témoignage de Majid

«  Nous étions 400 personnes dans l’embarcation. Il y avait des hommes, des femmes ; certaines étaient enceintes. Plusieurs personnes sont mortes durant le trajet. Nous le savions parce qu’ils ne bougeaient plus ; ils étaient là, immobiles et il y avait cette odeur… D’autres, désespérés, se sont jetés par-dessus bord, n’ayant pas le courage d’affronter la réalité. La traversée a duré plusieurs jours. J’étais comme déjà mort. Le ciel se confondait avec la mer. A un moment, nous avons aperçu des garde-côtes ; nous étions tellement heureux ! Il s’agissait de Maltais. Ils nous ont dit de couper le moteur et nous ont remorqués pendant plusieurs heures. Nous avons alors cru que nous allions rejoindre la terre ferme. Hélas, il n’en a rien été, bien au contraire… Ils nous ont emmenés plus loin en mer et ils sont partis. Nous avons remis le moteur en marche et continué à avancer. Nous avons alors croisé la route d’autres garde-côtes, des Italiens cette fois. Ils nous ont demandé, eux aussi, de couper le moteur, mais nous ne les avons pas écoutés et sommes arrivés à Lampedusa. Quelle joie d’être enfin sur de la terre ferme et, surtout, d’être en vie. Mais certains étaient vraiment mal en point et avaient besoin de soins. A notre arrivée, des personnes nous ont examinés, sans rien nous dire, en nous laissant assis par terre, en file indienne. Aucun geste, aucune parole : rien. Nous avons été traités sans aucune humanité.

Les Européens pensent que nous sommes ici pour leur prendre quelque chose, mais ce n’est pas vrai. Beaucoup d’entre nous sont des étudiants, des médecins ; nous avons tout perdu et jamais nous ne retrouverons ce que nous avions. Les migrants en Italie sont dans une situation terrible. Ils sont livrés à eux-mêmes, sans pouvoir se laver, sans manger. Ils peuvent avoir un repas s’ils parviennent à entrer en contact avec des associations et s’ils attendent pendant des heures. Ce sera leur seul repas de la journée.

Si vraiment l’Europe prône les valeurs inscrite dans la Déclaration des droits de l’homme, alors cela devrait concerner tout le monde de façon équitable. Moi, j’ai eu de la chance. Un peu plus d’un an après cet épisode, j’ai obtenu des papiers et je travaille maintenant dans un centre pour réfugiés. Je parle italien, autant par la voix que par les gestes ; je m’intègre au fur et à mesure et je mélange finalement les cultures. C’est ce que nous devons partager, nos cultures. Cette diversité est une richesse.

Tout ce que je souhaite maintenant, c’est enfin avancer dans ma vie, d’une manière paisible et aider les personnes dans le besoin.  »

source: https://jeunes.amnesty.be/

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