Paroles des femmes de la maison du 51 boulevard Victor-Hugo

Nous n’avons pas d’endroit où vivre, nous asseoir, ou se reposer. Nous n’avons rien donc nous voulons rester ici. Nous voulons avoir une chance de rester dans cette maison.

Nous avons quitté notre pays à la recherche d’une vie meilleure et maintenant nous avons encore peur. Jusqu’à quand allons-nous encore avoir peur ? Nous ne sommes pas libre ici, c’est le jeu du chat et de la souris et nous devons toujours fuir, fuir, fuir. Nous sommes venues en Europe pour trouver la liberté mais où est-elle ?

Nous sommes toutes arrivées par la mer, d’abord au Soudan, en Libye, puis en Italie, nous nous échappons depuis le début de notre voyage. Nous n’avons pas quitter notre pays, l’Érythrée, pour des raison économiques, nous avions de la nourriture et un abris là-bas, quelques-unes d’entre nous allaient même à l’université. En Érythrée, les femmes et les hommes doivent faire leur service militaire pendant au moins deux ans qui peuvent devenir des années. Nous n’avons pas d’autre choix que d’y aller et tout le monde s’enfuit parce-qu’ils en ont peur.

Maintenant nous sommes parties, nous avons eu une chance de quitter notre pays et nous en pourrons jamais revenir. Si nous le faisions, nous serions en grand danger, nous risquons la prison pour très longtemps, ou nous pouvons même être tuées. Quand nous nous sommes enfuies de notre pays nous cherchions la liberté. Personne ne s’enfuit de son pays et prend autant de risque pour des raisons économiques. Notre voyage était vraiment dangereux, il y a beaucoup de racisme, par exemple en Libye beaucoup de personnes africaines ont été tuées. Et maintenant en Europe c’est le jeu du chat et de la souris, chaque fois qu’on voit un policier on fuit. Où est la démocratie ? Qu’est-ce qu’on a fait de mal ? Est-ce que c’est parce-que nous sommes illégales ou que nous sommes noires que les gens nous traitent comme ça ?

Nous avons besoin de liberté. L’une d’entre nous pense à rester en France mais après ce que nous avons vécu ici, on ne voie pas la liberté et on ne veut pas subir encore une fois le racisme. Nous sommes venus pour la liberté, pas pour ça. Plus que tout c’est la liberté qui nous importe, plus que la nourriture ou l’abri. Une de mes amies a été frappée par la police et jetée dans des ordures, une autre a été conduit en plein milieu de la nuit loin de Calais et elle a du revenir à pied. Pourquoi ? Pour quelles raisons ? Maintenant, nous n’avons nulle part autre où aller que cette maison, si elle est fermée nous serons à la rue. Nous ne voulons pas bouger d’ici. Nous aimerions avoir la chance d’y rester.