BORDER VICTIMS / VICTIMES DE LA FRONTIÈRE

17 May. Yesterday has marked two years after the death of the young girl Mawda, who was killed by the bullet of a policeman during a police chase in Belgium on the night of 17-18 May.
Following the conviction of the policeman who fired the shot that killed Mawda, with ‘involuntary homicide’, in January this year, the Comité Mawda Justice-Vérité has launched a legal procedure against the prosecutor in Mons, Belgium.
To honour Mawda and her still grieving family, we will never forget.

Thursday, 18 June 2020. In around a month, it will be the 20th anniversary of 58 Chinese youths found dead in the port of Dover, in the back of a truck.

Since, border continued killing, in Calais as elsewhere.

There is no accurate count of how many migrants have died in Calais, their deaths ignored, the facts covered up or altogether unreported.
This timeline, this map and this list try to give a bit of justice to those who perished, reminding us of their existence. A commemoration plate to the victims of the border (picture below) was also recently inaugurated in Calais, all by associations after years of having asked the public powers to do so. Several times we’ve seen marches and demonstrations to denounce and remember these losses. In this context , solidarity means everything.

We are almost half past into 2020, and the border in Calais has already proved this year not being an exception to “the rule”: it kills.
And it kills in many different ways, as testimony the people that we’ve known, not only those who perished, but all those who lost their mind, got sick, lost hope or went physically missing.

2020

M., is a person from Soudan. After seeing their claims for protection refused elsewhere, was severly injured during an attempt to cross to the UK. Over ten years later, the persons’s body is found floating in water. In between, life, but mostly precarious protection documents issued by France, life long treatment following the accident, no job, and limited options as for future and building a life. The place where his body was found, the morning of January 9, 2020, is that of one of the lakes recreated on the land that was known as “jungle” in 2015-2016, after having demolished the settlements of people that were once inhabiting. It is unclear if he comitted suicide, or wanted to give a last chance to try and seek a better life in the UK, but what seems sure is that with over 20years of exile from homeland, border politics killed a man.

Baquer, young and smiling soul, died in unclear circumstances in what was said to be a collision with a train close to Metz, beginning of March 2020. Him, as well as other members of his extended family, had left Iraq to seek protection in the UK. After years spent in the camps in Dunkerque as isolated minor, exposed to inefficiency of the state to protect him and all the violence and exploitation that being a young man without papers can face. Family close and far, friends and associations that knew him and had helped him, made videos  in his memory.

Covid 19 has clearly created more loss and difficulties in grief than most people had ever experienced, and in this light, with isolation hitting hard and the impossibly to gather, we can not help but think of those whose life was always considered less worth, alive or dead. The difficulties encountered when your family is far away, does not have the money to pay for funeral, language barrier, and so on.
People that can not understand how their lovely, brilliant, young son, daughter, brother, husband, sister, friend could die, or rather be killed by governmental policies in Europe, where they were deemed to find safety.

The same government that even in death, they showed little compassion or remorse for those who have died attempting crossing, all criminalising them while still alive. Preferring to see those who have died seeking safety as nothing more than an inconvenience and disruption to the regular order of profit driven and reputation obsessed tourist mongering.

The deaths in Calais are just a few of the many lives lost at Europe’s borders.

In Calais as in the Mediterranean, as at the Greece-Turkey border graveyard of the Evros valley, the lives of migrants from Africa and Asia are not worth saving, their deaths are not worth recording or investigating. Police and other state authorities are often actively involved in these deaths. Other times, they are merely complicit. Police and other officials cover up killings of refugees and refuse to investigate suspicious deaths. A migrant’s death doesn’t mean the same as a citizen’s. Because a migrant’s life is not worth the same as a citizen’s.

It is not only the state authorities who are complicit in these killings at the border. Amongst others, we should note the role of the media. Not all deaths in Calais are even reported. And when they are , it is as “fait divers”.

The value placed on the life of an undocumented person in Calais is alarmingly low and the internment, prosecution, and systemic repression of those who attempt to use the tunnel / ferry / channel waters to access Britain is disgusting.

Justice for for all our sisters and brothers on the borders.

These borders kill.

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Hier, c’était le 17 mai. Hier, c’était le deuxième anniversaire de mort de la petite Mawda qui a été tuée par la balle d’un policier belge pendant une poursuite policière en Belgique, la nuit du 17 au 18 mai 2018.
Suite à la condamnation pour “homicide involontaire” du policier qui a tiré le coup de feu qui a tué Mawda, en janvier de cette année, le Comité Mawda Justice-Vérité a lancé une procédure judiciaire contre le procureur de Mons, en Belgique.
Pour honorer Mawda et sa famille encore en deuil, nous n’oublierons jamais.

Jeudi 18 Juin 2020. Dans environ un mois, ce sera le 20e anniversaire des 58 jeunes Chinois retrouvés morts dans le port de Douvres, à l’arrière d’un camion.
Depuis, la frontière continue de tuer, à Calais comme ailleurs.

Il n’y a pas de décompte précis du nombre de migrant-e-s mort-e-s à Calais. Leur mort est ignorée, les faits sont dissimulés ou tout simplement non rapportés.
Cette chronologie, cette carte et cette liste tentent de rendre un peu de justice à celleux qui ont péri, en nous rappelant leur existence. Une plaque commémorative aux victimes de la frontière (photo ci-dessus) a également été récemment inaugurée à Calais, le tout par des associations, après des années de demandes aux pouvoirs publics. À plusieurs reprises, nous avons vu des marches ou des manifestations pour dénoncer et se souvenir de ces pertes. Dans ce contexte, la solidarité signifie tout.
Nous sommes presque à la moitié de l’année 2020, et la frontière à Calais a déjà prouvé qu’elle n’était pas une exception à la “règle” : elle tue.
Et elle tue de bien des façons, comme en témoignent les personnes que nous avons connues et qui ont perdu la tête, sont tombées malades, ont perdu l’espoir ou ont disparu physiquement.

2020

M. est une personne originaire du Soudan. Après avoir vu ses demandes de protection rejetées ailleurs, elle a été gravement blessée lors d’une tentative de passage au Royaume-Uni. Plus de dix ans plus tard, le corps de cette personne est retrouvé flottant dans l’eau. Entre temps, la vie, mais surtout des documents de protection précaires délivrés par la France pour se renouveler chaque année, un traitement à vie suite à l’accident, pas d’emploi, et des options limitées quant à l’avenir et à la construction d’une vie (comment, quand on n’a aucune certitude au-delà de cette année-là ?). Le lieu où le corps a été retrouvé, le matin du 9 janvier 2020, est celui d’un des lacs recréés sur le terrain que l’on appelait “jungle” en 2015-2016, après avoir démoli les habitations des personnes qui y habitaient autrefois. On ne sait pas s’il s’est suicidé ou s’il a voulu donner une dernière chance de tenter de trouver une vie meilleure au Royaume-Uni, mais ce qui semble sûr, c’est qu’avec plus de 20 ans d’exil de la patrie, la politique frontalière a tué un homme.

Baquer, âme jeune et souriante, est mort dans des circonstances peu claires dans ce qui a été dit être une collision avec un train près de Metz, début mars 2020. Lui, ainsi que d’autres membres de sa famille élargie, avaient quitté l’Irak pour chercher protection au Royaume-Uni. Après des années passées dans les camps de Dunkerque comme mineur isolé, exposé à l’inefficacité de l’État pour le protéger et à toute la violence et l’exploitation auxquelles un jeune homme est exposé. Sa famille proche et lointaine, ses amis et les associations qui le connaissaient et l’avaient aidé, ont réalisé des vidéo en sa mémoire.

Le covid-19 a clairement créé plus de pertes et de difficultés liées au deuil que la plupart des gens n’en ont jamais connu, avec l’isolement frappant fort et l’impossibilité de se rassembler, nous ne pouvons nous empêcher de penser à celleux dont la vie a toujours été considérée comme moins valable, vivant-e-s ou mort-e-s. Les difficultés rencontrées lorsque votre famille est éloignée, qu’elle n’a pas les moyens de payer les funérailles, la barrière de la langue, etc.
Ces personnes qui ne peuvent pas comprendre comment leur adorable, brillant-e, jeune fils, fille, frère, mari, sœur, ami-e pourrait mourir, ou alors être tué-e par les politiques gouvernementales en Europe, où elles sont censées trouver la sécurité.

Le même gouvernement qui, même dans la mort, a montré peu de compassion ou de remords pour celleux qui sont mort-e-s en essayant de traverser, les criminalisant tou-te-s alors qu’illes étaient encore en vie. Préférant voir celleux qui sont mort-e-s en cherchant la sécurité comme rien de plus qu’un désagrément et une perturbation de l’ordre normal du tourisme motivé par le profit et obsédé par sa réputation.

Les morts de Calais ne sont que quelques-unes des nombreuses vies perdues aux frontières de l’Europe.
À Calais comme en Méditerranée, ou comme au cimetière de la vallée de l’Evros à la frontière gréco-turque, les vies des migrant-e-s d’Afrique et d’Asie ne méritent pas d’être sauvées, leurs morts ne méritent pas d’être enregistrées ou de faire l’objet d’une enquête. La police et les autres autorités de l’État sont souvent activement impliquées dans ces décès. D’autres fois, ils sont simplement complices. La police et d’autres fonctionnaires couvrent les meurtres de réfugié-e-s et refusent d’enquêter sur les morts suspectes. La mort d’un-e migrant-e n’a pas la même signification que celle d’un-e citoyen-ne. Car la vie d’un-e migrant-e ne vaut pas la même chose que celle d’un-e citoyen-ne.

Il n’y a pas que les autorités de l’État qui sont complices de ces meurtres à la frontière. Il faut noter, entre autre, le rôle des médias. Pas tous les décès à Calais ne sont même à peine signalés. Et quand ils le sont, ils se retrouvent dans la catégorie des faits divers.

La valeur accordée à la vie d’une personne sans papiers à Calais est alarmante et l’internement, les poursuites et la répression systémique de celleux qui tentent d’utiliser le tunnel / le ferry / les eaux de la Manche pour accéder à la Grande-Bretagne est dégoûtant.

Justice pour toutes nos sœurs et tous nos frères aux frontières.

Ces frontières tuent.

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