Janvier 2012

Mardi 31 Janvier

Les gens qui vivent à Palestine House ont reçu la visite de la police fasciste ce soir. C’est la première fois que la police est revenue depuis leur descente violence du 11 Janvier, qui a eu pour conséquence deux hospitalisations pour des policiers et l’emprisonnement de quatre migrants, lors d’une parodie de justice, pour violences contre la police.

Dans la matinée, la PAF est venue à Africa House avec deux fourgons et une voiture. Ils sont entrés dans l’un des bâtiments à côté de Africa House mais n’ont arrêté personne et n’ont pas vérifié les papiers.

Lundi 30 Janvier

L’abri du plan grand froid appelé BCMO a enfin été ouvert aujourd’hui. Les CRS étaient à l’intérieur avant l’ouverture, à parler aux organisateurs. SALAM ne l’organisent plus. A la place, c’est “Le Conseil des Migrants” qui sont responsables de l’ouvrir. Ils ont aussi engagé une compagnie afin de surveiller les gens la nuit.

Les gens ont été jetés le matin à 7h alors que le soleil ne s’était pas encore levé et que le froid de la nuit était à son apogée.

Dimanche 29 Janvier

Le Jour International des Migrations est passé, avec la même fête tenue en l’honneur des migrants par l’église catholique ici à Calais. Elle consistait en la distribution de chocolats et de snacks gratuits, de la danse — accomplie par les mêmes écoliers que l’an dernier — et des conversations construites. Alors que l’évènement fournissait un peu de soulagement du froid mordant de Calais, il révélait aussi les motivations moins bénignes de l’association. Après avoir demandé les prénoms, noms, dates de naissance, conditions de vie et “les plus profonds souhaits,” et après avoir pris des photos sans demander la permission (tout ce qui manquait c’était un scanner d’empreintes digitales), la collection bienveillante de bien-faiteurs de jour et de missionnaires catholiques ont dit qu’ils feraient de leur mieux pour aider les migrants. En priant pour eux.

Des réponses sarcastiques comme: “Je vis dans un squat gelé sans fenêtres, vous allez me construire une maison?” et “vous allez m’aider à me rendre en Angleterre?” ont clairement indiqué que certains migrants n’avaient pas beaucoup de foi dans la capacité de l’église catholique (ou de sa volonté) de les aider. Bien sûr, une fête en leur honneur c’est sympa, mais pourquoi ne pas faire preuve de véritable solidarité?

Samedi 28 Janvier

Les CRS se trouvaient devant la distribution ce matin, et vérifiaient les papiers des gens. Les vérifications d’identité sur la base de sélections raciales, bien qu’elles soient constantes à Calais, n’ont habituellement pas lieu pendant les distributions. Il y a un accord écrit entre les assoc et l’état pour ne pas harceler les gens (hormis à distance ou derrière une grille) pendant les distributions du midi et du soir (+/- 20 minutes), mais l’accord du petit déjeuner est seulement oral. Et il semble avoir été annulé.

Aujourd’hui encore, SALAM a essayé de faire porter la responsabilité des graffitis toujours présents sur les militants No Borders. Ils ont attaqué CMS parce qu’elle n’est pas une organisation hiérarchique, demandant avec colère: “A quoi sert d’avoir un groupe s’il est totalement anarchique?”

Ceux qui ont posé cette question rhétorique y ont apporté la réponse, quand ils ont expliqué qu’on ne pouvait pas faire grand chose contre la fin de l’accord entre la municipalité, les organisations de distribution de nourriture et la police: “Je ne peux rien faire. Ce serait à mon patron de le faire.” Hmm.

Jeudi 26 Janvier

Une mise à jour rapidement: il y a eu un contrôle d’identité à la distribution mais heureusement personne n’a été arrêté.

Mercredi 25 Janvier

A 6h du matin, la jungle Iranienne a encore été évacuée. Sept fourgons remplis de CRS sont entrés et ont volé les tentes des gens. 10 personnes ont été arrêtées, et quelques uns sont arrivées plus tard à la distribution de 1h avec leur sac de couchage sous le coude, mais nous ne savons pas si les autres sont toujours détenus.

Entre 7h15 et 7h30, un fourgon de CRS unité 15, rejoint plus tard par un second, est entré dans les bâtiments universitaires, pour prendre des photos de l’intérieur des bâtiments. Quand on leur a demandé, ils ont refusé de donner le numéro de leur unité.

Si ceci n’était pas la réalité ça aurait été drôle parce qu’ils avaient l’air assez perdus, ils ont discuté quelque temps de quoi faire et ont vérifié plusieurs fois avec leurs patrons. Ils sont rentrés et sont sortis de leurs fourgons, ont sorti leurs matraques, les ont remises et ont remis et retiré leurs gants.

Plus tard, la police est venue à la distribution pour arrêter les gens sur le chemin du petit déjeuner, mais n’a pas réussi à arrêter qui que ce soit.

Dans l’après-midi, un officier bien connu de la PAF est allé à Africa House avec les gens qui avaient amené la notice d’expulsion à l’ancienne Africa House. Un des travailleurs, mettant des grilles autour du squat, a dit qu’il serait démoli dans un mois. Nous avons entendu plusieurs rumeurs, mais tout ce que nous savons c’est que cet harcèlement écoeurant qui consiste à détruire les domiciles des gens va continuer à avoir lieu, encore et encore et encore.

Mardi 24 Janvier 2012: Du fil barbelé autour de la distribution disparaît mystérieusement

Ce matin à la distribution, qui a l’air d’une prison, nous avons tous découvert une chose étrange. Le fil barbelé qui entourait la zone était parti.

Un message de défiance avait aussi été écrit sur les murs des deux bâtiments de distribution, qui disait: “Détruisez les grilles, détruisez les murs, détruisez les frontières, détruisez le barbelé.”

Ce n’est pas la première fois que c’est arrivé. La dernière fois que le barbelé a été retiré, c’était il y a environ un an. On nous a informé que ça coûtait 8000 euros de le remplacer — triste que l’argent nécessaire à maintenir l’atmosphère carcérale semble si facile à trouver. Il a été pris du budget de SALAM pour ouvrir le BCMO (l’abri du plan grand froid).

Nous aimerions rappeler les circonstances des cuisines autonomes en été — quand environ 400€ devaient durer tout l’été pour nourrir environ 200 personnes, sous le harcèlement constant de la police, quand les organisations étaient parties en vacances.

SALAM, une des associations qui distribue les repas, a accusé les militants no border la dernière fois et ils recommencent cette fois encore. L’énergie dépensée à trouver un coupable semble plus importante que faire face à la graine de vérité dans les messages.

Si les patrons de cette organisation ne voulaient pas un lieu de distribution qui a l’air d’une prison, ils pourraient se battre pour ça. Mais pour autant que l’on sache, ce n’est pas le cas.

C’est important de distribuer de la nourriture — se nourrir est la base de la survie. Le travail incroyable réalisé par les volontaires pour l’assurer est très apprécié par les gens qui y mangent. Pourtant ce barbelé a transformé la prestation d’un besoin de base en une expérience humiliante.

Vendredi 20 Janvier 2012

Ce matin autour de 9h, un groupe de vingt policiers et officiers de la PAF ont fait une descente sur les bâtiments universitaires qui font la présente Africa House. Les fourgons de police ont roulé droit dans la zone, dans le but de faire des arrestations hors de vue des passants (et pour ainsi pouvoir être plus brutaux).

Les militants en veille purent sonner l’alarme, et beaucoup de ceux sans papiers ont pu s’enfuir; cela mit en colère les policiers qui ont essayé de détruire les caméras qui étaient utilisées pour filmer la descente. Les caméras ont été placées hors de portée de la police par deux militants qui ont monté sur les toîts pour continuer à filmer.

Près de sept arrestations ont été réalisées; les gens ont été emmenés au commissariat de Coquelles. La plupart des gens ont été relachés avant le déjeuner. Les militants ont été relachés autour de 19h et ont reçu des injonctions de comparaître pour avoir réfusé de donner leurs empreintes et des papiers d’identité.

En dépit du froid, de la pluie, et du vent, les policiers continuent leur projet brutal de forcer les migrants à sortir de leur abri pour se retrouver dans les rues.

Vendredi 19 Janvier 2012

L’hiver est arrivé à Calais. Avec les températures nocturnes bien en-dessous de zéro, la saison est en train de montrer son vrai visage. Tout comme l’état, utilisant les premiers signes de gel pour une occasion de continuer la répression, aujourd’hui avec des résultats encore plus graves.

Bien que la présence policière ait été minime à Africa House, les CRS se sont occupés à cibler d’autres squats et jungles. Mardi matin, la jungle afghane a été détruite par la police. Les vêtements, les sacs, les tentes et les couvertures ont été soit détruites soit volées par la police. Mercredi matin, la même chose est arrivée à la jungle iranienne. 12 personnes ont été arrêtées et la police a “confisqué” tout ce qu’elle pouvait trouver. Ces migrants ont passé trois nuits à dormir dehors sans couvertures dans des températures de -3° et -4° et semblaient avoir froid et être mouillés. NOus leur avons donné des couvertures et des tentes mais nous les avons toutes distribuées à présent — nous avons urgemment besoin de dons. Apparemment, aucune des organisations caritatives n’en avait à donner. Même le HCR.

En début de semaine dernière, la police a attaqué les migrants qui vivent à la Palestine House et a essayé de faire des arrestations. Le groupe originel d’officiers a été repoussé par un barrage de pierres, et deux officiers ont été blessés; cependant un groupe plus important de policiers est revenu, en tenue anti-émeute, et 22 personnes ont été arrêtées. Depuis les arrestations, quatre migrants sont en “maison d’arrêt” en attendant leur procès. Les militants CMS essaient de contacter les détenus mais jusque-là sans succès. Ni le tribunal, ni la police ou la prison ne veulent leur donner la moindre information que ce soit.

Les choses ont été relativement calmes en terme d’activité policière autour de Africa House ces dernières semaines. Il n’y a eu que la grande descente matinale là-bas depuis le nouvel an, bien que les militants CMS soient toujours en veille là-bas chaque matin. Lundi après-midi cependant, un petit groupe de CRS (accompagnés comme d’habitude d’officiers de la PAF) est venu à Africa House, pour harceler les migrants lybiens, et rechercher des soudanais. Les militants furent rapidement sur la scène; mais on aurait dit que la police ne souhaitait que jeter un oeil aux environs, et mesurer les diverses entrées et sorties. Aucune arrestation.

Ce matin, un homme inconnu a parlé à deux militants pendant la veille matinale. L’homme leur a dit que les bâtiments étaient dangereux et que les gens ne devraient pas y rester, et que l’accès aux bâtiments allait être fermer. Il a ensuite également dit, “ces bâtiments vont être démolis dans deux semaines. Vous pouvez choisir de rester ici jusque-là, mais dans deux semaines ce sera terminé.”

Sans savoir qui est cet homme réellement, il est difficile de savoir comment prendre cette information. Cependant, cela semble correspondre avec la vitesse de la démolition et de la construction qui a lieu autour des bâtiments universitaires. Si Africa House est expulsée, près de 40 migrants seront à nouveau à la rue.

Dimanche 8 Janvier 2012

Il y a deux jours, il y a eu une descente policière au squat universitaire tôt le matin. Tandis que quelques uns des migrants ont réussi à partir, ceux qui dormaient encore ont été rassemblés par la police et contrôlaient. Environ 8 ont été arrêtés et relâchés à peu près une heure plus tard.

Les militants No Border qui étaient présents ont eux aussi été rassemblés et maintenus complètement séparés des migrants. Cinq militants ont refusé de montrer leur pièce d’identité en solidarité avec les migrants et ont aussi été arrêtés et emmenés à Coquelles où ils ont été détenus pendant 24 heures, refusant continuellement de donner leur identité.

C’était une expérience intéressante pour les militants, en raison des mensonges, des menaces et des commentaires étranges qu’on leur a fait pendant qu’ils étaient là-bas. En particulier, on leur a dit qu’ils iraient en prison pendant trois mois, avec les « criminels et les meurtriers » — ce qui les ferait hurler d’horreur qu’on les laisse sortir.

Plus plaisant, depuis que la cuisine de Cambridge est partie de Calais, il y a eu beaucoup d’enthousiasme pour la cuisine collective à Africa House, au lieu de dépendre des assos pour chaque repas. A une réunion, les migrants ont décidé de cuisiner ensemble deux fois par semaine, en utilisant les ingrédients restant de la cuisine de Cambridge et les légumes qu’on peut récupérer quand les marchés s’achèvent.

L’atmosphère au premier repas que nous avons cuisiné ensemble était vraiment positive, avec de la musique et de la danse tout autour du repas, et les initiatives pour le repas venaient de beaucoup de gens et de communautés différentes.

Il y a aussi eu quelques efforts de nettoyage à Africa House, auxquels pas mal de gens ont fini par se joindre, bien que les opinions exprimées dessus étaient fréquemment que « ça ne sert à rien de nettoyer, puisque la police pourrait expulser tout le monde à n’importe quel moment. » Comme on nettoie généralement en préparation des jours ou même des heures qui suivent, peut-être que c’est une perspective intéressante sur les gens qui sont bloqués à Calais. Calais n’est pas considéré un endroit pour vivre ou construire des choses — c’est juste un endroit pour attendre la vie autre part.

C’est quelque chose dont nous avons discuté ces derniers jours, le besoin d’être constructifs, pour l’activité et l’opportunité de créer, ou juste de faire des choses. Et ce que l’absence de stimulation fait aux gens. En pensant à ça, nous avons créé une petite « bibliothèque » — c’est-à-dire, une étagère avec des livres — dont les gens peuvent emprunter, qui a été utilisée un peu au moins. Malheureusement, l’auto-perception des gens qui restent sur Calais en tant que migrants semble dans de nombreux cas freiner leurs visites de la médiathèque.

Ce n’est pas tout — des échanges linguistiques d’anglais, de français, d’arabe, de suédois, de la cuisine ensemble, de la construction de salles, de la réparation de vélo et bien sûr, la poursuite continuelle d’un rêve. La vie en Europe, quoi que ça puisse être…

Dimanche 1er Janvier 2012: La Nouvelle Année à Calais

Un autre communiqué du Collectif Cuisine de Cambridge qui travaille en association avec CMS de Calais:

Bonne et heureuse nouvelle année de Calais. Les cuisiniers de Cambridge ont passé quelques jours de plus à Calais, et ont cuisiné comme des fous! Nous avons fait de la salade de patate, du ragoût de pois chiche d’Afrique du Nord, des pâtisseries avec pommes de terre et olives, des salades de carrotes, du curry avec aubergine et noix de coco, etc. Les membres du collectif de cuisine ont aussi appris des bouts de langues différentes, ont fraternisé avec des gens de toute la planète, et ont enseigné aux gens comment utiliser des caméras manuelles, et récolter des légumes rejetés du marché de samedi.

La veille du Nouvel An, les militants se sont préparés à une fête qui devait avoir lieu à Africa House, où les migrants qui y vivaient ont invité toutes les autres communautés migrantes à venir à la “hafla” (une fête). Nous avons récolté des décorations, construit des bancs et des tables à partir de pallettes, de bois et de quelques briques, bricolé un générateur pour l’électricité, et bien sûr on a fait énormément de cuisine. Il y avait des inquiétudes que la police pourrait descendre pendant la fête — quelques nuits plus tôt des policiers s’étaient pointés à Africa House autour de 3h du matin, avaient réveillé les gens qui dormaient là et les avaient intimidés. Plutôt que d’arrêter qui que ce soit, ils ont dit “on se revoit le 31,” insinuant qu’il y aurait une présence policière pendant la fête.

Des évènements comme ceux-là sont une réalité constante pour les migrants qui vivent à Calais — Africa House est attaquée plusieurs fois chaque semaine, la police fonce dans le squat (un ensemble de bâtiments universitaires à l’abandon) dans les premières heures de la matinée, ils réveillent tout le monde et font des arrestations. Pendant les descentes il arrive souvent que les téléphones et les caméras soient saisis ou détruits s’ils sont utilisés pour enregistrer la brutalité policière, et les fenêtres, les chaises et les tables sont aussi intentionnellement détruites par la police. Si des migrants sont arrêtés — ce qui est un fait habituel pour beaucoup — ils sont placés en prison pendant plusieurs heures, et ils doivent ensuite repartir à pied en ville. L’emprisonnement journalier, la brutalité et l’intimidation policières peuvent broyer les gens — souvent les migrants décriront certains individus en disant qu’ils “sont restés à Calais trop longtemps — c’est-à-dire qu’ils peuvent avoir perdu l’espoir, et devenir imprévisibles et agressifs.

Heureusement, la fête du nouvel an s’est passée sans que la police s’inscrute. Au contraire, Africa House était festive — illuminée par des bougies et des guirlandes électriques, vibrante de musique qui sortait d’un système sonore alimenté par une batterie de voiture, et remplie de migrant(e)s et de militant(e)s du monde entier. Plusieurs personnes ont chacun leur tour branché leurs téléphones et lecteurs MP3 sur le système son, et la musique était donc un mélange mondial incroyable — égyptienne, afghane, pop des années 80, hip-hop et bien d’autres choses. Quand les chansons afghanes étaient en train de passer, un groupe d’hommes afghans ont mené une danse où les gens dansent en cercle, tournent sur eux-mêmes, frappent des mains et sautent. Au départ seuls les afghans dansaient dans le cercle, mais bientôt ils furent rejoints par des gars de Africa House, et par des militants No Border.

Alors que minuit approchait, nous sommes sortis pour voir l’apogée de la soirée — nos propres mini feux d’artifice. Alors que les feux s’élancaient à travers le champ derrière Africa House, nous avons fait le décompte jusqu’au Nouvel An et les gens se sont souhaités bonne année dans au moins une douzaine de langues différentes. Quelle manière incroyable de finir une année et d’en commencer une autre!

 

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