just on the other side of the road must feel super good too!

They smile. They talk and laugh loudly, not giving a shit about those who live here, so far removed from their lives and their priorities as good obedient CRS or policeman that just thinking about them makes me want to vomit.

Police officers and a man, probably from health checks services (he didn’t say where), who frankly seems to be having fun.

You must recognize the right to relax, poor police of my country, always the armed victims! but finally you are still a bit derogatory, mocking, insulting, hurtful and VIOLENT (as always)!

It’s true that having a gun in his hand is funny.

It’s true that being in exile is fun.

It is true that hunger is funny.

And promiscuity.

And the dirt.

Etc, everyone understands what we are talking about.

But what winds you up even more, is even after all that, they still manage to make their lives harder, and to push them lower than dirt. It clearly puts fun in their lives as much as the unhealthy individuals that compose our government and “authorities” (authority that they lost long ago, although they try to make us believe otherwise using systematic violence, whatever its form).

Violence: when it comes to Afghanistan, Sudan, Eritrea, Ethiopia, Syria or Pakistan, already traumatized by the deaths, fights, sea crossings and borders, with very welcoming security forces in the states crossed, the almost military intrusion must recall good memories (and closing the restaurants, that was really needed!). They are really nasty these migrants with arms crossed, they create such fear that training a weapon on them, a weapon that is not as pleasant as that, let alone at close range. Still, for many they already know how it feels, It so commonplace for them, it’s okay. And better than that, it is no surprise…

So if you are not out of your mind after this good slice of fun we’ll move on to the next thing.

For two weeks, the prefecture has sent his troops to visit the shops and restaurants of the camp. Their agenda: closures, arrests (this could be anyone since there it is not obvious who is the owner nor who is responsible nor who is the seller when the Police arrive), and/or destruction of property (including that which has no connection with the “illegal” trade activity such as the destruction of light bulbs and TVs), seizures, court summonses and other gifts of all kinds.

They are there, the riot police, full of professionalism, representing or government so well! Mission accomplished perfectly! Using a smart phone to take pictures, it is not to them prohibited by law? Yes, but they are above the law. And migrants below. Invisible. Beautiful country, beautiful mentality.

Anyway is is not surprising that they behave like thugs, never towards their own people in protests, of course, but towards foreigners restaurants. It’s better and more acceptable …

The reasons, as it was necessary that they found some, are unfair competition to businesses of Calais, poor hygiene of food served and tax illegality of these places.

Okay, we have nothing to complain about. Oh yes !

Someone told me that in fact: first, Lidl and other shops in the area (legal, these ones) have seen their profits soar since the inception and increase in population of the camp, since many inhabitants of the Jungle and the shops buy their stock from them. And if Calais shops end the colour bar and start allowing in the public enemies that are the refugees, the question would be posed even less. So we would like to know who is losing out.

Then another question arises: were any fast foot restaurants in France – as well as other “restaurants” with similar conditions of hygiene and horribly similar production – closed after a child who ate there unfortunately died as a consquence? you know the answer.
Here they talk of hospitalizations, which nobody else has ever heard of, to use concern about migrant health as a reason for all this. Well, this is the first time that they have cared about the health of immigrants! In the case of a stroke, the hospital doctor will answer that without asylum in France he can not do nothing except give aspirin to the worst diseases. In short, what everyone here will tell you is that what they are really afraid of are rats and the toilets, of which the number decreases as the population increases (government logic), cleaning is extremely rare and are, at the time we are writing these lines, dirty and overflowing (to be polite). But surely no it is the restaurant kitchens! Their kitchens are mostly more cleaner than the last Flunch you’ve been in. Those who have experienced a hospitalization in France will tell you, they prefer the food they find in camp’s restaurants rather than lose several kilos in a few weeks because of the inedible hospital food. And the same will be told to you about the dishes served at the Jules Ferry Center: how often we hear that not even a dog would want it, and if they were not starving they wouldn’t touch it… And if we just let them equip themselves, there is no doubt they would have nice kitchens that will shine so the French won’t feel too disoriented. If the kitchen of a restaurant it is not white and it is not shining it means that it’s dirty! We learn this at school of the Republic, right?

Then, the informality of restaurants, this is a foolproof issue of the prefecture! Illegal businesses on with unwanted customers in a place which is squatted and not legal according to the Universal Declaration of Human Rights, the French and European law, agreements, conventions and treaties. That makes sense! Those undesirable persons -who government try by all means to dissuade to stay in France by subjecting them to any possible violence, physical and psychological- should do the paperwork to open a legally owned business that would serve other undesired people. Look around, again there must a logic. If our elected officials could please help us find it, because it must be hidden under the Universal Declaration of Human Rights that they have never read!

When I hear the reasoning of legality, which is more about taxes, I can not remove that little voice that screams loudly in my head: “The Rights of Man, the French Constitution, the French law , the European law, the Geneva Convention and the rest, has anyone been concerned to apply them here before trying to apply the tax law? “. “Anyone”, is it the Left that continues to spout out , devoid of all meaning the words “socialism,” “democracy” and “freedom.” We really don’t need that.

Since when were rights to be applied selectively? Since when can we impose duties on those who have no rights? Rights and duties, it’s the biggest joke we are taught since nursery.

Nations, France and England, through their voluntary errors hold the main responsibility for the creation of this place. The arrival of shops was inevitable and they are necessary for the survival of 7000 (8000, 9000 today? Who knows the number that the next census will state…) people living (surviving) here. Food distributions are not enough since a lot of time for it is only one meal per day per person. The portions are reduced week by week, including those for families and therefore children (the youngest of whom was, at last count, 4 months, but since then another girl has been born).

Restaurants and shops, in addition to filling this food shortage, allow migrants to charge phones and thus people to communicate with their families, having regular news from areas of conflict or after particular events (yes, also in Kabul there are terrorists attacks).

And in the struggle to survive they also bring a bit of life. They are a place for human, social relationships and are a melting pot between communities. It is a change from endless waiting in distribution lines that are the cause of so much tension. Although they are values ​​that our governments forgot long ago. This is the same as for the freedom of movement or the right to asylum, you don’t want to know the definition, is too restrictive! While it would solve the problems of everyone, from the government that created the situation up to our friends who are suffering its dramatic consequences, physical and psychological violence and trauma.

We will know on Wednesday the decision of the judge of the Administrative Court of Lille about the interim of the French State for the destruction of shops (and therefore life) of the camp.

The truth is that they are trying to kill the little vitality that remains in the eyes of those who seek only protection, but they don’t find it. They know nothing else to do than destroy, lock up and deport. Yet the people here still smile sometimes when they are not thinking about deaths, torture and violence that still exists here.

True solutions, which certainly would require a positive reflection rather than protecting safety and repression, already exist: the unconditional accommodation and the opening of borders for people.

But their freedom is sold by millions in England, making them slaves of a sinking modern Europe.

But freedom is on its way to extinction, in a country that had chosen it as the first value more than 225 years ago. A deeply felt wakeup call… Huriyeh!